Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange
§3.
Despruneaux à Guillaume de Nassau. 22 juin 1578.
(Groen van Prinsterer, Correspondance, 1re série, t. VI,
p. 399.)
»….. Monseigneur, vous croirés que tout ce que j’ay dans mon coeur est franc, et que le fondement de tout ce de quoy je me mesleray jamais sera premièrement à la gloire de Dieu (car, si je ne cuidois Son Altesse dutout induicte au repos et résolue à la conservation de l’une et l’autre religion, toutes les puissances ne m’en feroient mesler), et après à la grandeur et maintien de vous et de vostre maison. Je suis marry que je n’ay pu estre crû comme sincèrement j’ay parlé sur les trois faits alléguez, le premier pour la gloire de Dieu, le second pour la gloire de mon maistre, et le tiers pour la vostre….. Monseigneur, je désireroys que Son Altesse vous envoyast quelques-uns des siens qui vous fûst plus agréable que je ne suis, mais il ne pourroit un plus homme de bien et qui vous parlast plus franchement. Il y a maintenant près de Son Altesse monsieur de Lanoue, je serois très ayse qu’il fûst icy, je ne doubte qu’il ne vous soit plus agréable avecq très grande suffisance. Je serai très ayse, très content et satisfait, quand, par qui que ce fust, cest affaire se puisse acheminer au bien que je désire….. Je ne me puys départir d’icy, combien que j’en eûsse occasion, pour l’espérance que j’ay que Son Altesse viendra, et que vous serez celuy qui luy ayderez luy mestre trois couronnes sur la teste, après avoir esté cause de l’avoir fait venir.—Mons, 22 juin.
§ 4.
Guillaume de Nassau à Despruneaux. 26 juin 1578.
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3.277, fº 42.)
«Monsieur, la venue de M. de Dampmartin, envoïé de la part de monseigneur d’Anjou, m’a empesché de vous respondre, combien qu’à sa venue, je fusse sur le point de vous escrire. Quant à ce que vous m’escripvez par les premières et secondes lettres, je ne puis le trouver mauvais, venant de votre part, m’assurant que vous désirez, faisant le service de monseigneur, vostre maistre, me faire aussy plaisir. Mais je crois qu’il y a autant d’occasions, de vostre part, de se plaindre de ce que nous n’avons pas esté crus, que vous estimez en avoir occasion, de vostre costé. Quant à ce qui me touche, je vous prie de croire que, partout où je verrai, faisant service aux estats, avoir moïen de monstrer combien j’ai envie de faire cognoistre à mondit seigneur que je luy suis affectionné serviteur, je serai toujours très aise de le faire. Ledit sieur de Dampmartin a esté ouï, aux estats, et on a requis qu’il donne par escript ce qu’il a proposé; ce que j’espère qu’il fera, et que messieurs les estats luy donneront responce dont il aura occasion de se contenter. A tant, après m’estre affectueusement recommandé à vos bonnes grâces, je prieray Dieu, monsieur, de vous tenir en sa saincte et digne garde.
»En Anvers, ce 26 juin 1578.
»Vostre bien bon amy, à vous faire service,
»GUILLAUME DE NASSAU.»
§ 5
Le duc d’Anjou à Guillaume de Nassau. 13 juillet 1578.
(Groen van Prinsterer, Correspondance, 1re série, t. VI,
p. 404.)
«Mon cousin, j’estime qu’avez souffisamment esté adverty des levées que j’ay faictes en France, pour assister, secourir et ayder messieurs des estats généraux de ces pays, en leur juste querelle; qui me gardera vous en escrire aultre chose. Je vous diray seulement que, estant mes forces prestes à marcher, j’ay donné charge à ung de mes plus spéciaux serviteurs, que cognoissez, de les assembler en corps d’armée; et cependant je me suis achemyné par delà avec aucuns de mes plus confidens et spéciaux serviteurs; espérant que mes susdites forces me suyvront de près; de quoy je vous ay bien voulu advertir incontinent, et prier me faire sçavoir de vos nouvelles, qui me seront tousjours fort agréables, et surtout quand me donnerez quelque espérance de vous veoir et conférer avec vous des moyens qu’il fauldra doresnavant user pour réprimer l’audace et insolence insupportable de l’ennemy; vous assurant, mon cousin, que si vostre commodité pouvoit permettre de faire un voïage en ceste ville, me semble, soubs vostre prudent advis, que les affaires se pourroient beaucoup mieux et plus facilement achemyner, au gré et contentement de l’un et de l’autre… surtout, mon cousin, je desire que nous ayons bonne intelligence et correspondance ensemble, afin que marchant d’un mesme pied et zèle, nous ostions à l’ennemy toute l’espérance qu’il a fondée sur la division qu’il tâche par tous subtils moyens et inventions de faire naistre entre nous, laquelle, si ainsy estoit, ne sçaurait apporter que l’entière ruine et subversion de tout ce pauvre pays, la conservation et salut duquel dépend, après Dieu, de nostre mutuelle intelligence, très parfaite union et vraye concorde; de quoy nous pourrions amplement traiter et discourir, et plus en présence que par nulle aultre voye; ce que, comme dict est, je remectrai à vostre très saige et prudent advis, etc.
»Vostre bien bon cousin,
»FRANÇOYS.»