Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

3º Les cas particuliers de la nasale AN

enherber [346] ou enharmonie qui d’ailleurs ne sont pas d’usage courant.

Mais il y a trois mots capitaux, trois mots très usités, trois mots nécessaires, où il est indispensable de maintenir la préposition en avec le son nasal, malgré le voisinage immédiat de la voyelle, sous peine de faire de véritables barbarismes. Ce sont en-ivrer, en-amourer et en-orgueillir, qui doivent se prononcer comme s’en aller, avec nasale et liaison.

Les fautes sur ce point sont si fréquentes que je ne sais trop quel avenir

est réservé à ces mots[347] [348] . En-orgueillir se tient encore assez bien;

mais que de gens même fort instruits, et même des typographes, vont jusqu’à mettre un accent sur énamourer, voir sur énivrer! Écriture et prononciation également barbares, auxquelles il faut résister de toutes ses forces, aussi longtemps qu’on le pourra.

 

Passons aux observations particulières à chaque nasale.

 

3º Les cas particuliers de la nasale AN

 

I. C’est à la nasale an que se rattachent trois monosyllabes

d’orthographe irrégulière: fa(o)n, pa(o)n, ta(o)n. Pour taon, c’est ton et non tan qui s’est prononcé longtemps et se prononce encore dans certaines provinces, mais cette prononciation, admise par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis,

est aujourd’hui dialectale [349].

Il va sans dire que dans les cas où la dérivation dénasalise la syllabe,

c’est l’a seul qui s’entend: pa(o)n et fa(o)n ne peuvent donner que

pa [350] (on) ne , pa (on) neau , fa (on) ner , prononcés également sans o.

Autre observation sur an: nous nasalisons presque toujours le groupe an,

et aussi am intérieur, dans les mots étrangers, même quand ces mots ne sont pas francisés par ailleurs. Il y a là un phénomène général très curieux.

Pour la finale, d’abord, il n’y a guère que les mots anglais en -man qui

fassent exception; après avoir nasalisé autrefois drogman, dolman, landamman, avec parmesan et d’autres, nous respectons aujourd’hui, par suite de la diffusion de l’enseignement, et aussi par un certain snobisme, la

finale sonore de [351] policema n, clubma n, sportsma n, etc..

Pour an intérieur, il y a d’abord quelques mots qui sont entièrement

francisés: dandy, performance, et même handicap, puisque nous en avons fait le verbe handicaper; de même andante ou andantino, fantasia, franco ou dilettante. Il y a ensuite les mots dans lesquels an seul est francisé: ainsi cant, où nous prononçons le t, contrairement à l’usage français, et cantabile, où nous prononçons l’e final; c’est toujours la demi-francisation. De même landwehr ou landsturm, stand, sandwich ou shak(e)hand, canzone ou banderillero, et aussi warrant, où le t final ne se prononce plus, quoique le w se prononce encore quelquefois ou.