C’est dans la poche n°4
Chapitre 08
Fiction française
La balade d’un gamin
dans les rues de Barcelone
Il a onze ans. Il dit qu’il en a treize. Il est déjà histoire qui dure vingt-quatre heures d’un un dur à cuire, même s’il garde certaines équilibre instable, sans cesse sur le point de réactions d’un enfant pas encore tout à fait basculer vers le meilleur ou le pire. abîmé par l’existence qu’il mène. Dans un quartier « Sur la Grand Via, ses semelles le portent. Les
populaire de Barcelone, sous la chaleur du mois vélos volent près de lui comme des libellules, les
d’août, Chucho entre en scène chez Dumbre, une voitures comme des avions, les motos comme des
grosse vieille dont la seule occupation est de fusées. La chaleur s’est adoucie, le ciel a foncé, le
veiller sur une lampe à huile qui ne s’est pas soleil est bas, moelleux, et la lune, précoce et
éteinte depuis douze ans. (« T’étais pas né. ») Il mangée, a fait son apparition de filigrane. » joue au ballon avec ses copains Baltasar et Toni. Les éléments du récit sont mis en place avec un
Chucho est fier de ses chaussures Nike Air Max. naturel qui dénote une science affûtée chez
Moins fier d’apprendre que la Polaca est morte, l’auteur de Leurs vies éclatantes. On le savait déchirée au couteau. Il fait mine de ne pas la doué. Il confirme sa maîtrise de l’espace et du
connaître, bien qu’elle lui ait offert les chaussures. temps avec ce livre où chaque chose vient à son
Cela sent les problèmes à venir… heure, complétant le tableau jusqu’à nous le
Le milieu où Chucho essaie de grandir est rude. présenter aussi bien dans sa totalité que dans ses
Les macs y font la loi, les putes dérouillent. Les moindres détails. enfants aussi, parfois. Il n’en a pas vraiment Chucho n’est mince qu’en apparence. Il a en conscience. « Pour Chucho, Barcelone n’est pas réalité l’épaisseur d’une jeune vie accidentée,
une ville. Puisqu’il n’en connaît pas d’autre, qu’il promise sans aucun doute à d’autres accidents
n’a jamais vu de village ni la campagne. […] encore, que le romancier n’a pas besoin de
Pour Chucho, Barcelone, c’est, sans question, la raconter pour nous les faire pressentir. réalité. »
Et il faut faire avec cette réalité. À moins de
convaincre Hans, qui se fait appeler Braco, de
l’emmener à New York où il part s’installer. Hans
semble éprouver de l’affection pour Chucho, mais
c’est peut-être seulement parce que le gamin lui a
présenté Polaca – sans passer par son souteneur,
d’où les ennuis qui s’annoncent. Chucho doit
obtenir un passeport, une autorisation parentale,
un visa.
Puis il pourra partir.
Les papiers ne sont pas un problème, tout se Chucho Grégoire Polet fabrique, les parents s’inventent. Encore faut-il Folio, n° 5180 que Hans accepte, c’est une autre histoire. 128 pages environ, Court, enlevé comme une chanson qui passe et 4,50 € qu’on n’oublie pas, le quatrième roman de Parution le 13 janvier Grégoire Polet rhabille Oliver Twist à la mode
d’aujourd’hui et sans misérabilisme. Mais avec
une verve qui rend les descriptions aussi précises Du même auteur,
que les images d’un film. Petit éloge de la gourmandise
est paru en septembre dernier.
On est à la fois dans la tête de Chucho et dans le Folio, n° 5128, 112 pages, 2 €.
décor qui l’entoure. Il vit à toute allure une
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