Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

5º L’E muet intérieur dans deux syllabes consécutives.

Ces e muets peuvent même et doivent tomber comme les autres: il est

sans r’source, tu r’sembles et tu me r’essembles, concurremment avec tu m’ressembles.

La prononciation de l’e muet se maintient aussi dans cresson et

cressonnière, au moins à Paris et dans une partie de la France du Nord,

quelquefois même dans [436] b e sson.

 

5º L’E muet intérieur dans deux syllabes consécutives.

 

Ceci est un phénomène qui se produit d’abord dans certains mots

composés, et alors le traitement de l’e muet dépend des circonstances. Il est clair que, dans arrière-neveu, c’est le premier e qui ne compte pas. Mais les mots de cette espèce sont presque tous des composés d’entre et contre, dont l’e est soutenu par le groupe tr; c’est donc le premier e qui se maintiendra: s’entre-r’garder, contre-v’nir, contre-m’sure. Cependant, dans entrepreneur ou entreprenant, il faut bien les prononcer tous les deux, et je crois bien que dans entretenir, et surtout contrepeser, c’est encore le second qui se prononce le plus complètement.

Il peut arriver d’autre part, et ceci est plus intéressant, qu’à la suite d’une

première syllabe muette, la dérivation transforme une syllabe accentuée en atone contenant un e: papetier, papeterie.

1º Si l’un de ces e muets se prononce nécessairement, la question est

tranchée: ainsi, pal’frenier, où le second e est soutenu par le groupe fr, car

frn [437] serait impossible. De même, mais inversement, bufflet’rie, marquet’rie, parquet’rie, mousquet’rie, où c’est le premier e qui est maintenu; mais on notera que l’e devient généralement mi-ouvert dans tous ces mots, soit par analogie avec tablett’rie et coquett’rie, qui ont deux t, soit

sous l’influence de [438] marqu è te , parqu e t , mousqu e t.

2º Si aucun des deux e muets ne se prononce nécessairement, l’appui

manque à la fois en avant pour l’un et en arrière pour l’autre. En ce cas, la tendance populaire étant de faire tomber le plus d’e possible, et de préférence le premier qu’on rencontre, c’est souvent le premier qui tombera, et au besoin les deux. On dit, quelquefois, pell’terie, pan’terie, grèn’terie, louv’terie, suivant l’analogie de pell’tier, pan’tier, grèn’tier, louv’teau; mais on dit mieux encore, ou du moins plus souvent, et même presque toujours, pell’t’rie, pan’t’rie, gren’t’rie, louv’t’rie, grâce au groupe

naturel [439] tr.

D’autres fois, c’est le second e qui tombe, pour des raisons diverses:

échev’lé, par exemple, a gardé l’e qui se prononce dans chev’lu, où il est

initial [440]; on dit de même ensev’lir. Mais dans ce cas l’e conservé prend parfois le son de l’e mi-ouvert: ainsi on prononce généralement caquèt’erie, sous l’influence de caquet ou caquète; bonnèt’rie et briquèt’rie, sous l’influence de bonnet et briquette, en concurrence avec celle de bonn’tier, et

briqu’tier [441] ; et surtout pap è t’rie , plutôt que pap e t’rie. Même l’e de brevet, qui se prononçait déjà nécessairement dans brevet, à cause du

groupe [442] br , prend très souvent le son de l’ e mi-ouvert dans br e v’té.

On remarquera que, dans breveté, les deux e muets étaient en tête du

mot, comme dans seneçon et chevecier: c’est ce qui explique l’e mi-ouvert qu’on donne à ces mots, comme on l’a donné à chénevis. En dehors de ces exemples, ce cas ne se présente que dans un très petit nombre de mots, chevelu et chevelure, devenir, et une dizaine de verbes de formation populaire, avec préfixe re- et non ré-, comme dans tous les mots qui ne viennent pas directement du latin: recevoir, redemander, redevoir, regeler,

rejeter [443] , relever , remener , retenir , revenir , avec leurs dérivés; de plus, quelques formes verbales de refaire et reprendre. Voyons ce qui arrive à ces mots.

Il est clair que si le mot est en tête d’un membre de phrase ou à la suite

d’une consonne, c’est re qu’on prononce, sans d’ailleurs en modifier le timbre: rev’nez, il rev’nait. Si le mot est précédé d’un son vocal, on a le choix: si vous rev’nez ou si vous r’venez; le second est plus populaire et plus conforme à la tendance générale que nous avons signalée tout à l’heure. D’ailleurs, nous verrons un peu partout que re- initial est une des syllabes où l’e est le plus caduc, apparemment par suite du grand usage qu’on en fait: c’est probablement une question de sens plutôt qu’une question de phonétique. Néanmoins, il est peut-être plus correct de prononcer le premier e, comme s’il n’y avait rien devant le mot. En tout cas, c’est toujours le premier qui se prononce dans chev’lu et chev’lure, et c’est peut-être en partie pour cela qu’on prononce échev’lé et non éch’velé. Dans les formes comme reprenez, reprenais, c’est le second e qui se prononce nécessairement, et par conséquent les deux, quand le mot ne s’appuie sur rien: vous r’prenez, mais reprenez vos papiers.