Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange

Jules, comte Delaborde · Chapitre 11 sur 23

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Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange

Chapitre 183

De Mornay dit encore[290]: «Pendant l’incertitude de cette blessure, n’est point croiable en quel soin en étoit tout ce peuple. Cette grande place entre la ville et la citadelle, dès le point du jour, étoit pleine de personnes de tout sexe, âge et condition, qui se venoient enquérir de son état; vraye récompense de ce qu’il avoit travaillé pour ce peuple.»

 

[290] Mornay, loc. cit.

Les états généraux, qui, le jour même de l’attentat, s’étaient empressés d’en informer par écrit les magistrats de Bruges, leur adressèrent, dès le lendemain, 19 mars, les informations suivantes[291]:

«Nobles seigneurs, nous ne doutons nullement que vous ne soyez desireux de connaître comment les choses se sont passées ici, depuis la nouvelle que vous avez reçue hier de la tentative d’assassinat sur la personne de Son Excellence. En conséquence, nous n’avons pas voulu nous dispenser de vous mander par la présente que quelques complices de l’assassin ont été arrêtés ici hier, et que la situation de Son Excellence n’est jusqu’à présent, Dieu en soit loué, pas empirée. D’après l’opinion et le jugement des médecins et des chirurgiens, la blessure n’est pas mortelle, à moins, ce qu’à Dieu ne plaise, qu’une fièvre ou une autre maladie ne vienne s’y joindre. L’assassin ayant été tué sur la place, on transporta immédiatement son cadavre sur un échafaud, devant l’hôtel de ville, où on le reconnut comme étant celui de Jean Jauréguy, sous-caissier du sieur Gaspard Anastro, marchand espagnol, parti d’ici, selon la rumeur publique, mercredi dernier, pour Calais. Aussitôt on arrêta, à son domicile, tous les domestiques qui s’y trouvèrent, et entr’autres un prêtre qui a avoué avoir entendu, hier avant midi, la confession du meurtrier et lui avoir administré la communion, après qu’il l’eut absous du crime qu’il se proposoit de commettre. De plus, il a encore avoué que, pendant la semaine passée, il a dit, tous les jours, la messe et des prières pour la réussite du projet. Et afin de donner à l’assassin plus de force pour accomplir son crime, ce prêtre lui avait attaché au cou un agnus Dei et un petit cierge béni, sous lequel était lié un billet renfermant divers caractères inconnus; tous ces objets ont été trouvés sur le meurtrier. On a encore accusé de complicité, ou du moins comme paraissant ne pas avoir ignoré le complot, un autre caissier appartenant à la même maison, ainsi qu’un sieur Adrien de la Maça et son domestique. Ils sont tous arrêtés et on les interroge sévèrement, il est à espérer qu’on découvrira encore d’autres coupables. Conformément aux ordres de Son Alteze, quelques-uns d’entre nous ont été désignés pour assister, conjointement avec le magistrat de cette ville, à l’interrogatoire des prisonniers. Nous ne manquerons pas de vous informer de ce qui sera fait plus tard, et de ce que nous devons penser de cette conspiration.»

 

[291] _Documens historiques concernant les troubles des Pays-Bas,

1577-1584_, par Kervyn de Volkaersbeeks et J. Diegerick, Gand,

1850, t. II, p. 336.—Des lettres semblables à celle qui est ici

reproduite, furent adressées aux provinces et aux villes de

l’Union.

L’instruction de l’affaire fut rapidement conduite: Venero et Timmermann furent condamnés à mort, le 27 mars, et exécutés le lendemain.

Avant leur exécution, Guillaume de Nassau, toujours généreux à l’égard de ses ennemis, avait écrit à Marnix de Sainte-Aldegonde[292]: «J’ay entendu que l’on doit demain faire justice des deux prisonniers estant complices de celui qui m’a tiré le coup. De ma part, je leur pardonne très volontiers de ce qu’ils me peuvent avoir offensé; et s’ils ont peut-estre mérité un chastoy grand et rigoureux, je vous prie vouloir tenir la main, devers messieurs les magistrats, qu’ils ne les veullent faire souffrir grand tourment, et se contenter, s’ils l’ont mérité, d’une courte mort.»

 

[292] Groen van Prinsterer, Corresp., 1re série, t. VIII, p.