C’est dans la poche n°7

Avril 2011 · Chapitre 8 sur 16

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C’est dans la poche n°7

Chapitre 09

Fiction française

 

Anne Wiazemsky,

 

enfant de l’après-guerre

 

Claire a 27 ans, un fiancé et elle est la fille Mais il est de bon ton d’affirmer que le roman de François Mauriac. Elle a besoin impose sa vérité. Surtout quand, comme ici, c’est d’oublier tout cela, de devenir elle-même. le cas. Grâce à l’écriture ciselée d’Anne « Claire souhaite que l’on reconnaisse en elle une Wiazemski, les pages plus personnelles se mêlent

ambulancière de la Croix-Rouge, une adroitement aux sources authentiques.

combattante. » Sur les deux plans, réalité et fiction, la ville de

En 1944, alors que la guerre se termine avec des Berlin est bien plus qu’un décor. soubresauts violents, un intermède parisien Elle est en tout cas, pour Claire et Yvan, une ville

pendant lequel elle retrouve sa famille lui pèse. adoptée dans un choix délibéré. Ils se sont

Mais sa section de la Croix-Rouge l’appelle après rencontrés là, c’est là qu’ils veulent vivre. C’est là

le 8 mai 1945, se prépare à faire mouvement vers aussi que doit naître leur premier enfant.

l’Allemagne. L’accouchement a été confié à un médecin

L’occasion lui est offerte de quitter le rôle pour allemand, comme une évidence – et tant pis si

lequel elle semblait faite, d’abandonner un chemin l’évidence se teinte ensuite d’une couleur moins

trop bien balisé. plaisante quand le médecin est arrêté, jugé et

L’occasion d’être libre… exécuté pour ses crimes de guerre.

En août, elle est à Berlin, ville défaite où les L’époque est celle d’une transition, entre la fin de

survivants meurent de faim. Elle habite avec cinq la Seconde guerre mondiale et le début de la

autres jeunes femmes dans le réfectoire d’un guerre froide. On ne pense qu’à la reconstruction.

ancien collège de garçons. « La vie à Berlin est Reconstruction d’une ville et construction d’un

passionnante à condition de ne pas être bonheur qui efface bien des souffrances, avec sans

berlinois », écrit-elle à sa mère en septembre. doute un brin d’égoïsme.

D’ailleurs, peu de temps après, elle est logée plus Mais c’est une leçon de vie, comme il s’en écrit

confortablement, bénéficiant d’un privilège dont sans qu’il soit nécessaire de peser le pour et le

elle a conscience, mi-coupable, mi-consentante. contre sur les plateaux de la balance d’une

Puis c’est la rencontre, décisive, avec Yvan hypothétique justice.

Wiazemsky, dit Wia, officier français d’origine

russe qui n’a jamais entendu parler de François

Mauriac.

L’anecdote est rafraîchissante. Pas suffisante, bien

sûr, pour engendrer l’amour. Mais le reste suit,

malgré l’absence de points communs – ou grâce à

cette absence. Les premières années de bonheur

enfuies, les différences apparaîtront plus grandes,

créant une distance au lieu du rapprochement

initial. Ce sera après la naissance de Mon enfant

de Berlin.

Anne Wiazemsky est cet enfant, alors que Claire Anne Wiazemsky espérait un fils. Mon enfant de Berlin

Et elle raconte, en fait, l’histoire de ses parents. Folio, n° 5197 Elle entremêle les lettres et le journal de sa mère 272 pages, 5,70 €

avec des transitions où elle imagine les scènes. Il

est difficile de savoir ce qui l’emporte, de la réalité

ou de la fiction.

 

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