Aux pays d'Alexandre

Christian Bilodeau · Chapitre 4 sur 33

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Aux pays d'Alexandre

Mercredi 9 mai 2012

 

Des rideaux de pluie prolongent mon farniente sur ce matin de grisaille. Je n’ai pas d’autre choix que de laisser passer ce mauvais temps avant de poursuivre mon trajet. Quelques heures de sommeil de plus ne me feront pas de tort. Le moteur d’un tracteur de ferme me réveille en sursaut. L’engin est si près de moi que j’ouvre la porte de ma tente pour regarder dehors. Le conducteur du véhicule débarque et marche dans ma direction.

Je sors pour le saluer…

Il regarde ma bécane et ma remorque, parée de son drapeau fleurdelisé. Il me salue, m’interpelle en me disant que je peux camper le temps nécessaire sur sa terre. Je croyais qu’il allait me dire de déguerpir.

Je suis tout de même sur sa propriété, et sans permission. Nous discutons de mon voyage, du Québec, de son coin de pays. Il se prénomme Pierre, et sa terre agricole de cinquante hectares a été transmise de père en fils. Il m’invite à déjeuner chez lui afin de poursuivre notre conversation. Quel bonheur de partager sa table, surtout que je n’ai rien mangé depuis la veille au soir. Je plie bagage et l’accompagne à vélo jusque chez lui.

Il habite une vieille maison normande non loin de la route. Des bâtiments de ferme, un enclos pour ses chevaux et une dépendance ceinturent la résidence principale.

Nous entrons dans la maison, où il me présente sa femme, Constance, qui me serre chaleureusement la main et m’invite à m’asseoir à la cuisine. Par le carreau de la fenêtre, je vois que le ciel se dégage. J’informe mes hôtes de mon désir d’être au Havre d’ici le coucher du soleil. Constance prépare la table pour le repas; un cuisseau d’agneau, des pommes de terre et des légumes, le tout accompagné de baguettes de pain, d’une salade du jardin et de fromages comme dessert, sans oublier une bouteille de vin rouge maison. Ça sent le gros bonheur dans cette maison! Nous discutons de tout et de rien… De la politique, de la ferme, des enfants de Constance et Pierre, de la Normandie, du Québec, bien sûr. Le temps passe si vite que j’en oublie l’heure.

J’adore cette France qui étire ses repas et boit son vin qui délie les langues. Pierre et son épouse me raccompagnent jusqu’à mon vélo. Nous nous faisons la bise comme de vieux amis, en nous promettant de correspondre dès mon retour au Québec.

J’enfourche ma bécane pour rejoindre la voie principale; j’ai plus de soixante-dix kilomètres à franchir avant d’arriver au Havre. Fruit d’une histoire maritime et portuaire, Le Havre est une ville qu’il me tarde de découvrir. Malgré les paysages fabuleux, j’arrive à destination las et fatigué par le long trajet. Les aiguilles de ma montre indiquent 21 h.

J’entre dans la ville, les jambes lourdes, l’esprit content de me retrouver au cœur de cette magnifique cité en bordure de mer. J’emprunte la large avenue Floch, près de la mairie, pour traverser la porte océane. Ce soir, je coucherai dans un hôtel près du port de pêche. Un petit resto vite fait, puis je filerai directement à ma chambre pour prendre une douche chaude et dormir dans un bon lit.

Épuisé par les kilomètres de vélo, je m’endors sur-le-champ, sans même défaire le couvre-lit. Poussé par mon orgueil, je m’étais promis d’arriver au Havre aujourd’hui, peu importe le temps que j’y mettrais. Mon sommeil sera ininterrompu jusqu’à l’aube.

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