Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers
Q
1º Le Q final.
Le q n’est final que dans coq et cinq.
Dans [711] coq , il ne s’est pas toujours prononcé; il n’y a plus
d’exceptions aujourd’hui.
Dans cinq, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle générale
des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel commençant par une consonne: j’en ai cinq, le cinq mai, page cinq, cinq pour cent, cinq sur cinq, et aussi, par liaison, cinq amis, mais cin(q) francs, cin(q) cents,
cin [712] (q) mille , les cin (q) derniers.
2º Le groupe QU.
Dans le corps des mots, le q est toujours séparé de la voyelle qui sonne
par un [713] u , qui, en principe, ne s’entend pas. Devant e et i, notamment, le c étant devenu sifflant devant ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au groupe qu, la lettre k étant peu française: éq(u)erre, q(u)estion, q(u)itter, et toutes les finales en -que.
Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le g, devant e et i, au
point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue nettement entre qu’il et tranquille. Cet usage n’est plus apprécié aujourd’hui, et on fera bien
de l’éviter, comme pour le [714] g.
De toute façon, l’u qui suit le q ne se prononce pas plus en français
devant e et i que devant a et o. Toutefois, il y a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais pourtant devant un e muet); il fait alors fonction de semi-voyelle.
I. Devant E.—L’u se conserve devant e dans déliquescence, liquéfier et
liquéfaction—à côté de liq(u)ide et liq(u)eur—, questeur et questure, et
é [715] qu estre.
Mais ce dernier mot est bien près de passer à ékestre, comme ont fait
avant lui éq(u)erre et séq(u)estre, et tant d’autres, y compris q(u)érimonie et q(u)ercitron. D’autre part, likéfier est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine, l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin kesteur est loin d’être rare.
Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien
convaincus que [716] qué est destiné à devenir ké partout, un jour ou l’autre.
II. Devant I.—L’u se conserve mieux dans -qui- et -quin- que dans -
que-, sans doute parce que les exemples en sont restés plus nombreux.
Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots plus ou
moins savants, comme q(u)iproquo, jusq(u)iame ou aq(u)ilon, ni même dans aq(u)ilin ou sq(u)irre, ni dans une partie des mots commençant par équi-, ni dans les finales -quin et -quine, qui sont francisées jusque dans basq(u)ine ou race éq(u)ine.
En revanche, on prononce l’u:
1º Dans le latin quid, a quia, requiem, etc., avec quibus, quitus et même
quidam (autrefois kidan);
2º Dans équiangle, équidistant, équimultiple, mots savants, et même
équilatéral, à côté d’éq(u)ilibre, éq(u)inoxe, éq(u)ité, éq(u)ivaloir, éq(u)ivalent—autrefois éq(u)ipollent—et éq(u)ivoque;
3º Dans équisétique et équitant: quant à équitation, ce mot est dans le
même cas qu’équestre, étant déjà à peu près passé à éq(u)itation;
4º Dans quiet, quiescent, quiétisme et quelquefois encore quiétude, à
côté de inq(u)iétude; mais il est difficile que inkiétude n’entraîne pas définitivement kiétude;
5º Dans une partie des dérivés du latin quinque, car ne prononce pas l’u
dans q(u)ine, q(u)inaire et q(u)inola, dans q(u)inconce et q(u)inquenove, dans q(u)int, q(u)inte et q(u)inze et leurs dérivés naturels, y compris q(u)intessence—et autrefois le populaire henriq(u)inq(u)iste—; mais on le prononce dans quinquagénaire et tous les mots commençant par quinque— sauf q(u)inq(u)enove—, dans quintette, quintidi, quintil, quinto et même quintuple, qui est souvent écorché;
6º Dans [717] obsé qu iosité et obsé qu ieux; dans obliquité et ubiquité; dans
sesquialtère et quiddité;
7º Dans l’espagnol conquistador, qui a gardé l’u, à côté de q(u)ipos,
liq(u)idambar et basq(u)ine, qui l’ont perdu, sans compter q(u)ina,
q(u) [718] inine ou q(u) in qu ina. Ajoutons esquire, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r).
III. Devant O et A.—Quoique le groupe qu ne soit proprement utile
dans les mots français que devant e et i, on le trouve aussi devant o et a, où il s’est conservé du latin, dans des mots plus ou moins savants, comme q(u)alité, q(u)otient, à côté de carré, casser, carême, qui sont d’origine
populaire. Mais du moins [719]-quo- se prononce toujours co. Au contraire,-qua- se prononce coua (kwa) dans un certain nombre de ces mots, incomplètement francisés:
1º Dans le latin quater ou quatuor, sine qua non, exequatur, à côté de
q(u)asi, q(u)asiment, q(u)asimodo, francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de partie aliq(u)ante, francisé lui-même aussi comme q(u)ant et ses dérivés;
2º Dans aquafortiste (et aqua-tinte, de l’italien), aquarelle, aquarium et
aquatile, qui ont réagi sur aquatique, francisé autrefois;
3º Dans adéquat, équateur, équation, équatorial, mais non dans
reliq(u)at;
4º Dans une partie des dérivés du latin quatuor, car nous ne prononçons
pas l’u dans des mots aussi complètement francisés que q(u)adrille, q(u)art, q(u)artaut, q(u)atre, q(u)atorze, q(u)arante, et leurs dérivés naturels, y compris éq(u)arrir; mais nous le prononçons ou dans quadragénaire, et
tous les mots commençant par [720] quadr-, y compris quadrige, mais non q(u)adrille, dans quartette (de l’italien), quartidi, quartil et in-quarto, dans
qu [721] aterne et qu aternaire;
5º Dans loquace et loquacité, qu’on écorche parfois; dans quassier et
quassia amara, colliquatif et colliquation; dans squameux et desquamation;
6º Enfin, dans quelques mots étrangers, squale, square, quaker et
quakeresse, quartz et quartzeux, quattrocento, quattrocentiste et tutti
qu [722] anti.