C’est dans la poche n°4
Chapitre 22
Essais, documents
Le pouvoir est solitaire
et le peuple, ingrat
D ’une année à l’autre, le chroniqueur du Val-d’Isère dix jours plus tard : « Ma situation est er règne de Nicolas I se régale des erre- moins difficile que ceux qui se trouvent sans em- ments d’un pouvoir dont il détaille à ploi. » Qu’en était-il de sa promesse, qui le fit l’envi ce dont les gazetiers n’osent pas toujours choisir pour occuper le trône et consistait à affir-
faire la matière de leurs articles, en raison de mer que le pouvoir d’achat était principal ? » l’intérêt aigu que porte « Notre Gourmand Lea- Depuis 2008 où Patrick Rambaud inaugura ce
der » aux grands moyens d’information : « Venues feuilleton aux rebondissements aussi inattendus
des services du Château, il y avait de multiples que servis avec complaisance par Notre Monarque
interventions auprès des gazettes pour les effrayer Visionnaire et son entourage, les Guignols de
et les inciter à marcher droit ; il en découla un l’Info, certes plus réactifs au quotidien puisqu’ils
excès de timidité, on n’avait pas à censurer qui se n’attendent pas le mois de janvier pour manier
censurait lui-même et prenait en modèle l’antique l’ironie, ont pris un coup de vieux. Pravda des Soviétiques ; un excès de zèle, aussi, À la manière ancienne, si bien assimilée qu’il
quand on retouchait les photos de la baronne semble lire parfois un écrivain du dix-huitième
d’Ati, qui gardait les Sceaux, afin d’effacer les er siècle, la Chronique du règne de Nicolas I et ses bijoux hors de prix qu’elle portait aux doigts, épisodes suivants forment une réjouissante parodie
puisque l’étalage du luxe n’était plus à l’ordre du d’actualité. jour. » À moins que ce soit cela, l’actualité ? Notre Tendre Autocrate – la collection des appel- Il faudra le vérifier dans le quatrième volume, qui
lations semble presque infinie, et se renouvelle, paraît chez Grasset en même temps que la réédi-
comme une garde-robe, de saison en saison avec tion en poche de celui-ci, où l’État est malmené
bonheur –, dit Chouchou dans l’intimité, est un autant que conforté par le ridicule de
personnage inépuisable auquel Patrick Rambaud l’archiduchesse des Charentes, sœur jumelle de Sa
ne passe rien. Il semble parfois presque excen- Majesté, où le sacre d’Obama change la donne et
trique quand l’autoritarisme ne prend pas le des- crée quelques jalousies, où la démocratie totali-
sus. Il ne comprend pas pourquoi le peuple l’aime taire s’impose, etc. de moins en moins, malgré le défilé des courtisans Un festival ! qui semblent rémunérés à pratiquer l’éloge jusqu’à
l’absurde.
Nicolas Ier ferait bien, au lieu de se contenter des onctions, de lire (mais peut-être le fait-il) la chro-
nique de Patrick Rambaud. Le miel y est rare mais
la lucidité y est féroce.
« La vie réelle était moins tendre, même pour
Notre Déconcertant Monarque ; il continuait à Patrick Rambaud gesticuler et cela finit par se voir, ses mots se Troisième brouillaient, il se contredisait, il confondait les chronique
phrases et les actions, croyait que dire suffisait du règne er de Nicolas I quand les mots partaient au vent. Il dit à Provins : Le Livre de poche, « J’écoute mais je ne tiens pas compte » ; il se n° 32027 reprit à Châteauroux : « J’écoute les inquiétudes 170 pages environ, et j’en tiens compte. » Pour ne point se sentir trop 5,50 € loin de ses sujets il leur expliqua que son métier Parution le 5 janvier d’empereur était très difficile ; il se rattrapa à
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