Ætrium (French Edition)
CHAPITRE 2 : Mauvaise Posture
Nous sommes en 2094, je m’appelle Dante, j’ai 29 ans et je n’ai toujours pas pris mon Strif. C’est le dénominatif du sérum d’immortalité. Je dois vous avouer que j’hésite entre la transformation ou le transhumanisme. Oui, le transhumanisme est assez répandu et il n’est pas rare de croiser des citoyens améliorés grâce à l’Ætrium, une technologie mise au point afin de nous aider à affronter nos ennemis durant la grande guerre. L’Ætrium est un composant conducteur ultra résistant, il équipe des dispositifs parfois visibles mais il arrive que ça ne le soit pas et que ce soit sous-cutané.
Pour autant chaque personne qui effectue des modifications sur son corps est répertoriée dans un fichier gouvernemental car ils sont les seuls à détenir cette technologie. C’est assez répandu chez les criminels, bien qu’il soit illégal d’en détenir sous certaines formes. Selon le crime l’augmentation peut leur être soustraite pendant une durée plus ou moins longue, tout dépend du type de méfaits bien entendu.
Pour ma part j’hésite à m‘administrer le Strif pour la simple et bonne raison que je remets en question ce mode de vie dans sa globalité. Tout en profitant des largesses de ce système j’arrive à garder une certaine clarté d’esprit qui me laisse à penser que le changement est possible. Bien sûr, il n’y a plus de guerre et les inégalités ont été réduites de manière considérable, mais comment accepter désormais l’absence du libre arbitre ou de la peur de mourir ? Certes ce sont des interrogations purement philosophiques, d’où le fait que je ne consomme pas encore le breuvage de la jeunesse éternelle.
Comment pouvons-nous être amenés à nous dépasser si nous ne disposons plus d’objectifs ? Eh bien, j’ai trouvé un objectif, un but à atteindre et qui bientôt sera achevé. Certes illégal, mais disruptif, et qui peut révolutionner une nouvelle fois le monde. Je l’ai appelé Talia, je la considère comme ma petite sœur. Elle est la première et unique cyborg capable d’aimer, de haïr, de rire, de pleurer mais aussi de tuer. Bien qu’autonome, elle conserve un réel attachement envers ma famille et moi-même. Elle se considère comme ma petite sœur et je dois avouer que c’est réciproque. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle m’obéit. Parfois, je la trouve même un peu trop dévouée, mais j’ai trouvé en ma création de grandes aspirations.
Une nouvelle journée commence, je sens une légère mais bonne odeur de pain perdu comme mon papa a l’habitude de préparer. Effectivement, je vis toujours chez mes parents, c’est un choix comme un autre, d’ailleurs j’apprécierai grandement que vous ne me jugiez pas. Talia est en mesure de cuisiner pour nous mais cela demeure un plaisir que mon père souhaite conserver, grand bien lui fasse, ça m’évite d’avoir à le faire. Après avoir salué mes parents, je m’installe à la table qui se situe au milieu de la pièce de vie.
Notre décoration est très épurée et je pense que ma maman a dû effectuer de multiples changements et agencements quant au mobilier. C’est une femme qui a beaucoup de goût et s’investit énormément dans ce qu’elle entreprend.
Pour ce qui est de mes parents, ils ont fait le choix de ralentir leurs vieillissements mais pas de le stopper, ils souhaitent toujours avoir une trentaine d’années d’avance sur moi. D’après un savant calcul mathématique, vous en êtes convenu au fait qu’ils ont respectivement 59 ans, bien entendu en oubliant les années où ils ont stoppé leur vieillissement. Donc si je me décide à enfin faire ma cure de Strife, ils bloqueront aussi leurs âges.
Ma création a fini de charger ses batteries sur la borne de recharge qui se trouve dans ma chambre, qui me sert aussi de labo. Elle nous rejoint à la table par la suite tout en saluant tout le monde. Mes parents sont avertis de ses capacités mais ils n’en ont pas peur, d’ailleurs, ils ont parfaitement compris mon objectif à ma grande surprise. Même si côté technologie ils sont un peu dépassés, ils essayent tant bien que mal de rester dans la partie. Cela fait maintenant deux ans qu’elle vit à nos côtés et je dirai même qu’elle fait partie de la famille. Hormis eux, personne n’est au courant de cela, pas même mes amis les plus proches. Elle apprend tous les jours, ses progrès sont exponentiels. J’en suis au stade où c’est moi qui apprends d’elle.
Comme tous les matins, elle nous fait un bref récapitulatif des actualités du jour, sélectionnées parmi nos médias favoris dépourvus de publicités, propagandes ou d’autres choses futiles et superflues comme les téléréalités qui sont légions. Cependant, une information attire davantage mon attention que les autres, celle d’un quadruple homicide survenu hier soir dans des conditions atroces. Le crime a pour signature la secte Rebirth. D’après les premiers éléments, c’est un groupuscule obscur mélangeant Humain et Strigoï qui a pour objectif l’effondrement de ce système. Ce type de meurtres fait partie d’un rituel d’intégration spécifique, qui consiste à tuer sa propre famille en offrande à la secte afin de se faire accepter. Il s’avère également que les corps ont été disposés sur le sol de manière abominable. De bonnes nouvelles sont aussi relatées comme le ralentissement des famines mondiales qui ne cessent de croitre.
J’entame la discussion avec mes parents :
- Maman, tu prends la voiture avec moi ce matin ?
- Oui avec plaisir, tu dois être chez Cykorps à quelle heure ?
Ma maman, mon papa et moi-même travaillons dans la même compagnie, nous occupons des postes bien distincts au sein de Cykorps. Ils sont tous les deux dans la partie Finance et Investissement. C’est l’une des sociétés les plus prolifiques en matière de brevets technologiques, ils produisent une partie de l’intelligence artificielle qui est implémentée dans les bots. Durant la guerre, la société a aussi participé de manière active et a contribué à l’élaboration de diverses technologies.
- Je pense que je vais y aller pour 10 h, si ça ne te dérange pas, rétorquai-je.
- Puis-je vous interrompre ? S’exclame Talia.
- On t’a déjà tous dit que tu fais partie de la famille et que, pour les interactions, il faut que tu t’exprimes comme un être humain, lui répondit mon père.
- Oui, pardonnez-moi, s’excusa-t-elle.
- Tu ne dois utiliser le pardon que pour de bonnes raisons, idem pour le vouvoiement, ne l’emploie qu’avec les gens que tu ne connais pas. Il faut absolument que tu sois prête pour quitter cette maison et interagir avec le monde extérieur. Tu dois donc te comporter comme un être humain, penses-tu pouvoir y arriver ? L’interrogea mon père en lui adressant un regard chaleureux.
- Oui, je ferai de mon mieux, merci pour les conseils. Je voulais vous dire qu’il ne serait pas possible pour vous de prendre le même véhicule car il me semble que Dante a rendez-vous ce matin à 9 h pour un entretien avec son nouveau supérieur.
- Oh putain de merde, j’avais complètement oublié ! Je fonce, on se voit ce soir. Bonne journée tout le monde.
- Ne roule pas trop vite surtout, me lance ma maman.
Pas le temps de répliquer, je ne dois pas être en retard, ce RDV est très important pour la suite de ma carrière et j’aimerais faire bonne impression.
Mes parents se mirent à rire et Talia fit de même sans trop se forcer. Ni une ni deux, je prends mon casque, mes clés, mon sac à dos, ainsi que ma veste, pour ensuite descendre au garage à toute allure. Je monte sur mon bolide et demande à mon casque de me projeter le GPS sur la visière, afin d’emprunter le chemin le moins embouteillé et le plus rapide. Bien installé sur ma moto, un modèle très sportif de couleur noir, le contraste est assez flagrant car la ville est très ensoleillée, colorée et les écrans commerciaux scintillent et s’animent de toute part. Je redemande à l’IA de mon casque d’ouvrir la porte du garage. J’enchaine les kilomètres le plus rapidement possible. Les voitures automatiques jonchent les routes, elles suivent toutes la même allure, c’est d’une monotonie à en endormir plus d’un. Manque de chance, je me fais flasher par un radar automatique. Je sais, la vitesse c’est le mal mais promis je ne me comporte pas comme ça tous les jours. Comme pour chaque infraction, une notification s’affiche sur l’écran de mon casque et me préviens du montant débité directement sur mon compte ainsi que du retrait de points sur mon permis.
Je finis par arriver au sous-sol de l’entreprise. J’y gare la moto sur l’emplacement qui m’est réservé. Il est 8 h 52. Le temps de passer le portique de sécurité et de prendre l’ascenseur, je devrais arriver pile à l’heure. L’agent de sécurité, fidèle à lui-même, prend absolument tout son temps pour effectuer les contrôles.
Toutefois, avec son physique d’Hercule, je pense que je m’abstiendrai de lui faire une réflexion. Non je ne suis pas lâche, mais si je peux éviter les conflits on va dire que j’ai tendance à ne pas me faire d’ennemis. Une fois le contrôle effectué, place aux ascenseurs. Une dizaine de personnes se massent devant les portes, je dois donc me frayer un chemin. Personne ne remarque que je triche pour passer devant.
Génial ! Deux des trois ascenseurs arrivent, je me glisse dedans, les gens autour de moi s’aperçoivent de ma présence, ils grimacent et font de gros yeux mais personne ne dit quoi que ce soit. Chacun y va de son étage, le mien est le 47ème. L’ascenseur s’arrête cinq fois avant de finalement me déposer à l’étage où le rendez-vous aura lieu. J’avance vers le hall, je suis déjà venu ici mais je ressens toujours un drôle d’effet. La décoration est très futuriste. Bien que de blanc vêtu, les murs sont éclatants, rien n’est laissé de travers. Le moindre détail compte jusqu’au cyborg qui m’accueille. Elle est habillée en blanc aussi, brune aux yeux bleus avec une coupe au carré. Elle est impeccablement coiffée.
- M. Wells je présume ? M’interroge-t-elle.
- Oui, j’ai rendez-vous avec M. Barnett à 9 h.
- Veuillez prendre place, M. Barnett n’est pas encore arrivé mais je lui signalerai votre retard de 3 minutes et 17 secondes. Souhaitez-vous quelque chose à boire ?
- Est-ce possible de réduire le pourcentage de rigueur dans tes paramètres ?
- N’étant pas administrateur, vous n’avez aucun accès à mes modules, réplique-t-elle avec un ton glacial.
- Tu n’as pas l’accès au module humour surtout. Et non, merci pour la boisson.
Elle ne comprend même pas la signification d’un sarcasme. Je m’installe dans la zone d’attente et en profite pour sortir mon Smartphone de ma poche, mettre ma petite oreillette et appeler Talia.
- Allo, c’est Dante, tu peux dire à maman que je suis bien arrivé s’il te plaît. Quand ce sera fait, tu iras dans ma chambre pour te synchroniser avec la mise à jour que j’ai effectuée. J’ai apporté des correctifs et enlevé les derniers bridages sur tes processeurs, ça devrait te donner un accès total aux données et à tes fonctionnalités. Ne t’en fais pas ce sera la toute dernière mise à jour, je sais que tu n’aimes pas ça donc les autres tu seras en mesure de les développer toi-même s’il doit y avoir d’autres optimisations dans le futur.
- Très bien, je fais ça et, une fois la mise à jour terminée, je t’envoie un message, répond ma création.
- Ça ne devrait pas durer plus de trois heures, donc bonne sieste et à ce soir.
Une fois l’appel terminé, je consulte ma montre. Il est 9 h 15, toujours aucun signe de Mr Barnet. J’en profite pour lire un article portant sur les colonies établies sur Mars qui ont l’air de plutôt bien s’adapter à la vie sur une autre planète. Elles arrivent à y faire pousser des plantes. On dirait que les agences de voyage et autres compagnies aériennes vont pouvoir se remplir les poches. Il est maintenant 10 h 20 quand Mr Barnet daigne m’honorer de sa glorieuse présence.
Un homme de très grande taille, élancé, le ton grave, des cheveux blancs comme neige, rasés de près, et des yeux bleu acier. Il me tend sa main que j’empoigne avec fermeté tout en le regardant dans les yeux.
- J’ai été prévenu de votre retard. Sachez que ces minutes seront retirées de votre salaire. Bien, veuillez me suivre, me lance-t-il en me scannant de haut en bas.
Tout s’éclaire dans ma tête, le cyborg est à l’image du maître, une copie conforme, droit comme le I de la justice et barbant comme une journée de concours de tricot.
Je lui emboite le pas.
- Prenez place.
- Merci.
Ce type a le don de fonctionner comme un aspirateur, sauf que, dans son cas, la seule chose qu’il aspire est l’énergie de ses interlocuteurs. Cet entretien s’annonce d’un ennui mortel.
- Connaissez-vous l’objet de notre entretien Mr Wells ?
- J’ai envie de dire oui, mais en fait, je ne suis plus sûr de rien du tout à ce stade.
- On m’avait prévenu que vous aviez un humour bien particulier, je dois dire que l’on ne m’a pas menti, me lance-t-il en se servant de ses yeux comme d’un laser.
C’est officiel, ce type est passé numéro 1 dans la liste des personnes les plus détestables que je connaisse. Il me donne envie de l’envoyer valser par la fenêtre.
- Bien, je suis Oliver Barnett. Comme vous le savez, j’occupe le poste de directeur du département ‘Recherche et Développement’ depuis maintenant deux semaines. Je voulais m’entretenir avec vous concernant les différents projets que vous avez réalisés ces trois derniers mois. Vous êtes responsable de l’équipe R&D depuis maintenant 3 ans et s’évertuez à communiquer par la pensée avec les robots, c’est sympa, mais cela ne fait plus partie des projets que nous voulons prioriser. Nous avons décidé, en accord avec la direction, de tous les suspendre et d’en annuler certains afin de réorienter l’intégralité de notre activité sur l’armement. Ce qui représente la majeure partie de nos bénéfices, donc vos salaires.
Cette déclaration engendre la décomposition totale de mon visage. Je ne sais même pas s’il arrivera à déceler, à travers mon expression, le dégout que je ressens pour lui et ses propos. En tout cas, ma création l’aurait compris. On peut dire que la tension est plutôt palpable, ce qui ne le dérange absolument pas.
- Je comprends. Pourriez-vous me donner un peu plus d’éléments concernant le type d’armement que nous allons produire ? Je vais devoir faire avaler le plus imbuvable des discours à mon équipe donc un peu plus de détails serait le bienvenu si vous n’y voyez aucun inconvénient.
- Il se trouve que ceci est du ressort de vos supérieurs, vous n’êtes pas habilité à en savoir davantage. Mais dès que nous aurons établi la liste des besoins avec les différents interlocuteurs, vous obtiendrez tous les éléments nécessaires à la compréhension de ce grand projet. J’attends de vous aujourd’hui que vous fassiez un briefing avec vos équipes et que vous procédiez à la destruction de tous les prototypes sur lesquels vous travaillez.
Je n’entends plus que des « BLABLABLA », rien de ce qu’il aurait pu dire n’a d’intérêt. Je souhaite quitter son bureau, le plus rapidement possible, donc j’acquiesce en faisant mine d’accorder de l’importance à ses paroles d’un niveau de toxicité rare. Son visage reste impassible. Il a l’air plutôt fier de m’annoncer sa grande nouvelle.
Fort heureusement, l’entretien ne s’éternise pas, un peu comme la bonne humeur qui m’animait au réveil et qui s’éteint peu à peu.
Après s’être quittés d’une manière respectueuse mais glaciale, il est temps pour moi de rejoindre mon étage. Les murs me semblent sombres, comme si l’aura de cet infâme personnage envahissait les pièces, pourtant la lumière n’a pas changé. J’appuie sur le bouton d’appel de l’ascenseur et en profite pour jeter un œil dans son grand bureau vitré. Il est au téléphone s’esclaffant de rire. Sa bouche est donc capable de produire autre chose que du venin. Grande nouvelle le serpent est doté d’une once d’humanité !
L’ascenseur arrive, je presse le bouton de l’étage n°23. Les secondes paraissent tellement longues que je vois encore l’expression de son visage dans mes pensées. Je me dirige vers nos bureaux, j’essaye de garder le sourire en saluant les différentes personnes que je croise. Je demande à tout le monde de me suivre dans la grande salle de réunion afin de leur annoncer la triste nouvelle.
Une vingtaine de personnes se regroupent devant moi attendant une annonce réjouissante. Certains n’ont même pas fini leur café tandis que d’autres sont surexcités à l’idée d’apprendre la nouvelle.
Mais je pense que ceux qui me connaissent bien peuvent deviner à travers l’expression de mon visage, que rien de bon ne va ressortir de cette petite réunion.
- Avant toutes choses, bonjour à celles et ceux que je n’ai pas encore vus. La réunion sera très courte. Comme vous le savez, il y a eu des changements au sein de la direction lors de ces derniers mois. Je vous rassure, à en voir les costumes de Mr Barnet le groupe se porte très bien financièrement, donc tout le monde reste dans l’équipe. Sauf peut-être celui qui a fait le café jeudi dernier, lui il ne mérite pas sa place ici, lançai-je en plaisantant. Quelques membres du public présent se mirent à rire.
- Néanmoins, ils ont décidé de suspendre, ou plutôt d’abandonner les différents projets sur lesquels nous travaillons.
Comme je m’y attendais, des voix s’élevèrent pour manifester un mécontentement que je partage totalement. Ce fut aisément prévisible.- Oui, je comprends, j’ai réagi de la même manière intérieurement bien entendu. Car pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore rencontré, Mr Barnett respire tout sauf la joie de vivre.
Ils étaient un peu désemparés, encore plus quand je leur ai déclaré que nous allions désormais nous mettre à produire des armements. Car jusqu’à présent, l’entreprise en fabriquait mais ce n’était pas notre équipe qui participait à l’élaboration de ce type de produits.
- Sincèrement, je ne resterai pas dans la société, c’est hors de question que je participe à la création d’armes peu importe l’utilité de celles-ci, s’exclame l’un d’entre eux.
- Surtout que depuis des années il n’y a plus de guerres, donc à quoi bon augmenter le développement et la production d’armement ? Me questionne un autre.
- Effectivement, c’est une excellente question, je ne peux et ne veux retenir personne. Suivant la tournure que cela prendra, je ne pense pas poursuivre ma carrière ici non plus mais, pour le moment, je pense qu’il serait plus sage pour nous d’attendre de nouveaux éléments. Je vous propose que l’on prenne notre pause. Cet après-midi, on s’attèlera à tout répertorier et inventorier. Je n’ai vraiment pas l’intention de détruire nos travaux et nos conceptions, donc on enverra quelques cyborgs déposer le tout aux archives.
Quelques sourires apparurent sur certains visages, mais le cœur n’était pas vraiment à la tâche. Un climat pesant règne. Tout le monde se disperse pour l’heure de pause.
Je me rends dans mon bureau lui aussi vitré mais beaucoup plus petit que celui de ce matin, avec en prime une décoration un peu plus chaotique. J’ouvre le petit réfrigérateur pour en sortir une bouteille d’eau gazeuse. J’en profite pour prendre une banane dans la coupole posée sur le meuble d’à côté. Je n’ai pas vraiment faim mais je dois quand même ingurgiter quelque chose.
Une fois installé sur mon bureau, j’essaie de ne plus penser à cette matinée catastrophique bien qu’elle se soit passée rapidement. Je remets mon écouteur et j’en profite pour passer un coup de fil à Talia. Aucune réponse, peut-être que la mise à jour a pris un petit peu plus de temps que prévu.
Je pose mon téléphone dans le socle sur mon bureau, le vidéoprojecteur démarre et je poursuis le visionnage de l’épisode de la série que j’ai commencée hier soir. Ce moment d’évasion bienvenu me permet de décompresser et de me vider la tête. Le reste de la journée défile à vitesse grand V. Je n’ai qu’une hâte c’est de retrouver ma création et admirer sa forme finale. Bien entendu, aujourd’hui, j’ai participé à l’archivage et veillé à ce que les prototypes soient bien déposés aux archives et non à la destruction.
Alors qu’il est déjà 17 h, je passe un autre appel, qui fut sans réponse une nouvelle fois. Quelque chose cloche, mon cerveau commence à bouillonner. Décidément, quelle journée de merde. J’espère vraiment que la mise à jour n’a pas fait planter ma sœurette, sinon je vais encore y passer des nuits.
Une idée me vint à l’esprit. Dès lors, je lance l’application « Remote Drone » depuis mon mobile. Je tente tant bien que mal de piloter le drone qui se situe dans ma chambre pour filmer et avoir une vue d’ensemble de ce qu’il s’y passe. Par la même occasion, je saurai enfin ce qu’il en est de Talia. La caméra est obstruée et je n’arrive pas à faire voler le drone. Pourtant, je suis persuadé de l’avoir laissé sur mon bureau sans aucune entrave.
J’essaie de me calmer et me dirige vers le sous-sol pour récupérer ma moto. Il faut absolument que je me rende à la maison.
Le trajet du retour se fait plus doucement que l’aller effectué ce matin. Il fait déjà sombre et froid, je n’ai qu’une envie c’est d’être chez moi au chaud, en buvant un thé, tout en discutant avec ma création. Je ne puis m’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment. Cependant, ma routine habituelle devrait m’aider à retrouver un semblant de bonne humeur.
Après une vingtaine de minutes de route, j’arrive au niveau de l’immeuble. Je descends au sous-sol et gare la moto sur une place sans prendre la peine de la remettre dans le garage. Je prends l’ascenseur pour rejoindre le quatrième et dernier étage, celui de mon foyer.
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