Asphyxie

Amy McCulloch · Chapitre 22 sur 57

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Asphyxie

Chapitre 22

– 22 –

 

Le lendemain matin, avant le petit déjeuner, Cecily, encore blottie dans son sac de couchage, relisait son brouillon. La veille, à son retour à la puja, elle avait cherché Doug en vain. Elle ne l’avait pas davantage trouvé dans la tente des communications. Après être restée un moment à observer les festivités, elle s’était effondrée dans sa tente. La journée avait été longue, et son esprit était aussi exténué que son corps.

Les révélations de Dario l’avaient troublée. Jamais elle n’avait imaginé Charles trichant dans le cadre de sa mission, tant sa réputation était sans tache. C’était un alpiniste aussi doué que résistant ; personne n’aurait eu l’idée de remettre en question sa capacité à évoluer en style alpin. Cependant, si personne ne l’observait et si une corde fixe se présentait… s’y agripperait-il ?

N’importe qui n’hésiterait pas à céder à la tentation si sa vie était en jeu. C’était la seule explication possible.

À l’intégrité s’opposait la sécurité. Wild Outdoors lui réclamait un article qui ferait du bruit ; elle avait peut-être la matière nécessaire pour cela, un récit nettement plus captivant qu’une tentative de battre un record.

En sortant de sa tente, elle trouva le campement très calme, ce qui formait un contraste saisissant par rapport à la veille au soir, mais ses équipiers étaient levés et s’activaient déjà. Zak marchait légèrement à l’écart, son téléphone brandi dans les airs dans l’espoir de capter quelque réseau. Quant à Grant, il enchaînait des pompes devant sa tente. Très étonnée de le voir dépenser tant d’énergie à une telle altitude, Cecily, en s’approchant, en comprit la raison : Irina buvait du café, installée sur une chaise pliante près de la tente de Grant. Elle y avait sans doute passé la nuit.

Doug et Mingma émergèrent de la tente des communications, le guide portant à bout de bras un ordinateur ouvert. Il fronça les sourcils lorsqu’il aperçut Grant. Mingma lui chuchota quelque chose, ce à quoi Doug hocha sèchement la tête avant de disparaître dans la tente de la cuisine.

– Grant, dai, je t’en prie, tu ferais mieux de te reposer, dit Mingma.

– Je me maintiens en forme, c’est tout, répondit l’intéressé sans interrompre son exercice. Je tiens à être prêt quand on grimpera tout là-haut.

– Je ne crois pas que ce soit une simple suggestion, commenta Irina, qui se leva et s’étira. Bon, je retourne à mon campement. Ravie d’avoir fait votre connaissance à tous.

– Hop ! Terminé ! dit Grant en se relevant d’un bond, les joues rouges à la suite de son effort. On se revoit en haute montagne, Irina ?

– Certainement, lança la Russe en s’éloignant du campement Manners Mountaineering, croisant Galden au passage.

– Qui réclamait du wifi ? demanda le jeune sherpa, les mains sur les hanches.

– Moi ! brailla Zak.

Ils rêvaient tous d’accéder à Internet, en réalité. Grant frappa dans ses mains et Élise sortit la tête de sa tente. Galden aurait dû se douter que sa proposition les ferait tous se dresser tels des suricates, avides de se connecter.

– Suivez-moi, dit-il.

Cecily courut à sa tente, où elle attrapa son ordinateur, ses envies de déjeuner envolées. Galden les guida jusqu’au campement de Summit Extreme, qu’ils traversèrent pour gagner un affleurement rocheux au sommet duquel une antenne triangulaire était installée sur un socle de pierre. Quelques personnes étaient déjà présentes, certaines installées sur des chaises pliantes, focalisées sur leur écran.

– Cet endroit est surnommé le mont Wifi, gloussa Galden.

Le groupe Manners Mountaineering s’approcha d’un pas pressé du monticule, puis Galden leur donna le mot de passe pour se connecter. Pianotant à la vitesse de l’éclair sur son écran, Cecily vit avec soulagement son téléphone capter un réseau. Aussitôt, un flot de messages fut téléchargé.

Elle alluma son ordinateur et tapa « Pierre Charroin » dans la barre de recherche, espérant dénicher les posts publiés sur le forum Reddit et évoqués par Grant.

Comprenant à présent qu’Alain avait pris ses théories de complot plus au sérieux qu’elle ne l’imaginait et sachant désormais que Pierre avait potentiellement lancé une rumeur accusant Charles de tricherie, elle estimait la coïncidence un peu trop tirée par les cheveux.

Un lien l’orienta vers un topic intitulé « DISPARITION SUR L’EVEREST ». Elle cliqua dessus et comprit pourquoi il n’était pas apparu au fil de ses recherches : Charles n’y était pas cité. Il ne s’agissait que d’un texte repris d’un article relatant la disparition de Pierre. Il n’était nulle part écrit que c’était autre chose qu’un tragique accident ; on supposait que le malheureux avait fait une chute mortelle.

Cecily trouva enfin ce dont avait parlé Grant : un commentaire qui avait reçu quantité d’avis négatifs, sans doute rédigé par Alain, à en croire le pseudo de l’auteur, AFlaubertChamx. Dans ce texte qui décrivait longuement l’étrange appel téléphonique qu’il avait reçu de Pierre, Alain s’était montré beaucoup moins réservé qu’avec Cecily sur la terrasse. Il avait clairement écrit que Pierre avait été tué en haute montagne, puis son corps jeté dans le vide de façon que nul ne le découvre.

Des centaines de réactions suivaient ce post, certains qualifiant les propos de Pierre d’hallucinations dues à l’hypoxie. D’autres rappelaient les nombreuses déclarations d’alpinistes présents sur l’Everest ce jour-là. Le consensus était que Pierre était redescendu le dernier du sommet. Personne n’aurait pu le suivre depuis les hauteurs. Il était tout de même fascinant que les habitués des forums Reddit, grands adeptes de complots en tout genre, ne voient qu’un accident dans la mort de Pierre. Cependant, cela confirmait les dires de Dario et de Doug.

Alain n’avait pas été assassiné pour avoir posé les mauvaises questions… car il n’y avait aucun mystère. Alain n’aurait pas trouvé d’autre réponse. Sa mort était malheureuse, inutile, à peine concevable, mais ce n’était pas un meurtre. Cecily s’était emballée, troublée par la théorie avancée par Ben, par le mystérieux siffleur, par l’accident. Tout cela était déstabilisant mais Doug avait vu juste : il était impératif qu’elle se concentre sur son objectif.

Tandis qu’elle poursuivait ses recherches, quelques notifications de sa messagerie électronique se succédèrent en haut de l’écran. Un nœud se forma dans sa gorge lorsque l’une d’elles lui signifia la réception d’un e-mail de Michelle, marqué comme « urgent » et se résumant à deux mots en rouge et en gras :

 

APPELLE-MOI !

Bien que ne sachant pas si le réseau permettait de passer un appel téléphonique, Cecily tenta sa chance. Ses oreillettes en place, elle composa le numéro de Michelle, qui décrocha dès la deuxième sonnerie.

– Coucou en direct du camp de base ! lança-t-elle avec autant d’entrain que possible.

– Cecily ! Enfin ! Où étais-tu passée ? Je n’ai pas eu de tes nouvelles depuis une éternité !

– Désolée, Mich, on est montés au camp de base, puis on a eu une journée d’entraînement, et ensuite la puja. On n’avait aucun réseau jusqu’à maintenant.

– J’espère que tu as un texte prêt pour le blog ? On a hâte de donner des nouvelles aux gens, surtout qu’il y a déjà un mort. Tu le connaissais ?

– Oui, j’en parle dans mon billet. Mais attends… comment tu l’as su ?

– J’imagine que tu n’as pas lu l’article de James ?

Cecily sentit son cœur chuter dans son estomac.

– Non…

– Il a une source sur la montagne, apparemment, dit Michelle, clairement exaspérée.

– Oh non… soupira Cecily. C’est sûrement Ben.

– Ben Danforth ? Il est avec vous ? Dans ce cas, oui, c’est sans doute lui qui transmet des infos à James pour National Geographic. Non seulement ils ont publié du nouveau sur votre expédition, mais en plus James a brossé un portrait peu flatteur de votre guide, Doug Manners. D’après lui, vous êtes ses premiers clients depuis qu’il a été viré de façon spectaculaire lors de sa dernière expédition.

Tandis que Michelle continuait de parler, Cecily chercha l’article de James sur Internet, ses doigts voletant sur l’écran de son téléphone.

– Je sais, j’ai entendu parler de cette histoire seulement hier soir, je m’apprêtais à poser des questions par ici…

– Un peu tard, non ? Qu’est-ce que tu fiches là-haut ? James est à Londres mais il trouve le moyen de pondre un article plus détaillé que ce que tu me proposes, alors que c’est toi qui es sur cette foutue montagne ! Reprends-toi, Cecily, tu dois faire mieux que ça. Tu n’as rien d’autre pour moi ?

– Tu n’as plus à te faire de souci concernant Ben, il a été viré de son équipe car il n’a pas réglé ses frais d’inscription.

– C’est toujours bon à prendre, mais j’ai l’impression que tu ne vois pas ce qui se passe sous ton nez.

Cecily songea à son dernier brouillon ; elle n’avait pas envie de trop en dire, du moins pas avant que Charles ne les ait rejoints et qu’elle lui ait donné l’occasion de se défendre. Cela étant, elle pouvait toujours promettre quelque chose…

– Je travaille sur une nouvelle approche de Charles, que je dois encore peaufiner. Je me rattraperai. Je t’envoie tout de suite un billet pour le blog. Par ailleurs, je réalise une série d’interviews de mes équipiers…

– Tu ferais mieux de…

Soudain, la connexion fut coupée.

– Bon sang, c’est pas vrai ! rugit Zak. Je n’avais pas terminé ! J’étais en train d’essayer de discuter en visio avec les gars de ma boîte. Je n’ai même pas pu donner un appel vidéo à mes gosses !

Tout aussi agacée, Cecily n’était plus en mesure d’envoyer le texte promis, et le téléchargement de l’article de James n’avait pu être effectué en totalité ; elle n’en voyait que le titre et les premières lignes :

 

LES MAUVAISES MANIÈRES DE M. MANNERS

par James Clifford

Doug Manners, 54 ans, fondateur de Manners Mountaineering, comptait autrefois parmi

les guides les plus demandés de Summit Extreme, jusqu’au jour où son tempérament explosif a provoqué l’annulation d’une expédition et un procès retentissant.

Règle numéro 1 pour un guide de haute montagne : ne pas frapper le client…

 

James avait toujours été du genre à aller droit au but dans ses articles. Et merde, pesta intérieurement Cecily, consciente d’être à la traîne dans cette pêche aux informations. Dario avait pourtant évoqué le caractère de Doug, malheureusement elle n’avait pas fouillé dans cette direction, l’esprit accaparé par la mort d’Alain et les allégations portées à l’encontre de Charles.

– Je vous retrouve au campement, les amis, lança Élise.

Elle remisa son téléphone dans sa poche et se rendit dans une tente Summit Extreme toute proche, certainement pour rendre visite à d’autres connaissances présentes sur la montagne.

– Moi, je ne vais nulle part, déclara Zak. J’attends ici jusqu’à ce que la connexion Internet soit rétablie.

Il fit quelques pas autour de l’antenne et l’examina un moment, comme s’il avait le pouvoir d’attirer des ondes par la force de la pensée. Et d’ajouter :

– C’est bizarre, malgré tout : même mes liaisons satellite ne fonctionnent plus. Ce n’est pas normal. Je l’ai signalé à mes gars, je verrai bien s’ils trouvent une solution de leur côté. Mais bon sang, quel cirque…

– Vous devriez vous détendre, tous les deux, lança Grant, affalé sur sa chaise, ses bras immenses levés vers le ciel. Regardez où nous sommes ! Profitez-en à fond !

Cecily considéra ses deux compagnons :

– Dites, pendant qu’on attend que la connexion soit rétablie, ça ne vous dérange pas que je vous pose quelques questions pour mon article ? Ça me serait très utile.

– Pas de souci, dit Zak.

– À condition que tu n’écrives que des choses sympas sur moi, ajouta Grant.

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EXTRAIT DES NOTES DE CECILY

 

INTERVIEW DE GRANT MILES-PETERSON

ET DE ZACHARY MITCHELL

 

8 SEPTEMBRE

 

On recherche des volontaires pour un périple dangereux, mal payé,

dans un froid glacial et… sous la menace d’un danger permanent. [Vérifier la formulation exacte sur Google avant envoi à Michelle.]

S’il est très peu probable qu’Ernest Shackleton7 ait réellement

fait paraître cette célèbre petite annonce dans les colonnes du Times avant son expédition en Antarctique, il n’en demeure pas moins que seules certaines personnes sont à même de relever le défi que constituent de telles aventures. Sur l’ascension d’un 8 000, vous évoluez un mois durant en compagnie de quasi-inconnus, la plupart du temps dans un des environnements les plus isolés de la planète, sur un terrain dangereux et dans des conditions météo imprévisibles. On attend de vous que vous ayez l’esprit d’équipe, mais en définitive, c’est à vous, et à personne d’autre, de vous débrouiller pour redescendre sain et sauf de la montagne. Vous devez collaborer mais savoir tout gérer par vous-même.

Sur le Manaslu, pour l’ultime ascension de sa mission des 14 sans

assistance, Charles nous a, à chacun, personnellement, proposé de se joindre à lui. Nous avons tous répondu présents afin de le soutenir, à notre façon propre – mécénat, réseaux sociaux, film, article.

Mon interview de mes équipiers Zachary Mitchell, 42 ans, et Grant

Miles-Peterson, 29 ans, se déroule au campement d’une équipe concurrente, sur un promontoire surnommé le mont Wifi car c’est manifestement le seul endroit où il est possible d’accéder à Internet. La connexion est au mieux intermittente, mise à mal par ces mêmes vents violents et cette même pluie qui empêchent les hélicoptères de s’envoler et retardent l’arrivée de Charles.

 

CECILY : Merci à tous les deux de répondre à mes questions. Je

serais ravie d’en savoir un peu plus sur les circonstances qui vous ont conduits sur cette expédition.

ZAK : TalkForward est le principal sponsor de la mission des 14

sans assistance. En tant que P.-D.G., j’ai tenu à être aux premières loges, au cœur de l’action. Notre raison d’être, la technologie sans limites, correspond parfaitement aux objectifs de Charles, dont l’ambition est également sans limites.

GRANT : Zak incarne l’aspect financier de l’affaire, et moi je la

filme. J’ai vu notre ami Charlie sur l’Everest, même si j’ai simplement filmé des clients au camp de base. Par la suite, j’ai pris part à l’ascension du Cho en suivant la tentative d’un autre gars, un type venu d’Arabie Saoudite. Charles était également présent, évidemment, et j’ai été ravi de vraiment faire sa connaissance cette fois. Je connais une foule de réalisateurs qui ont tenté de l’approcher, ils veulent tous réaliser le film de sa mission. Quant à moi, j’espère vendre mes images à Netflix, mais beaucoup de réseaux vont les vouloir. La concurrence est rude. C’est probablement la même chose avec ton article, Cecily ?

CECILY : C’est vrai que ce sera l’article d’une vie pour moi.

GRANT : J’étais prêt à tout pour obtenir cette place. Il se trouve

que, sur le Cho, j’étais au bon endroit au bon moment pour le convaincre.

CECILY : Tu as certainement une grande expérience derrière la

caméra. Comment as-tu débuté dans ce domaine ?

GRANT : Je me suis lancé en postant des prises de vue de cascades

et de canulars sur YouTube, ce genre de choses, mais j’ai laissé tomber ces gamineries depuis. Aujourd’hui, je filme aux quatre coins du monde, partout où je peux faire impression.

CECILY : Et toi, Zak ? Comment as-tu fait la connaissance de

Charles ?

ZAK : Un jour, je me suis rendu à une soirée de récolte de fonds à

San Francisco, persuadé que j’allais profondément m’y ennuyer. C’est sans doute la partie de mon job que je déteste le plus. C’est si difficile de dénicher des projets qui correspondent à l’esprit de TalkForward. On nous propose sans cesse des idées très variées dont la plupart ne nous conviennent pas du tout. Ce qui fait perdre du temps à tout le monde.

Mais ce jour-là, j’ai vu ce type grimper sur scène et dominer

l’assemblée, vraiment. Jamais je n’avais vu un conférencier captiver son public à ce point. Durant sa présentation, il nous a montré une photo du K2 et nous a expliqué son concept des 14 sans assistance. Ça paraissait impossible. Après une brève réflexion, je me suis dit que j’avais trouvé le bonhomme idéal. Si j’avais eu à coller le logo de TalkForward sur un seul individu sur cette planète, ça aurait forcément été lui. Il incarnait à la perfection l’état d’esprit sans limites cher à TalkForward. Tu n’as pas idée des batailles que j’ai dû livrer avec mes assureurs, mais bon, j’ai fini par avoir le dernier mot.

CECILY : Charles sait s’y prendre pour impressionner son monde.

ZAK : J’imagine que j’ai été d’autant plus fasciné parce que je

rêvais moi-même de vaincre le point culminant des sept continents. Alors, quand Charles m’est apparu, ce soir-là… j’ai eu le sentiment que le destin l’avait placé sur mon chemin. J’ai immédiatement eu envie de grimper avec lui, d’apprendre aux côtés du meilleur alpiniste au monde. Mon business et mes objectifs personnels s’alignaient, c’était le rêve. Et pour moi, il justifie les risques qui vont avec. Nous vivons une page d’histoire de l’alpinisme. Sans Charles…

 

Un bruit assourdissant, si violent qu’il fit trembler le sol, les interrompit.

Zak se leva d’un bond, renversant sa chaise :

– Qu’est-ce que c’est que ça, bon sang ?

– Incroyable, pas vrai ? dit Galden, qui contemplait la montagne dressée sur l’arête rocailleuse.

– C’est un tremblement de terre ? demanda Cecily, avancée sur le bord de son tabouret, prête à s’enfuir à toutes jambes.

– Ce n’est qu’une avalanche, ne vous inquiétez pas, les rassura le sherpa.

Un autre craquement se produisit, pareil à un coup de feu. Zak poussa un hurlement en voyant un mélange de neige et de glace se détacher d’une falaise toute proche.

– Merde, où est mon matos ? brailla Grant, farfouillant autour de lui.

Il attrapa son appareil photo reflex numérique, qu’il avait laissé sur un rocher, puis s’approcha de Galden. Marmonnant qu’il aurait dû changer d’objectif, il filma le panache de poudreuse qui enflait en fendant la roche.

Ils restèrent un moment côte à côte à observer la scène, tandis que l’avalanche s’estompait peu à peu. Fascinée, Cecily fut la dernière à en détacher le regard.

– C’était fantastique ! dit-elle à Galden quand il fut évident qu’ils n’avaient pas à redouter d’être touchés par des débris. Dis-moi, tu serais d’accord pour que je t’interviewe, pour mon article ? J’aimerais beaucoup en savoir un peu plus sur les raisons qui te poussent à gravir des montagnes, et sur la façon dont tu as rencontré Charles.

– Avec plaisir, mais nous ferions mieux de rentrer au campement, répondit le sherpa. Le temps va bientôt se gâter, on dirait.

Et de désigner des nuages noirs apparus à l’horizon, au-dessus de Samagaun.

Une nouvelle vérification confirma qu’aucun réseau n’était disponible, Michelle devrait patienter. Malgré l’article de James pour le compte de National Geographic, Cecily gardait à l’esprit que l’interview de Charles restait leur but ultime à tous ; pour l’obtenir, elle devait rester focalisée sur cet objectif.

– La vache ! beugla Zak quand un autre bloc de glace se détacha du glacier, produisant un fracas qui se répercuta dans la vallée.

Après la puja de la veille, ces avalanches faisaient l’effet d’avertissements, songea Cecily. Peut-être la montagne avait-elle rejeté leurs prières.

– Ne te fais pas de souci, dit Galden, comme s’il avait lu dans ses pensées. C’est une bonne chose que ces avalanches se produisent maintenant. Nous avons tout intérêt à ce que les couches de neige instables se désagrègent.

– Pourquoi donc ?

– Parce que demain, nous marcherons là-haut.

7. Explorateur britannique (1874-1922).

 

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