C’est dans la poche n°7
Chapitre 09
Fiction française
Anne Wiazemsky,
enfant de l’après-guerre
Claire a 27 ans, un fiancé et elle est la fille Mais il est de bon ton d’affirmer que le roman de François Mauriac. Elle a besoin impose sa vérité. Surtout quand, comme ici, c’est d’oublier tout cela, de devenir elle-même. le cas. Grâce à l’écriture ciselée d’Anne « Claire souhaite que l’on reconnaisse en elle une Wiazemski, les pages plus personnelles se mêlent
ambulancière de la Croix-Rouge, une adroitement aux sources authentiques.
combattante. » Sur les deux plans, réalité et fiction, la ville de
En 1944, alors que la guerre se termine avec des Berlin est bien plus qu’un décor. soubresauts violents, un intermède parisien Elle est en tout cas, pour Claire et Yvan, une ville
pendant lequel elle retrouve sa famille lui pèse. adoptée dans un choix délibéré. Ils se sont
Mais sa section de la Croix-Rouge l’appelle après rencontrés là, c’est là qu’ils veulent vivre. C’est là
le 8 mai 1945, se prépare à faire mouvement vers aussi que doit naître leur premier enfant.
l’Allemagne. L’accouchement a été confié à un médecin
L’occasion lui est offerte de quitter le rôle pour allemand, comme une évidence – et tant pis si
lequel elle semblait faite, d’abandonner un chemin l’évidence se teinte ensuite d’une couleur moins
trop bien balisé. plaisante quand le médecin est arrêté, jugé et
L’occasion d’être libre… exécuté pour ses crimes de guerre.
En août, elle est à Berlin, ville défaite où les L’époque est celle d’une transition, entre la fin de
survivants meurent de faim. Elle habite avec cinq la Seconde guerre mondiale et le début de la
autres jeunes femmes dans le réfectoire d’un guerre froide. On ne pense qu’à la reconstruction.
ancien collège de garçons. « La vie à Berlin est Reconstruction d’une ville et construction d’un
passionnante à condition de ne pas être bonheur qui efface bien des souffrances, avec sans
berlinois », écrit-elle à sa mère en septembre. doute un brin d’égoïsme.
D’ailleurs, peu de temps après, elle est logée plus Mais c’est une leçon de vie, comme il s’en écrit
confortablement, bénéficiant d’un privilège dont sans qu’il soit nécessaire de peser le pour et le
elle a conscience, mi-coupable, mi-consentante. contre sur les plateaux de la balance d’une
Puis c’est la rencontre, décisive, avec Yvan hypothétique justice.
Wiazemsky, dit Wia, officier français d’origine
russe qui n’a jamais entendu parler de François
Mauriac.
L’anecdote est rafraîchissante. Pas suffisante, bien
sûr, pour engendrer l’amour. Mais le reste suit,
malgré l’absence de points communs – ou grâce à
cette absence. Les premières années de bonheur
enfuies, les différences apparaîtront plus grandes,
créant une distance au lieu du rapprochement
initial. Ce sera après la naissance de Mon enfant
de Berlin.
Anne Wiazemsky est cet enfant, alors que Claire Anne Wiazemsky espérait un fils. Mon enfant de Berlin
Et elle raconte, en fait, l’histoire de ses parents. Folio, n° 5197 Elle entremêle les lettres et le journal de sa mère 272 pages, 5,70 €
avec des transitions où elle imagine les scènes. Il
est difficile de savoir ce qui l’emporte, de la réalité
ou de la fiction.
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