Aux pays d'Alexandre
Dimanche 6 mai 2012
Paris, au printemps en fleurs…
Assis à la table d’un café, j’apprécie le bonheur d’exister, là, en ce moment béni, ravivé par les souvenirs qui construisent mon attachement affectif à ces lieux. J’observe la foule bigarrée qui s’agite sous l’immense chapiteau du marché en plein air.
Des présentoirs de poissons frais, de fruits et de légumes, d’olives vertes et noires, de volailles, de fromages, de charcuterie et d’épices, tous cordés les uns contre les autres, s’élève un bouquet d’odeurs qui, telle une légère brise printanière, flottent jusqu’au café-terrasse.
Dès le début du mois de mai, dans plusieurs de ses arrondissements, Paris étale sa table agricole au grand jour. J’écris sur mon blogue pour que l’émotion de ce moment de farniente, de petits bonheurs, s’inscrive, comme un rappel des jours heureux.
Je fais signe de la main au serveur. Pantalon et tablier noirs, chemise blanche et ceinturon de cuir à la taille, il a l’allure typique du garçon de café de carte postale.
J’ai toujours aimé l’ambiance de ces endroits, les gestes saccadés et vifs de ces hommes toujours au pas de course. Le voici à ma table. Je commande un verre de vin, une assiette de jambon blanc, des frites et une salade du jardin. Une sorte de rituel gourmand que j’affectionne particulièrement.
Ce premier jour amorce un périple à vélo de cinq semaines sur les routes de l’ouest de la France: de longues retrouvailles auprès d’une vieille amie négligée depuis longtemps. En attendant mon plat, j’examine le tracé de ma carte routière qui me guidera de Dieppe jusqu’à Bayonne en Pays basque, en longeant la côte le plus possible. Puis à l’intérieur des terres vers Toulouse, Montpellier, Aix-en-Provence, pour terminer mon trajet à Marseille où je prendrai l’avion qui me ramènera au Québec.
Une aventure cycliste de quinze cents kilomètres, soit un peu plus de cinquante kilomètres par jour. Malgré mon mètre quatre-vingts et un corps encore mince, une faiblesse cardiaque congénitale m’oblige à une certaine retenue dans la cadence et la distance à parcourir au quotidien.
Mon départ en train est prévu pour demain depuis la gare Saint-Lazare, en direction de Dieppe où j’ai fait la location-achat de mon vélo. Je suis tout excité à l’idée de retrouver les paysages de mer et de campagne, de faire des rencontres inattendues tout au long du trajet, de découvrir chaque petit hameau, village et ville de cette région du pays.
Mais l’essentiel, à mes yeux, est cette quête d’une nouvelle expérience dépouillée de tout artifice, réceptive aux imprévus… Voyager libre et léger. Créer, diriger son agence de communication, tenir un blogue au quotidien comporte bien des satisfactions, mais la réussite d’une vie n’est-elle pas surtout liée aux rêves réalisés, qu’ils soient d’amour, de passions ou d’amitié?
C’est à cette réussite que j’ai décidé de m’attaquer à quarante ans.
Attablé à la terrasse de ce café, j’entre dans ma bulle, les mots apparaissent à l’écran de mon portable, tels de petits voiliers de papier lancés sur la mer. Je vis seul, sans amoureuse depuis quelques années et j’ai un fils unique, Jonathan, âgé de dix-neuf ans. Il me ressemble physiquement, à ce point que personne ne peut mettre en doute qu’il soit de ma race. Grand, élancé, le teint blafard, avec des yeux verts, des cheveux châtains longs et bouclés, son allure est une copie conforme de celle que j’avais à son âge.
Il étudie en littérature afin d’enseigner dans un collège. Déjà, à l’âge de onze ans, il avait écrit sa première histoire, nous laissant sans mot tellement son talent pour l’écriture nous avait renversés.
Pascale (la mère de mon fils) et moi n’avions pas vingt ans quand nous avons entamé notre vie de couple. Cheveux longs, yeux noirs, la peau légèrement basanée, le caractère bien trempé, c’était une femme de tête et de cœur dont je fus très amoureux.
La naissance de Jonathan fut un grand événement dans nos vies, mais elle ne diminua en rien la fragilité de notre union. Peut-être étais-je maladroit dans ma capacité d’exprimer, de communiquer adéquatement mes besoins? Mais je ne peux me reprocher d’avoir fait silence aux doléances répétées de ma libido. J’avais la désagréable impression de quémander de l’amour, des plaisirs, de l’intimité à une relation trop souvent désincarnée.
Le hasard, les rencontres inattendues finirent par placer sur ma route une femme dont je devins éperdument amoureux. Anne, une artiste dans l’âme et le cœur, de quelques années ma cadette, me fit découvrir le goût des arts, de la musique classique et de l’écriture. Je l’avais rencontrée lors d’un concert intime au Bistro du Palais Montcalm de Québec et je n’avais pu résister à l’idée d’aller la féliciter pour sa performance artistique.
Un attrait mutuel se manifesta dès l’instant où nos regards se croisèrent. Je passai des mois à la suivre d’un concert à l’autre sans qu’elle me témoigne autre chose que de l’amitié. Inscrite en deuxième année au Conservatoire de musique de Québec, elle était douée d’un immense talent et étudiait pour devenir violoniste.
Grande, élancée, l’allure féline, des cheveux noirs coupés à la garçonne, des yeux verts, un tempérament de feu… C’était une femme intelligente, passionnée, sans concession sur ce qu’elle jugeait essentiel à l’amitié ou à l’amour: l’authenticité.
Anne ne pardonnait pas facilement un affront, une maladresse en paroles. Elle pouvait même être terriblement rancunière. Elle ne voulait pas d’enfants avant la mi-trentaine, mais elle accepta avec bonheur la présence de Jonathan. Cette relation amoureuse répondait à tous mes désirs d’homme, touchant d’un même élan mon cœur, mon âme et mon corps. C’est la première femme qui m’ait appris à écouter le temps qui passe.
J’étais comblé!
Avec les années, elle devint violoniste pour un orchestre de chambre de Québec, jusqu’à ce qu’une légère arthrite chronique aux mains vienne mettre un terme à sa jeune carrière de musicienne professionnelle. Elle se dédia ensuite à l’enseignement de la musique au secondaire, ce qu’elle faisait encore lors de notre séparation.
Une déchirure au cœur imprévue, après plus de dix années de vie commune. Je n’ai jamais accepté de dévoiler à ma famille et à mes amis les véritables raisons de notre rupture…
Bien sûr, il y eut quelques coups de cœur par la suite, mais rien de très sérieux. Difficile de remplacer un grand amour que l’on a idéalisé, qui habite le pays de notre mémoire comme une goutte d’eau persistante qui, inlassablement, vient se rappeler à nous.
Pour la première fois de ma vie, j’étais celui qui subissait l’abandon. Je devenais ce cerf-volant sans attache au gré d’une liberté nouvelle dont je ne connaissais pas encore les repères. Mes fragilités mises à nu, je me retrouvais comme le capitaine d’un voilier échoué sur les récifs d’une mer inconnue.
Certains départs font des trous au cœur, aussi grands que le plein d’espérances de certaines arrivées.
Revoici le serveur avec mon plat. Tout en attaquant le contenu de mon assiette, je me réfugie dans mes pensées pour constater à quel point je me sens chez moi dans ce pays de mon arrière-grand-père paternel (Pierre Besson), Parisien de naissance, homme de tous les métiers, soldat sous Napoléon III.
Mon père nous a raconté moult fois son histoire: en 1908, âgé de trente ans, il avait quitté cette terre de France à bord d’un paquebot traversant l’Atlantique depuis La Rochelle jusqu’à Québec. En quête d’une vie nouvelle, d’un pays neuf à bâtir, mes arrière-grands-parents prenaient, avec leurs enfants, le risque de leurs rêves, de leurs aventures… C’étaient des visionnaires en quête de liberté.
Ce qui m’a toujours fasciné chez cet ancêtre paternel, c’est le journal quotidien qu’il tenait. Il était du reste doué d’une plume vive et concise. Mon père nous lisait certains passages de ses écrits lors de réunions familiales. J’enviais sa plume. Vrai qu’au Québec de cette époque, bien peu de gens, sauf les curés et les notables, possédaient la maîtrise de la langue française.
C’est ainsi qu’attablé à ce petit café, mon esprit vagabonde et erre à différents temps conjugués. Paris s’agite, s’excite à l’arrivée des premiers rayons de soleil de ce printemps qui ouvre à peine les yeux. Une jeune femme prend place à la table voisine de la mienne. Je ne fais pas de cas de sa présence. De minuscules oiseaux, pas farouches du tout, viennent jusqu’à moi quêter leur pitance; mais si je cède à l’un d’eux, ma table deviendra rapidement le grenier de trop d’affamés. La jeune femme assise à côté semble amusée par leur manège. Ils sont persévérants et tenaces, ces petits êtres ailés.
J’observe d’un œil discret ma voisine qui dénoue son chignon, laissant tomber son abondante tignasse rousse jusqu’au milieu de son dos. Ses gestes sont posés, délicats… Elle se verse un peu d’eau de la carafe déposée à sa table, porte le verre à ses lèvres, prend une première gorgée.
Nos regards se soudent un bref instant. Elle me salue d’un sourire discret. De son sac à dos, elle retire un livre et un portable qu’elle dépose doucement sur la table, comme des objets fragiles. Elle commande au serveur un verre de vin rouge.
Longiligne, délicate, elle porte un débardeur orangé dont l’encolure laisse entrevoir le galbe de sa poitrine. Belle comme l’aube qui s’éveille, comment ne puis-je pas la trouver ravissante? De ses yeux couleur noisette, de la légère pudeur dans son regard, émanent une sensualité, une intelligence que l’on décèle au premier instant.
De longues minutes d’hésitation… Je me convaincs que je n’ai rien à perdre à lui adresser la parole et que je me prive du plaisir de faire sa connaissance en n’osant pas. La proximité de nos tables, son sourire en réponse au mien, ce dimanche fleuri à Paris ne méritent-ils pas le risque de hasarder quelques mots?
J’amorce la conversation…
— Salut! Je m’appelle Alexandre. Et toi?
— Vanessa!
— Tu es Française?
— Non, Québécoise de Québec. Je me suis offert, à mes frais, une semaine en résidence littéraire, ici à Paris.
— Tu es écrivaine?
— Eh bien, j’ai de la difficulté à me décrire comme écrivaine. J’ai publié en autoédition un livre jeunesse. J’adore écrire, mais je suis photographe de métier.
— Je vois!
Vanessa enseigne les rudiments de la photographie en séances privées à son domicile, ce qui lui permet de survivre financièrement.
De retour à Québec, elle se prépare à terminer la création d’une exposition photo en noir et blanc, un projet qui lui tient à cœur et qui sera présenté sur les murs d’un lieu public de la ville.
— Tu en as de la chance d’être animée de telles passions!
Elle me regarde, une petite étincelle dans les yeux.
— Je vois que tu écris, toi aussi!
— Oui, je suis blogueur sur mon site perso. Dis-moi, tu retournes au Québec bientôt?
— Oui, je pars demain. Et toi? Ton séjour en France?
— Je suis arrivé hier matin pour cinq semaines. Je vais parcourir l’ouest de la France à vélo, par les petites routes en bordure de mer. J’ai le projet d’écrire un petit récit de voyage.
Elle hoche la tête, quelque peu pensive. Elle a cette lumière dans le regard qui ne ment pas. Je présume qu’elle a environ trente-cinq ans.
— Et si on allait se promener dans les vieilles rues de Paris?
Elle acquiesce! Un dernier verre de vin et quelques fous rires ajoutent à la spontanéité, à la simplicité du geste.
J’offre de régler les deux additions à notre serveur. Elle refuse gentiment, prétextant que je n’ai pas à payer pour elle. Je m’incline, charmé par son attitude indépendante, celle d’une jeune femme de son temps. Nous partons, ravis de profiter de ce dimanche qui sent bon, je dirais même très bon… Un arrêt au marché en plein air, puis nous prenons le métro en direction de la Bastille.
Même après de nombreux voyages dans la Ville Lumière, j’ai toujours cette appréhension de me tromper de station de métro. Comme de fait, ma crainte se confirme à nouveau.
Nous sortons une station plus loin. Bon… Mon orgueil est légèrement écorché, mais le rire moqueur de Vanessa ne me laisse le choix que de rire moi aussi de mon erreur. Elle est comme une gamine, excitée, spontanée dans le geste et le verbe. Elle est curieuse de tout, rit de bon cœur devant un spectacle d’artistes de rue, s’émeut face aux mendiants qui quêtent sur le trottoir. Elle a le bonheur facile et pas compliqué. Une jeunesse du cœur et de l’esprit, qui s’harmonise parfaitement avec ce dimanche printanier. Je suis heureux!
Nous nous retrouvons sur l’une des plus vieilles artères de Paris, la rue Saint-Antoine. Tout la ravit! Les pavés de la chaussée, l’architecture des immeubles, les lieux de mémoire, ceux hantés par les artistes peintres, la place des Vosges où a vécu Victor Hugo, les touristes qui affluent de partout dans le monde en ce début de saison où tout renaît.
Elle s’arrête devant une galerie d’art.
— On entre?
— Pourquoi pas!
Nous découvrons un véritable antre de couleurs puis, à petits pas, nous nous dirigeons vers d’autres lieux afin d’étirer le bonheur d’être ensemble…
Quelque trois heures de marche avant de ressentir une certaine fatigue. Vanessa suggère une halte afin de nous reposer, ce que j’accepte sans rechigner. Nous partageons quelques confidences à l’écoute discrète d’un petit banc de parc.
Peut-être est-ce l’effet de la saison nouvelle ou de la présence de Vanessa, mais j’ai le sentiment agréable d’avoir dix ans de moins en sa compagnie. Elle est là, simple et fragile, tel un petit vent chaud dont l’arôme légèrement fruité parfume ce banc de parc…
Elle se confie avec une spontanéité qui ajoute à son charme, à mon désir de proximité. Elle m’avoue son chagrin de ne pouvoir allonger son séjour en France. Sur le ton d’une confidence dont j’ai quelque peu forcé le partage, j’apprends qu’elle vit en couple depuis six ans avec un dénommé Philippe.
Un amour de collège de sa Gaspésie natale, renoué plusieurs années plus tard lors d’une rencontre fortuite dans un bistro de Québec. Le ton de sa voix, un silence qui s’étire me permettent de décoder un certain mal-être. Ce n’est ni le moment, ni le lieu pour aborder trop avant ce sujet sensible et je préfère l’inviter sur les sentiers de ses passions, de ses rêves, tout en grillant avec lenteur quelques cigarettes françaises.
Discrètement, Vanessa fume un joint dont je partage quelques inhalations.
Le soleil de mai descend sur l’horizon. Le bonheur se préoccupe très peu du temps qui passe. Le mystère qu’elle porte en elle, les non-dits que je n’arrive pas à élucider attisent mon attrait. J’aime ces êtres dont la retenue me semble un signe d’intelligence et qui savent peu à peu tisser le lien de confiance au gré de la confidence. Le temps, tel un allié, encourage la mise à nu de nos zones d’ombre.
— On va boire un verre dans un bistro?
— Écoute, je préfère retourner à mon hôtel, prendre une douche, préparer doucement mes bagages pour mon départ demain. Je dois me lever très tôt pour me rendre à l’aéroport. J’espère que ça ne t’offusque pas…
— Pas du tout!
Elle pose les yeux sur moi et prend ma main, sans rien ajouter.
— Dis… Je communique avec toi ce soir, à ton hôtel?
— Bien sûr! Appelle-moi vers 22 h, je ne dormirai pas. Je te laisse les coordonnées, tu n’as qu’à demander la chambre au nom de Vanessa Laure.
Une brise, aussi chaude et douce que les alizés, entre par cette fenêtre d’opportunité qui s’ouvre — celle de lui reparler en soirée. Elle envahit mon esprit et je ressens cette émotion comme un premier battement de cœur.
Et si notre rencontre était non pas le fruit du hasard mais plutôt un signe de la chance et du destin?
— Je vais te reconduire à ton hôtel, tu veux?
Vanessa souhaite retourner à sa chambre sans que je l’accompagne. Elle est hébergée à deux pas de la gare du Nord, dans une minuscule chambre au dernier étage d’un hôtel vieillot et sympathique.
Nous marchons jusqu’au métro. Durant le trajet, elle pose sa tête sur mon épaule, ferme les yeux quelques instants. Ces instants-là, j’aurais souhaité qu’ils prennent tout leur temps. Parfois, le bonheur se nourrit de petits gestes, surtout ceux d’une tendresse à laquelle on ne s’attendait pas.
Je la quitte en lui promettant de lui téléphoner en soirée. Un léger sourire, un éclat sur son visage me rassurent. Je ne veux pas que la journée s’achève abruptement après ces quelques belles heures vécues en sa compagnie. J’ai le cœur léger, les images de ces moments passés ensemble défilent dans ma tête, tel un film d’auteur qui habite le cinéphile longtemps après le visionnement.
Après une courte sieste, je fais un brin de toilette et descends par le minuscule ascenseur jusqu’au hall de l’hôtel. La réceptionniste me réserve son plus beau sourire, tend la main pour recevoir la clé de ma chambre.
— N’oubliez pas mon réveil pour 7 h demain!
— N’ayez crainte, monsieur.
Le départ pour Dieppe à la gare Saint-Lazare est prévu à 11 h.
Au menu du soir du bistro-restaurant non loin de mon hôtel: un plat de boudin aux pommes et oignons caramélisés. Je suis preneur! Un bon verre de rouge de Mâcon pour accompagner le tout.
Un endroit sympathique, chaleureux avec ses boiseries et son petit bar où quelques clients palabrent sur le match de foot de la veille. Un restaurant intimiste d’une trentaine de places, aux tables recouvertes d’un tissu rouge et de napperons blancs. Quelques fleurs encore fraîches occupent le centre des tables de deux et quatre places. Une fenestration abondante donne un accès visuel panoramique à la minuscule terrasse.
Le propriétaire-serveur me reçoit comme un vieil ami. Il me pose des questions sur le Québec, sur mon accent et me confie son rêve d’un jour traverser l’Atlantique pour venir séjourner au pays des cabanes en rondins, des élans d’Amérique, des bûcherons et des Indiens. Je pense tout bas: «Voilà bien les clichés qui, pour les Français, représentent mon pays. Et pourquoi pas?»
Le repas se termine avec un pastis offert par la maison. Il est 21 h 45, je pars en faisant la promesse de revenir lors de mon prochain séjour à Paris.
Dix minutes de marche jusqu’à l’ascenseur de l’hôtel. Et cet ascenseur m’exaspère tellement il est lent! Arrivé à ma chambre, je compose le numéro affiché sur la carte que Vanessa m’a laissée.
Au bout du fil, une voix d’homme répond, identifiant le nom de l’hôtel.
— Oui, bonsoir, la chambre de Vanessa Laure, s’il vous plaît?
— Je vérifie si elle est là. Pourrais-je savoir qui la demande?
— Alexandre Besson…
— Un instant, je vous transfère à sa chambre.
Elle répond d’une voix presque inaudible.
— Comment vas-tu, pas trop fatiguée de ta journée?
— Non, ça va, et toi?
— Que fais-tu?
— Je lis en attendant de trouver le sommeil.
— Vanessa, j’aimerais te revoir ce soir. Nous pourrions aller prendre un dernier verre dans un endroit où il y a des musiciens?
— Je veux me coucher tôt, Alexandre! Merci pour le bel après-midi, mais je préfère qu’on n’aille pas plus loin aujourd’hui. À ton retour au Québec, si tu veux, on pourra se revoir. D’accord?
Au fond de moi, j’aime sa prudence de cœur.
— Oui, je comprends. Fais de beaux rêves, on se revoit au Québec…
J’enfile ma robe de chambre, m’étends sur mon lit, ne trouvant le sommeil que tard dans la nuit. Elle a insufflé en moi ce petit quelque chose qui fleure bon à l’imaginaire, même s’il est toujours possible que cette rencontre inattendue s’éteigne, reléguée au feuilleton des éphémères bonheurs d’occasion du voyage. On verra!
OceanofPDF.com