Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange
Chapitre 192
Tandis qu’accompagnée du loyal ami du prince, Charlotte de Bourbon entreprenait un long et fatigant voyage, Guillaume, promptement informé de son départ, en donna avis au comte Jean, en ces termes[104]:
«Monsieur mon frère, la présente servira seulement pour vous advertir que, suivant la charge que j’avois donnée à M. de Sainte-Aldegonde, de contracter le mariage entre Madamoiselle de Bourbon et moy, je luy avois de mesme commandé que, tout aussitost qu’il auroit le consentement de ladite damoiselle, qu’il se mettrait avecq elle en chemin, pour la mener pardeçà. Or, depuis, craignant que le retour de M. Sainte-Aldegonde ne seroit encoires sitost, j’avois prié M. le comte Wolfgang de Hohenloo, partant d’icy vers l’Allemaigne, de vouloir passer à Heydelberg pour porter mon consent à Madamoiselle de Bourbon. Sur ces entrefaites ledit sieur de Sainte-Aldegonde est retourné à Heydelberg, où il trouvoit le consentement du comte palatin et de Madamoiselle de Bourbon. Suivant donc la première charge, il s’est mis en chemyn avec elle, pour la conduire pardeça, ignorant entièrement la requeste que j’avois faicte à mondict beau-frère le comte de Hohenloo; ce que je vous ay bien voulu faire entendre, à cause que je suis adverty que vous avez mandé à M. de Sainte-Aldegonde, qu’il retourneroit avecq Madamoiselle de Bourbon à Heydelberg; que ce néantmoins, sur le premier commandement qu’il avoit, il est passé oultre, dont je suis certes bien aise pour plusieurs raisons, et advoue entièrement ce qu’il en a faict; dont vous ay bien voulu advertir, afin que ne luy sachiez mauvais gré et que vous n’estimiez ne pensiez qu’il ait surpassé sa charge et commission.»
[104] Groen van Prinsterer, Correspondance, 1re série, t. V, p.