C’est dans la poche n°7
Chapitre 08
Fiction française
Olivier Rolin à Bakou,
chronique d’une mort postposée
T ous ses amis avaient déconseillé à Olivier mer ? un lac ? s’interroge le narrateur, vaguement, Rolin de séjourner à Bakou en 2009. Par sa bien sûr. Des lectures arrivent en écho. faute : dans Suite à l’hôtel Crystal , un Maeterlinck, Verhaeren et Pierre Mertens passent ouvrage précédent, il avait mis en scène son par là. Des histoires du passé surgissent, qui
suicide (« en tout cas celui d’un personnage qui contiennent, pour plusieurs d’entre elles, la
porte mon nom ») cette année-là, dans un hôtel de matière de romans. L’espion disparu qui resurgit
Bakou. L’esprit de contradiction a fait le reste : beaucoup plus tard, par exemple. Ou Une nuit « La multiplication de ces affectueuses mises en d’amour de Charles de Gaulle, inventant la brève
garde fit évidemment naître en moi l’idée que je liaison du général avec une chanteuse lyrique
devais à tout prix me rendre à Bakou en 2009, et y après l’opéra auquel il assista à Bakou. demeurer assez longtemps pour laisser à la fiction Olivier Rolin ne développe guère, laissant au
de ma mort sur les bords de la Caspienne […] une lecteur le soin d’imaginer la suite. Comme les
chance raisonnable de se réaliser. » Le voici chats qu’il observe, il est économe de ses
donc, lesté d’ouvrages sur le thème de la mort, mouvements. Mais « ils ont l’air de savoir ce face à la possibilité de sa propre fin… qu’ils font ici, eux » – au contraire de lui.
Malgré l’argument de départ, Bakou, derniers Économe des quelques mots qu’il connaît en
jours n’a rien de dramatique. Bien au contraire, on russe, aussi, dont il range les plus jolis dans son
y rit souvent. Olivier Rolin joue avec l’idée de ce « petit tiroir à mots agréables ». Économe de
suicide sans faire semblant d’y croire. Il l’envisage descriptions qu’il expédie en quelques lignes – et
comme une issue romanesque à un voyage quelles lignes ! Mais il n’est pas avare des doutes paresseux, au cours duquel il se laisse happer par et des questions qui relancent sans cesse son récit.
des rencontres, des images, des souvenirs. Ses Bakou, derniers jours est un ouvrage qui échappe
pensées sont souvent vagues. Des réflexions lui à toute définition simpliste. Et qui marquera
viennent en marchant « comme sans y penser, ou longtemps les esprits. plutôt au gré de ce soliloque intérieur que se Il est difficile de se sentir plus vivant qu’en lisant
tiennent les marcheurs, et qui est à la pensée ce l’histoire de cette mort annoncée et manquée –
que le grommellement est à la parole éloquente. » tant mieux pour les prochains livres d’Olivier
Les pages s’accumulent, bric-à-brac sans grande Rolin.
organisation qui pousse l’auteur à s’interroger sur
ce qu’il est en train d’écrire : « ce récit que j’écris, que vous lisez, à quoi ça rime ? Et d’abord,
qu’est-ce que c’est ? Un journal de voyage, des
lambeaux de souvenirs mal cousus entre eux, un
testament ? « Un livre sur rien », presque sans
sujet, ou dont le sujet reste presque invisible,
comme le rêvait Flaubert (mais alors, il faudrait
qu’il tienne « par la force interne de son style », et
ce serait évidemment présumer de mes forces) ?
C’est une promenade sur un fil. Un monologue à
basse voix, pour des oreilles patientes, attentives. Olivier Rolin Une lettre à des amis, connus et inconnus. » Bakou, derniers jours On voudrait tout citer, tout partager de ce livre, Points, n° 2571
tant le bonheur de s’y trouver est grand. L’écriture 160 pages, 6,50 €
fait des vagues, bat comme la Caspienne – une
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