Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers
5º L’O de quelques mots étrangers.
il n’y a pas lieu de réagir ici[295].
Devant une voyelle aussi, l’o tend à se fermer à demi: co-alition, co-
habiter, co-efficient, bo-a, clo-aque, oa-sis, poème, assourdiraient leur syllabe initiale, si l’on ne veillait à la distinguer de la suivante; et cette tendance, livrée à elle-même, irait jusqu’à changer o en ou consonne, ainsi
que cela s’est fait plus d’une fois, notamment dans [296] m o elle. On fera bien d’y résister et d’ouvrir l’o. De plus, on doit prononcer les deux o séparément et ouverts dans quelques mots savants où on les trouve: co-
o [297] pération , épiz o-o tie , z o-o logie , etc..
5º L’O de quelques mots étrangers.
L’o est fermé dans l’anglais home, at home, et l’allemand kronprinz
(sans nasale), mais l’r l’a ouvert dans folk lore; il est assourdi en ou dans
time is m [298] o ney , ou t o be or not t o be.
L’o double anglais se prononce ou dans coolie, qu’on écrivait jadis couli,
fort justement; dans book, arrow-root, foot-ball, groom, sloop, schooner,
snowb [299] oo t , waterpr oo f.
L’ [300] o double flamand n’est qu’un o long, comme dans v oo ruit.
6º Le groupe AU.
Le groupe [301] au (ou eau ) se prononce généralement comme o fermé.
I. AU tonique.—Au final est pareil à o final: radeau, landau ou
eldorado, panneau et piano, marteau et in-quarto ne se prononcent pas de deux manières.
Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: faux, défaut,
échafaud, avec cette différence que -aut (ou -aud) est un peu plus long et
surtout plus fermé que [302]-ot.
Devant une consonne articulée, tandis que les groupes oi ou ai sont
toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme a ou e, au contraire le groupe au est régulièrement et très également fermé et long comme ô: aube, débauche, émeraude, chauffe, gaufre, sauge, saule, baume, faune, taupe, rauque, cause, fausse et sauce, faute et pauvre.
On ouvre quelquefois sauf, qui devient bref, surtout employé comme
préposition, et aussi holocauste, en vertu du principe général des deux
consonnes[303].
Mais l’exception capitale, c’est la finale -aur ou -aure: au y est toujours
long, plus long que jamais, mais il y est ouvert autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’r d’ouvrir les voyelles.
Ainsi au est ouvert d’abord dans saur, qui est pour sor (comme Paul
pour Pol), et dans taure, qui est aussi pour tore (comme taureau est pour
toreau [304] ), car au n’est dans ces mots que par réaction étymologique.
Et partout le groupe latin aur serait devenu or si on l’avait laissé faire, ce
qui veut dire aussi que partout aur se prononcerait or ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son o fermé. Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de centaure et Minotaure, proches parents de taure, et que les érudits seuls continuent à fermer, et plus encore celle de restaure, sur qui l’érudition n’a pas de prise. La finale -aure s’ouvre même dans des termes
techniques, comme [305] ichtyos au re ou plésios au re.
II. AU atone.—Au atone est généralement fermé aussi, surtout quand il
est prétonique, sauf devant un r: aubépine, auberge, audace, autel, etc., cauchois, caution, clabauder, chauffer, chausser, faussaire, mauviette, peaussier, etc., et les finales en -auté: cruauté, loyauté. Il est fermé même dans saurien, tauromachie et centaurée, malgré l’r, parce que ce sont des mots savants, et aussi dans vaurien, où le verbe primitif se reconnaît toujours.
Mais les exceptions sont fort nombreuses.
Au atone est ouvert d’abord devant un r, dans taureau, comme on vient
de voir, et sauret; généralement aussi dans les futurs et conditionnels
d’ [306] [307] avoir et savoir ; dans au rore , au réole , au rifère ou au rifier; et tout au plus est-il douteux dans laurier (pour lorier), lauréat, lauréole.
En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes,
non seulement dans augment et augmenter, où le phénomène est général, mais souvent aussi dans des mots comme ausculter ou auxiliaire, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où il est prétonique: auspice, austère, austral, cauch(e)mar ou encaustique.
Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne, dans
autoriser et autorité (mais non dans auteur), et surtout dans mauvais, sans parler de rigaudon, qui s’écrit aussi rigodon. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, authentique, automate, autonome, autopsie, cautériser, et aussi dans aumône, où il se distingue ainsi de l’ô qui suit, dans auguste, automne, épaulette (malgré épaule), paupière, ou même naufrage. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus correctement en fermant au, aussi bien que dans aujourd’hui, où il est tout à fait incorrect de
l’ouvrir[308].
La diphtongue allemande au se prononce comme o fermé quand elle se
francise: [309] block au s.