Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

2º L’A suivi d’une consonne articulée.

Peut-être l’a s’ouvre-t-il un peu plus devant le t (avec ou sans s): un

candid [31] a t , des candid a ts. Peut-être aussi est-il encore un peu plus fermé dans les futurs, comme tu aimeras, que dans les prétérits, comme tu aimas, mais c’est peu de chose.

Toutefois, l’a est resté en général un peu long et fermé, au moins à Paris,

dans la plupart des mots qui ont un s au singulier comme au pluriel: bas, cas, las, lilas, trépas, tas. Mais ici même, par analogie, l’a s’est ouvert ou tend à s’ouvrir dans un grand nombre de mots: galimatias, tracas, chas, et surtout les mots en -las, -nas, -ras et -tas: matelas, chasselas, cervelas, entrelacs et verglas, ananas et cadenas, bras et embarras, taffetas et galetas. Même des rimes comme cas et avocats, bas et grabats n’ont plus rien de choquant.

 

2º L’A suivi d’une consonne articulée.

 

Quand l’a est suivi d’une consonne articulée, en principe il s’ouvre et

s’abrège plus ou moins. Le rôle que jouent ici les consonnes, ou du moins la plupart des consonnes, se marque nettement dans certains féminins: l’a, qui n’est encore que moyen dans délicat, candidat, scélérat ou ingrat, achève de

s’ouvrir et de s’abréger dans [32] délic a te , candid a te , scélér a te ou ingr a te. Et

ce qui prouve bien que c’est la consonne qui fait tout, et que l’e muet n’y est pour rien, c’est que mate, féminin de mat, ne se prononce pas autrement que le masculin, le t étant articulé dans les deux cas.

Cette ouverture de l’a se manifeste presque également dans la plupart

des finales à consonne, qui ainsi ne diffèrent les unes des autres que par la

quantité [33]. C’est donc la quantité qui nous permettra de les classer.

I. A bref.—Les finales les plus brèves sont celles dont la consonne est

une des trois explosives brusques, [34] c , p , t.

 

1º [35]-ac , -ak et -aque : cogn a c et l a c , l a que et bar a que.

 

2º [36]-ap et -ape , ou -appe : c a p et c a pe , p a pe et fr a ppe. On ferme

souvent l’a dans dérape, par une fausse analogie avec râpe, qui est pour raspe, mais c’est une erreur.

3º -at et -ate, ou -atte, et même -âtes: mat et tomate, rate, sonate et

donn [37] â tes.

Ici encore, il ne faut pas qu’une fausse analogie fasse altérer les formes

des deux verbes mater, qui n’en font qu’un: ils viennent de mat, terme du jeu d’échecs, dont l’a est ouvert et bref, et sans rapport avec mâter, terme de marine dérivé de mât.

Avec ces finales doivent figurer, étant brèves aussi, celles qui ont une

spirante également brusque ou sourde, f, ch, s.

 

1º -af, -afe et -aphe: gnaf, gaffe, orthographe.

 

2º [38]-ache : h , t a che , moust a che , arr a che.

 

3º -ace et -asse, ou -ass (mais non -as): dédicace et carcasse, chasse,

face et fasse, terrasse et vorace, ray-grass, etc., et les imparfaits de subjonctifs, autrefois longs. Mais, comme tout à l’heure pour les mots en as où l’s ne s’articulait pas, il y a ici beaucoup d’exceptions parmi les mots en-asse.

L’a est fermé et long en principe, d’abord dans les dérivés des mots en -

as qui ont l’a long, mais non pas dans tous. Il l’est dans les adjectifs féminins basse, lasse (et le verbe) et grasse, qui conservent l’a fermé du singulier; puis dans les verbes amasse et ramasse, passe et trépasse (avec impasse, quoique moins régulièrement), sasse et ressasse (pas toujours non plus), tasse et entasse, peut-être même compasse, damasse, brasse et le substantif embrasse (mais non le verbe). Il est fermé également dans casse, terme d’imprimerie, dans prélasse, par analogie avec lasse, dans classe et déclasse, et le substantif tasse. A Paris, on y ajoute généralement calebasse, échasse, nasse, cadenasse et Parnasse ou Montparnasse, et même des mots en -ace: espace et lace, avec ses dérivés; mais ceci n’est point du tout indispensable, pas plus que pour la casse du pharmacien, ou la casse de la

cuisinière [39].

Quant aux mots en -as où l’s s’articule, l’a y est fermé partout; mais il

n’y a là de proprement français que le mot as (terme de jeu) et les interjections las ou hélas; les autres mots sont des mots grecs, latins ou étrangers, et surtout des noms propres anciens (y compris atlas et hypocras). Cette prononciation s’est imposée même à des mots récents, où l’étymologie semblait exiger un a bref et ouvert, comme stras et

vasist [40] a s.

II. A moyen.—Immédiatement après ces finales viennent celles dont la

consonne est une des trois explosives sonores ou retardées, [41] b , d , et g. La

résonance qui précède le son, et qui en retarde l’explosion, a pour effet de rendre la voyelle un peu moins brève; mais elle est tout aussi ouverte dans chacune des finales.

 

1º -ab et -abe: nabab, arabe, syllabe. Pourtant l’a de crabe est

généralement fermé à Paris et dans le Nord, quoique rien ne justifie cette

prononciation[42].

 

2º [43]-ad et -ade : aub a de , pint a de , brav a de.

 

3º -ag et -ague: zigzag, bague. Beaucoup de gens ferment l’a dans vague,

substantif ou adjectif, et même parfois dans divague: cela fait bien en vers,

mais non ailleurs[44].

 

De même l’a est plutôt moyen que bref, mais toujours également ouvert,

dans les finales à l, m ou n, qui peuvent aussi être considérées comme retardées.

 

1º -al et -ale, ou -alle: chacal et animal, scandale et dalle, sale et salle.

Les poètes font volontiers rimer [45] exh a le avec les mots en â le. D’autre part l’analogie de hâle fait quelquefois allonger outre mesure l’a bref de hale, du verbe haler (un bateau). Enfin, dans certaines provinces, sale se prononce sâle, mais cette prononciation est tout à fait mauvaise.

 

2º -ame ou -amme: gamme et bigame, drame et gramme. Il faut encore

excepter clame et ses composés, où s’est maintenue, tant bien que mal, la quantité étymologique, comme autrefois dans fame; et aussi flamme et enflamme, avec oriflamme, sans doute parce qu’autrefois on prononçait

flan-me [46] , avec une nasale.

 

3º -ane ou -anne: cane et canne, romane et panne, sultane et havane. Il

n’y a plus lieu d’excepter les mots savants, comme profane, malgré l’opinion de Thurot, qui fermait l’a, à cause de l’étymologie. D’autres ferment encore l’a dans plane ou émane, sans doute pour le même motif; d’autres, sans motif cette fois, dans bibliomane et d’autres composés en -mane, ou même dans glane; autant d’erreurs, d’ailleurs assez peu répandues; tout au plus peut-on admettre plane long, par emphase, surtout en vers.

Il y a pourtant deux ou trois exceptions. Damne conserve toujours l’a

fermé (sans doute pour le même motif que flamme), mais déjà beaucoup moins, et surtout beaucoup moins généralement, dans condamne, qui est d’ailleurs plus employé. Dame-Jeanne le garde aussi, à cause de la fausse étymologie qu’on prête à ce mot. Les musiciens conservent volontiers l’a fermé de l’italien dans soprane, tandis qu’il s’ouvre dans soprano. Enfin, la manne (des Hébreux) a eu longtemps l’a fermé, probablement aussi pour la même raison que flamme, et l’Académie lui a conservé jusqu’à présent cette prononciation; mais la consonne double tend naturellement à abréger l’a,

comme dans [47] m a nne (panier), et l’ a fermé paraît y devenir suranné.

A ces finales nous joindrons les finales mouillées, qui ont encore l’a un

peu moins bref que les précédentes[48].

 

1º -agne: bagne, campagne, montagne. Mais on ferme encore l’a dans

g [49] a gne le plus souvent.

 

2º [50]-ail et -aille: sérail, bétail, médaille.

 

Cependant [51] r a il prononcé à la française est presque fermé. Sérail l’est

aussi quelquefois, quoique un peu moins, et ce n’est pas à imiter.

Mais les mots en -aille méritent un examen particulier. A Paris, on fait

encore une différence très nette entre -ail et -aille, qui autrefois était fermé et long presque partout. Toutefois cette prononciation n’est pas universelle aujourd’hui, tant s’en faut, ni applicable à tous les mots en -aille. Elle paraît assez justifiée, encore qu’elle ne soit pas toujours indispensable, dans les mots qui expriment une intention péjorative, qu’on marque précisément d’ordinaire en appuyant sur la finale, quelle que soit l’étymologie: monacaille, racaille, antiquaille, frocaille, canaille, cochonnaille, ferraille, prêtraille, valetaille, crevaille et vingt autres, qui d’ailleurs sont d’origine

populaire, et ont droit de conserver la prononciation populaire[52]. De même les verbes en -ailler, de même intention, et qui ont l’a fermé, même à l’infinitif, ne peuvent l’avoir ouvert quand il est tonique: piaille, criaille, se chamaillent, rimaille, tiraille, braille, se débraille, écrivaille, et bien d’autres. On peut y ajouter certainement raille et déraille. Mais, d’autre part, l’a n’a jamais été fermé dans médaille, de l’italien medaglia; l’a fermé est également peu usité dans faille (soie) et faille (fente), moins encore dans les verbes qui correspondent à des substantifs en -ail: baille (ne pas confondre avec bâille), émaille, détaille, travaille, se prononceraient difficilement d’une autre manière que bail, émail, détail et travail; les subjonctifs aille, faille, vaille, se sont certainement abrégés, ainsi que écaille

et [53] m a ille , noms ou verbes, et aussi tress a ille. Pour les autres, on a parfaitement le droit d’hésiter, et la prononciation parisienne ne s’impose pas: paille lui-même n’est pas plus dialectal avec a ouvert qu’avec a fermé, d’autant plus que ceux-mêmes qui le ferment dans la paille tout court, l’ouvriront aussi bien dans la paille humide des cachots, au moins s’ils

parlent vite. Il en est de même pour [54] t a ille.

Ajoutons, pour compléter, que l’a est ouvert et bref dans les finales en -

aye [55] où l’ y ne se dédouble pas: cob a ye , cip a ye.

III. A long.—Voici enfin des finales dont l’a peut être tenu pour tout à

fait long, soit en restant parfaitement ouvert, soit en se fermant plus ou moins. Ce sont celles qui ont un r, ou une spirante sonore, g, v, z.

1º L’a est long, mais ouvert, dans les finales qui ont un r, -ar (avec ou

sans consonne) et -are ou -arre: art, are, arrhes ou hart, car, quart ou placard, marc, mare, amarre, camard ou cauchemar, tu pars, il part, je prépare. Il n’y a point d’exception pour les finales masculines qui toutes ont l’a parfaitement ouvert. Il semble qu’autrefois l’a était souvent fermé dans les mots en -are ou -arre; il l’est encore un peu, et même un peu trop à Paris, dans barre et rembarre, carre ou contrecarre, gare et bagarre, et

même [56] r a re.

2º Dans les finales en -age, autrefois irrégulières, l’a s’allonge

aujourd’hui régulièrement, mais reste encore ouvert, exactement comme

dans les finales en [57]-ar : mari a ge , mén a ge , étal a ge. Le mot âge lui-même a aujourd’hui l’a ouvert, malgré l’accent circonflexe, et se prononce comme les autres: à mon âge diffère bien peu de ramonage.

3º Le cas est presque le même pour les finales en -ave: cave, lave,

esclave, grave; mais l’a a déjà une tendance à se fermer, au moins dans