Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

R

 

1º L’R simple.

 

L’r, comme l’l, se prononce aujourd’hui régulièrement à la fin des mots.

On l’articule partout, sauf dans monsieu(r) et messieu(rs), et dans la plupart des mots en -er. Ainsi char, cauchemar, boudoir, asseoir, clair, offrir, désir,

zéphi [723] r, chaleu r, amou r, tréso r, obscu r, etc..

Pour les mots en -er, il faut distinguer les cas avec précision.

L’r final est muet:

 

1º Dans les innombrables infinitifs en [724]-er;

2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le suffixe -

ier: premie(r), menuisie(r), régulie(r), foye(r), etc., etc., et l’adverbe

volontie [725] (rs);

3º Dans les substantifs et adjectifs en -cher et -ger, parce qu’en réalité ils

appartiennent à la même catégorie que les précédents, ayant été autrefois en-chier et -gier: ils sont une trentaine environ, comme arche(r), dange(r),

lége [726] (r).

L’r final est au contraire sonore en principe dans les mots en -er

(infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe -ier, et ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en -cher ni en -ger. Mais ici, les mots proprement français sont en petit nombre. Ce sont des mots où -er appartient au radical même du mot:

1º L’adverbe hier, et les adjectifs fier, tiers et cher, malgré l’i et le

ch [727];

2º Fer et enfer, mer et amer, ver et hiver;

3º Les formes de quérir et de ses composés: j’acquiers, tu acquiers,

requie [728] rs, conquie rs, etc.;

4º Le mot cuiller, autrefois cuillie(r), qui s’est joint à ce groupe après

beaucoup d’hésitation;

5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: liber, cancer,

pater, éther, magister, auster, etc., et tous les mots étrangers, francisés ou

non: [729] bitte r, cheste r, eide r, kreutze r, messe r, place r, etc..

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Quand le groupe er est suivi d’une consonne, même muette, et

notamment d’un t, l’r n’est plus final, mais intérieur, et s’y prononce comme partout: dans haubert, offert, clerc, nerf, perd ou perds, comme dans bavard, part, je pars, corps, bourg, etc. Il n’y a d’exception que pour ga(rs)

[730].

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On a vu au chapitre de l’e muet, que l’r final suivi d’un e muet tombe

facilement avec l’e devant une consonne dans la prononciation rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes f et v: maît(re) d’hôtel. C’est une prononciation dont il ne faut pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente avec notre, votre et quatre: vot(re) cheval, quat(re) sous; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, Notre-Dame, le Notre Père, où le respect a maintenu l’r, et quatre-vingts, où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il vaut mieux conserver l’r partout.

La chute de l’r est particulièrement incorrecte quand la finale muette

n’est pas suivie d’une consonne: du suc(re), du vinaig(re), encore qu’ils

datent de fort loin, sont certainement à éviter[731].

 

Me [732] (r) credi a été autrefois très correct, et Vaugelas l’approuvait. Les

grammairiens se sont longtemps battus là-dessus, mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement l’r, sans pourtant faire disparaître entièrement me(r)credi. Je ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation, car on a une tendance à la tourner en

ridicule, ainsi que celle qui double l’ [733] r dans mai rer ie , pour mai r ie.

 

2º L’R double.

 

Les deux r se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels de

trois verbes en [734]-rir : quérir , courir et mourir , et leurs composés. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir, c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: je cou-rais, je cour-rai. En revanche, c’est une faute très grave que de ne pas laisser l’r simple dans les futurs ve(r)rai, enve(r)rai, pou(r)rai, et leurs conditionnels, et aussi, la bobinette che(r)ra, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède.

 

Ce cas spécial étant mis à part, l’r double se prononce assez

généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font l ou m.

1º Cela est particulièrement sensible après un a. Les composés qui

commencent par ar-, notamment, ne font entendre qu’un r, sauf

quelquefois, par exemple, dans [735] a r-r acher , a r-r ogance , ou a r-r oger. On n’y peut guère ajouter que des mots comme far-rago ou mar-rube, qui sont à peine français, et, trop souvent, nar-ration, nar-rateur, inénar-rable, et même nar-rer, qui auraient pu être respectés.

2º Après e, l’r double est un peu plus atteint qu’après a. Ainsi, quoique

fe(r)rer, fe(r)raille et tous les autres ne laissent entendre qu’un r, on en prononce quelquefois deux dans fer-rugineux, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de terre, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un r, et pourtant on en prononce parfois deux dans ter-restre, et même dans le vieux mot ter-raqué. Malgré ve(r)rue, ve(r)ruqueux reste douteux. Inte(r)roger et inte(r)rompre sont à peu près intacts; mais on entend souvent inter-rogation, inter-ruption, inter-rupteur, à côté d’inter-règne. Des mots d’usage très courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints. Ainsi les deux r d’aber-ration, er-rata ou er-ratique, ont réagi sur er-roné, er-rer et

même [736] e r-r eur. De même ter-roriser, ter-roriste, ter-rifier, ont réagi sur ter-rible et même ter-reur, où l’emphase d’ailleurs explique ou excuse le

double [737] r.

3º Nous savons que les mots commençant par ir- font entendre les deux

r, même ir-riguer et ir-riter, qui n’ont pas le sens privatif. Toutefois, i(r)riter ou i(r)ritation sont encore parfaitement corrects. On dit naturellement cir-rus, cir-ripède et pyr-rhique.

4º Parmi les mots commençant par cor-, on ne prononce qu’un r dans

co(r)ridor, co(r)riger ou inco(r)rigible, co(r)royer et co(r)roi, ordinairement aussi dans co(r)respondre et ses dérivés et dans co(r)rompre. Mais ces derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le participe cor-rompu, et l’on entend généralement deux r dans tous les mots où figure le radical corrupt-; de même dans ceux où figure le radical correct- (avec cor-régidor), en outre dans cor-rélatif, cor-roborer, cor-roder ou cor-rosif. D’autre part, on dit fréquemment hor-reur, hor-rible et abhor-rer, par emphase, comme ter-reur et ter-rible, et toujours hor-ripiler. On dit aussi tor-réfier et tor-ride; et tor-rentiel réagit parfois même sur tor-rent. Je ne parle pas de mots tels que bor-raginées ou por-rection. On notera que l’r reste pourtant simple, même dans des mots savants comme hémo(r)ragie ou hémo(r)roïdes.

5º Après ou, l’r simple se maintient: cou(r)roie, cou(r)rier, cou(r)roux,

pou [738] (r)r ir . Encore cou (r)r oucé n’est-il pas intact.

6º L’r simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que bien,

dans résu(r)rection; plus mal encore dans insu(r)rection, presque plus dans concur-rent et ses dérivés. On dit naturellement scur-rile, sur-rénal et vase

mu [739] r-r hin.