Aux pays d'Alexandre
Début septembre 2012
Septembre est là, préparant la venue imminente de la ronde finale des feuilles d’automne. Jonathan vit chez Pascale, le temps de son complet rétablissement physique. Il poursuit depuis quelques mois un programme d’exercices adaptés et il est supervisé par les professionnels du Centre François-Charron de Québec. Mais ce qui me fait le plus plaisir, c’est qu’il ne garde aucune séquelle neurologique. Un miracle pour lequel je remercie chaque fois l’équipe qui s’occupe de lui. Je le vois régulièrement et nous nous parlons tous les jours; c’est un grand bonheur, tel un baume sur le cœur après le tragique départ de celle que je ne parviens pas à oublier.
Il n’y a pas un moment où mes pensées ne sont pas habitées par Vanessa; elle me manque affreusement. Plusieurs semaines passent, durant lesquelles je me terre dans une solitude où il n’y a de place que pour son souvenir. La vie est puissante et fragile à la fois, j’en connais les aléas. J’ai un projet, un rêve que je n’ai pas encore partagé avec mon fils. Sa convalescence est si longue qu’elle me laisse amplement le temps de lui en glisser quelques mots. Je verrai bien ce que cela fera naître comme enthousiasme chez lui. J’ai la ferme intention de lui en faire part très bientôt.
Mon vieil ami Raoul et moi correspondons régulièrement par Internet. Sa santé est quelque peu vacillante, mais il garde le moral, celui de ces hommes plus forts que la vie elle-même. Il s’enquiert à chaque communication de l’état de mon fils, tout en m’encourageant à poursuivre mes rêves, malgré la mort de ma douce fleur. Il ne banalise jamais ma souffrance, mais a la conviction que cette perte, un jour, se fera douce brise sur mes blessures. Il m’écrit que les êtres d’amour qui nous quittent demeurent avec nous tout au long de notre vie, telle une main tendue pour nous aider à réaliser nos rêves. Ils sont là, n’attendant que nous leur demandions leur aide.
Je le crois, lui qui a dû mourir plusieurs fois et renaître à la vie tout au long de son incroyable parcours sur cette planète. Nous communiquons chaque semaine, c’est devenu un rituel, un rendez-vous incontournable… J’essaie de faire de cette année sabbatique l’occasion de tisser des liens plus étroits avec ma famille et de renouer avec quelques bons amis d’enfance. Mais je sens en moi une fragilité qui sans cesse remonte à la surface, et il m’arrive de plus en plus souvent de me sentir étranger à ce monde. Tout ce bruit, ce vacarme des humains de ma race comme un film mille fois visionné. Vivement chez mes amis les arbres, là où souffle le vent, où naissent et meurent les saisons du temps qui s’enfuit.
Physiquement, je sens mon cœur s’emballer de façon anormale. Je refuse d’y voir là un signe qui exigerait une consultation médicale. En vérité, j’ai un projet pour mon fils et pour moi, et il n’est en rien question qu’une mauvaise nouvelle vienne entraver ce rêve, ce projet père-fils. J’en prends le risque…Je me suis fait la promesse que la mort de Vanessa ne serait pas inutile. Que j’en ferais un souffle de vie pour aller au bout d’un rêve qui sera une ode à celle que j’ai aimée, à sa trop courte existence. Malgré mon chagrin, je suis excité de partager un projet avec mon fils. Je souhaite que cela suscite son enthousiasme et le propulse d’un élan qui le mènera – qui nous mènera – à la rencontre de nous deux, mais surtout de lui-même. Aujourd’hui, je vais lui en parler…
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