Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange

Jules, comte Delaborde · Chapitre 13 sur 23

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Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange

Chapitre 816

Mais Duplessis-Mornay, qui ne quittait pas le prince, et était dès lors en position d’apprécier la nature et l’efficacité des soins qui lui étaient donnés, fournit sur le point dont il s’agit un renseignement à la précision duquel il y a lieu de s’attacher exclusivement[297].

 

[297] Note de Mornay sur l’Hist. de de Thou, t. VI, p. 182.

«La vérité est, dit-il, que le coup de pistolet tiré de si près, avait cautérisé le rameau de la veine jugulaire, en le perçant, et par conséquent étanché le sang, jusques à ce que l’escarre tomba! Mais ce ne fut pas l’invention de Botal qui la fit fermer; car, quelque bien qu’on y tînt les pouces, le sang tombait par le dedans, tellement qu’en un matin, je lui en vis rejeter par la bouche plus de cinq livres; mais les chirurgiens, par mégarde, ayant poussé une tente en la playe, oincte de quelques onguens, plus avant qu’ils ne vouloient, et ayant en vain tâché de la retirer, au bout de quelques jours, nature avec un peu d’ayde la repoussa, et y fut trouvé un pus blanc au bout, qui donna argument que la veine était fermée; ce qui se trouva vray.»

Alors que ce résultat favorable n’était pas encore obtenu, les quatre membres du pays et comté de Flandre donnèrent charge au grand bailli de Gand et à un magistrat d’Ypres de se rendre auprès du prince d’Orange. L’instruction dont ils étaient munis portait[298], entre autres choses: «Lesdits sieurs visiteront, de la part des quatre membres, Son Excellence. Ils représenteront devant luy, sy sa disposition le peult aucunement permettre, et lui feront entendre le grand regret qu’ils ont d’apprendre sa rechûte, et lui tiendront les propos qu’ils trouveront convenir pour le consoler, avec présentation de tout service et témoignage d’affection. Et s’ils ne peuvent avoir accès à Son Excellence, représenteront tout le mesme à madame la princesse, en tels termes qu’ils sçauront appartenir.»

 

[298] «Instruction (5 avril 1582) pour M. de Ryhoven, grand

bailly et superintendant de la ville de Gand, et le Sr de

Winterhove, adv. de la ville d’Ypres, allant vers Son Alteze, de

la part des quatre membres du pays et comté de Flandres.» (_Doc.

hist. inédits concernant les troubles des Pays-Bas, 1577-1584_,

par Kervyn de Volkaersbeke et J. Diegerick, Gand, 1850, t. II, p.

 

358.)

 

A peine est-il nécessaire d’ajouter que la vive sollicitude des populations inspira, depuis l’attentat du 18 mars, maintes démarches analogues à celle que les délégués des quatre membres de Flandre furent ainsi chargés d’accomplir; démarches éminemment significatives, qui touchèrent extrêmement le prince et la princesse.

L’un et l’autre, à cette époque, étaient l’objet d’outrages révoltants, que déversaient sur eux certains coryphées du parti espagnol.

Alexandre Farnèse, croyant Guillaume tué par Jauréguy, osait écrire à Philippe II, le 24 mars[299]: «Le coeur me crevoit de voir que tant de méchancetés et d’insolence contre le service de Dieu, de la religion et de Votre Majesté tardassent si longtemps à recevoir le salaire convenable, et qu’il ne se trouvât personne pour le donner; mais enfin nous devons remercier Dieu qui a permis que la chose s’effectuât, quand le moment a paru en être venu, en ôtant du monde un homme si pernicieux et méchant, et en délivrant ces pauvres pays d’une peste et d’un poison tel que lui.»

 

[299] Archives de Simancas, papeles de Estado, liasse 585, ap.

Gachard, Corresp. de Guillaume le Taciturne, t. VI, p. 77.

Insulteur non moins indécent et lâche envers la princesse d’Orange que son émule en fait de haine et de bassesse, le cardinal de Lorraine l’avait été naguère envers la pieuse et héroïque princesse de Condé[300], le cardinal Granvelle, instigateur, à la cour de Philippe II, de l’assassinat de Guillaume de Nassau, se déshonorait en écrivant à tel ou tel de ses affidés: «On a envoyé le prince en l’autre monde, que y fût esté mieulx il y a vingt ans….. Il a enduré une poyne extrême, et vous pouvez penser quel étoit alors son beau visaige, pour donner contentement à sa nonnain apostate[301].»—«Il fust esté bon pour les affaires, que le prince d’Orange fust mort soubdainement, car je m’asseure qu’il aura procuré, devant que de sortir du monde, d’accommoder ses bâtards et sa nonnain, mère d’iceulx[302]…—On assure fort que sa nonnain apostate soit morte de pleurésie: il seroit bien les avoir enterrés ensemble tous deux[303].»

 

[300] Voir ce que contient, sur ce point, notre publication

intitulée: Éléonore de Roye, princesse de Condé, 1 vol, in-8º,

Paris, 1876, p. 91, 92.

 

[301] Groen van Prinsterer, Corresp., 1re série, t. VIII.

 

[302] Groen van Prinsterer, Corresp., 1re série, t. VIII, p.