Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

S

 

1º L’S final.

 

A la fin des mots, en principe, l’s ne se prononce plus en français depuis

fort longtemps. Pour l’s du pluriel, notamment, il n’y a pas

d’exceptions[740].

Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’s qui n’est

pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son dur ou sourd.

 

1º Après un a, il y a très peu d’exceptions dans les mots proprement

français. Je n’en vois même que deux: l’une pour le monosyllabe as, terme de jeu, et par suite ambesas: la prononciation a(s) est purement dialectale; l’autre pour les interjections las, hélas, qui n’en font qu’une. Quant à atlas, stras, hypocras, ce sont en réalité des noms propres.

Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: Deo

gratias, per fas et nefas, habeas corpus, pancréas, lias et trias, flint glas, christmas, papas, lépas, upas, lampas (s’humecter le), madras, abraxas,

alcaraza [741] s, vasista s, ou le provençal ma s.

On hésite aujourd’hui pour vindas, autrefois guindas, d’ailleurs peu

usité; mais on ne prononce plus l’s, ni dans les noms d’étoffes, jacona(s), lampa(s), ginga(s) ou dama(s), celui-ci malgré l’étymologie; ni dans balandra(s), sassafra(s), matra(s) ou tétra(s), ni enfin dans pampa(s), où l’s

n’est que la marque du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742].

 

Après oi, l’s ne se prononce jamais: boi(s), parfoi(s), courtoi(s), etc. L’s

même de troi(s), longtemps sonore, comme la consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir.

2º Après un e, l’s ne se prononce que dans pataquès, altération de pat-à-

qu’est-ce [743]; dans des mots latins ou grecs: facies, aspergès, hermès, palmarès, herpès, faire florès, népenthès; dans les mots étrangers: aloès et

cacatoè [744] [745] s , kermè s, xérè s, londrè s, cortè s.

On ne doit donc pas plus prononcer l’s dans profè(s) que dans progrè(s),

succè(s) ou prè(s). Il se prononce aujourd’hui, à grand tort d’ailleurs, dans ès lettres, ès sciences et autres expressions analogues, où figure un

pluriel[746].

Après ai, comme après oi, l’s ne se prononce jamais: jamai(s),

j’aimai [747] (s), etc..

 

3º Après un i, les exceptions sont plus nombreuses qu’après a ou e.

L’s s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins

longtemps dans maïs, jadis, fi(l)s et lis (y compris fleur de lis le plus souvent, malgré l’Académie); dans métis, cassis, vis (substantif) et

tournevi [748] s. La prononciation de ces mots sans s est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les nécessités de la rime, et encore!

[749].

Les autres mots où l’s se prononce sont des mots grecs ou latins: bis (ne

pas confondre avec l’adjectif), ibis, de profundis, volubilis, in extremis, tamaris, iris, ex libris, corylopsis, oasis, mitis, gratis, myosotis; ou des mots étrangers: maravédis (et encore pas toujours), tennis, et les vieux jurons

gascons [750] cadédi s ou sandi s.

On peut y joindre spahis. Les dictionnaires ont conservé spahi, qui est

assurément plus correct, étant un doublet de cipaye, et Loti s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit spahis; c’est un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré l’autorité de Pierre

Loti [751].

 

4º Après eu, l’s final ne se rencontre que dans des mots grecs et il s’y

prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que [752] basileu s.

 

5º Après o, le seul mot de la langue vulgaire où l’s se prononce est os;

encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753].

Les autres mots où l’s se prononce sont parfois d’origine latine, comme

salva nos ou nescio vos, ou étrangère: albatros, puis albinos et mérinos,

pluriels devenus singuliers, ainsi que le gascon [754] escampativo s.

Presque tous sont d’origine grecque: atropos, paros, cosmos, tétanos,

rhinocéro [755] s, itho s et patho s, loto s et autres mots savants.

6º Après ou, l’s se prononce dans le monosyllabe tous, non suivi de

 

l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est sous-entendu, autrement dit quand tous est accentué: ils viendront tous, tous viendront, un pour tous et tous pour un, tous debout et même tous soldats, soldats étant ici une apposition; on dira au contraire tou(s) les hommes, ou tou(s) soldats qui...

Cette distinction très nette empêche toute confusion entre ils ont tous dit

et ils ont tou(t) dit, ils sont tous fiers et ils sont tou(t) fiers, ils savent tous ce qu’on a dit et ils savent tou(t) ce qu’on a dit; mieux encore, entre nous connaissons tous les livres de... et nous connaissons tou(s) les livres de...

L’s se prononce aussi dans les mots arabes burnous et couscous, et dans

négou [756] s, écrit aussi négus.

 

7º Après un u, l’s final se prononce surtout dans un très grand nombre

de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: angelus, cactus, calus,

carolu [757] s, choru s, convolvulu s, crocu s, détritu s, eucalyptus, fœtus, hiatus, humus, in manus, in partibus, lapsus, mordicus, omnibus, papyrus, orémus, prospectus, rébus, rictus, sénatus-consulte, sinus et cosinus, typhus, virus, etc., dans blocus et négus, mots étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur l’analogie des mots latins, comme laïus, motus, olibrius, quitus ou rasibus, avec gibus.

 

Dans les mots proprement français, l’ [758] s ne se prononce pas. Obus lui-

même, où l’s se prononce régulièrement avec le son doux (obuse), peut-être par l’analogie d’obusier, s’est si bien francisé que dans l’armée on prononce régulièrement obu, qui est donc devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille rien du tout, c’est obusse.

 

Pourtant l’s se retrouve dans deux ou trois mots.

Quoique l’s d’abu(s) ne se prononce pas, le monosyllabe us paraît avoir

repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce mot ne s’emploie guère que dans l’expression us et coutumes, où la liaison se fait tout aussi bien avec un s doux: u(s) zet coutumes.

D’autre part, la prononciation de plus est assez délicate et assez variable.

On ne prononce jamais l’s dans la négation ne... plu(s): je n’en veux

plu [759] (s) et de même sans plu (s); ni dans les comparatifs ou superlatifs: plu(s) grand, le plu(s) grand, plu(s) justement, j’ai plu(s) fait que vous ne pensez, une plu(s)-value; ni devant de, dans tous les sens: plu(s) de monde, plu(s) d’amour; ni quand il est répété: plu(s) j’en ai, plu(s) j’en veux, ou

opposé à [760] moins : plu (s) j’en ai, moins j’en veux , ou ni plu (s) ni moins.

Mais quand plus est suivi immédiatement de que, on prononce volontiers

l’s, sauf après pas ou d’autant: pas plu(s) que vous, d’autant plu(s) que je ne sais si..., mais j’ai fait plu(s) ou plus que vous ne pensez, j’ai cinq ans de plu(s) ou de plus que lui.

On le prononce aussi quand plus est séparé par que d’un adjectif ou d’un

adverbe: plus que content, à côté de plu(s) content; plus qu’à moitié, à côté de plu(s) d’à moitié; mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’s de plus-que-parfait, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs et d’institutrices: plu(s)-que-parfait est tout à fait suranné.

On prononce également l’s dans les opérations de l’arithmétique ou de

l’algèbre: le signe plus, deux plus deux égalent quatre, plus par plus donne plus.

Enfin, d’une façon générale, sauf dans ne... plu(s) et de plus en plu(s), il

y a une tendance à prononcer l’s quand plus est final. A vrai dire, rien de plu(s) vaut mieux que rien de plus, sans doute à cause de la négation; et dans le style tragique, je te dirai bien plu(s), il y va de bien plu(s), semblent encore s’imposer; mais on dira très bien, surtout dans le langage familier, il y a plus ou trois jours au plus; on dira même nécessairement: plus... un lit, et même, quoique moins bien, de plus... un lit, ou de plus, je n’en crois rien, ou encore après mille ans et plus, sauf en vers, s’il y a une suite:

 

Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée

 

L’analogie de plus s’est exercée sur sus, dont on prononce souvent l’s

dans en sus, comme dans en plus. Mais à part l’expression en sus, le mot est généralement suivi de a, ce qui amène une liaison; il en résulte que beaucoup de personnes prononcent courir sus avec l’s, mais c’est une

prononciation discutable[761].

8º Après les voyelles nasales, l’s final n’est pas moins muet qu’après les

voyelles orales: dan(s), céan(s), san(s), gen(s), repen(s), consen(s), plain(s), étein(s), tien(s), vien(s), moin(s), aimon(s), etc. Il faut donc éviter moinsse

avec le plus grand soin, et aussi [762] gensse.

Pourtant le mot sens a repris peu à peu son s dans presque tous les cas:

bon sen(s) ou contresen(s), qui ont résisté longtemps, ont à peu près

disparu [763]; sen(s) commun lui-même, qui s’est conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la prononciation de l’s y est entravée par la consonne qui suit, est déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne restera bientôt plus que sen(s) dessus dessous et sen(s)

devant derrière [764] , qui justement sont sans rapport avec sen s.

On prononce également l’s dans mons pour monsieur, dans le mot savant

cens, dans le vieux mot ains, et dans les mots latins où en sonne in: gens, delirium tremens, sempervirens, etc., sur l’analogie desquels Labiche a

formé [765] labaden s.

 

9º Après les consonnes, il faut distinguer, suivant la consonne qui

précède.

Quand l’s est séparé de la voyelle par une consonne non articulée, il ne

se prononce pas non plus: ga(rs), la(cs) et entrela(cs), poi(ds), le(gs) et me(ts), pui(ts), pou(ls), tem(ps) et défen(ds), rom(ps) et fon(ds), cor(ps) et

remor [766] (ds).

Ceux même qui prononcent à tort le g de le(gs) ne vont pas jusqu’à

prononcer l’s. La seule exception est fi(l)s, que nous avons vu à l’i.

En revanche, à part cor(ps), le groupe final ps se prononce toujours

entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement français: laps et relaps, schnaps, reps, seps, biceps, princeps, forceps, éthiops et anchilops.

On articule aussi intégralement rams et aurochs (aurox). On notera

seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à remplacer aurochs par auroch: en ce cas, le pluriel se prononce comme le

singulier; mais c’est [767] auro chs qui est le vrai mot.

D’autre part, quand l’s est séparé de la voyelle par un r, l’r se prononce

toujours[768]; mais l’s ne se prononce pas: univer(s), alor(s), toujour(s), ailleur(s), etc. Il faut éviter avec grand soin de prononcer alorsse, quoiqu’on prononce l’s dans le composé lorsque. Le substantif cour(s) se prononce de même sans s.

Il y a pourtant trois exceptions: le mot mars a repris son s depuis

longtemps[769]; les mots mœurs et ours ont repris le leur au dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, pour l’harmonie, et

surtout quand la rime l’exige[770].

 

2º L’S intérieur.

 

Dans le corps des mots, l’s se prononce presque toujours, mais quand il

se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son normal, tantôt doux ou sonore.

 

I.—Devant une consonne, l’s se prononce partout en principe, et

toujours ou presque toujours avec le son dur: les s qui ne se prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce ainsi même à la fin

des mots: [771] fi s c , bu s c , mu s c et les mots en -st.

Mais tous ces mots où l’s se prononce devant une consonne sont en

réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a altérés en

y restaurant un [772] s autrefois muet.

Par analogie, l’s se prononce depuis longtemps même dans lorsque,

presque, puisque, malgré l’étymologie lor(s), prè(s), pui(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme dans jusque; mais tandi(s) que n’est pas dans le même cas, les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y prononcer l’s.

L’s se prononce aussi dans susdit, qui s’écrit en un seul mot, mais non

dans sus-tonique et sus-dominante, qui s’écrivent en deux. Il me paraît choquant dans susnommé et susmentionné, qui pourraient bien se prononcer comme les précédents.

 

Dans les mots composés commençant par les articles les et des ou

l’adjectif possessif mes, ces monosyllabes sont demeurés distincts, et l’s ne

s’y prononce pas: [773] le (s) quels , de (s) quels , me (s) dames.

Il y a aussi un mot simple où l’s intérieur, muet devant une consonne, a

été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est cheve(s)ne, résidu singulier

d’une orthographe disparue [774].

Aux mots commençant par un s suivi d’une sourde, c, p, t, le peuple,

surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’e prosthétique des grammairiens:

es [775] tatue . Cela n’est sans doute point à imiter.

 

Dans le groupe sc, qu’on ne trouve que dans les mots relativement

récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes se prononcent sans difficulté devant a, o, u: es-cargot, es-compte, scolaire, sculpture.

Devant e et i, on entend généralement deux s: as-cète, trans-cendant,

la [776] s-c if , re s-c inder.

Toutefois on ne peut entendre qu’un s en tête des mots: un s(c)eau, une

s [777] (c) ie. On n’entend qu’un s aussi (ou un c) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord ob(s)cène et ob(s)cénité, où il est difficile de faire

autrement; puis [778] fa (s) cé , de fa (s) ce , terme de blason; de(s)cendre et ses dérivés; con(s)cience et ses dérivés, quoiqu’on entende généralement deux s dans es-cient, pres-cience et cons-cient; enfin di(s)ciple et di(s)cipline avec ses dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, a(s)censeur et a(s)cension (surtout la fête), di(s)cerner et di(s)cernement, su(s)ceptible et su(s)citer.

 

Nous avons vu déjà que l’s prenait naturellement le son doux du z, par

accommodation, devant une douce, b, d, g, v et j: sbire et presbyte, pélasgique et disjoindre, transgresser, svelte ou transversal. C’est là un

phénomène spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. L’s prend souvent aussi le même son dans les mots en -isme comme rhumatisme (izme) ou même en -asme; mais ceci s’impose beaucoup

moins[780].

 

II. Entre consonne et voyelle, l’s est encore dur en principe.

Il est dur notamment après un r: sur-seoir et sur-sis (et non surzis),

traver [781]-s in , subver-s if , etc.; mais il est doux dans jer s ey.

 

Il est doux entre [782] l et a , dans bal s amique et les mots de cette famille.

On a vu que l’accommodation changeait le b en p dans les mots qui

commencent par abs- et obs-, et aussi subs-, mais sauf devant i. En effet, dans subsister, l’accommodation paraît être plus souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la première: subzister plutôt que supsister, et de même subzistance, sans doute par l’analogie de désister, exister et résister, dont nous allons parler dans un

instant[783].

 

Il en est de même le plus souvent dans [784] su bs ide et su bs idiaire.

Au contraire, c’est le b qui se change normalement en p dans abside et

dans [785] su bs équent.

 

III. Entre deux voyelles dont la première n’est pas nasale, l’s prend

régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie: rose, vase, cytise,

ba [786] s ilique , va s istas , philo s ophe , mi s anthrope , etc.. Il prend le son doux même dans les préfixes à s final dés- et més-, et cela peut passer pour une

liaison naturelle: [787] dé s- unir , dé s- armer , mé s- user , mé s- intelligence , etc.

Pourtant l’ [788] s est resté dur dans dy s-enterie et dy s-entérique.

L’s prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans dé-signer

et se dé-sister (sans parler de désoler), et généralement après les préfixes ré- et pré-: ré-server et pré-server, ré-sider et pré-sider, ré-solution, ré-sonance, ré-sumer et pré-sumer, présage, pré-somption, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les deux cas, le composé est traité comme un mot simple.

Il en est de même du mot abasourdir, où l’élément sourd a pu être

méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens abstrait qu’a pris le mot.

 

Néanmoins, l’s reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et

beaucoup plus souvent qu’on ne croit:

1º Après les préfixes pré-, ré- et dé- eux-mêmes, dans pré-séance et pré-

supposer, sans doute parce qu’ici le simple est trop connu pour s’altérer; dans pré-su (le mot est dans Pascal); dans ré-section et ré-séquer, dé-suet et dé-suétude, qui gardent la prononciation du latin.

2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de préfixes

qui restent toujours distincts du mot principal: a-, dans a-septique, a-symétrie ou a-symptote; para-, dans para-sélène et para-sol (malgré l’s doux de para-site, vieux mot dont le simple n’existe pas); contre- et entre-, dans contre-sens, contre-seing, contre-signer et contre-sol, s’entre-secourir ou s’entre-suivre, et entre-sol; anti-, dans anti-social ou anti-septique; co- et pro-, dans co-seigneur, co-signataire, co-sinus ou co-sécante, et pro-secteur; uni-, bi- et tri-, proto- et deuto-, etc., dans uni-sexuel et une foule

de composés chimiques, botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: mono-syllabe et mono-syllabique, tétra-syllabe, déca-syllabe, etc., poly-syllabe et poly-synodie, pari-syllabique et impari-

s [790] yllabique.

3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés

dans l’écriture: tournesol et girasol, soubresaut, havresac, vraisemblable et vraisemblance, présalé, vivisection, gymnosophiste, idiosyncrasie,

petro [791] s ilex , sangui s orbe , etc.

4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, où

l’on conserve la prononciation d’origine, comme thésis ou basileus.

5º Dans une onomatopée comme susurrer, susurrement, que les

dictionnaires altèrent fort mal à propos [792].

6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés,

l’adoucissement de l’s entre deux voyelles étant propre au français: ainsi le grec kyrie eleison, ou l’italien impresario, à demi francisé d’ailleurs,

puisqu’on nasalise [793] im. Pourtant l’s s’est adouci dans l’espagnol brasero et l’italien risoluto ou fantasia, apparemment par l’analogie de brasier,

ré [794] s olution , fantai s ie.

IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle, l’s reste dur, parce

qu’autrefois l’n se prononçait: anse, penser, pension, encenser, insigne, considérer, etc., et même insister, malgré l’s doux de résister et des autres.

Toutefois, avec le préfixe trans-, on a encore un phénomène de liaison,

comme avec dés- et més-, et c’est un z qu’on entend, sans exception, dans transalpin, transaction, transatlantique, transiger, transit, transitaire, transitif, transition, transitoire, transhumer et transhumance.

Mais l’s du substantif transe est nécessairement dur, comme dans toutes

les finales en -anse, et il se maintient encore dur tant bien que mal dans transi et transir, très fréquemment altérés par le voisinage de transit.

Tran [795] s ept a aussi l’ s dur, étant pour tran ss ept.

On entend quelquefois, mais à tort, l’s doux dans in-surrection, par

analogie avec résurrection.

Enfin l’ [796] s est doux dans nan s ouk.

 

3º L’S double.

 

L’s double final se prononce comme l’s dur, mais il abrège la voyelle qui

précède: ray-grass, mess, express, miss, etc.

L’s double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord assez

souvent un s simple, qu’on a doublé après un e dans certains composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à propos le son dur, entre deux voyelles.

Nous avons vu tout à l’heure qu’après é fermé on se contentait souvent

d’un seul s en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement: pré-séance, dé-suet; mais on écrit avec deux s, et peu de logique, pre(s)sentir et

pre [797] (s) sentiment.

Après un e muet, un seul s a suffi encore, dans quelques composés cités

plus haut, comme entresol, havresac ou soubresaut; mais on met deux s à re(s)saut et à re(s)sauter, et partout après le préfixe re-, dans les mots de la

langue écrite: [798] re (s)s embler , re (s)s entir , re (s)s ort , re (s)s ource , etc., ainsi que dans de(s)sus et de(s)sous, sans compter re(s)susciter, dont l’e est fermé. Je ne sais si cet emploi de l’s double après le préfixe re- est très heureux, car s’il fait respecter le son de l’s, en revanche il fait altérer malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’e muet

lui-même, et le mal n’est guère moindre [799].

Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’e soit fermé ou muet, on ne

peut prononcer qu’un seul s, puisque l’s ajouté n’y est en quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à maintenir le son dur ou sourd.

Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon générale,

entre deux voyelles, l’s simple est un s doux et l’s double un s dur.

Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir

généralement la prononciation d’un s simple quand il y en a deux. Toujours est-il que l’s double se prononce simple beaucoup plus souvent que les liquides l, m, n, r, malgré la tendance générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on prononce deux s dans les mots d’usage courant, qui sont très nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots tels que a(s)seoir, pa(s)sage, va(s)sal, ma(s)sacre, e(s)sai, e(s)suyer, me(s)sie, me(s)sage, i(s)su, bo(s)su, fau(s)saire, bou(s)sole, hu(s)sard, etc. L’s reste simple notamment dans tous les composés de des-, comme de(s)saler, de(s)serrer, de(s)souder, et dans tous les mots en -seur, -sion, -soir ou -soire, quelle que soit la voyelle précédente: embra(s)seur, oppre(s)seur, régi(s)seur ou endo(s)seur, pa(s)sion, pre(s)sion, commi(s)sion ou percu(s)sion, pre(s)soir ou acce(s)soire.

Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour les

préfices [800] as- et dis-.

1º Le préfixe as- étant plus populaire que savant, dans tous les

composés, sauf as-similer et ses dérivés, on devrait ne prononcer qu’un

s[801]. Toutefois, je ne vois guère que a(s)saut, a(s)sembler et a(s)semblage, a(s)seoir, a(s)siéger, a(s)siette et a(s)sise, a(s)sez, a(s)surer et ses dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont as-sagir, as-sainir, as-sécher, as-séner (pour a(s)sener), as-sentiment, as-sermenté, assertion, as-servir, as-sidu et as-siduité, as-signer et as-signation, as-sombrir, as-somption, as-sonance, as-sourdir, as-souvir et as-sumer. Mais pas plus dans ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux s.

2º Au contraire, le préfixe dis- étant expressément un préfixe savant, les

composés font entendre généralement deux s. Il n’y a d’exception

incontestable que pour [802] di (s)s iper et ses dérivés et di (s)s oudre; mais on

fera bien de prononcer aussi avec un seul [803] s di (s)s olu, di(s)serter et

di [804] (s)s ertation , di (s)s imuler et di (s)s imulation, voire même di(s)séminer, di(s)sension ou di(s)sentiment, ces mots étant d’un usage fort

général [805].

3º Aux préfixes as- et dis- on peut ajouter intus- et trans-, dans intus-

susception, trans-sudation ou trans-substantiation.

4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants où

l’on prononce deux s: as-sa fœtida, pas-sible et impas-sible, pas-sif et ses dérivés (sauf en grammaire) et pas-siflore, clas-sification et quelquefois

cla [806] s-s ique , et aussi jura s-s ique;—tes-sère et pes-saire, es-sence (au sens figuré) et ses dérivés, inces-sible et immarces-sible, et les composés en pres-sible; congres-siste et progres-siste, qui, avec proces-sus, réagissent sur progres-sif, proces-sif et quelques mots en-essif; mes-sidor, ses-sile, pes-simiste et pes-simisme, et au besoin es-souflé ou es-saimer;—les mots en is-sible et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en is-sime et is-simo, avec commis-soire, fis-sipare et fis-sipède, et bys-sus, auxquels on joint quelquefois fis-sure et bis-sextile;—enfin glos-saire, os-sature, os-

s [807] ification , o s-s uaire et quelquefois o s-s eux , avec fo s-s ile et opo s-s um.

*

* *

Nous savons que le groupe anglais sh équivaut au ch français à toute

place: shelling, shocking ou shampoing, english, mackintosh ou

stockfi [808] sh. A la vérité fashion se prononçait aussi bien fazion à la française, que facheune, à l’anglaise, et de même fashionable; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en désuétude.

C’est aussi au ch français que correspondent le groupe germanique

sch [809] [810] , le danois sj , le polonais sz et l’ s hongrois.