Amori et dolori sacrum: La mort de Venise
Stanislas de Guaita (1861-1898)
STANISLAS DE GUAITA
(1861-1898)
Si l’on ignore la platitude, l’anarchie et le vague d’une vie
d’interne dans un collège français, on ne comprendra pas la
puissance que prit, sur l’auteur de cette notice, la beauté lyrique,
quand elle lui fut proposée par un de ses camarades du lycée de
Nancy, Stanislas de Guaita. En 1878, il avait dix-sept ans et moi
seize. Il était externe; il m’apporta en cachette les Émaux et
Camées, les Fleurs du Mal, Salammbô. Après tant d’années, je ne
me suis pas soustrait au prestige de ces pages, sur lesquelles se
cristallisa soudain toute une sensibilité que je ne me connaissais
pas. Et comme les simples portent sur le marbre ou le bois dont est
faite l’idole leur sentiment religieux, l’aspect de ces volumes, leur
odeur, la pâte du papier et l’œil des caractères, tout cela m’est
présent et demeure mêlé au bloc de mes jeunes impressions. Il n’est
de vrai Baudelaire pour moi qu’un certain exemplaire disparu à
couverture verte et saturé de musc. M’inquiétais-je beaucoup d’avoir
une intelligence exacte de ces poètes? Leur rythme et leur
désolation me parlaient, me perdaient d’ardeur et de dégoût. Une
belle messe de minuit bouleverse des fidèles, qui sont loin d’en
comprendre le symbolisme. La demi-obscurité de ces œuvres
ajoutait, je me le rappelle, à leur plénitude. Je voyais qu’après cent
lectures je ne les aurais pas épuisées; je les travaillais et je les
écoutais sans qu’elles cessassent de m’être fécondes. Force des
livres sur un organisme jeune, délicat et avide!
Dans une règle monotone, parmi des camaraderies qui
fournissent peu et un enseignement qui éveille sans exciter[7], voilà
des voix enfin qui conçoivent la tristesse, le désir non rassasié, les
sensations vagues et pénibles, bien connues dans les vies
incomplètes. Et celui qui m’ouvre ces livres les interprète comme
moi. Quel noble compagnon, éblouissant de loyauté et de dons
imaginatifs! Nous le vîmes plus tard corpulent, un peu cérémonieux,
avec un regard autoritaire; c’était alors le plus aimable des enfants,
ivre de sympathie pour tous les êtres et pour la vie, d’une mobilité
incroyable, de taille moyenne, avec un teint et des cheveux de
blond, avec des mains remarquables de beauté. Dès 1878, je ne
suis plus seul dans l’univers; mon ami et ses maîtres s’installent
dans mon isolement qu’ils ennoblissent. Telle est l’origine du
sentiment qui me liait à Stanislas de Guaita, lequel vient de mourir,
âgé de trente-six ans. Nous nous sommes aimés et nous avons agi
l’un sur l’autre dans l’âge où l’on fait ses premiers choix libres.
L’année suivante, un autre bonheur m’arriva: la liberté. J’étais
malade de neuf années d’emprisonnement; on dut m’ouvrir les
portes, et, tout en suivant les cours de philosophie au lycée, je vivais
en chambre à la manière d’un étudiant. En été, la mère de mon ami
(il avait déjà perdu son père), s’installait à Alteville, dans la plaine de
l’étang de Lindre; il demeura seul: c’est ainsi que nous avons passé
en pleine indépendance les mois de mai, juin, juillet, août 1880. Ce
temps demeure le plus beau de ma vie.
La musique que faisait le monde, toute neuve pour des garçons
de dix-sept ans, aurait pu nous attirer; en vérité, nous ne l’écoutions
guère. Même notre professeur, ce fameux Burdeau, nous déplaisait,
parce qu’il entr’ouvrait sur la rue les fenêtres de notre classe: nous
le trouvions intéressé! Je veux dire qu’il nous semblait attaché à trop
de choses. Je croyais voir le creux de ses déclarations civiques et
des affaires de ce monde auxquelles il prétendait nous initier. Si je
cherche à m’expliquer les images qu’ont laissées dans mes yeux
mes condisciples, tels que je les vis au moment où, dans ses
prêcheries, ce singulier professeur quittait l’ordre purement scolaire
pour le champ de l’action, je crois comprendre que nous étions trois ou quatre dans un état en quelque sorte mystique, et disposés à lui
trouver des manières électorales.
Ainsi nous avions atteint aux extrémités de la culture idéaliste,
quand nous pensions être sur le seuil. Absolument étrangers aux
controverses qui passionnaient l’opinion, nous les jugions faites pour
nous amoindrir. En revanche, nous n’admettions pas qu’un
romantique ou que le moindre parnassien nous demeurât fermé.
Toute la journée, et je pourrais dire toute la nuit, nous lisions à haute
voix des poètes. Guaita, qui avait une santé magnifique et qui en
abusait, m’ayant quitté fort avant dans la nuit, allait voir les vapeurs
se lever sur les collines qui entourent Nancy. Quand il avait réveillé
la nature, il venait me tirer du sommeil en me lisant des vers de son
invention ou quelque pièce fameuse qu’il venait de découvrir.
Combien de fois nous sommes-nous récité l’Invitation au Voyage,
de Baudelaire! C’était le coup d’archet des tziganes, un flot de
parfums qui nous bouleversait le cœur, non par des ressouvenirs,
mais en chargeant l’avenir de promesses. «Mon enfant, ma sœur,—
songe à la douceur—d’aller là-bas vivre ensemble!—Aimer à loisir,—
aimer et mourir—au pays qui te ressemble...» Guaita s’arrêtait au
tableau d’une vie d’ordre et de beauté: «Des meubles luisants,—
polis par les ans,—décoreraient notre chambre;—les plus rares
fleurs—mêlant leurs odeurs—aux vagues senteurs de l’ambre...»
Mais le point névralgique de l’âme, le poète chez moi le touchait,
quand il dit: «Vois sur ces canaux—dormir ces vaisseaux—dont
l’humeur est vagabonde;—c’est pour assouvir ton moindre désir...»
Mon moindre désir! j’entendais bien que la vie le comblerait.
En même temps que les chefs-d’œuvre, nous découvrions le
tabac, le café et tout ce qui convient à la jeunesse. La température,
cette année-là, fut particulièrement chaude, et, dans notre aigre
climat de Lorraine, des fenêtres ouvertes sur un ciel étoilé que
zébraient des éclairs de chaleur, la splendeur et le bien-être d’un
vigoureux soleil qui accablait les gens d’âge, ce sont des sensations
qui dorent ma dix-huitième année. Voilà le temps d’où je date ma
naissance. Oui, cette magnificence de la nature, notre jeune liberté, ce monde de sensations soulevées autour de nous, la chambre de
Guaita où deux cents poètes pressés sur une table ronde
supportaient avec nos premières cigarettes des tasses de café, voilà
un tableau bien simple; et pourtant rien de ce que j’ai aimé ensuite à
travers le monde, dans les cathédrales, dans les mosquées, dans
les musées, dans les jardins, ni dans les assemblées publiques, n’a
pénétré aussi profondément mon être. Certainement Guaita avait, lui
aussi, conservé de cette époque des images éternellement
agissantes. Nos années de formation nous furent communes; c’est
en ce sens que nous étions autorisés à qualifier notre amitié de
fraternelle.
Mon ami était poète. Déjà du lycée il adressait des vers à une
petite revue parisienne, et j’avais lu avec frémissement mon nom
dans la dédicace d’un sonnet. Quand nous fûmes inscrits à la
Faculté de Droit, je rêvai d’avoir du talent littéraire. J’employai le
moyen recommandé aux élèves qui veulent devenir des latinistes
élégants. Je possède encore les cahiers d’expressions où j’ai
dépouillé Flaubert, Montesquieu et Agrippa d’Aubigné pour
m’enrichir de mots et de tournures expressives. Après tout, ce travail
absurde ne m’a pas été inutile. Ma familiarité avec les poètes, non
plus. Un des secrets du bon prosateur n’est-il pas de trouver le
rythme convenable à l’expression d’une idée? Ces soucis de
rhétorique détruisent, je sais bien, le goût de la vérité, et l’on perd de
vue sa pensée si l’on se préoccupe trop de moduler et de nuancer.
Mais comment eussions-nous touché le fond des choses, quand
nous ne connaissions que les brouillards divins qui flottent sur les
cimes? On nous disait beaucoup que nous suivions une mauvaise
méthode, mais on nous le disait d’une mauvaise manière. Quand on
attaque l’esprit religieux avec l’esprit plaisantin, on se fait mépriser
par toute âme un peu délicate; les arguments vulgaires de ceux qui
méprisaient notre direction poétique ne pouvaient nous toucher.
Tout l’univers pour nous, je le vois maintenant, était désossé, en
quelque sorte, sans charpente, privé de ce qui fait sa stabilité dans ses changements. A cette époque me suis-je jamais demandé:
«Quelle est cette population, quelle est sa terre, le genre de ses
travaux, son passé historique? Les sommes déposées dans ses
caisses d’épargne augmentent-elles ou non? Et le nombre des
élèves dans ses collèges, et la consommation de la houille?» Ces
curiosités étaient au-dessus de ma raison, qui, si elle en avait eu
quelque éveil, aurait mis sa fierté à les écarter. Et pourtant cet ordre
réel que je croyais le domaine des hommes sans âme, des
fonctionnaires ou des financiers, m’eût apparu magnifique si d’un
mot l’on m’avait mis au point pour le voir en poète et en philosophe.
Puisque nous vivions chétivement de notre moi tout rétréci, nous
aurions pu du moins examiner à quel rang social nous étions nés,
avec quelles ressources, étudier les forces du passé en nous, enfin
évaluer notre fatalité. Nous sommes les prolongements, la suite de
nos parents. Ce sont leurs concepts fondamentaux qui seuls
sauront, avec un accent sincère, chanter en nous. Dans ma maison
de famille ai-je écouté végéter ma vérité propre? Frivole ou plutôt
perverti par les professeurs et leurs humanités, j’ignorais le grand
rythme que l’on donne à son cœur si l’on remet à ses morts de le
régler. L’un et l’autre, au lieu de connaître, pour les accepter, nos
conditions sociales, notre conditionnement (comme on dit des
marchandises et encore des athlètes), nous évoquions en nous les
sensations les plus singulières des individus d’exception qui
s’isolèrent de l’Humanité pour être le modèle de toutes les
exaltations.
Bien que nous fussions fort différents, Guaita, aimable, heureux
de la vie, sociable, ouvert à toutes les impressions, et moi, trop
fermé, qu’on froissait aisément, nous n’étions pas faits pour calmer
notre pensée. Je crains que je ne l’aie détourné des études
chimiques pour lesquelles il était doué et préparé. En ce cas, j’aurai
nui à nous deux. S’il avait suivi son impulsion naturelle et son
premier projet de travailler avec M. Sainte-Claire Deville, un peu de
sciences exactes nous aurait rattachés aux réalités.
Certes, nous n’étions pas de ces petits esthètes, comme on en
voit à Paris, qui collectionnent chez les poètes des beautés de
colifichet et qui en rimaillant se préparent à être des vaudevillistes ou
des mondains. La littérature n’était pas pour nous lectulus florulus,
un petit lit de repos tout fleuri. Nous étions prodigieusement agités;
je n’aurais pas passé les nuits de ma vingtième année avec des
poètes s’ils eussent été incapables de me donner la fièvre. Guaita,
dont les puissances alors intactes étaient avides de sensations,
voyait dans les volumes de vers sur lesquels il passait sa jeunesse
autre chose qu’un bassin d’eau claire où frissonnent des carpes
baguées. Mais précisément les incantations des lyriques ont mis
dans nos veines un ferment si fort que ce fut un poison.
Les poètes vivent sur un petit nombre de lieux communs; chacun
d’eux les reprend, les rafraîchit, les renouvelle et les fortifie avec sa
magie propre: aussi un être en formation, s’il se soumet à cette
action constante et presque monotone de leur génie, verra
forcément leurs thèmes se mêler à sa substance. L’indifférence de la
nature aux joies et aux souffrances de l’humanité, notre incapacité
de diriger notre destin, la vanité des succès et des échecs devant la
fosse terminale, voilà quelques-uns de leurs principes, et, chevillés à
notre âme, transformés en sensibilité, ils nous prédisposent à
l’impuissance.
Je suis très frappé de ce que m’a dit un médecin sur la fameuse
question des sœurs dans les hôpitaux. Après m’avoir expliqué
comment ces nobles femmes valent pour créer une atmosphère,
combien elles sont excellentes près du lit d’un mourant, où la
coquetterie d’une jeune femme laïque pourrait être abominable, cet
homme compétent ajoutait: «... Dans les services de chirurgie et
quand il s’agit qu’un fil ne soit pas contaminé, quand il faut prendre
des précautions extrêmement minutieuses, on ne peut pas compter
sur des créatures qui croient à l’intervention d’en haut et qui disent:
si Dieu veut le sauver, il le sauvera bien!... Nulle bonne volonté
d’obéir n’y supplée: elles possèdent au plus profond de leur être une
loi, une foi, qui les prédispose à ne pas tenir un compte suffisant de
nos méthodes antiseptiques.»
Selon moi, ce raisonnement s’applique à ceux qui ont laissé le
romantisme et ses grands thèmes lyriques descendre au fond d’eux-
mêmes et les constituer. Qu’est-ce qu’un homme d’action qui s’est
habitué à méditer sur la mort? Mettriez-vous votre enjeu sur un
individu assez philosophe pour sourire des précautions minutieuses
d’un ambitieux, sous prétexte qu’on ne peut guère prévoir utilement
plus de cinq ou six accidents et que le nombre des possibles est
illimité? Et comme c’est agréable de s’embarquer avec un sage qui
nous déclare au moment critique: «Après tout, les choses n’ont que
l’importance que nous leur donnons, et tourne qui tourne, il n’y aura
rien de changé dans l’univers.» Je reconnais que dans certaines
circonstances de ma vie active, je me serais évité des échecs, si
j’avais pu écraser cette petite manie raisonneuse et dégoûtée qui fait
si bon effet dans les grands ramages littéraires. Vivent le bon sens
tout plat, la raison prosaïque, quand leur tour est venu! Dans un plan
où seul le succès compte, les vérités supérieures ne sont plus
qu’une cause de chute, et s’y élever, c’est précisément le fait d’un
esprit subalterne.
Grande inconséquence de notre éducation française, qu’elle
nous donne le goût de l’activité héroïque, la passion du pouvoir ou
de la gloire, qu’elle l’excite chaque jour par la lecture des belles
biographies et par la recherche des cris les plus passionnés, et
qu’en même temps elle nous permette de considérer l’univers et la
vie sous un angle d’où trois cents millions d’Asiatiques ont conclu au
Nirvana, la Russie au nihilisme et l’Allemagne au pessimisme
scientifique! Cette contradiction ne serait-elle pas le secret essentiel
de cette élégante impuissance de nos jeunes bacheliers qu’on a
signalée, qu’on n’a pas comprise et qu’on a appelée décadence?
De 1879 à 1882, toutefois, cette hygiène détestable nous avait
fait heureux. Nous vivions de nos nerfs, sans connaître que nos
réserves s’épuisaient. Comment fûmes-nous un jour placés en face
de notre vide et de quel côté avons-nous cherché une nourriture et
un terrain où prendre racine?
Je suis excusable d’avoir jusqu’à ce moment de mes souvenirs
parlé autant de moi que de mon ami. Je ne pouvais démêler, sans
en arracher des parties essentielles, nos jeunesses et nos
sentiments qui se développèrent en s’enchevêtrant. En 1882, nous
quittons Nancy et dès lors nos vies vont se différencier. Si je suis
passé de la rêverie sur le moi au goût de la psychologie sociale,
c’est par des voyages, par la poésie de l’histoire, c’est surtout par la
nécessité de me soustraire au vague mortel et décidément
insoutenable de la contemplation nihiliste. Mais Guaita, ayant cette
originalité de n’être pas un analyste dans une époque où nous le
sommes tous, évolua d’une façon autrement rare; il sortit de la
situation morale un peu critique où nous nous trouvions par une
porte magnifique et singulière que nous franchirons avec lui d’un
élan impétueux, en ligne droite jusqu’à la tombe, où il repose,
réconcilié par la mort avec les conditions générales de l’humanité.
Guaita avait peu d’analogie avec Paris; il ne sut guère en prendre
l’esprit. Nous y débarquâmes vers le même temps (novembre 1882,
janvier 1883); je courus au canon; après quelques excursions de
reconnaissance, il se cantonna dans sa bibliothèque et dans ses
tentatives poétiques.
De naissance il possédait un magnifique sens religieux. On ne
peut s’en faire une idée complète sur ses recueils de vers, parce
qu’il trouva un éditeur avant de s’être trouvé lui-même. Pourtant
Mater dolorosa[8], Pueri dum sumus, A la dédaignée, A Maurice
Barrès, Hymne à Cybèle[9], d’autres pièces flottantes encore
marquent une direction significative. Quelque chose à définir, le
sentiment du divin prenait possession de Guaita. Peu à peu il perdit
le goût de la création pour s’abîmer dans la recherche des lois. Nous
avons vu de même un Sully-Prudhomme se stériliser ou s’égarer
dans les régions de la pensée spéculative. Celui-ci, pourtant, ancien
candidat à l’École Polytechnique, possédait une préparation spéciale
et puis il inclinait au positivisme où répugnait nettement mon ami.
Schiller parle d’une certaine tendance philosophique qui caractérise les natures sentimentales; il ajoute fort justement que ce n’est
qu’avec le secours de la philosophie qu’on peut philosopher et que,
privé de cette base, on tombe infailliblement dans le mysticisme.
Quand des hasards de lecture mirent Guaita en présence des
vieux mythes qui déjà par leur pittoresque baroque devaient
échauffer ses instincts imaginatifs de poète, il s’éprit de systèmes où
étaient traduits les efforts de pures énergies spirituelles pour
s’affranchir de la matière qui les emprisonne, pour s’élargir dans
l’espace et le temps, pour se désincarner. Il donna son adhésion
immédiate à une doctrine affirmant la liaison de tous les
phénomènes qui nous semblent séparés. Le chimiste qui connaissait
l’hypothèse moderne de l’unité de la matière, le rêveur qui avait
toujours usé instinctivement des procédés de l’intuition et de
l’analogie pour embrasser les ensembles, trouva dans l’antique
sentier des mages les matériaux pour se dresser un abri à sa
mesure et selon ses besoins. Guaita était prédestiné; la grâce lui
vint, je me le rappelle, sur une lecture du Vice suprême. Il lut Eliphas
Lévy et visita M. Saint-Yves d’Alveydre. Dès lors ce fut fini de la
versification; il devint l’historien des sciences occultes. Et ces vieilles
momies dont il déroulait les bandelettes lui donnèrent leur sagesse
en échange de sa santé dont il les ranima.
Dans les croyances de nos modernes Rose-Croix, que reste-t-il
des cultes primitifs de l’Orphisme, des mystères antiques sur
lesquels se greffèrent les doctrines néo-platoniciennes et les
systèmes du moyen âge?... J’essayerai au moins de donner une
impression des études que mon ami venait d’aborder et qui
disciplinèrent sa vie.
La mosquée, aujourd’hui cathédrale de Cordoue, est une forêt de
colonnes précieuses, marbres rares, jaspe, porphyre, brèche verte
et violette. Jadis on en comptait quatorze cent dix-neuf; sept cent
cinquante subsistent. Pour les accumuler, le calife Abderrhaman
razzia d’immenses espaces. De Raya, de Constantinople, de Rome
et sans doute des ruines de Carthage, elles furent apportées. Quelquefois leurs chapiteaux sont aussi barbares que ceux des
temples primitifs de l’Arabie, et, tout à côté, on retrouve la
délicatesse des mosquées du Caire, de Damas et de Ceifa. Dans la
demi-lumière de cette incomparable Djamy, l’imagination s’enivre à
s’associer au voyage de ces belles indifférentes qui, vers l’an 786,
après avoir soutenu et paré durant des siècles les palais asiatiques
et africains, vinrent, ballottées par les flots, dans cette Cordoue où
notre main les caresse, et qui, par un nouveau détour des destins,
issues des temples d’Astarté et de Janus, ayant cessé de glorifier
Allah, collaborent aujourd’hui au prestige catholique.
La beauté de ces courtisanes nous attire, et, prolongée si tard
dans la vieillesse, elle nous trouble. Quand tous les dieux dont elles
portèrent les toits seraient vaincus, elles verraient encore des fidèles
—artistes, archéologues, tous ceux dont les cordes de l’imagination
s’ébranlent sous les doigts de la mort—baiser leurs marbres polis
par une suite immense d’actes de foi...
A chacun des Essais de Sciences maudites qu’il me faisait
parvenir, mon ami me pressait d’adhérer à ses croyances; je ne pus
jamais les prendre que pour de magnifiques invitations au voyage.
Ces rêveries naquirent jadis dans les vallées de l’Euphrate et du
Tigre, ou plus avant encore dans les siècles où notre regard se perd;
après avoir nourri Pythagore et ses émules, après avoir fourni des
notions à Platon et retrouvé pour disciples les critiques et les
philosophes érudits d’Alexandrie, après avoir apporté une part dans
l’œuvre de Spinoza, de Hegel, et par là, si l’on veut, imprégné la
conception de l’univers dont vit notre siècle, elles luisent doucement
—comme les porphyres et les jaspes de Cordoue—dans un canton
délaissé de l’esprit moderne, où Guaita trouva son contentement.
Des doctrines qui ont été les colonnes des temples les plus
importants de l’humanité s’imposent à notre vénération. Et, pesant
l’œuvre du compagnon de ma jeunesse, je dis: «Sa part fut noble,
puisqu’il nous a donné l’expression la plus récente de la plus antique
des littératures ecclésiastiques!»
Il paraît qu’à la fin du siècle dernier la tradition de l’occultisme se
trouva fort compromise; une terrible lutte venait d’éclater entre les
sociétés blanches (illuminés et martinistes) et les sociétés rouges
(jacobins); la Révolution de 1789 fut un épisode de ces querelles.
(Je parle d’après le Dr Encausse; je n’ai pas besoin d’avertir que je
suis loin d’attacher à ces versions une valeur historique; mais pour
faire connaître superficiellement ces doctrines, il faut indiquer leur
partie légendaire aussi bien que leur partie dogmatique.) Les
sociétés spiritualistes, diminuées, mais non écrasées, s’attachèrent
à conquérir les intellectuels; la masse fut abandonnée aux
philosophes et aux athées. Fabre d’Olivet, Eliphas Lévy, Lucas
Wronski, Vaillant et Alcide Morin gardaient et augmentaient le trésor
de l’occultisme. De 1880 à 1887, les initiés s’émurent, car des
sociétés étrangères intriguaient pour dépouiller la France et pour
porter à Londres la direction de l’occultisme européen. Peut-être
même voulait-on anéantir l’œuvre des véritables maîtres de
l’Occident! C’est alors qu’intervint Guaita. Il se proposait une triple
tâche: l’étude des classiques de l’occulte, la méditation ou effort pour
entrer en communion spirituelle avec l’unité divine, enfin la
propagande. Pour mener à bonne fin cette reconstitution, cette
«réforme», comme disent ses disciples, il sortit des ténèbres l’Ordre
kabbalistique de la Rose-Croix qui comprend trois grades, le
baccalauréat, la licence et le doctorat en Kabbale, accessibles par
des examens. Il en fut le grand maître et il l’administrait avec le
concours d’un conseil suprême, composé de trois chambres.
«L’école matérialiste officielle, nous dit le D r Encausse, menaçait
de faire disparaître à jamais les hauts enseignements des
Hermétistes et des Kabbalistes chrétiens. A côté des classiques du
positivisme, la Rose-Croix créa les classiques de la Kabbale, Eliphas
Lévy, Wronski, Fabre d’Olivet, et mit à l’étude les œuvres des
véritables théosophes, Jacob Boehm, Swedenborg, Martinez
Pasqualis, Saint-Martin, qui sont les seuls que la théosophie, digne
de ce véritable nom, connaîtra plus tard, comme ce sont les seuls
qui furent connus du e XV au e XIX siècle. Bientôt des élèves nombreux et déjà versés dans les sciences et les lettres profanes, ingénieurs,
médecins, professeurs, littérateurs, accoururent. Cette floraison
d’intellectualité s’imposa vite à toutes les sociétés initiatiques de
l’étranger par la publication d’une belle série de thèses de doctorat
en Kabbale. C’est Guaita qui la dirigeait. Sa prodigieuse érudition lui
permettait d’indiquer en toute sûreté les sujets de thèse pour la
grande gloire de l’ordre et de la vieille réputation des écoles
initiatiques françaises. Grâce à cet ordre de la Rose-Croix, une
véritable aristocratie d’intellectuels était créée dans l’initiation, un
Collège de France de l’ésotérisme était constitué et son influence
s’étendait vite au loin.»
Telle est l’œuvre que les occultistes ont vu Guaita accomplir. Il a
réformé leur petite communauté; ils sont juges de l’accroissement de
forces qu’ils reçurent de son intervention. Il laisse trois gros volumes:
Essais de Sciences maudites, qui semblent devoir se placer auprès
des grands classiques de l’Occulte, respectés et consultés comme
des Bibles[10].
Chacun a ses limites. Un ouvrage qui peut transformer tel être ne
saura rien dire à tel autre. Qu’en conclure? Tout livre a pour
collaborateur son lecteur. On l’accorde des traités de science et de
philosophie où il faut que l’étudiant apporte des aptitudes et aussi
une instruction préalable. C’est vrai d’une façon plus absolue encore
pour des œuvres d’une qualité religieuse qu’on ne peut aborder
qu’avec un état d’esprit spécial. Moi qui ne distingue qu’une
poussière dont je suis tout incommodé sur la route royale des
Boehm et des Swedenborg, je suis indigne de décrire les vastes
espaces où mon ami avait installé ses tentes et recevait l’hommage
de ses émules. Si je trouve à ses Essais une forme très déterminée
et un sens peu arrêté, c’est que je ne me suis pas conformé à la
maxime hermétique: «Lege, lege, lege et relege, labora, ora et
invenies.» Mais quoi! je l’ai aimé, je me représente les états
successifs de sa sensibilité. Je sais qu’il fut un philosophe, si,
comme je le crois, la philosophie, c’est devant la vie le sentiment et
l’obsession de l’universel, et devant la mort l’acceptation. J’avais pour devoir de fixer quelques-uns des traits de cette noble et chère
figure. Quant à son œuvre d’occultisme, je la confie aux élèves qu’il
a formés. Précisément, dans une étude sur Guaita, et parlant de
leurs maîtres communs, les Guillaume Postel, les Reuchlin, les
Klunrath, les Nicolas Flamel et les Saint-Martin, le D r Marc Haven a
écrit une phrase forte: «Ces hommes furent d’âpres conquérants, en
quête de la toison d’or, refusant tout titre, toute sanction de leurs
contemporains, parlant de haut, parce qu’ils étaient haut situés et ne
comptant que sur les titres qu’on obtient de ses propres
descendants[11].»
Nous avions gardé de notre jeunesse, Guaita et moi, l’habitude
de lire à haute voix, quand nous passions une soirée ensemble. Une
année avant sa mort et comme il m’avait lu une des autorités de
l’Occulte, je pris l’incomparable conversation de Pascal avec M. de
Sacy, qui avec ses deux pentes contrastées et fécondes est, pour
mon goût, le sommet le plus solide à l’œil, le plus fier et le plus
caractéristique du grand massif littéraire français. Mon ami, familier
des nuages, se trouvait là, je crois bien, sur des coteaux trop
modérés. Nous discutions, et je lui répétais après Pascal: «Il faut
être pyrrhonien, géomètre, chrétien, c’est-à-dire qu’il faut d’abord
une analyse aiguë, puis un raisonnement puissant, et, seulement
après une dévotion passionnée, l’enthousiasme, le stade religieux.»
A bien y réfléchir, ma critique ne portait pas complètement: Guaita
n’était point un enthousiaste sans assises. Dans les croyances de
nos modernes Rose-Croix une proportion notable d’éléments
scientifiques se mêlent à ces monstrueux amalgames auxquels les
superstitions de l’Orient et celles de l’Occident, les excès du
sentiment religieux et de la pensée philosophique, l’astrologie, la
magie, la théurgie et l’extase donnent une couleur propre à
enchanter un ancien poète parnassien. Des vérités scientifiques
forment le canevas sur lequel se plaisent à broder l’imagination,
l’esprit de système et une érudition peu critique. Guaita aimait à
s’autoriser d’une phrase de M. Berthelot: «La philosophie de la
nature qui a servi de guide aux alchimistes est fondée sur
l’hypothèse de l’unité de la matière; elle est aussi plausible au fond que les théories modernes les plus réputées aujourd’hui. Les
opinions auxquelles les savants tendent à revenir sur la constitution
de la matière ne sont pas sans analogie avec les vues profondes
des premiers alchimistes.»
Le Dr Paul Hartenberg, qui fut un des familiers de Guaita dans
les dernières années, nous donne son témoignage: «Guaita aimait à
m’interroger sur le mécanisme psychologique des idées fixes, des
obsessions, des hallucinations, qui ont une si grande part dans les
préoccupations des occultistes. C’est qu’il avait la conviction que le
merveilleux et le surnaturel ne présentent que des modalités, encore
inexpliquées, du phénoménisme naturel et n’infirment en rien les
grandes lois qui régissent la vie universelle. Il savait que sous les
voiles complaisants des symboles se cachent quelques vérités
simples et éternelles. Parfois même il regrettait toute cette
terminologie mystérieuse, tous ces attributs déconcertants et surtout
la rhétorique sonore dont certains entourent les doctrines
ésotériques.»
Mais ne prendrais-je pas un souci superflu et un peu puéril en
voulant faire rentrer Guaita dans les gros bataillons de la science?
Ceux qui essaient de définir l’infini et d’exprimer l’ineffable sont
entraînés à tracer des figures insuffisantes et un peu ridicules. Il
serait injuste de s’arrêter à ce que les études des occultistes
semblent avoir de bistourné, de confus et de verbal, puisque pour un
groupe d’hommes de valeur elles sont un langage clair et un lien de
haute moralité. Il serait criminel de chercher à extirper ce qui nous
semble un peu charlatanesque dans ces doctrines, car on risquerait
avec ce faux purisme d’atteindre leurs parties essentielles, les
organes de vie par lesquels elles adhèrent si profondément à l’âme
de leurs fidèles. Il me semble que si l’on veut se placer juste au point
convenable pour apprécier un penseur comme Guaita, il faut d’abord
méditer et accepter la belle formule gœthienne: «Ne rien gâter, ne
rien détruire.» C’est entendu, mon ami ne marchait pas d’accord
avec les idées à la mode de son temps. C’est entendu encore, ce
mouvement général qui met aujourd’hui chaque génération à la suite
des livres de classes arrêtés par M. le ministre de l’Instruction publique ne laisse pas d’avoir du grandiose, et un tel accord peut
être interprété comme un hommage à la Vérité. Cependant, les
types fortement accusés, s’ils n’ont plus d’emploi dans une société
où tout tend à les réduire et qui marche en rang de collégiens,
doivent être recueillis par les gens de culture. Les esprits vulgaires
veulent que leur état propre soit le type de l’intégrité intellectuelle. Ils
traitent d’aliénation la mélancolie si raisonnable des Rousseau, des
Byron. Ces grands hommes, en effet, ne possédèrent jamais le
magnifique équilibre des imbéciles. La bizarre indépendance de mon
ami, chez qui il y avait du sang allemand, est un beau legs du Nord à
notre discipline latine.
Si nous maintenons notre regard sur la biographie de Guaita et si
nous la fixons avec ce sentiment généreux qui laisse les images
prendre dans l’esprit toute leur importance, elle nous permettra de
nous représenter ce que furent dans le passé certaines vies
religieuses. J’ai lu de pitoyables notices sur Guaita. Pour mettre des
couleurs exactes dans son portrait, nous devons marquer comme
ses dominantes sa parfaite simplicité de manières et une sorte de
beauté morale qui, ne cherchant aucun effet, conquérait d’autant
plus fortement.
Osons le mot dans une notice sur un théosophe: Guaita
s’enfermait dans la catégorie de l’Idéal. Son effort continuel était de
s’en faire une image plus épurée et pour cela de se perfectionner.
Lui qui écrivit des livres où la science de Dieu est tout abstraite et
desséchée, il mêlait à tous les actes de sa vie le sentiment religieux
le plus noble, le plus facile, le plus libre dans son développement.
Nous avons le droit de considérer comme un culte permanent—peu
arrêté, peu clair, mais par là d’autant moins critiquable—sa
délicatesse de conscience, l’enthousiasme de ses veilles, les
scrupules qu’il apportait avec les rares amis de sa solitude. Hors la
beauté morale, tout lui était étranger.
Cette inaptitude à tout ce qui n’est pas la vie la plus hautement
noble concordait d’une façon excellente avec ses manières d’homme parfaitement courtois. Ses amis l’ont vu dans deux cadres
fort inégaux en agréments, mais l’un et l’autre appropriés à un
solitaire mystique. Il passait cinq mois de l’année dans un petit rez-
de-chaussée de l’avenue Trudaine, où il recevait quelques
occultistes. Il demeurait parfois des semaines sans sortir. Il avait
amassé là toute une bibliothèque étrange et précieuse; des textes
latins du moyen âge, des vieux grimoires chargés de pantacles, des
parchemins enluminés de miniatures, les éditions les plus estimées
des Van Helmont, Paracelse, Raymond Lulle, Saint-Martin, Martinez
Pasqualis, Corneille Agrippa, Pierre de Lancre, Knorr de Rosenroth,
des manuscrits d’Eliphas, des reliures signées Derome, Capé,
Trautz-Bauzonnet, Chambolle-Duru, des ouvrages de science
contemporaine. «Dans cette atmosphère, habitée par les plus
audacieuses intuitions de l’esprit humain, dit un de ses visiteurs,
semblaient flotter des pensées et on respirait de l’intelligence.» On y
était hors du temps. Guaita, qui lisait rarement les journaux, classait
les hommes de notre époque, non d’après leur personnalité ou leur
situation acquise, mais selon le profit qu’il tirait de leurs œuvres.
Cette manière faite d’équité et d’égoïsme intellectuel l’amenait à
contredire nos raisons, nos modes et aussi le sens commun. Dans
cette faculté que garda Guaita de vivre et de penser en dehors des
conditions générales de l’époque, je reconnais les habitudes que
nous avions prises au beau temps de notre jeunesse et quand nous
nous donnions nos fièvres cérébrales à Nancy. De telles conceptions
comportent bien de la naïveté; on y reconnaît l’influence des poètes
qui nous formèrent le jugement et qui pour la plupart ont écrit leur
chef-d’œuvre quand ils étaient tout jeunes, tout inexpérimentés.
Mais enfin, c’est une avoine, cette illusion, et qui aide à trotter. Tout
un petit monde de travailleurs respirait de la force dans cet air raréfié
où Guaita se confinait avenue Trudaine. J’y étais aimé sans variation
à craindre, puisque c’était pour notre passé. Les amis de notre
jeunesse qui meurent, ce sont des témoins dont l’absence peut nous
faire perdre les plus graves procès: eux, voyaient les racines et
reconnaissaient la nécessité de certains de nos actes, que les
étrangers dorénavant jugeront en bien ou en mal, selon les
convenances de leur politique.
Les sept mois qu’il passait hors de Paris, Guaita les vivait à la
campagne, auprès d’une mère admirable, dans une intimité de
sentiments religieux qui correspondaient à sa conception morale de
l’univers. Le château d’Alteville est situé dans la partie la plus
solitaire de la Lorraine allemande, parmi les vastes paysages de
l’étang de Lindre. Un ciel le plus souvent bas, un horizon immobile,
un silence jamais troublé que par le cri des paons, des bois de
chênes toujours déserts, un vieux parc avec quelques bancs bien
placés, des appartements où demeure le calme des vies qui s’y
développèrent, tout ce décor immuable de son enfance favorisait ses
méditations larges et monotones. Il les poursuivait durant toutes les
nuits. En prolongeant ainsi ses réflexions voulait-il compenser la
brièveté de sa vie? Il lui plaisait au terme de ses veilles de voir
poindre le jour: aurore triomphant des épais rideaux, promesse que
la nature faisait à ce chercheur d’absolu et que la mort vient
d’acquitter! C’est auprès d’Alteville, contre l’église de Tarquimpol,
que Guaita est enterré, le dernier, tout au moins pour la branche
française, d’un nom estimé depuis des générations[12].
Si j’essaie de me rappeler le temps que j’ai vécu depuis ma
jeunesse, je n’y retrouve que mes rêves. En remontant leur pente
insensible, je m’enfonce dans une demi-obscurité qui leur est facile
comme les nuits d’Orient. Elle me laisse apercevoir seulement des
ruines et des feuillages; ce sont quelques images illustres et des
temples, que jadis j’ai interrogés, et puis les lauriers, les chênes
verts d’Italie, les jardins parfumés d’Espagne, qui m’ont excité à jouir
de la vie. Sur ce petit chemin et dans cette atmosphère romanesque,
il ne manquait rien qu’un tombeau. Celui qui dans un terme si court
vient d’être élevé au compagnon de ces grandes débauches de
poésie, pendant lesquelles nous avions presque effacé la vie réelle,
m’avertit de l’unique réalité.
Juin 1898.
UNE IMPÉRATRICE DE LA SOLITUDE
A René Quinton, au savant biologiste que
nous remercions de quatre pages inestimables
sur la qualité fondamentale et la suprématie de
l’esprit français.