Aux pays d'Alexandre
Samedi 12 mai 2012
Je me lève tôt, bien que je ressente une lourde fatigue. Mes parents sont déjà au salon, tenant à voix basse une conversation dont je devine le contenu. Maman nous invite, mon père et moi, à nous diriger à la table de la cuisine pour le petit déjeuner.
À la demande pressante de mes parents, je leur donne sans attendre les dernières nouvelles de Jonathan. Ils savent que pour leur petit-fils, les prochaines heures seront décisives.
Le repas terminé, je les embrasse et m’empresse de me rendre à l’hôpital voir Jonathan. Durant le trajet, j’appelle Pascale pour l’informer de ma présence aux soins intensifs d’ici quelques minutes. Elle y sera elle-même un peu plus tard, en début d’après-midi.
Nous savons tous les deux combien cette autre journée est importante pour le verdict neurologique; quelles séquelles, permanentes ou non, Jonathan aurait-il à subir? Je prends conscience à quel point la vie ne tient qu’à un fil. Tout peut basculer à tout moment… L’existence est fragile comme une feuille à l’arbre, balayée par les forts vents d’automne.
J’entre par l’entrée centrale de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, en direction des ascenseurs situés dans le hall principal. J’attends patiemment que l’un d’eux se libère afin d’accéder à l’étage des soins intensifs. J’entends une voix féminine qui m’interpelle par mon prénom. Je me retourne distraitement; j’aperçois, à quelques mètres de moi, celle que je n’aurais jamais cru rencontrer en ces lieux: Anne…
— Anne! Qu’est-ce que tu fais ici?
— Je viens visiter ma grand-mère qui est hospitalisée depuis quelques jours pour des problèmes cardiaques. Elle a subi un infarctus aussi soudain qu’inattendu. Malgré son âge, elle est débordante d’énergie, et personne n’aurait pu se douter que son cœur était malade. Elle est en observation à l’unité coronarienne. Et toi, Alexandre, qu’est-ce que tu fais ici?
— C’est Jonathan… Il a eu un grave accident d’automobile et j’ai dû prendre le premier vol de Paris pour Québec. Sa vie n’est pas en danger, si ça peut te rassurer!
— Alexandre, appelle-moi d’ici la fin de l’après-midi. Si tu veux, on ira prendre un café ensemble et on parlera de tout ça. Je vais penser très fort à Jonathan et à toi aujourd’hui. Je suis inquiète! Tiens-moi informée de son état, tu veux? Je te donne mon numéro de cellulaire, d’accord?
— Bien sûr, Anne! Toutes mes pensées pour ta grand-mère. Bonne chance!
Je prends le premier l’ascenseur après l’avoir regardée dans les yeux. Surréaliste, cette rencontre en ces lieux et en de telles circonstances! Je n’aurais même pas parié ma chemise sur les probabilités de telles retrouvailles avec une femme qui avait été mon plus grand amour en termes de durée et d’intensité. J’ai vécu plus de dix ans auprès d’elle, puis la rupture est survenue et je suis resté sans nouvelles d’elle au cours des trois dernières années.
Je constate un décalage déstabilisant entre la place qu’elle a occupée dans ma mémoire affective depuis la brisure de notre couple et ce que je viens de ressentir en sa présence. Elle me semble un peu moins belle et attirante que dans mes souvenirs, qu’au temps où nous ouvrions les yeux sur l’aube qui nous promettait une autre journée d’amour.
Le destin fait bien les choses; je venais de constater à quel point les chimères de la mémoire peuvent se jouer du réel. Je sais maintenant que cet amour appartient au passé, sans pour autant nier son empreinte sur ma vie.
La boucle est bouclée, et c’est très bien ainsi…
Let It Be…
Au milieu de l’après-midi, Pascale et moi nous retrouvons aux soins intensifs, au chevet de Jonathan. Je remarque qu’il a le verbe plus facile, qu’il semble de plus en plus présent à nous et à son environnement. Il se permet même un peu d’humour sur la qualité de la nourriture offerte aux patients. Nous nous regardons, Pascale et moi, complices d’un non-dit teinté d’une lueur d’espoir.
Nous prenons rendez-vous avec la neurologue pour qu’elle vienne nous rencontrer vers 15 h 30 à la chambre de Jonathan. La spécialiste me pose des questions sur mon voyage en France, me fait remarquer qu’elle est désolée que j’aie dû interrompre ce périple qui me tenait tant à cœur. Je la rassure en lui disant que rien n’est plus important à mes yeux que la vie et la santé de Jonathan.
Pascale nous laisse seuls tous les deux, Jonathan et moi, prétextant se rendre à la cafétéria pour aller boire un café. Une proximité entre père et fils qui mène aux confidences:
— Papa, merci d’être là… Ça me fait du bien que vous soyez près de moi, maman et toi. Je me sens plus éveillé aujourd’hui. Tout est arrivé tellement vite… L’accident, puis le noir total jusqu’à mon réveil aux soins intensifs. On m’a dit que Steve était mort sur le coup. J’ai tellement de peine pour ses parents. C’était mon meilleur ami, tu sais… Merde! Il était trop jeune pour mourir. Il ne méritait pas une fin comme celle-là. Il n’avait pas bu, je te le jure. C’est le chauffeur de l’autre véhicule qui a fait une fausse manœuvre et nous a obligés à frapper le lampadaire, tout s’est passé si vite…
«As-tu parlé au médecin, concernant les séquelles que je pourrais garder de l’accident? Elle m’a dit qu’elle passerait me voir cet après-midi pour m’informer des résultats des tests neurologiques.
— Oui, et nous serons présents, ta mère et moi, lors de sa visite. Ne t’inquiète pas, Jonathan; j’ai confiance en ton destin… Dans quelques mois, tu recouvreras ta liberté et tu ressortiras grandi de ce mauvais rêve.
— Tu sais, papa, je t’en ai voulu longtemps de nous avoir laissés pour Anne, maman et moi. Mais aujourd’hui, à dix-neuf ans, j’ai beaucoup moins de colère en moi. Je ne voudrais pas avoir un autre père que toi!
— Je suis sans mot, Jonathan, tellement ce que tu me dis me fait du bien.
Je reçois cette phrase de mon fils comme le plus beau trésor de mots que mon cœur de père espérait tant et tant…
Quelques minutes plus tard, Pascale arrive de la cafétéria. Elle me regarde longuement dans les yeux. Je sais qu’elle y décèle une émotion à fleur de peau; celle d’une confidence d’un fils à son père sur les chemins de la réconciliation des cœurs. Pour la première fois depuis nombre d’années, je constate que Pascale se réjouit de ce rapprochement entre Jonathan et moi.
Longtemps après notre rupture, elle a déversé sa colère sur moi, en portant des jugements sévères sur l’homme que j’étais et sur ma façon de vivre. Comme Jonathan demeurait avec sa mère à plein temps depuis notre rupture, ce dernier était sous influence. Mais nous sommes maintenant tous les deux au chevet de notre fils, dans l’attente de la visite de la neurologue. L’infirmier de jour nous informe que le médecin passera nous voir aux soins intensifs d’ici une quinzaine de minutes.
Bon! Quinze minutes à nous morfondre en silence dans l’attente de ce que le destin réserve à un jeune homme de dix-neuf ans, notre fils unique. Jonathan est d’un calme désarmant, il a un côté zen qui pourrait surprendre dans les circonstances. Peut-être est-ce la force tranquille de sa jeunesse, l’effet des narcotiques, ou que sais-je encore…
Voilà le docteur Bouchard qui entre dans la chambre. Elle tient des feuilles présentant les résultats des analyses et des tests neurologiques de Jonathan. On entendrait un papillon voler tant l’anxiété est palpable.
— Jonathan, j’ai les résultats de tous les tests neurologiques, cardiaques, de la traumatologie que tu as passés depuis ton hospitalisation. Si tu permets, je vais directement à l’essentiel. Je n’ai que de bonnes nouvelles à t’annoncer à cette étape-ci de ton bilan neurologique, mon jeune ami. Tes fonctions neurologiques sont stables pour l’ensemble des résultats que nous avons analysés.
«Mais je ne peux t’assurer d’une complète rémission neurologique. Tu as subi un grave traumatisme cérébral, ce qui nous oblige à poursuivre des investigations médicales qui seront échelonnées sur les quelques mois à venir. La bonne nouvelle est que, pour le moment, les heures critiques, celles qui annoncent des dommages cérébraux irréversibles, sont dernière nous. Seul le temps nous indiquera s’il y a des dommages collatéraux à envisager.
«Quelques mois d’hospitalisation sont à prévoir sur l’étage, un nombre de mois à déterminer avec les spécialistes en physiothérapie du Centre François-Charron de Québec.
«Tu as été chanceux dans ta malchance, tu sais! Tu devras faire preuve de résilience, de courage et de collaboration avec notre équipe, Jonathan. On ne peut crier victoire pour le moment. Mais il me semble que nous sommes sur la bonne voie. Nous nous reverrons, à ce sujet, il n’y a pas de doute.
«Voilà au meilleur de nos connaissances ce qu’il en est de la réalité et de l’interprétation médicale des résultats à cette étape-ci de ton hospitalisation.
— Docteur, vous n’avez pas idée du fardeau que vous nous avez enlevé, à sa mère et à moi. J’aurais le goût de vous embrasser, mais je vais me garder une petite gêne.
Elle sourit.
Et Pascale d’intervenir:
— Merci de tout cœur pour tous les efforts que vous et votre équipe avez déployés pour notre fils. Les mots me manquent…
L’émotion est palpable, toute la tension accumulée retombe…
Jonathan affiche une mine réjouie, pour la première fois depuis qu’il a perdu son meilleur ami dans ce terrible accident. Je suis conscient que la bataille n’est pas gagnée, mais nous respirons désormais un peu mieux avec l’annonce de ce diagnostic, crucial pour la suite des choses.
Place à l’espoir…
Je laisse seuls la mère et le fils. J’informe Jonathan que je serai de retour en début de soirée. Il m’interpelle de sa voix chevrotante.
— Papa! Je t’aime et merci d’être là. On se voit tout à l’heure.
— Moi aussi, je t’aime, et je suis fier de toi, mon fils…
Ce «je t’aime» résonne à mon cœur de père comme un courant d’amour que jamais la sécheresse des sentiments moins heureux ne pourra tarir. Une inquiétude subsistait en moi; celle de l’état de son cœur. Ma fragilité congénitale diagnostiquée me faisait craindre qu’il soit lui aussi atteint de cette anomalie génétique. J’ai gardé le silence sur cette tare physique, ne voulant pas inquiéter inutilement mes proches.
Le fait que l’équipe médicale n’ait observé aucune faiblesse cardiovasculaire chez Jonathan m’apaise intérieurement. Je retourne chez mes parents, libéré de l’inquiétude qui m’habitait ce matin.
J’écris un courriel à Vanessa pour lui donner mon numéro de cellulaire. Je réalise que la situation de Jonathan m’oblige à réfléchir à cette idée qui me traverse l’esprit: devrais-je prendre une année sabbatique et revenir vivre à Québec pour être plus près de mon fils?
C’est un temps d’arrêt que je souhaitais depuis un certain temps, bien avant l’accident de Jonathan. J’y pense sérieusement… Prendre un peu de repos maintenant, une nécessité qui s’impose à mon corps et à mon esprit. Quelques heures à l’horloge du temps; mon cellulaire annonce un appel avec les premières mesures de la chanson de John Lennon: Imagine.
— Oui, allô?
— Alexandre! C’est Vanessa. Je viens de lire ton courriel, je m’inquiétais pour toi. Qu’est-ce qui se passe avec ton fils? Rien de trop grave, j’espère?
— Je préférerais qu’on en parle de vive voix, dans un endroit calme. Qu’en penses-tu?
— Bien sûr! J’ai hâte de te voir, tu sais…
— Moi aussi, j’ai hâte de te voir, de tout te raconter… Je serai près de Jonathan ce soir, de 19 h jusqu’à la fin des heures de visite, vers 21 heure. On pourrait se rejoindre à 21 h 30 au Café Babylone sur la rue Saint-Vallier, qu’en dis-tu?
— Oui! Pas de problème, j’y serai…
Je suis heureux d’entendre sa voix. Ce rendez-vous, je l’espérais dans de meilleures circonstances, mais cela me fait plaisir de la revoir. Je suis curieux à l’idée de cette rencontre. Aurons-nous le même attrait l’un pour l’autre que lors de ces quelques moments partagés à Paris?
Une pensée surgit dans mon esprit: «Les rendez-vous du cœur les plus mémorables sont inattendus, tel le souffle du vent qui arrive sans bruit.» J’avais écrit cette réflexion dans mon blogue, le soir où je campais sur la terre de mon nouvel ami Pierre, près de Bolbec.
Je verrai bien si elle a un quelconque fondement de vérité… Après quelques heures passées près de Jonathan, je le quitte, satisfait de son état de conscience. L’infirmière de nuit vient de lui donner sa médication; je crois qu’il passera une bonne nuit. Direction: le Café Babylone, lieu où, dans quelques minutes, mon regard retrouvera celui de Vanessa. Je jette un dernier coup d’œil à mon reflet dans le petit miroir de mon véhicule, juste pour me confirmer que mes traits ne trahissent pas trop la fatigue des derniers jours.
Je marche d’un pas alerte, du stationnement jusqu’à l’entrée de ce café des artistes. La voix de Norah Jones crée une ambiance sonore apaisante qui s’harmonise parfaitement aux couleurs des toiles de peintres locaux, exposées sur les murs de l’endroit.
Tel le maître des lieux, un vieux piano longe le mur de façade de la salle. Près de la fenêtre, au fond du café, Vanessa me fait un geste de la main. Quand j’arrive à sa table, elle se lève et m’enlace quelques instants. Je sens qu’elle a de la peine pour moi, pour le grave accident dont mon fils a été victime.
Ses longs cheveux roux sont attachés, laissant entrevoir une délicate chaînette d’or qui dessine les contours de sa nuque longue et fine. Elle porte une blouse satinée, légèrement transparente, de couleur pêche et un jeans qui moule ses longues jambes délicates. Son parfum léger, subtilement épicé, embaume cette deuxième rencontre.
Elle m’apparaît encore plus belle qu’elle ne l’était à Paris. Une certaine gêne entre nous met quelques minutes à se dissiper. Dès le début de la conversation, elle s’informe, attristée, de la fin abrupte de mon voyage.
Je lui décris la fin inopinée de mon périple à vélo et lui expose, au meilleur de ma connaissance, le dernier bilan médical de mon fils.
— Et toi? Comment vis-tu tout cela?
— À vrai dire, plutôt difficilement depuis l’annonce de l’accident de Jonathan. Mais aujourd’hui, je commence à respirer un peu mieux. Depuis mon retour de France, je ne sais si ce sont des signes du destin, mais plusieurs événements sont successivement survenus: l’accident de mon fils, la rencontre inattendue avec Anne, la femme avec qui j’ai partagé plus de dix ans de ma vie, et toi, assise dans ce café seulement dix jours après notre première rencontre à Paris. J’ai l’étrange impression que mon voyage, ce périple à vélo sur les routes de France, se poursuit ici, mais différemment, tu comprends?
— Oui, je comprends ce que tu ressens depuis quelques jours. Tu sais, Alexandre, la plus grande tâche pour l’homme n’est pas de refaire le monde, mais de refaire et de défaire son monde tout au long de ce fabuleux périple qui mène à soi. Une phrase que mon père nous disait quand les choses n’allaient pas très bien dans nos vies…
Je reste soufflé, sans mot devant cette réflexion. Une femme si jeune avec une telle maturité d’âme, d’esprit, me convainc, sans ambages, de sa beauté intérieure. Je sais maintenant pourquoi elle s’est retrouvée sur ma route de vie.
La fin de la soirée est le théâtre de discussions au sujet de Jonathan, de nos rêves de voyage respectifs, de notre rencontre à Paris; je lui parle aussi de Raoul, de Sabrine et de son chien, de Pierre et de sa femme, de Maurice, de Nadia, avec qui je me suis lié d’amitié lors de mon séjour écourté en Normandie. Bien entendu, nous parlons de l’exposition de photos à l’installation de laquelle travaille Vanessa. Mais elle se fait discrète sur sa relation avec Philippe, son compagnon de vie. Tout ce qu’elle m’avoue, c’est qu’elle est en profonde réflexion quant à sa vie de couple.
Je lui pose la question sans détour… Vanessa, es-tu vraiment heureuse avec Philippe? C’est à peine si un léger silence a le temps de s’installer, aussitôt suivi d’un «non» on ne peut plus assumé. J’ai ma réponse.
Elle approuve mes plans de congé sabbatique et l’idée de m’installer à Québec pour me rapprocher de mon fils. Elle est heureuse que mes parents habitent à proximité de Québec, à Lac-Beauport.
Ces moments entre nous ont un goût de miel, cette complicité naturelle confirme ce que nous avions ressenti à Paris: une réelle attirance du cœur… Il est déjà tard, le propriétaire, que je connais, nous propose un dernier service avant la fermeture. Quelques minutes avant de me quitter, Vanessa m’offre un carton d’invitation pour le vernissage de son exposition, présentée au grand public la semaine prochaine. Elle me fait promettre d’y être; j’accepte avec bonheur de la revoir, là, dans son univers artistique.
Elle tient absolument à ce que je l’informe de l’état de santé de Jonathan, de l’évolution de ma réflexion quant à mon année sabbatique, de la possibilité que je quitte Montréal pour venir vivre à Québec. Nous communiquerons par courriel et par téléphone en attendant de nous revoir au lancement de son exposition, dans une semaine.
Sans rien brusquer, je crois que nous vivons le début de quelque chose qui augure bien. Nous sommes aux prémices des liens qui se tissent dans la fébrilité des rêves d’amour à moitié avoués, mais puissamment espérés…
Sur le trottoir, face au café, alors que nous nous faisons la promesse de nous revoir à son exposition, je remarque l’heure tardive et réalise que Vanessa devra marcher jusqu’à un arrêt d’autobus.
— Vanessa, veux-tu que j’aille te reconduire chez toi?
— Sais-tu, Alexandre, compte tenu de l’heure, j’accepte ton offre avec plaisir. C’est gentil…
— Alors, viens-t’en! Mon véhicule est dans le stationnement, à deux pas d’ici.
Arrivé à mon automobile, je m’informe du secteur de la ville qu’elle habite.
— Alexandre, conduis-moi à la rue Sainte-Ursule dans le Vieux-Québec. Tu sais, elle est perpendiculaire à la rue Saint-Jean, juste en bas de la porte Saint-Jean. Tu vois?
— Oui, je connais, t’inquiète… Je suis natif de Québec, j’y ai vécu jusqu’au déménagement de mes parents à Montréal. J’ai rencontré Pascale, la mère de mon fils, ici, à Québec, au Festival d’été. Quand je l’ai quittée, après cinq années de vie commune, je suis allé vivre à Montréal avec Anne.
«Mes parents acceptaient mal ma séparation. Le bas âge de Jonathan et leurs valeurs judéo-chrétiennes pesaient lourd dans leur jugement.
«Après quelque temps à Montréal, Anne et moi sommes revenus vivre à Québec, jusqu’à ce qu’elle mette fin à notre relation. Je suis retourné à Montréal pour y démarrer ma petite firme de communication, pour m’éloigner d’elle et aussi pour essayer de me reconstruire une nouvelle vie après notre échec amoureux. J’y habite depuis trois ans. Voilà, Vanessa, tu en sais un peu plus sur mon parcours…
— Merci, j’apprécie que tu me dises tout ça. Tu ne devrais pas considérer cette rupture comme un échec, mais comme une occasion de franchir une autre étape de ta vie. Je suis peut-être mal placée pour te parler comme je le fais en ce moment…
«Ma vie amoureuse n’est pas un grand succès, tu sais… Enfin, on s’en reparlera. Merci, Alexandre, d’être venu me reconduire chez moi. On se revoit dans une semaine pour mon exposition… D’accord?
— O.K.! Bonne nuit, Vanessa…
Nous nous quittons sur un gros câlin, effleurant nos lèvres dans un baiser rempli de promesses…
Arrivé chez mes parents, je m’installe au clavier de mon portable afin d’écrire quelques mots à Raoul et l’informer des raisons de mon retour au Québec. Malgré ses quatre-vingt-huit ans, il possède un ordinateur et a accès à Internet, ce qui est peu banal pour un homme de son âge.
Sacré Raoul! Sa présence au monde et sa qualité d’homme de son temps ne cesseront jamais de me surprendre. Je fais de même pour Maurice et Nadia. Il y a une éternité que je n’ai confié la moindre ligne à mon blogue. Je décide d’en poursuivre l’écriture, comme si je donnais suite à mon périple à vélo.
La fatigue s’empare de moi; il est l’heure d’aller au lit. Je ferme les yeux, l’esprit habité par cette journée auprès de mon fils, mais aussi par ma rencontre de ce soir avec Vanessa, et je réalise à quel point celle-ci devient pour moi, tout en douceur, un être précieux, un souffle nouveau.
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