Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange
§2.
Dépêche de Lanoue au duc d’Anjou. 18 août 1578.
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3.277, fº 63.)
«Monseigneur, depuis deux jours il est arrivé vers messieurs des estats aucuns hommes de Flandre qui leur ont faict un rapport dont j’ai bien voulu advertir Votre Alteze. La chose est telle: c’est que le sieur de Lamotte, qui est dans Gravelines, envoya quérir depuis naguières quelques notables personnages dudit païs et leur dict qu’il les vouloit advertir de chose qui importoit grandement à la patrie, pour le faire entendre auxdits sieurs des estats, savoir est: qu’Alféran estoit venu vers luy de la part de Vostre Alteze et lui avoit remonstré que trois causes principalement vous avoient esmeu de venir pardessà: l’une, pour vous en faire maistre, l’autre, pour ruiner la religion réformée, et la dernière, pour chasser le prince d’Orange, et que, si vouloit vous favoriser et tenir vostre party, que vous le feriez grand. Puis après il leur dist que, puisqu’on parloit de changer de maistre, qu’encores se valoit-il mieux tenir à l’ancien, qui estoit le roy d’Espagne, que tomber sous la main des Françoys, et qu’il avoit cinquante mille escus dans un coffre qu’il monstra alors auxdicts personnages, disant qu’il en aideroit les estats, s’ils vouloyent demeurer fidèles audict roy d’Espagne et s’employer contre les huguenots du pays et contre le prince d’Orange.—Voilà la somme de ces propos, tant ce qu’Alféran luy a dit, que le parlement qu’il faict pour reprendre le parti des Espagnols. Je pense que le but auquel il tend, c’est, par ces artifices et choses controuvées, vous mettre en défiance et diviser les uns et les autres, pour mieux avancer les affaires de don Juan.—Messieurs des estats pourront bien en escrire à Vostre Alteze, et peut-être vous envoyer les personnes qui ont parlé audit Lamotte. Toutefois j’ay bien voulu vous prévenir par ceste lettre, afin que vous soyez tousjours instruit davantage.—Il est très nécessaire, monseigneur, pour monstrer tousjours plus la sincérité de vos actions, que vous rendiez ce faict éclairci à ceux qui en pourroient estre en quelque doubte; et sera assez à temps d’en répondre, si lesdits estats envoyent vers Vostre Alteze pour cet effect. Je ne sçay si Alféran se seroit tant oublié, d’avoir tenu un tel langage, car ce seroit vous faire tort. Mais, afin qu’il n’arrive de tels inconvéniens, il est expédient d’aviser aux personnes qu’on emploie, qui soient telz qui ne puissent rien mesler de leurs particulières factions avec ce qui leur sera commandé.—Monseigneur, j’ay opinion que vendredy, l’armée de M. le duc Casimir se joindra et marchera, ou incontinent après. Et pour ce, sera bon que vostre Alteze diligente de tenir la sienne preste, parce que il pourra survenir occasion qui commandera qu’elle marche, et vous aussi pareillement; car le temporiser nuirroit aux affaires communes. Et d’aultant qu’il y a plusieurs choses à pourvoir et accomoder avant que Vostre Altèze puisse desloger, on ne doit perdre une seule heure de temps.—Monseigneur, vous pourrez donner avis à M. le prince d’Orange de l’estat en quoy estes; et quand lui ferez cest honneur de prendre conseil de luy en affaires présentes, il vous en mandera fidèlement son opinion et ce qui sera convenable que faciez, soit pour vous avancer ou retarder; mais il me semble que Vostre Alteze doit se haster. A grand peine vous pourra-on ayder de pouldre, du costé de deçà, dont aurez grand besoin, pour le grand nombre d’arquebusiers qu’avez. Monseigneur, il servira aussi grandement que vous envoyez quelqu’un vers M. le duc Casimir, afin de le bien disposer en vostre endroict; ce qu’à mon jugement se fera aisément; et si je le voy bientost, je luy parlerai comme il faut.—J’ay parlé à M. le prince d’Orange pour le sieur de Richebourg, s’il trouve bon qu’il accompagne M. de Bellièvre. Et quant à ce que Vostre Altèze craint d’estre soupçonnée de moienner la paix avec don Juan, elle ne s’en doit mettre en peine. On croit plustost que les François désirent la guerre.—Monseigneur, si vostre cavallerie ne s’arme ainsy qu’elle n’est en France, en ce pays on ne le trouvera beau. Il y a bonne commodité d’y pourvoir par l’abondance des armes qu’on y trouve.—Je partirai demain d’icy pour m’en aller à Bruxelles, pour après aller au camp; et en cest endroit je ferai fin, pour supplier le Créateur, monseigneur, vous tenir en sa sainte garde.
»De Anvers, ce 18 août 1578.
»Vostre très humble et très obéissant serviteur à jamais.
»LANOUE.»
XV
Résolution des états généraux donnant au prince d’Orange, à
l’occasion du baptême de sa fille, Catharina-Belgia,
la terre et comté de Linghen.—Anvers, 21 septembre 1578.
(Archives du royaume.—Gachard, _Correspondance de Guillaume
le Taciturne_, t. VI, p. 313, 314.)
«Ayant les estats généraulx des Pays-Bas délibérez sur le présent qu’on poulroit faire à monseigneur le prince d’Aurange, en tesmoignage du baptesme de la fille de Son Excellence, nommée Katharina-Belgia, auquel iceulx estats par certains leurs députez ont assisté, se sont advisez et résoluz que, pour les grandes raisons, cogneues à un chascun, qu’ils ont de recognoiltre le soing et travail que Son Excellence prend continuellement pour le bien et conservation du pays, ne se pourroit faire présent plus convenable et agréable à sadicte Excellence, que de la terre et comté de Linghen, avecq les actions, droits et dépendances d’icelle, mesme avecq la forteresse, artillerie et munitions, et en tout tel estat comme elle est présentement, et soubz les charges y appartenantes, à en prendre la possession incontinent, à condition expresse que sadicte Excellence, ou aultre ayant cause dudicte comté après icelle, sera tenue d’en payer annuellement au prouffit de sadite fille, une rente héritable de trois mille livres Arthois, racheptable au denier seize, et que de ce, au prouffit de ladicte fille, seront dépeschées lettres en forme deue et vaillable.»
»Et d’aultant que ledit seigneur prince a droit de demander au roy d’Espaigne la somme de cent soixante mille livres, du prix de quarante groz, monnoye de Flandres, à raison de ses gaiges, pensions, traistemens, obligations et debtes liquides, escheant à la fin du mois de juillet 1578, sera tenu quicter lesdites debtes, comme il a franchement quicté et quicte par ces présentes. Et, moyennant ce, ont lesdits estats accordé et accordent audit seigneur prince de demeurer seigneur et possesseur de ladicte terre et comté de Linghen, aux conditions susdistes, estant icelle terre de beaucoup plus grande valeur que la somme par ledit seigneur prince quictée.
»Davantage, promectent lesdictz estatz de payer et satisfaire les drossart, aultres officiers et soldatz qui sont à présent audict Linghen, à leurs propres coustz et dépens, jusque au jour que ledit seigneur prince sera mis en réelle et actuelle possession de ladicte terre et seigneurie de Linghen: aultrement demeurera audit seigneur prince son action libre et franche pour ladicte somme desdicts cent soixante mille florins.
»En oultre, au cas que, pour la deffense et tuition du païs, fût contrainct ledict seigneur prince mestre en ladicte place garnison extraordinaire, comme elle y est à présent, ne sera tenu entretenir ladicte garnison à ses despens, ainsi sera ladicte garnison extraordinaire payée par lesdicts sieurs les estats, ou aultres ayant droict, estant ledit sieur prince seulement subject à entretenir la garnison ordinaire à ses despens.
»Requerront lesdicts estats à Son Altèze que lettres-patentes en forme deue sur ce soyent despeschées.
»Faict en Anvers, le 21e jour de septembre 1578.»
XVI
Union d’Utrecht. 23 janvier 1579.
(Lepetit, Grande chronique de Hollande, Zélande, etc., etc.,
t. 2 p. 372.)
«Comme on a cogneu depuis la pacification faite à Gand, par laquelle les provinces de ces Pays-Bas s’estoient obligées de s’entre-secourir de corps et de biens, pour chasser hors desdits pays les Espagnols et leurs adhérens, ayant lesdits Espagnols, avec dom Juan et autres leurs chefs et capitaines cherché tous moyens, comme ils font encore journellement, de réduire lesdites provinces, tant en général qu’en particulier, sous leur servitude et tyrannie, et tant par armes que par leurs practiques les diviser et desmembrer, rompant leur union faite par ladite pacification, à la totale ruine desdits pays; comme de fait on a vu que, continuans en leurdit dessein, depuis peu de temps ils auroyent par leurs lettres sollicité quelques villes et quartiers desdites provinces, s’estant nommément advancez de faire irruption au pays de Gueldre;
»Pour ce est-il que ceux de la duché de Gueldre et conté de Zutphen, ceux des contés de Hollande, Zélande, Utrecht, Frise et les Ommelandes entre les rivières d’Ems et Lauwers, ont trouvé expédient et nécessaire de s’allier et conjoindre plus estroictement et particulièrement par ensemble, non pas pour se départir de l’union faite à la pacification de Gand, mais pour tant plus la confirmer et se pourvoir contre tous inconvéniens èsquelz ils pourroient eschoir par les pratiques, surprises et efforts de leurs ennemis; et pour sçavoir comment, en telles occurences, ils se pourront conserver et garantir; aussi pour éviter et retrancher ultérieurement division desdites provinces et des membres d’icelles; demeurant au surplus ladite union et pacification de Gand en sa force et vigueur suyvant quoy les députez desdites provinces, chacun en leur regard, suffisamment authorisez, ont conclu et arresté les points et articles qui s’en suyvent, sans, en tout cas, se vouloir par cestes aucunement distraire ny aliéner du Saint-Empire.
»1º En premier lieu, que lesdites provinces font alliance, union et confédération par ensemble, comme par ces présentes elles se sont alliées, unies et confédérez à jamais, de demeurer ainsi en toutes sortes et manières, comme si toutes ne fûssent qu’une province seule, sans qu’elles se puissent en nul temps, à l’advenir, désunir ny séparer, ny par testament, codicille, donation, cession, eschange, vendition, traitez de paix ou de mariage, ny pour nulle autre occasion que ce soit ou puisse estre; demeurans néanmoins sains et entiers, sans aucune diminution ny altération les privilèges spéciaux et particuliers, droicts, franchises, exemptions, statuts, coustumes, usances et toutes autres droictures et prééminences que chacune desdites provinces, villes, membres et habitants d’icelles peuvent avoir. En quoi ils ne veulent non seulement point préjudicier ny donner empeschement aucun, mais assisteront les uns les autres par tous moyens, voire de corps et de biens, si besoin est, à les deffendre, les confirmer et maintenir contre et envers tous qui en iceux les voudroient troubler ou inquiéter. Bien entendu que des différends qu’aucunes desdites provinces, membres et villes de ceste union peuvent avoir entre elles, ou par après se pourroient susciter touchant leurs privilèges et franchises, exemptions, droicts, statuts, et anciennes coustumes, usances ou autres droictures, il en sera vuydé par voye de justice ordinaire ou par arbitres et appointemens amiables, sans que les autres pays ou provinces, membres ou villes à qui tels différends ne touchent (si avant que parties se submectent au droict), s’en puissent aucunement mesler, sinon d’intercession tendante à accord.
»2º Que lesdictes provinces, en conformité et pour confirmation de ladicte alliance et union, seront tenues et obligées de s’entr’aider et entre-secourir, les unes les autres, de tous leurs moyens, corps et biens, effusion de leur sang et danger de leurs vies, contre tous efforts, envahies et attentats qu’on leur voudroit faire, sous quelque couleur ou prétexte que ce soit, du roy d’Espagne ou de quelque autre: ou à cause qu’en vertu du traité de la pacification de Gand, ils auroient prins les armes contre dom Juan, ou d’avoir receu pour gouverneur l’archiduc Mathias, ou de quelques autres dépendances de ce, et de tout ce qui s’en est ensuivi, ou s’en pourroit encore ensuyvre: et sur ce sous couleur de vouloir restablir par les armes la religion catholique romaine, des nouveauctez et altérations qui depuis l’an 1578 sont advenues en aucunes desdites provinces, membres et villes, ou bien pour cause de ceste présente union et confédération, ou autre cause semblable: et ce, en cas qu’on voulût user desdits efforts, envahies et attentats, aussi bien en particulier sur l’une desdites provinces, que sur toutes, en général.
»3º Que lesdites provinces seront aussi tenues et obligées de, en pareille manière, s’entre-secourir et défendre contre tous sieurs princes et potentats, pays, villes et républiques estrangères quy, soit en général ou en particulier, leur voudroient grever et nuire, ou faire la guerre; bien entendu que l’assistance qui en sera décernée par la généralité de cette union se fera avec cognoissance de cause.
»4º Et pour tant mieux assurer lesdites provinces, membres et villes contre toute force ennemie, que les villes frontières et celles qu’on trouvera en avoir besoin, en quelque province que ce soit, seront, par l’advis et ordonnance de la généralité de ceste union, fortifiées, aux dépens des villes et de la province où elles sont situées et assises, à ces fins aydées de la généralité, pour la moitié. Mais, s’il se trouve expédient de bastir quelques nouvelles forteresses, ou d’en desmolir aucunes en icelles provinces, que les frais seront à la charge de la généralité.
»5º Et, pour subvenir à la dépense qu’il conviendra faire, en cas que dessus, pour la tuition et défense desdites provinces, a esté accordé que, par toutes lesdites provinces unies concordablement, et sur un même pied, seront mis sus, et de trois mois en trois mois, affermées au plus offrant, ou collectées, certaines gabelles sur toutes sortes de vins et bières, sur la moulture des grains, sur le sel, sur les draps d’or, d’argent, et de laine, sur les bestes qui se tueront, sur tous chevaux et boeufs qui se vendront ou échangeront, sur tous biens sujets au grand pois ou balances, et sur tous autres biens qui, par commun advis et consentement, se trouveront estre convenables, suyvant les ordonnances qui en seront pourjectées et dressées, et qu’à ces fins on employera pareillement les domaines du roy d’Espaigne, défalquées les charges qui y sont.
»6º Lesquels moyens se pourront augmenter ou diminuer, haulser ou abaisser, selon l’exigence des affaires, confirmez seulement pour subvenir à la défense commune, et pour ce que la généralité sera submise de supporter sans, en nulle manière, les pouvoir appliquer à nul autre usage.
»7º Que les villes frontières et toutes les autres, que requis sera, et qui en auront besoin, seront, en tout temps, tenues de recevoir toute telle garnison que lesdites Provinces-Unies trouveront convenir, et qui, par l’advis du gouverneur de la province où les villes requièrent garnison, sera ordonné, sans le pouvoir refuser; lesquelles garnisons seront payées de leur solde par lesdites Provinces-Unies: et les capitaines et soldats, pardessus le serment général, en feront un particulier à la ville ou province où ils seront posez, ce qui se couchera ès articles de leur retenue. Aussi qu’il se tiendra tel ordre et discipline entre tous gens de guerre, que les bourgeois et habitans des villes et pays, tant ecclésiastiques que séculiers, ne soyent trop chargez, ny fouliez outre raison. Lesquelles garnisons seront non plus exemptes d’axes et impôts, que les bourgeois et communes des lieux où ils seront mis, moyennant que la généralité de ladite bourgeoisie leur paye leur argent de service et logis, comme il s’est faict jusqu’à présent en Hollande.
»8º Et afin, qu’à toutes occurences et en tout temps on puisse estre assisté des gens du pays, les habitans de chacune desdites Provinces-Unies, èz villes et champs, feront tout au plus long, en dedans un mois de la date de ceste, passez à monstre et couchez par escrit, depuis les 18 jusqu’à 60 ans, afin que le nombre d’iceux estant cogneu à la première assemblée des confédérez, il en soit ordonné par plus grande asseurance et défense du pays, comme se trouvera convenir.
»9º Nuls accordz ne traités de trèves ny de paix ne se pourront faire, ny guerres se susciter, nuls impôts se lever, nulles contributions se mettre sus, concernant la généralité de ceste union, que par l’advis et commun consentement de toutes lesdites provinces. Et en toutes autres choses touchant l’entretenement de ceste confédération et de ce qui en dépend, on se réglera selon ce qui sera advisé et résolu par la pluralité des voix des provinces comprises en ceste union, lesquelles seront recueillies comme on a fait jusques à présent en la généralité des estats, et ce, par provision, tant qu’autrement ne soit ordonné par les dispositions communes des confédérez. Mais si ès dicts traitez de trèves, paix, guerres, ou contributions, lesdites provinces ne se sçavent accorder par ensemble, lesdits différends se remettront et référeront, par provision, sur les gouverneurs et lieutenans qui sont à présent ès dites provinces, lesquels accorderont les parties ou décideront de leurs différends comme ils trouveront estre pour raison. Et si lesdits sieurs gouverneurs et lieutenans ne convenaient point par ensemble, ils pourront prendre tels adjoints et assesseurs non partiaux que bon leur semblera, et seront les parties tenues d’accomplir et entretenir ce qui par lesdits gouverneurs et lieutenans aura esté, en manière que dessus, déterminé.
»10o Que nulles desdites provinces, villes ou membres ne pourront faire aucune confédération ou alliance avec nuls sieurs ou pays de leur voisinage, sans consentement de ces provinces unies et de leurs confédérez.
»11º Trop bien est accordé que, si quelques sieurs princes ou pays voisins desiroyent de s’adjoindre par alliance et confédération avec les Provinces-Unies, que par l’advis et agréation de toutes ilz y seront reçus et admis.
»12º Qu’au fait de la monnaie, assavoir au cours et évaluation des ors et argents, toutes lesdites provinces auront à se conformer et régler selon les ordonnances qui, à la première opportunité en seront dressées, que l’une ne pourra changer ny altérer sans l’autre.
»13º Quant au point de la religion, ceux de Hollande et de Zélande s’y comporteront comme bon leur semblera; et, au regard des autres provinces de ceste union, elles se pourront gouverner en cela selon le placart de l’archiduc Mathias, gouverneur général des Pas-Bas, mesme par l’advis du conseil d’Estat et des estats généraux touchant la liberté de religion. Ou bien elles pourront, soit en général ou en particulier, y mettre tel ordre et réglement que, pour le repos de leurs provinces, villes et membres particuliers, tant ecclésiastiques que séculiers, en la conservation, chacune, de ses biens, droits et prérogatives, ils trouveront mieux convenir, sans que par nulle autre province, leur puisse en cela estre faict ny donné aucun destourbier ou empeschement, demeurant un chacun libre en sa religion, sans qu’à cause d’icelle personne ne puisse estre recherché, suyvant la pacification de Gand.
»14º Que toutes personnes conventuelles et ecclésiastiques suyvant ladite pacification, jouiront de leurs biens qui sont situez et assis en aucune de ces provinces respectivement. Et s’il y avoit aucuns ecclésiastiques, lesquels durant les guerres de Hollande et Zélande à l’encontre des Espagnols estoyent sous le commandement desdits Espagnols et se sont depuis retirez de leurs couvents ou colléges et venus se rejeter en Hollande ou Zélande, qu’on leur fera, par ceux de leursdits cloistres ou couvens, donner alimentation et entretenement suffisant, leur vie durant, comme pareillement on fera à ceux de Hollande et Zélande qui en sont sortiz et retirez en aucune de ces provinces unies.
»15º Que pareillement sera donné l’alimentation et entretenement, leur vie durant, selon la commodité du revenu de leurs cloistres ou couvens, à toutes personnes de ces pays unis qui s’en voudront départir, ou jà en sont départis, soit pour religion ou autre occasion raisonnable: bien entendu qu’à ceux qui depuis la date de cestes se voudront habituer èsdits cloistres et couvents et qui après en voudroyent sortir, ne leur sera donné aucune alimentation, mais s’en pourront retirer, si bon leur semble, en retenant à eux ce qu’ils y auront apporté. Et que tous ceux qui présentement sont ès dits couvens ou qui par cy-après y voudront entrer, demeureront libres en leur religion, profession et habits, à la charge, qu’en tous autres cas, ils soyent obéissans à leurs généraux.
»16º Et s’il advenoit, que Dieu ne veuille, qu’entre lesdites provinces il y survint quelque malentendu, questions ou divisions, en quoy elles ne sçauroient s’accorder, qu’icelles, si avant que le fait touche une province en particulier, seront appoinctées et vuidées par les autres provinces ou par celles que, d’entre elles, elles voudroyent dénommer. Mais s’il touche toutes les provinces, en général, cela se vuidera par les gouverneurs et lieutenans des provinces, comme il est dit, article 9 cy-dessus, lesquels seront tenus de faire droit aux parties, ou de les accorder, en dedans un mois, ou en plus bref temps, si le cas le requiert, après en avoir esté sommez et requis par l’une ou l’autre des parties; et ce qui par les autres provinces, ou leurs députez, ou par lesdits gouverneurs ou lieutenans aura esté dit et prononcé, sera suivi, et accompli, sans, en ce, se pouvoir prévaloir d’aucune provision de droict, soit d’appel, relief, revision, nullité ne autres prétentions, quelles qu’elles soyent.
»17º Que lesdites provinces, villes et membres d’icelles se garderont de donner aucune occasion de guerre ou noise à ceuls de leurs voisins, princes, scieurs, pays, villes ou républiques; pour à quoy obvier seront lesdites Provinces-Unies tenues de faire bon, bref droit et expédition de justice, aussi bien aux forains et estrangers, qu’à leurs sujets et citoyens. Et si aucune d’entre elles y estoit défaillante, les autres, leurs confédérez, tiendront la main, par tous moyens raisonnables, que cela soit fait, et que tous abus qui le pourroient empescher ou retarder le cours de la justice soyent corrigez et réformez, selon le droict et suyvant les priviléges et anciennes coutumes d’icelles.
»18º Ne pourra nulle desdites provinces, villes ou membres, mettre sus aucune imposition, argent de convoy, ny autre pareille charge, au préjudice des autres, sans commun consentement de tous, ny surcharger aucuns de ses confedérez plus avant que soy mesmes, ou ses habitans.
»19º Que pour mettre ordre à toutes choses occurrentes et aux difficultez qui se pourroient présenter, lesdits confédérez seront tenus, sur le mand et rescription qui leur sera faicte par ceux qui seront autorisés quant à ce, de comparoistre en ladite ville d’Utrecht, au jour qui sera limité, pour entendre à ce que par les lettres de rescription sera exprimé, si la chose ne requiert d’estre secrète, pour sur ce délibérer, et par commun advis et consentement, ou par la pluralité des voix, y résoudre et ordonner, jaçoit qu’aucuns ne comparussent pas: auquel cas, ceux qui comparaîtront, pendant ce temps, procéder à la résolution et détermination de ce qu’ils trouveront convenable et proufitable au bien public de ces Provinces-Unies; et ce qui aura esté ainsi résolu s’accomplira mesmes par ceux qui n’ont point comparu, ne fût que la chose fût de trop grande importance et qu’elle pût souffrir le délayer; auquel cas, on rescrivera à ceux qui ont esté défaillans de s’y trouver à certain jour limité, à peine de perdre l’effet de leur voix, pour cette fois. Et lors, ce qui aura été fait demeurera ferme et valable, ores qu’aucunes desdites provinces ayant esté absentes; sauf qu’à ceux qui n’auront eu le moyen de comparoistre, il leur sera loisible d’y envoyer leurs advis par escrit, pour au recueil de toutes les voix, y avoir tel regard qu’il appartiendra.
»20o Et à ces fins seront tous et chacun desdits confédérez tenus de rescrire à ceux qui auront l’autorité, de faire assembler lesdites Provinces-Unies, de toutes choses qui pourront occurrer et venir au devant ou qui leur semblera tendre au bien ou au mal desdites provinces et confédérez, pour sur ce les faire convoquer comme dessus.
»21º Et si avant qu’il s’y représente quelque obscurité ou ambiguité par où pourroit naître dispute ou question, l’interprétation d’icelles appartiendra auxdits confédérez qui, par commun advis les pourront esclarcir et en ordonner ce que de raison. Et si sur icelles ils ne tomboient d’accord, ils auront recours aux gouverneurs et lieutenans des provinces, comme dict est.
»22º Comme pareillement s’il se trouvoit nécessaire d’augmenter on diminuer quelque chose aux articles de cette union, confédération et alliance en aucuns de leurs points, que cela se fera par commun advis et consentement de tous lesdits confédérez, et non autrement.
»23º Tous lesquels poincts et articles et chacun d’eux en particulier lesdites Provinces-Unies ont promis et promettent par cestes d’accomplir et entretenir, sans y contrevenir ny souffrir y estre contrevenu directement ou indirectement en aucune manière. Et si, avant qu’aucune chose se face on attente au contraire par aucun d’entre eux, que dès maintenant et pour lors, ils le déclarent nul et de nulle valeur, obligeant à ce leurs personnes et tous les manans et habitans respectivement desdites provinces, villes et membres, ensemble tous leurs biens pour iceux en cas de contraventions estre, par toutes places, pardevant tous seigneurs, juges et juridictions où on les pourra recouvrer, saisir, arrestez et empeschez, pour l’effect et accomplissement de ces présentes et de ce qui en dépend, renonçans, à ces fins, à toutes exceptions, grâces, privilèges, relèvemens, et généralement à tous bénéfices de droit qui, au contraire de cestes, leur pourroient ayder et servir, et spécialement au droict qui dict générale renonciation non valoir si la spéciale ne précède.
»24º Et pour plus grande corroboration seront tous gouverneurs et lieutenans desdites provinces, qui y sont à présent, ou qui y pourront estre en temps advenir, ensemble tous magistrats et hauts officiers desdites provinces, villes ou membres, tenus de jurer et prêter le serment d’entretenir et faire entretenir tous les poincts et articles et chacun d’eux en particulier de ceste union et confédération.
»Comme pareillements seront tenus de faire le mesme serment tous corps de confrairies ordinaires et compaignies bourgeoises en chacune desdites villes et places de ladite union.
»De ce en seront dépeschés lettres en forme par les gouverneurs, lieutenans, membres et villes des provinces, à ce spécialement requises, soubsignées.
»Et fut ceste présente faite et soussignée en ladite ville d’Utrecht, le 23 de janvier 1579.»
Après avoir reproduit le texte ci-dessus de l’union d’Utrecht, Lepetit (_Gr. chron. de Holl. et Zél._, t. II, p. 376) dit:
«Le 4e de février ensuyvant, ceste union fut signée par ceux de Gand; le 3e de may, par le prince d’Orange, en Anvers; le 11e de juin, par George de Lalain, comte de Remberghes, gouverneur de Frise, d’Overyssel et Groningue et des Ommelandes. Après, ceux d’Anvers suivirent ceux de Bruges, de Bréda, et plusieurs autres.—Tout ceci se faisoit tandis que ceux d’Artois, de Hainaut, Lille, Douay Orchies, tramoient leur désunion et pourchassoient leur réconciliation particulière vers le prince de Parme, lors campé devant Maëstricht, s’excusant vers les autres confédérez, qu’ils ne pouvoient souffrir aucune altération de la religion romaine.»
XVII
Petri Foresti opera omnia.—Observat. et curat. medic. de
febribus,
lib. 2, observ. 4. (Francof. 1660, et Lugd. Batav., 1593.)
Illustriss. Dominus princeps Auraïcus, cum per hyemem Delphis ageret, et in stupha longo tempore degeret, apertis sæpe fenestris, quæ ad turrim templi antiqui spectabant, unde ventus perpendicularis et ex parte Borealis intrabat, ita ut in gutturis inflammationem incideret, quam et valida febris subsequebatur, cùm aliquantulum inhoeruisset: quæ per viginti quatuor horas tantùm duravit, febre non ampliciis redeunte, licet vires utcumque ex valida illa febre dejectæ fuerint. Utebatur autem tunc gargarismo quodam sibi familiari in eodem gutturis malo, quo alias commode uti solebat ab ejusdem generosissima uxore confecto… Verum cùm inde nihil juvaminis sentiret, 27 januarii anno 1581 Excellentia sua me vocavit. (Suit l’exposé du traitement de la maladie.)—Fuitque istis remediis illustriss. Dominus princeps magna cum nostra laude curatus, ut postea validus ac robustus Amstelrodamum accesserit. Cùmque Excellentissimus Dominus princeps tertio julii rediisset, ejusque Excellentiam, tùm Dominam ejus uxorem generosissimam Carolam, ex stemmate nobilissimo Borboniorum ortam, strenuissimi Ducis Monpenserii filiam, in Haghà Comitis salutarem, ea ipsa admodum liberalis duobus scyphis deauratis me donavit, pigans æternæ memoriæ gratitudinis post se relinquens.
XVIII
Déclaration des états généraux des Provinces-Unies du 26 juillet
1581, moins le préambule, qui a été déjà reproduit au chap. IX.
(Lepetit, Chronique de Hollande et Zélande, t. II, p. 428
et suiv.)
«Or, il est ainsi que le roy d’Espagne, après le trespas de feu, de haute mémoire, l’Empereur Charles cinquiesme, son père, de qui luy sont transportés tous ces pays, oubliant les services que, tant sondit père que luy mesme avaient receu de ces pays et inhabitans d’iceulx, par lesquels principalement le roy d’Espagne avoit obtenu si glorieuses et mémorables victoires contre ses ennemis, que son nom et puissance en estoient renommez et redoubtez par tout le monde; oubliant aussi les admonitions lesquelles ladite majesté impériale luy avoit par cy-devant faites: au contraire a donné audience, foi et crédit à ceux du conseil d’Espagne estans lez luy, ayant ledit conseil conçu une haine secrète contre ces pays et leur liberté; pour autant qu’il ne leur étoit permis d’y commander et les gouverner, ou de servir en iceux les pricipaux estats et offices, ainsi qu’ils sont au royaume de Naples, Sicile, Milan, aux Indes, et autres pays sujets à la puissance du roy: estant aussy amorcez de la richesse desdits pays, à la plus part d’entre eux bien cognue. Ledit conseil, ou mesme des principaux d’iceluy, ont par diverses foys remonstré au roy que, pour sa réputation et plus grande autorité de Sa Majesté, il valoit mieux conquester de nouveau ces Pays-Bas, pour alors y pouvoir commander librement, à son plaisir, et absolutement, c’est-à-dire, tyranniser, à sa volonté, que de les gouverner sous telles conditions qu’il avoit, à la réception de la seigneurie desdits pays, juré d’observer.
»Le roy d’Espagne suyvant depuis lors ce conseil, a cherché tous moyens pour réduire ces pays, les despouillant de leur ancienne liberté, en servitude, sous le gouvernement des Espagnols. Ayant, sous prétexte de la religion, premièrement voulu mettre ez principales et plus puissantes villes nouveaux évesques, les dotant de l’incorporation des plus riches abbayes, adjoustant à chacun évesque neuf chanoines pour luy servir de conseillers, dont les trois auroient la charge péculière de l’inquisition; par laquelle incorporation lesdits évesques, estant ses créatures à sa dévotion et commandement (qui eûssent peu estre choisis aussi bien d’estrangers que de naturels du pays) auroient le premier bien et la première voix ez assemblées des estats desdits pays: et par l’adjonction desdits chanoines, auroit introduit l’inquisition d’Espagne, laquelle, de tout temps, a esté en ces pays en aussy grande horreur et autant odieuse comme l’extrême servitude mesmes, ainsi qu’il est notoire à un chacun; tellement que la majesté impériale l’ayant autrefois mise en avant à cesdits pays, icelle, moiennant les remontrances faictes à Sa Majesté, cessa de plus la proposer, monstrant en cela la grande affection qu’il portoit à ses subjectz.
»Mais nonobstant diverses remontrances faites au roy d’Espaigne, tant par les provinces et villes particulières, que par aulcuns des principaux seigneurs du pays, nommément par le baron de Montigny, et depuis par le comte d’Egmont, qui, par consentement de la duchesse de Parme, alors régente d’iceux pays, par advis du conseil d’Estat et de la généralité, ont, à ces fins, successivement esté envoyés en Espaigne. Et nonobstant aussy que le roy leur auroit, de bouche, donné espoir que, suivant leur requeste, il pourvoiroit au contentement du pays. Si est-ce toutefois que par lettres il a fait puis après tout le contraire; commandant bien expressément et sous peine d’encourir son indignation, de recevoir incontinent les nouveaux évesques et de les mettre en possession de leurs évêchez et abbayes incorporées: d’effectuer l’inquisition, où elle avoit auparavant esté encommencée à pratiquer, et d’obéyr et ensuivre les décrets et statuts du concile de Trente, lesquels, en divers points, contrarient aux priviléges du pays.
»Ce qu’estant venu à la cognoissance de la commune, a donné juste occasion d’une grande altération entre eux et grandement diminué la bonne affection, laquelle, comme bons sujets, ils avoyent de tout temps portée au roy et à ses prédécesseurs; car ils mettoient principalement en considération que le roy ne prétendoit pas tant seulement tyranniser sur leurs personnes et biens, mais aussi sur leurs consciences, desquelles ils n’entendoient estre responsables ou tenus d’en rendre compte qu’à Dieu seul.
»A cette occasion, et pour la pitié qu’ils avoient du pauvre peuple, les principaux de la noblesse du pays exhibèrent, l’an 1566, certaine remonstrance, par forme de requeste, suppliant par icelle, pour apaiser la commune, et éviter toutes émotions et séditions, qu’il pleust à Sa Majesté, monstrant l’amour et affection que, comme prince benin et clément, il portoit à ses sujets, de modérer lesdits points, et signamment ceux qui concernoient la rigoureuse inquisition et supplices pour le fait de la religion.
»Et pour remonstrer le mesme plus particulièrement au roy et avec plus d’autorité et luy donner à entendre combien il estoit nécessaire pour le bien et prospérité du pays, et pour le maintenir en repos et tranquillité, d’oster les susdites nouvelletez et modérer la rigueur des placarts publicz sur le faict de la religion: Se sont ledit marquis de Berghe et ledit baron de Montigny, à la requeste de ladite dame la régente, du conseil d’Estat et des estats généraux de tous les pays, comme ambassadeurs, acheminez vers Espagne, là où le roi, au lieu de leur donner audience et pourvoir aux inconvéniens par eux remontrez (lesquels, pour n’y avoir remédié à temps, comme l’urgente nécessité le requéroit, s’estoient desjà en effect commencé à descouvrir par tout le pays entre la commune), par instinct, persuasion et sentence du conseil d’Espagne il a fait déclarer rebelles et coupables du crime de lèze-majesté tous ceux qui avoient faict ladite remonstrance, et d’avoir forfait corps et biens.
»Et pardessus ce, pensant estre totalement asseuré desdits pays par les forces et violence du duc d’Alve et les avoir réduits sous sa plénière puissance et tyrannie, il a fait, puis après, contre tout droit des gens (de tout temps inviolablement observé, mesmes entre les plus barbares et cruelles nations et princes les plus tyranniques), emprisonner et mourir lesdits seigneurs ambassadeurs, confisquant tous leurs biens.
»Et nonobstant que toute la susdite altération survenue l’an 1566, à l’occasion que dit est, eût été quasi assoupie par la régente et ceux de sa suite, et que la plus grande part de ceux qui s’étaient présentés devant elle pour la liberté du pays se fûssent retirés, ou eûssent été déchassés, et les autres assujétis: ce néantmoins, pour ne négliger l’opportunité que ceux du conseil d’Espagne avoient si longtemps cherchée et espérée, selon qu’ouvertement donnèrent à cognoistre les lettres interceptées, audit an 1566, de l’ambassadeur d’Espagne, nommé d’Alava, escrites à la duchesse de Parme, pour avoir moyen, sous quelque prétexte, d’abolir tous les priviléges du pays et de le pouvoir faire gouverner tyranniquement par les Espagnols, comme ils faisoyent les Indes et autres pays par eux de nouveau conquestez, il a par l’instruction et conseil desdits Espagnols, monstrant en cela le peu d’affection qu’il portoit à ses sujets de ces pays, contrevenant à ce qu’il estoit obligé, comme leur prince, protecteur et bon pasteur, envoyé en ces pays le duc d’Alve, fort renommé pour sa rigueur et cruauté, l’un des principaux ennemys des mesmes pays, accompagné d’un conseil de personnes de mesme naturel et humeur que lui.
»Et combien que ledit duc d’Alve soit entré en ce pays avec son armée, sans aucune rencontre ny empeschement, et qu’il ayt esté receu des povres inhabitans avec toute révérence et honneur, n’en attendant que toute bénignité et clémence, suyvant ce que le roy leur avoit tant de fois promis par ses lettres fainctement escrites, voire mesme qu’il estoit délibéré de se trouver en personne au pays et d’y venir donner ordre à tout, au contentement d’un chacun.
»Ayant iceluy roy, outre cela, au temps du parlement du duc d’Alve pour venir par deçà, fait armer, aux costes d’Espagne, une flotte de navires pour l’amener icy, et une autre en Zélande pour l’aller rencontrer et recevoir, comme il en faisoit courir le bruit, aux grands frais et dépens du pays: pour tant mieux amuser et abuser les povres sujets et plus facilement les attirer en ses filets. Nonobstant quoy, iceluy duc d’Alve, incontinent après sa venue, bien qu’il fûst estranger, nullement de sang royal, déclara qu’il avait commission du roy, de grand capitaine, et, peu après, de gouverneur général de ces pays: chose du tout contraire aux priviléges et anciens usages d’iceux. Et descouvrant suffisamment ses desseins, mit subitement garnison éz principales villes et forteresses du pays, fit bastir aux plus puissantes et riches villes des citadelles, pour les tenir en sujétion. Et par charge du roy, comme il disoit, appela aimablement vers luy, tant par lettres qu’autrement, les principaux seigneurs du pays, sous prétexte d’avoir affaire de leurs conseils et assistance pour le bien et service du roy et des pays.
»Après quoy il fit appréhender prisonniers ceux qui, ayant donné foy à ses lettres, s’étoient venus présenter: qu’il a, contre les priviléges, fait mener hors du pays de Brabant, où ils avaient esté appréhendez, faisant pardevant lui et son conseil, encores qu’ils ne fûssent juges compétens, instruire leur procès. Et devant qu’ils fûssent instruits et les seigneurs accusez, pleinement ouys en leur défense, jugez avoir commis crime de perduellion, les faisant publiquement et ignominieusement mettre à mort.
»Les autres, qui, pour mieux recognoistre les faintises des Espagnols, s’estoyent retirez et tenus hors du pays, déclarez rebelles, et d’avoir commis crime de lèze-majesté, d’avoir forfait corps et biens, et comme tels, confisqué tout ce qu’ils avoient pardeçà; le tout, afin que les povres inhabitans ne s’en pûssent ayder, en la juste défense de leur liberté contre l’oppression des Espagnols et de leurs forces, à l’assistance desdits seigneurs et princes; pardessus une infinité d’autres gentilshommes et notables bourgeois, lesquels il a en partie fait mourir et en partie déchassez, pour confisquer leurs biens: travaillant le reste des bons inhabitans tant par fourragement de soldats, qu’autres outrages, en leurs femmes, enfans et biens: comme aussi par diverses exactions et tailles; les contraignant de contribuer tant aux bastimens des nouvelles citadelles et fortifications des villes, qu’il fit à leur oppression, que de fournir centiesmes et vingtiesmes deniers, pour le paiement des soldats, en partie par luy amenez et en partie par luy levez de nouveau, pour les employer contre leurs compatriotes; et ceux qui, au danger de leur vie, se hazardoient à défendre la liberté du pays, afin qu’aux sujets ainsi appauvris il ne restât aucun moyen pour empescher ses desseins, et mieux effectuer l’instruction qui lui avoit esté baillée en Espagne, à sçavoir de traiter ces pays comme nouvellement conquis.
»A laquelle fin, il changea pareillement, en aucuns lieux et villes principales l’ordre du gouvernement et de la justice, érigea nouveaux consaux, à la manière d’Espagne, directement contre les priviléges du pays.
»Et finalement s’estimant hors de toute crainte, voulut par force introduire certaine imposition d’un dixième denier sur toutes sortes de marchandises et manufactures, à la totale ruine de la commune, de laquelle le bien et la prospérité consiste, la plupart, au trafique et manufactures; et ce, nonobstant une infinité de remonstrances faites au contraire, tant par chacune des provinces en particulier, que de toutes, en général; ce que par violence il auroit ainsi effectué, si ce n’eust esté que, bientost après, par le moyen de monseigneur le prince d’Orange et de bon nombre de gentilshommes et autres natifs de ces pays, bannis par ce duc d’Alve, suivant le party dudit seigneur prince et estant pour la pluspart en son service, et autres inhabitans affectionnez à la liberté de leur patrie, les provinces de Hollande et de Zélande ne se fûssent révoltées et mises sous la protection dudit seigneur prince.
»Contre lesquelles deux provinces ledit duc d’Alve a depuis, durant son gouvernement, et après lui, le grand commandeur de Castille, envoyé en son lieu par le roy, non pour adoucir et modérer quelque peu la tyrannie de son prédécesseur, mais pour la poursuivre plus couvertement et cauteleusement qu’il n’avoit fait, contraint les provinces, qui par leurs garnisons et citadelles étoient réduites sous le joug espagnol, d’employer leurs personnes et tous leurs moyens pour aider à les subjuguer, sans toutefoys en rien soulager lesdites provinces, ainsi en les traitant comme ennemis, présentant aux Espagnols, sous ombre d’une mutinerie, à la vue dudit commandeur, d’entrer par force en la ville d’Anvers, y séjourner l’espace de six semaines, vivans à discrétion, à la charge des povres bourgeois, les contraignant pardessus ce, pour estre deschargez de leurs violences, de fournir la somme de quatre cent mille florins pour le paiement de la solde desdits Espagnols. Quoy fait, lesdits soldats prenans par la connivence de leurs chefs, tant plus de hardiesse, se sont avancez de prendre ouvertement les armes contre le pays: tâchans premièrement de surprendre la ville de Bruxelles, et au lieu du siége ancien et ordinaire des princes de pardeçà, faire illec un nid de leurs rapines; ce que, en leur succédant selon leur dessein, prinrent par force et violence la ville d’Alost, et tost après forcèrent la ville de Maëstricht. Et depuis estant violemment entrez en la ville d’Anvers, l’ont pillée, saccagée et mise à feu et à sang, et ainsi traitée, que les plus barbares et cruels ennemis d’un pays n’en auroient sceu faire davantage ne pire: au dommage indicible non seulement des povres inhabitans, mais quasi de toutes les nations du monde, qui avoyent illec leurs marchandises, debtes et argent.
«Et combien que lesdits Espagnols, par ordonnance du conseil d’Estat, auquel le roy, par le trespas advenu dudit grand commandeur peu auparavant avait conféré le gouvernement général du pays, fûssent, en la présence mesme de Jéronimo de Rhoda, déclairez et publiez ennemis du pays, ledit de Rhoda toutefois, de son autorité privée, comme il est à présumer en vertu de certaine secrète instruction qu’il avoit d’Espagne, entreprist d’estre chef desdits Espagnols et de leurs adhérens; de manière que, sans respecter ledit conseil d’estat, il usurpa le nom et authorité du roy, contrefit son sceau et se porta en gouverneur et lieutenant du roy en ces pays.
«Ce qu’au mesme instant esmeut les estats d’accorder avec mondit sieur le prince d’Orange et les estats de Hollande et Zélande; lequel accord a par ledit conseil d’Estat, comme légitimes gouverneurs, esté approuvé, pour, conjoinctement et de main commune, faire la guerre aux Espagnols, communs ennemis de la patrie et les déchasser de ces pays; sans toutefois que comme bons sujets ils aient entretant obmis par diverses remonstrances et humbles requestes de pourchasser avec toute diligence, par tous moyens convenables et possibles vers le roy: qu’en prenant égard aux fautes, troubles et inconvéniens déjà survenus et apparentement encore à suivre, il luy plût faire sortir les Espagnols hors de ces pays, et premièrement ceux qui auroient esté cause des saccagemens et ruines des principales villes de son pays, et d’autres innumérables forces et violences que ses povres sujets avoient souffert, à la consolation et soulagement de ceux qui les avoient endurez, et à l’exemple de tous autres.
«Si est-ce nonobstant que le roy encores qu’il fît semblant par paroles que ce qui estoit advenu luy desplaisoit et estoit contre son gré, et qu’il avoit intention d’en punir les chefs et auteurs et de vouloir pourvoir et donner ordre avec toute clémence au repos du pays, comme il appartenoit à un prince bénin, n’a pas seulement négligé de faire la punition dudit chef et auteurs, ains au contraire, comme assez il appert que tout estoit avec son consentement et préalable délibération de son conseil d’Espagne, ainsi que certaines lettres siennes, peu après interceptées ont donné pleine foy: par lesquelles estoit escrit audit Rhoda et aux autres capitaines, auteurs du mal, que le roy non seulement ne blâmoit point leur fait, mais le trouvoit bon et le prisoit, promettant les récompenses, signament ledit Rhoda, comme ayant fait un singulier service; ce qu’à son retour en Espagne et à tous autres ministres de sa tyrannie exercée en ces pays il auroit par effet démontré.
»Au mesme temps aussy, le roy pensant de tant mieux esblouyr les yeux de ses sujets, envoya en ces pays, pour gouverneur général, son frère bastard, dom Juan d’Autriche, comme estant de son sang; lequel sous prétexte de déclarer aux estats qu’il trouvoit bonne et approuvoit la pacification faite à Gand, promit de faire sortir les Espagnols, de faire punir les auteurs des violences et désordres advenus en ces pays, et de mettre ordre au repos général et réintégration de leur ancienne liberté: tascher de séparer lesdits Estats et de subjuguer un pays et l’autre après.
»Par permission et providence de Dieu, ennemy de toute tyrannie, il fut découvert, par l’interception de certaines lettres, qu’il avoit charge du roy de se reigler en ces pays suyvant l’instruction qui luy seroyt donnée par Rhoda; et, pour couvrir telle chose, le roy défendoit à dom Juan et à Rhoda de ne s’entrevoir ou parler l’un à l’autre; luy commandant de se comporter avec les grands et principaux seigneurs avec toute bénignité et bénévolence, pour gagner leurs affections: jusques à ce que, par leur assistance et moyen, il eût pû réduire la Hollande et Zélande, pour après faire sa volonté des autres provinces. Sur quoy aussy dom Juan, nonobstant qu’il avoit solennellement juré, en présence de tous les estats du pays, d’observer ladite pacification de Gand, contrairement à cela, chercha par le moyen de leurs colonels, lesquels il avoit déjà à sa dévotion, toutes manières pour, par grandes promesses, gagner les soldats allemands, lesquels estoient alors en garnison et avoient en garde les principales villes et forteresses du pays, desquels par ce moyen il se fit maistre; comme déjà, par l’induction de leurs colonels, il les avoit gagnez et attirez, se tenant assuré des places par eux occupées: pour, par ce moyen, forcer ceux qui ne se voudroient joindre avec luy à faire la guerre au prince d’Orange et à ceux de Hollande et Zélande; par ainsi susciter une plus sanglante et cruelle guerre intestine, qu’elle n’avoit esté auparavant.
»Mais comme toutes choses qui se traitent fainctement, couvertement et par dissimulation ne peuvent longtemps demeurer cachées, venant les menées de don Juan à estre descouvertes, comme qu’il sceut effectuer ce qu’il avoit désigné, il ne sceut mener ses conceptions et entreprises à la fin qu’il prétendoit.
»Ce nonobstant, toutefois, il suscita nouvelle guerre laquelle dure encore jusques à présent, au lieu d’un repos et paix assurée, dont, à son arrivée, il se vantoit tant.
»Lesquelles susdites raisons nous ont donné assés d’occasions pour deschasser le roy d’Espagne, et de chercher un autre puissant et benin seigneur pour ayder à deffendre ces pays et les prendre en sa protection. Et ce, d’autant plus que lesdits pays ont desjà receu telles foules, souffert tels outrages, et ont esté délaissez et abandonnez par leur prince jà par l’espace de plus de vingt ans, durant lesquels les habitans ont esté traitez, non comme sujets, mais comme ennemis; leur propre prince et seigneur s’efforçant de les ruiner par force d’armes.
»En outre, après le trespas de don Juan, ayant envoyé le baron de Selles, lequel, sous prétexte de mettre en avant quelques moyens d’accord, déclaira suffisamment que le roy ne vouloit advouer la pacification faite à Gand, laquelle toutefois dom Juan avoit juré en son nom de maintenir, mettant ainsi, de jour à autre, plus graves conditions d’accord.
»Nonobstant quoy, nous n’avons, pour nous acquitter de nostre devoir, voulu laisser, par humbles remonstrances escrites, y employant mesme la faveur et intercession des principaux seigneurs et princes de la chrestienté, et par tous moyens, continuellement et sans intermission, de chercher à nous réconcilier et accorder avec le roy.
»Ayant aussi eu dernièrement bien longtemps noz députez à Coulogne, espérans illec, par intercession de la majesté impériale et des seigneurs princes électeurs estant à ce entremis, d’impétrer une paix assurée, avec quelque gracieuse et modérée liberté de la religion (laquelle concerne principalement Dieu et les consciences) selon que la constitution des affaires du pays le requéroit pour lors.
»Mais nous avons finalement trouvé par expérience, que par icelle remonstrance et communication à Coulogne ne pouvions rien obtenir du roy, et que ladite communication estoit seulement pratiquée et servoit pour désunir les provinces et les mettre en discord, pour tout plus facilement vaincre et subjuguer l’un devant, et l’autre après, et exécuter contre icelles leurs premiers desseins.
»Ce qui est depuis évidemment apparu par certain placard de proscription que le roy fit publier, par lequel nous et tous les habitans desdites Provinces-Unies, officiers d’icelles et tenant leur party, sont déclairez rebelles, et pour tels, avoir forfait, corps et biens, promettant en oultre grande somme de deniers à celuy qui tueroit ledit seigneur prince; le tout, pour rendre odieux les propres habitans, empescher leur navigation et trafique, et les mettre en un extrême désespoir: tellement que, désespérant totalement de tous moyens de réconciliation, et destituez de tout autre remède et secours, avons, suivant la loy de nature, pour la tuition et deffence de noz (et des autres habitans) droits, priviléges et anciennes coustumes, et de la liberté de la patrie, la vie et l’honneur de nous, nos femmes et enfans, et postérité, afin qu’ils ne viennent à tomber en la servitude des Espagnols, délaissant à bon droit le roy d’Espagne, esté contraints de trouver et practiquer autres moyens, tels que, pour nostre plus grande sûreté et conservation de nos droits, privilèges et libertés susdites, avons advisé le mieux convenir.
«Sçavoir faisons que, toutes les choses susdites considérées, et pressez de l’extrême nécessité, comme dit est, avons, par commun accord, délibération et consentement, déclaré, etc., etc., etc.»
XIX
Circonstances qui déterminèrent Jauréguy à attenter à la vie du
prince d’Orange.
(De Thou, Hist. univ., t. VI, p. 178 à 180.)
«Depuis la proscription du prince d’Orange, Jean d’Ysunca, Biscayen, natif de la ville de Victoria, qui avoit été autrefois commissaire des vivres aux Pays-Bas, cherchoit continuellement quelque moyen d’avancer sa fortune. Pendant qu’il étoit occupé de cette pensée, il apprit que Gaspard d’Annastro, son compatriote, qui faisoit depuis longtemps la banque à Anvers, étoit sur le point de faire banqueroute. Il crut que dans le désordre où étoient ses affaires il ne seroit pas difficile de l’engager à quelque coup hardi.
»Il y avoit environ dix mois qu’il lui avoit écrit de Lisbonne, et il l’avoit depuis fait solliciter par ses émissaires d’entreprendre une chose qui lui seroit, disoit-il, aussi honorable qu’utile, qui tourneroit à la gloire de Dieu, que le prince d’Orange attaquoit par son hérésie, et à la tranquillité des Pays-Bas qu’il troubloit par sa révolte. Et, pour l’encourager, il lui envoya un brevet du roi, qui lui promettoit, après l’action, quatrevingt mille ducats, argent comptant, une commanderie de Saint-Jacques, et une fortune éclatante.
»Annastro, effrayé du péril auquel il s’exposeroit, balança longtemps; mais enfin ses malheurs augmentant tous les jours, il prend conseil de son désespoir, s’ouvre à son caissier, nommé Antoine de Venero, natif de Bilbao, et, après lui avoir découvert le mauvais état de ses affaires, il lui communiqua la proposition d’Ysunca. Il fondoit en larmes en lui parlant; et Venero, touché des malheurs de son maître, laissa aussi tomber des larmes. Cependant la proposition lui fit horreur, soit par la vue du péril, soit par un motif de conscience.
»Annastro, voyant que Venero ne s’offroit point à le servir, lui demanda s’il croyoit que Jean de Jauréguy fût disposé à entreprendre un coup pareil. Ce Jauréguy, qui servoit à la banque, étoit un jeune homme d’environ vingt ans, d’un caractère sombre et opiniâtre; ce qui faisoit juger à son maître que, s’il se déterminoit une fois, il ne reculeroit pas.
»Venero lui en fit un scrupule, et lui demanda si, en conscience, il pouvoit exposer un jeune étourdi à une mort certaine. Mais Annastro soutint que, le prince d’Orange ayant été déclaré criminel de leze-majesté et proscrit par le prince qui a droit de suppléer à la loi, il étoit permis à tout le monde de le tuer, comme un homme justement condamné, qu’il avoit consulté les théologiens d’Espagne et qu’ils lui avoient répondu qu’il n’y avoit point de difficulté; qu’ainsi il ne lui restoit aucun scrupule sur cet article.
»Aussitôt, ayant renvoyé Venero, il fait venir Jauréguy et, jetant un grand soupir, à son abord: «—Si je ne connaissois, dit-il, votre fidélité, votre constance et votre piété sincère, je ne m’adresserois pas à vous, dans l’état malheureux où sont les affaires publiques et les miennes. Vous voyez encore mes yeux tout rouges et baignés de pleurs, et je crois que vous n’en ignorez pas la cause; car je remarque depuis longtemps que vous êtes sensible aux outrages que l’on fait à notre souverain, et que, quoique vous soyez né en Espagne aussi bien que moi, vous ne laissez pas d’être touché des maux de ces provinces, qui sont à notre égard, comme une seconde patrie. J’ai vû d’ailleurs que vous plaigniez sincèrement mon sort et que vous étiez touché de me voir réduit à un état si malheureux par la faute et par le malheur d’autrui. Il y a longtemps que je cherche quelque moyen de me tirer de l’abyme où je suis: mais enfin voici une occasion que m’offre la Providence. Vous pouvez, si vous avez du courage, délivrer votre roi, votre patrie, et votre maître. Considérez qui est la cause et l’auteur de tous nos maux: c’est sans doute le prince d’Orange, qui, après avoir violé la foi qu’il devoit à Dieu, vient de renoncer hautement à celle qu’il avoit jurée à son roi. Quoique proscrit, comme il le méritoit, il a eu l’insolence de publier un écrit injurieux, où il ose attaquer le nom et la majesté de son prince; et, pour comble d’attentat, après avoir fasciné les esprits par ses manières populaires, il vient de donner aux habitans du pays un prince étranger pour souverain. Notre roi l’a donc justement condamné à mort. C’est de cet homme qu’il faut nous défaire, si nous voulons nous acquitter de ce que nous devons à Dieu, au roi et à la patrie. Le roi promet de grandes récompenses; mais j’en suis moins touché, quoiqu’elles puissent être utiles pour mes affaires et pour les vôtres, que du devoir que notre conscience nous impose. Il me semble qu’elle nous reproche notre lâcheté, disons plus, notre perfidie, si nous laissons vivre plus longtemps un tyran, ennemi de Dieu et des hommes, et qui est né pour le malheur et pour la ruine de ces provinces.»
»En parlant ainsi, il fondoit en larmes, et, jugeant à la mine du jeune homme et à son regard fixe, qu’il entroit dans ses vues, il se jeta à son cou et l’embrassa étroitement.
»Jauréguy aussitôt lui répondit avec un air intrépide: «—Je suis tout prêt; me voilà affermi dans un dessein que je méditois depuis longtemps. Je méprise le péril et les conditions; je n’en veux aucune, et je suis résolu à mourir. Voyez seulement de quelle arme je dois me servir. Comme je n’ai pas l’usage des armes à feu, je serai plus sûr avec le fer. Je ne vous demande qu’une grâce: c’est de prier Dieu pour moi, d’obtenir du roi qu’il fasse du bien à mon père, et qu’il ne laisse pas mourir ce vieillard dans la misère.
»—Je loue votre résolution et votre fermeté, interrompit Annastro; mais il faut que vous ayez une meilleure idée du succès: j’espère que vous vivrez et que vous jouirez de la gloire qu’une si belle action vous promet. Comptez sur l’efficacité des prières et des voeux dont je vais vous montrer des copies.»
»Aussitôt il remplit ses tablettes d’enchantemens et de billets superstitieux, conçus en forme de prières; mais surtout il y glisse un écrit sur lequel il comptoit beaucoup plus que les prétendus secrets de la magie; et il eut soin de le disposer de manière qu’on ne pouvoit s’empêcher de le lire dès qu’on tenoit les tablettes. Par cet écrit on promettoit, au nom du roi, que si le magistrat de quelque ville que ce fût traitoit bien celui qui auroit tué le prince d’Orange, cette ville obtiendroit du roi toutes les grâces qu’elle voudroit demander. Annastro, qui craignoit quelque remords de la part de ce jeune furieux, dès qu’il seroit de sang-froid, étoit bien aise de lui faire espérer l’impunité.
»Cette ruse lui réussit; et Jauréguy, persistant dans sa résolution, entreprit de l’exécuter, au dimanche, 18 de mars.
»Annastro était sorti de la ville, le mardi d’auparavant: ayant passé à Bruges, à Dunkerque et à Gravelines, il s’étoit rendu à Tournai.
»Le jour que Jauréguy avoit pris étant arrivé, il se confessa à Antoine Timmermann, autrefois dominicain, qui avait coutume de dire la messe en secret dans la maison d’Annastro et de faire des conférences de piété pour lui et de ses domestiques. A la fin de sa confession, ce forcené ajouta qu’il avoit résolu de tuer le prince d’Orange, pour délivrer les Pays-Bas de la tyrannie et de l’hérésie. Timmermann approuva ce dessein, pourvu que ce ne fût point l’avarice qui conduisît sa main, mais la gloire de Dieu, le service du roi, et le bien de sa patrie. A cette condition, il fut absous de ses péchés, et, après la messe, il reçut l’Eucharistie.
Jauréguy dit ensuite à Venero qu’il alloit exécuter son projet, il but un coup d’un vin étranger, et se rendit à la citadelle, où logeoit le prince d’Orange.»
FIN
TABLE DES CHAPITRES
CHAPITRE PREMIER
Charlotte de Bourbon, que ses parents, le duc et la duchesse de
Montpensier, ont destinée à la vie monastique, est confinée
par eux, dès son bas âge, dans l’abbaye de Jouarre, dont ils
veulent qu’elle ait, un jour, la direction.—Aversion de
Charlotte pour le régime du cloître.—Menaces et violences
employées à son égard.—Scène sacrilège du 17 mars 1559, dans
laquelle le rôle d’abbesse de Jouarre lui est imposé.—Sa
protestation, par acte authentique, contre la contrainte
qu’elle a subie, et témoignages des religieuses de Jouarre à
l’appui de sa protestation.—La duchesse de Montpensier se
repent de la dureté de ses procédés envers Charlotte.—Mort
de la duchesse, en 1561.—Maintenue à Jouarre par
l’opiniâtreté de son père, Charlotte n’exerce, des fonctions
d’abbesse, que celles qui se concilient avec les
enseignements du pur Évangile, qu’elle a été amenée à
connaître par ses relations avec quelques-unes des hautes
personnalités du protestantisme, telles, notamment, que sa
soeur, la duchesse de Bouillon, et Jeanne d’Albret, reine de
Navarre.—Le duc de Montpensier épouse, en secondes noces,
Catherine de Lorraine.—Désormais maîtresse de ses actions,
Charlotte de Bourbon confie à la duchesse de Bouillon et à la
reine de Navarre sa résolution de quitter l’abbaye de
Jouarre.—L’une et l’autre l’approuvent et lui assurent une
retraite auprès de l’électeur palatin, Frédéric III, et de
l’électrice.—En février 1572, Charlotte de Bourbon sort pour
toujours de l’abbaye de Jouarre et se rend à Heydelberg, où
elle est favorablement accueillie.—Lettre de Frédéric III au
duc de Montpensier. 1
CHAPITRE II
Colère et menaces du duc de Montpensier à la nouvelle du départ
de sa fille.—Sa réponse à la lettre de l’électeur
palatin.—Une information judiciaire a lieu à Jouarre.
Dépositions importantes des religieuses.—Négociations
entamées à Heydelberg pour obtenir le renvoi de Charlotte de
Bourbon en France.—Fermeté de l’électeur.—Lettre de Jeanne
d’Albret.—Charlotte demeure à Heydelberg sous la protection
de l’électeur et de l’électrice.—Dernière lettre de Jeanne
d’Albret à Charlotte.—Douleur de celle-ci en apprenant la
mort de la reine de Navarre, et, bientôt après, les massacres
de la Saint-Barthélemy.—Charlotte vient en aide aux Français
qui se réfugient à Heydelberg.—Ses procédés généreux à
l’égard de l’apostat Sureau du Rosier.—Ses intéressantes
relations avec Pierre Boquin, Doneau, François Dujou,
Jean Taffin et autres personnages distingués, ses
compatriotes.—Sa correspondance avec les fils de l’amiral de
Coligny.—Intervention des ambassadeurs polonais auprès du
roi de France en faveur de Charlotte de Bourbon.—Passage à
Heydelberg de Henri, élu roi de Pologne. Double incident qui
s’y rattache.—Joie que Charlotte éprouve du séjour de son
cousin, le prince de Condé, à Heydelberg.—Mme de Feuquères
et Ph. de Mornay à Sedan.—Mort du duc du Bouillon en
décembre 1574.—Affliction que causa à Charlotte de Bourbon
le veuvage de la duchesse, sa soeur. 35
CHAPITRE III
Impression produite par Charlotte de Bourbon sur Guillaume de
Nassau.—Résumé de la vie de ce prince jusqu’à la fin de
l’année 1574.—Il demande la main de Charlotte de Bourbon.
Mission de Marnix de Sainte-Aldegonde à cet égard.—Réponse
de Charlotte.—La demande du prince est définitivement
accueillie.—Lettre de Zuliger à ce sujet.—Le prince, ne
pouvant s’absenter des Pays-Bas, confie à Marnix de
Sainte-Aldegonde le soin de se rendre à Heydelberg et de s’y
tenir à la disposition de Charlotte de Bourbon pour
l’accompagner dans le voyage qu’elle doit entreprendre.—La
jeune princesse se dirige, avec Marnix de Sainte-Aldegonde,
vers Embden, où l’attendent des vaisseaux de guerre destinés
à protéger son trajet par mer jusqu’à l’une des côtes des
Provinces-Unies.—Résolutions des états de Hollande à
l’occasion de la prochaine arrivée de Charlotte de
Bourbon.—La princesse arrive à La Brielle, où son mariage avec
Guillaume de Nassau est célébré le 12 juin 1575.—Les nouveaux
époux se rendent de La Brielle à Dordrecht.—Chaleureux
accueil qu’ils reçoivent dans ces deux villes.—Chant
composé en leur honneur. 73
CHAPITRE IV
Lettre de Charlotte de Bourbon à la comtesse de Nassau, sa
belle-mère.—Lettre de Guillaume au comte Jean de Nassau, son
frère.—Hommage rendu par le comte Jean au noble caractère de
la princesse, sa belle-soeur.—Félicitations adressées à
Charlotte de Bourbon par divers membres de sa famille à
l’occasion de son mariage.—Lettre de Guillaume à François de
Bourbon, son beau-frère.—Charlotte de Bourbon s’efforce en
vain de se concilier les bonnes grâces du duc de Montpensier,
son père.—Inexorable dureté de celui-ci.—Étroitesse des
sentiments du duc lors de la mort de la duchesse de Nevers,
sa fille.—Graves préoccupations de Charlotte de Bourbon, au
sujet de son mari, avec la carrière publique duquel elle
s’est identifiée.—Il trouve dans ses judicieux conseils et
dans son dévouement un appui efficace.—État des affaires
publiques depuis l’insuccès des _Conférences de
Bréda_.—Reprise des hostilités.—Diète de Delft en juillet
1575.—Siège de Ziricksée.—Naissance de Louise-Julienne de
Nassau.—Lettre de Marie de Nassau.—Lettre de la princesse
d’Orange à son mari lors de la mort de l’amiral
Boisot.—Perte de Ziricksée.—Excès commis dans les provinces
par les Espagnols.—Indignation générale et efforts faits
dans la voie d’une sévère répression.—Correspondance du
prince et de la princesse d’Orange avec François de
Bourbon.—Lettres de Louis Cappel et de Marie de
Nassau.—_Pacification de Gand._—Lettre de Guillaume au duc
d’Alençon.—Les Espagnols sont expulsés de la
Zélande.—_Union de Bruxelles._ 98
CHAPITRE V
Désir exprimé par Charlotte de Bourbon de réunir autour d’elle la
mère, le frère et les enfants de Guillaume.—Sa
correspondance avec Marie de Nassau et avec François de
Bourbon.—Absence de Guillaume.—Naissance d’Élisabeth de
Nassau.—Lettres de la princesse au prince son mari.—Elle se
rend à Dordrecht, où est baptisée sa fille Élisabeth, ayant
pour marraine la reine d’Angleterre.—Tournée du prince et de
la princesse dans la partie septentrionale des
Provinces-Unies.—Réception qui leur est faite à Utrecht.
Incident.—Le duc de Montpensier s’occupe secrètement de
Charlotte, en père sur la conscience duquel le remords
commence à peser.—Arrivée en Hollande de Marie de Nassau,
d’Anne, de Maurice et du comte Jean.—Guillaume est bientôt
appelé à se séparer d’eux et de la princesse pour se rendre à
Anvers et à Bruxelles.—Nombreuses lettres de Charlotte à son
mari.—Guillaume revient à Anvers, où Charlotte le
rejoint.—Résumé des événements qui ont motivé le séjour de
Guillaume à Bruxelles.—Situation générale des affaires
publiques.—Don Juan se retire à Luxembourg.—Guillaume est
élevé aux fonctions de Ruart de Brabant.—Arrivée de
l’archiduc Matthias dans les Pays-Bas. 128
CHAPITRE VI
Lettres de Charlotte de Bourbon à son frère.—Lettre de Guillaume
au même.—Attitude de Guillaume vis-à-vis de l’archiduc
Matthias.—Nouvel acte d’union signé à Bruxelles le 10
décembre 1577.—Alliance conclue avec l’Angleterre.—Reprise
des hostilités par don Juan.—Défaite de Gembloux.—Guillaume
domine la crise qui agite les Provinces.—Il rallie
à sa cause Amsterdam.—Il appelle Lanoue dans les
Pays-Bas.—Lettre de Charlotte de Bourbon à Lanoue.—Conseils
donnés par Lanoue au duc d’Anjou.—Lettres de la princesse à
Despruneaux.—Lanoue nommé maréchal de camp dans les
Pays-Bas. Sa loyauté, son énergie.—Relations du prince
et de la princesse avec M. et Mme de Mornay arrivés dans
les Pays-Bas.—Naissance de Catherine-Belgia de
Nassau.—Résolutions des états généraux à l’occasion du son
baptême.—Détails sur ce baptême.—Difficultés provenant du
duc d’Anjou et du duc Jean-Casimir.—Troubles de
Gand.—Lettre de Guillaume à sa femme, au sujet de ces
troubles, qu’il réussit à réprimer.—La princesse rejoint
Guillaume à Gand et revient avec lui à Anvers.—Traité
d’Arras.—Union d’Utrecht.—Mort de don Juan.—Alexandre
Farnèse lui succède. 159
CHAPITRE VII
Maladie du duc de Montpensier.—Charlotte de Bourbon lui
écrit. Touchant appel au coeur paternel.—Mission de
Chassincourt auprès du roi de Navarre dans l’intérêt de
Charlotte.—Mémoire dont Chassaincourt est porteur.—Lettre
de Charlotte à son frère.—Farnèse attaque Anvers. Repoussé
de cette place, il va assiéger Maëstricht.—Héroïque défense
de Maëstricht.—Prise de cette ville. Cruauté de Farnèse et
de ses troupes.—Antagonisme des provinces wallonnes contre
les autres provinces.—Efforts de Guillaume et de Charlotte
pour éviter le démembrement de la patrie commune.—Preuve de
leur généreuse abnégation.—Guillaume soutient la cause
de l’indépendance nationale et celle de la liberté
religieuse.—Charlotte de Bourbon saisit avec bonheur le
premier indice d’un changement survenu dans les sentiments du
duc de Montpensier à son égard.—Lettres d’elle à François de
Bourbon.—Son amitié pour Mme de Mornay.—Naissance de
Flandrine de Nassau.—Lettre de la princesse aux magistrats
d’Ypres.—Écrit du chanoine Allard au sujet de Flandrine de
Nassau. Ce qu’il dit de son baptême et de son séjour auprès
de l’abbesse du Paraclet, cousine et amie de la princesse
d’Orange.—Nouveaux troubles à Gand.—Intervention de
Ph. de Mornay et de Guillaume.—Répression de ces
troubles.—Relations de Guillaume avec la cour de France en
1580.—Lettres de Charlotte de Bourbon à Catherine de Médicis
et au roi de France.—Confiance de Guillaume dans la haute
vigilance et la sagacité de sa femme, eu égard au maniement
de diverses affaires d’État.—Éloge par le comte Jean de la
princesse, sa belle-soeur.—Lettres de la princesse à Hubert
Languet et à la comtesse Julienne de Nassau.—Captivité de
Lanoue.—Mort de la comtesse Julienne de Nassau. Son éloge.
Lettres d’elle.—Lettre de Charlotte au comte
Jean.—Naissance de Brabantine de Nassau. 186
CHAPITRE VIII
Traité conclu avec le duc d’Anjou au
Plessis-lez-Tours.—Sinistres desseins de Philippe II à
l’égard du prince d’Orange.—Circulaire adressée par Farnèse
aux gouverneurs et aux conseils provinciaux en exécution des
ordres de Philippe II.—Ban fulminé par Philippe II contre
Guillaume de Nassau.—Correspondance de Charlotte de Bourbon
avec son mari pendant une absence de celui-ci.—Relations
affectueuses du prince et de la princesse avec Ph. de Mornay
et Hubert Languet.—Mort de ce dernier.—Guillaume de
Nassau rédige une Apologie en réponse au Ban de
Philippe II.—Il la communique aux états généraux. Langage
qu’il leur tient.—Réponse des états généraux.—Lettre de
Guillaume de Nassau accompagnant l’envoi qu’il fait de son
Apologie à la plupart des souverains et des princes de
l’Europe.—Citation de quelques-uns des principaux passages de
l’Apologie.—Impression produite en Europe par ce mémorable
document.—Appui que rencontre Guillaume dans le dévouement
de Charlotte de Bourbon. 220
CHAPITRE IX
Tentatives pour opérer un rapprochement entre le duc de
Montpensier et sa fille Charlotte.—Le rapprochement a
lieu.—François de Bourbon se rend en Angleterre comme chef
d’ambassade.—La princesse, sa soeur, l’invite, ainsi que les
jeunes fils de la duchesse de Bouillon qui l’accompagnent,
à se rendre dans les Pays-Bas avant leur retour en
France.—Séjour du prince et de la princesse d’Orange
à La Haye. Accueil que le docteur Forestus reçoit
d’eux.—Déclaration officielle, par le duc de Montpensier, de
l’approbation qu’il donne au mariage de sa fille avec
Guillaume de Nassau.—Lettre de la princesse au président
Coustureau.—Lettre de la duchesse de Montpensier à sa
petite-fille, Louise-Julienne.—Lettres que, dans l’intérêt
de sa fille Flandrine, Charlotte de Bourbon adresse à J.
Borluut.—Assemblée à La Haye des députés des
Provinces-Unies.—_Acte d’abjuration._—Le duc d’Anjou devant
Cambrai. 246
CHAPITRE X
Premier testament de Charlotte de Bourbon rédigé le 12 novembre
1581.—Acte de libéralité du 13 novembre.—Autre acte de
libéralité du 15 novembre.—Second testament du 18
novembre.—Naissance d’Amélie de Nassau. Son baptême.—Lettre
de Guillaume au prince de Condé.—Lettre du duc de
Montpensier à sa petite-fille Louise-Julienne.—Arrivée de
François de Bourbon à Anvers.—Lettre de lui à son père sur
la réception du duc d’Anjou comme duc de Brabant.—Relations
du comte de Leicester, à Anvers, avec le prince et la
princesse d’Orange.—Lettres qu’ils lui écrivent lors de son
retour en Angleterre. 270
CHAPITRE XI
Attentat commis par Jauréguy sur la personne de Guillaume de
Nassau.—Paroles de Guillaume—Soins que lui donne Charlotte
de Bourbon.—Émotion générale causée par l’attentat.—Lettres
des états généraux aux provinces et aux villes de
l’Union.—Générosité de Guillaume à l’égard de deux des
complices de Jauréguy.—Prières pour demander à Dieu la
guérison de Guillaume.—Lettre de Guillaume aux magistrats
des villes de l’Union.—Amélioration de son état suivie d’une
rechute.—Désolation de la princesse.—Propos outrageants
tenus sur elle et sur le prince par Farnèse et par
Granvelle.—Guillaume est hors de danger.—Lettre de
la princesse au comte Jean.—Service d’actions de
grâces.—Dernière maladie de la princesse.—Sa mort.—Ses
obsèques.—Deuil général.—Lettres de Guillaume à Condé et du
duc de Montpensier à Louise-Julienne de Nassau.—Conclusion. 298
APPENDICE Page 319
FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES
Paris.—Imprimerie Ve P. Larousse et Cie, rue Montparnasse, 19
Vous avez terminé Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange
Jules, comte Delaborde