Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

Table des Matières

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 8 parties.

 

Pages.

Préface 1

 

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

 

LES LETTRES

 

Classification des voyelles 2

Classification des consonnes 7

Quelques considérations générales sur l’accent tonique 9

Autres observations générales 14

 

PREMIÈRE PARTIE

 

LES VOYELLES

 

I.—La voyelle A 18

1º L’a final 18

2º L’a suivi d’une consonne articulée 20

I. a bref 21

II. a moyen 23

III. a long 28

3º L’a suivi des groupes à liquides 30

4º L’a atone 32

5º Quelques cas particuliers 39

6º L’a des mots anglais 41

7º Le groupe OI (oy) 45

I. OI tonique 46

II. Le groupe oign 48

II.—La voyelle E 51

1º L’e final 51

I. e final fermé 52

II. e final ouvert 55

2º L’e suivi d’une consonne articulée 57

I. e bref 57

II. e moyen 61

III. e long 65

3º L’e suivi des groupes à liquides 68

4º L’e atone 71

5º Quelques cas particuliers 74

6º L’e des mots étrangers 76

7º Les groupes AI (ay) et EI (ey) 79

I. AI final 79

II. AI suivi d’une consonne articulée 82

III. AI atone 85

IV. Le groupe aign 87

V. Les mots étrangers 88

III.—La voyelle EU 90

1º EU final 90

2º EU suivi de consonnes articulées 91

I. EU fermé 91

II. EU ouvert 93

3º EU atone 95

IV.— La voyelle O 98

1º L’o final 98

2º L’o suivi d’une consonne articulée 101

I. o fermé 101

II. o ouvert bref 102

III. o ouvert moyen 103

IV. o ouvert long 108

3º L’o suivi des groupes à liquides 108

4º L’o atone 108

5º L’o de quelques mots étrangers 112

6º Le groupe AU 113

I. AU tonique 113

II. AU atone 115

V.—Les voyelles I (y), U, OU 117

1º La voyelle I 117

2º L’i dans les mots étrangers 120

3º U et OU 121

4º L’u dans les mots étrangers 124

VI.—Les voyelles nasales 127

1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales 127

2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées 131

3º Les cas particuliers de la nasale an 133

4º Quand le groupe en se prononce-t-il an ou in? 136

I. En final 136

II. En suivi d’une consonne finale 138

III. En atone 140

IV. Les mots étrangers 143

5º Les cas particuliers de la nasale in 145

6º Les cas particuliers de la nasale on 148

7º Les cas particuliers de la nasale un 149

VII.—L’E muet 150

1º Considérations préliminaires sur l’e non muet et l’élision 150

2º La prétendue loi des trois consonnes 155

3º L’e muet final dans les polysyllabes 158

I. Dans les mots isolés 158

II. Devant un autre mot 159

4º L’e muet à l’intérieur des mots 160

I. Entre voyelle et consonne 160

II. Entre consonne et voyelle 161

III. Entre deux consonnes 162

IV. Dans la syllabe initiale 168

5º L’e muet intérieur dans deux syllabes consécutives 172

6º L’e muet dans les monosyllabes 175

I. Un monosyllabe seul 176

II. Deux monosyllabes consécutifs 178

III. Trois monosyllabes consécutifs 180

IV. Plus de trois monosyllabes consécutifs. 180

7º Conclusions 181

VIII.—Les semi-voyelles 186

1º Divorce entre la poésie et l’usage 186

2º La semi-voyelle y 187

I. Après une consonne 189

II. Décomposition de l’y entre deux voyelles 190

III. Changement de l’y en i 193

IV. L’i ou y grec initial devant une voyelle 194

3º La semi-voyelle u 196

4º La semi-voyelle ou 198

 

DEUXIÈME PARTIE

 

LES CONSONNES

 

1º Le changement spontané des consonnes 201

2º Quelques observations générales 205

Note sur la prononciation du latin 209

B 210

C 212

1º Le c final 212

2º Les mots en -ct 215

3º Le c intérieur 217

CH 221

1º Le ch final 221

2º Le ch intérieur 221

I. Devant a, o, u 222

II. Devant e et i 223

D 228

F 231

G 236

1º Le g final 236

2º Le g devant une voyelle 238

3º Le groupe gu devant une voyelle 241

4º Le g devant une consonne 244

H 247

1º L’h final ou intérieur 247

2º L’h initial, muet ou aspiré 247

3º La loi de l’h initial 249

4º Les exceptions 251

J 255

K 257

L 258

1º L’l final et les mots en il 258

2º L’l intérieur 261

3º L’l double après un i 264

I. Les finales muettes en ille 265

II. Le groupe ill intérieur 267

4º L’l double ailleurs qu’après un i 270

M 274

1º L’m simple 274

2º L’m double 275

N 279

1º L’n simple 279

2º L’n double 281

L’n mouillé 282

P 284

Q 287

1º Le q final 287

2º Le groupe qu 287

I. Devant e 288

II. Devant i 289

III. Devant o et a 290

R 292

1º L’r simple 292

2º L’r double 296

S 300

1º L’s final 300

2º L’s intérieur 311

I. Devant une consonne 311

II. Entre consonne et voyelle 315

III. Entre deux voyelles 316

IV. Entre une voyelle nasale et une autre 319

3º L’s double 320

T 325

1º Le t final 325

2º Le t intérieur et le groupe ti 332

3º Le t double 339

V et W 341

X et Z 344

1º L’x final 344

2º L’x intérieur 347

3º Le z 350

Récapitulation des consonnes 353

 

LES LIAISONS

 

Quelques considérations préliminaires 355

Liaisons des muettes 360

1º Les labiales et les gutturales 360

2º Les dentales, d et t 363

I. Les verbes 363

II. Adjectifs et adverbes 364

III. Les substantifs 367

IV. Après un r 368

Liaisons des spirantes 370

1º Les chuintantes et les fricatives 370

2º Les sifflantes, s, x, z 371

I. Les différentes espèces de mots 372

II. Les pluriels 375

III. L’s après l’e muet 379

IV. L’s après un r 383

Liaisons des nasales 386

I 393

I 395

T 409

 

Imp. L , 1 à 9, rue d’Arcueil, Montrouge (Seine).

NOTES:

[1] D , Manuel des étrangers amateurs de la langue française, 1805 (les

exemplaires de 1806 portent pour premier titre la Prononciation française); Mᵐᵉ

D , Traité de prononciation ou Nouvelle Prosodie française, 1836.

[2] Le Traité complet de la prononciation française de Lesaint, même revu et

complété en 1890 par le Professeur Dʳ Chr. Vogel, est fait sans méthode, et ne peut

avoir aucune autorité: il prononce encore scouère, et ton, pour ta(o)n, et mosieu, etc.,

sans parler de Haydn prononcé èdn, avec Ghy-ane et Ghy-enne. Puis, voici M. Sudre,

docteur ès lettres, professeur à la Guilde internationale, qui trouve très légitime

qu’on prononce cinque francs ou neufe sous, qui admet aspè, aspec ou aspect et

préfère aspect! Le reste à l’avenant. Voilà ce qu’on enseigne aux étrangers. Un autre,

professeur au Conservatoire, enseignait aux Français qu’«on commence à pouvoir

dire: une main habile.» (Dupont-Vernon, l’Art de bien dire.)

[3] Ou bien il a des formules singulières comme celle-ci: Beaucoup de personnes

(!) ne prononcent pas f dans les bœufs.

[4] Je ne parle pas de Littré, qui en cette matière est déjà suranné sur beaucoup de

points, notamment par son obstination à maintenir le son de l’l mouillé, et à séparer

des syllabes que tout le monde réunit. Littré n’est déjà plus qu’un témoin historique,

d’ailleurs infiniment précieux.

[5] Jusqu’à la lettre O, la finale-aille est ouverte presque partout; ensuite elle est

généralement fermée.

[6] Par exemple, il identifie pour la prononciation grêle adjectif et grêle

substantif; il fait l’a final bref dans vasistas, et ferme au dans aurore ou augmenter,

etc.

[7] Il croit que l’a est fermé dans crasse et dans latrines; il prononce coïncidence

comme coin; quadrilatère par coua ou ca, et plutôt ca, joigne avec oua ou ouè, frêlon

avec e ouvert, asymétrie et imprésario avec des s doux, enharmonique avec un h

aspiré; il croit qu’on peut dire indifféremment échev’lé ou éch’vélé, déjà ou d’jà,

quérir ou qu’rir, des gentilzhommes ou des gentil(s)hommes, hai(e) ou haye, gen(s)

ou gensse; il admet la suppression du c dans sanctuaire, sanction et sanctifier; celle

du p dans cep et septembre; il s’imagine que des bouches françaises peuvent encore

garder une diphtongue dans des mots comme meurtrier, encrier, bouclier, sablier,

etc.: il excepte seulement ouvri-er!

[8] Je recommande particulièrement à ce point de vue le chapitre de en prononcé

an ou in, ou celui du groupe ti devant une voyelle.

[9] Nous le citerons cependant, vu son importance, au même titre et dans les

mêmes cas que le Dictionnaire général.

[10] Les éléments de ces notes historiques sont naturellement empruntés au livre

de T : de la Prononciation française depuis le commencement du XVIᵉ siècle,

1881-1883. A défaut de ce livre capital, ceux qui s’intéressent à ces questions

trouveront encore la plupart des renseignements nécessaires dans R , les

Origines de la prononciation moderne, 1911.

[11] Ceci ne peut suffire que pour les poètes:

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes.

 

Mais quel E ou quel O? celui d’écho ou celui d’orge? Et les autres sons?

[12] Par exemple cacique, gigot, salutation.

[13] Ces questions sont certainement un peu arides. Mais le lecteur qui ne

s’intéresse qu’aux faits, et ne tient pas à s’en rendre compte méthodiquement et par

principes, peut très bien passer directement au chapitre de la voyelle A. Il reviendra

ensuite sur les principes, si le cœur lui en dit. Je dirai même que pour le lecteur qui

n’est pas initié, mieux vaut sans doute commencer par les faits: il comprendra mieux

les principes après cette étude préliminaire, et c’est toujours une bonne méthode que

d’aller du concret à l’abstrait.

[14] On voit que la voyelle fermée est aiguë, et que la voyelle ouverte est grave.

On pourrait donc employer ces mots les uns pour les autres. Mais comme il convient

de choisir, pour simplifier le vocabulaire, nous emploierons les deux termes ouvert et

fermé, qui sont ceux dont les autres voyelles s’accommodent le mieux.

[15] Cette distinction est si nette que ces mots ne sauraient d’aucune façon rimer

ensemble correctement, malgré l’exemple de V. Hugo, qui rapproche constamment

trône de couronne, ou rôle de parole.

[16] Cette distinction n’apparaît pas d’abord manifestement; mais une expérience

facile, indiquée par l’abbé Rousselot (voir son Précis de prononciation, page 39),

montre que le mot est en somme parfaitement exact: si l’on prononce normalement la

voyelle a, et si, sans rien changer à la position de la bouche, on en rapproche et retire

alternativement la main, on sentira nettement ce que c’est qu’un a fermé; or la main

fait ici l’office du gosier. Ajoutons, pour mieux caractériser encore l’a fermé, qu’il se

rapproche de l’o, au moins à Paris.

[17] Il s’agit ici bien entendu du c et du g tels qu’on les entend devant a, o, u, et

non transformés en d’autres consonnes, comme ils le sont devant e et i.

[18] On ne le retrouve guère que dans certaines parties du Midi et en Suisse. Peut-

être y a-t-il encore des instituteurs qui s’efforcent de le rétablir sous la forme ly:

alyeurs pour ailleurs, mais c’est autre chose, et c’est peine perdue. Il est encore plus

vain de vouloir restaurer ce son disparu du français que de s’obstiner à faire vibrer l’r.

[19] Voir sur ce point L R , la Désaccentuation et le déplacement

d’accent dans le français moderne, dans la Revue de philologie française, 1907.

[20] Voir R , article cité. Toutefois l’auteur me semble réduire à l’excès le

nombre des syllabes accentuées en fait. Il y a en moyenne un accent, plus ou moins

fort, par groupe de trois syllabes, et c’est pourquoi il y a en moyenne quatre accents

dans un alexandrin, l’accent étant sur la dernière syllabe non muette de chaque

groupe. Ainsi dans ce vers:

 

Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher,

 

il n’y a que quatre accents, mais il y en a quatre: sur là, dis, rez et cher.

[21] Acte de volonté qui devient d’ailleurs facile et même inconscient, grâce à

l’habitude, mais qui n’en subsiste pas moins, comme ceux qui dirigent les doigts du

pianiste, même dans les «traits» les plus faciles, où le jeu semble le plus machinal.

[22] On voit que l’accent dit aigu, quand il n’est pas final, surmonte presque

toujours un e à demi ouvert; pourtant l’é initial est souvent moins ouvert que l’é

intérieur.

[23] Je ne parle pas, bien entendu, des noms étrangers, comme Brahms, où l’h

allonge l’a, à côté de rams, qui a l’a bref.

[24] Exactement et en fait, les groupes sont: bl, cl, fl, gl, pl, et br, cr, dr, fr, gr, pr,

tr, vr. C’est ce que les grammairiens appellent muta cum liquida. Mais nous savons

que les muettes sont b et p, c et g, d et t; f et v sont des spirantes (labiales ou

fricatives). On voit qu’en principe, parmi les muettes, d, t, v, ne se groupent qu’avec

l’r, en français; quant aux autres spirantes, s et z, ch et j, elles ne se groupent même

pas avec l’r: quand par hasard elles en rencontrent un, comme dans Is-raël, ce qui est

rare, elles n’appartiennent pas à la même syllabe.

[25] Les plus nombreuses sont précisément celles dont la première consonne est l

ou r, comme -arbe, -arc, -arde, etc.

[26] On sait que cet accent tient presque toujours la place d’une lettre disparue,

généralement un s, qui ne se prononçait plus, mais dont la présence allongeait la

voyelle. Seulement, quand la syllabe qui a l’accent circonflexe est finale,

l’allongement ne se fait plus sentir: aimât, forêt et bientôt (de même que reçût ou fît)

ne se prononcent plus autrement qu’aima, foret et paletot. Il en est de même, disons-

nous, de aimâmes et aimâtes, comme de fîmes ou reçûmes. Et ceci n’est pas nouveau:

Mᵐᵉ Dupuis l’avait déjà constaté. Nous signalerons, en temps et lieu, les autres

exceptions. D’ailleurs, comme les mots à accent circonflexe sur la finale ne sont pas

très nombreux, on les trouvera tous dans les notes.

[27] Sauf, très mal à propos, les trois noms de mois en -ose: nivôse, ventôse et

pluviôse.

[28] Le Dictionnaire général donne la fermé et fa ouvert: c’est certainement une

erreur, si ce n’est pas une faute d’impression. On notera en passant que les noms des

voyelles intermédiaires, é, eu, o, et ceux des consonnes qui s’énoncent avec un e à la

suite, b, c, d, etc., sont également fermés, ainsi que les notes do ou ré, car tous

appartiennent à des finales fermées.

[29] La preuve, c’est que beaucoup d’h sont tombés, notamment dans casba,

véranda, smala, massora, et même poussa, et les noms de lieux arabes, comme Blida;

mais ceux qui restent ne se sentent guère plus, par exemple dans sura(h), ou même

sha(h), surtout dans sha(h) de Perse, ou Jéhova(h): je ne vois guère qu’Allah, où l’on

maintienne parfois, par un effort volontaire, l’a long et fermé.

[30] Cette identité de prononciation entre les singuliers et les pluriels est déjà

constatée par Mᵐᵉ Dupuis; mais les voyelles sont restées longues et fermées pendant

longtemps au pluriel, en souvenir du temps où l’s se prononçait; elles ne le sont plus

aujourd’hui que dans certaines provinces.

[31] Sauf bien entendu bât, dégât, mât, appât, où l’a est encore un peu fermé par

l’accent circonflexe, qui a remplacé l’s antérieur; mais cette différence même est en

voie de disparaître. C’est déjà chose faite, nous l’avons dit, pour les subjonctifs: aimât

(pour aimast) ou aima ne diffèrent plus en rien, et malheureusement la confusion des

prononciation amène parfois la confusion des formes elles-mêmes.

[32] Sans aucun souci de l’étymologie, comme on peut voir. Ainsi l’ a de pénates

ou sonate, qui était long en latin ou en italien, est bref en français; de même pour

s’évade ou arcane.

[33] Je ne parle pas bien entendu des finales dont il est question page 38: algue,

calme, Alpes, salve, apte, rhubarbe, charge, écharde, écharpe, etc.: on sait que l’a n’y

est jamais long ni fermé.

[34] Il s’agit bien entendu du c guttural et non du c spirant ou sifflant de ce et ci.

[35] De même Balzac ou Aurillac, Karnak, Bach ou Andromaque. On excepte

Isaac et Jacques, dont l’a est fermé, et naturellement Pâque et Pâques, pour Pa(s)que.

D’ailleurs Isaac s’est longtemps prononcé isac, où la contraction naturellement

allongeait la voyelle. La réaction orthographique a fait rétablir le premier a, mais

l’effort fait pour distinguer les voyelles maintient l’allongement de la seconde. En

revanche, on ouvre ordinairement l’a dans les Jacques (d’où Jacquerie, et peut-être

jaquette), et dans faire le Jacques.

[36] De même Gap, Priape, Chappe, Esculape, Jemmapes, la Trappe.

[37] On exclut, bien entendu, hâte, bâte, gâte, mâte et démâte, pâte, empâte et

appâte, et hâte, qui tous ont perdu un s. L’a est douteux dans Pilate, seul parmi les

noms propres: cf. Josaphat, Croates, Hécate, Agathe, Dalmates, Carpathes, Socrate,

etc.

[38] De même Malgache, Gamache, Carrache, Eustache, etc. On excepte

naturellement bâche, rabâche, fâche, gâche, lâche, relâche, mâche (substantif ou

verbe) et tâche (ne pas confondre avec tache): tous avaient un s, sauf bâche et mâche

(salade), qui ont pris l’accent circonflexe par analogie.

[39] Sauf pour rimer avec châsse et grâce, dont l’accent circonflexe est d’ailleurs

assez mal justifié. Quant à crasse, il est toujours ouvert, et a toujours été bref, et je ne

sais pourquoi Michaëlis et Passy distinguent ici l’adjectif du substantif: c’est le même

mot. Savantasse a eu l’a fermé; il s’est ouvert, par analogie avec tous les mots où le

suffixe asse prend un sens péjoratif. Masse, terme de jeu, a aussi été long. D’autres

encore ont été longtemps discutés. Ajoutons que l’a est long dans Annemasse et

Grasse, et bref dans le Tasse, comme dans tous les autres noms propres: Paillasse,

Madécasses, Sargasses, aussi bien que Curiace, Ignace, Boccace, Daces, Laplace,

Horace, Thrace, Alsace, etc.

[40] Le Dictionnaire général, qui s’en rapporte trop facilement à l’étymologie,

conserve l’a ouvert et bref dans stras (du nom propre Strass) et vasistas (de

l’allemand was ist das), et même dans hypocras; il ne distingue pas entre ce qui

devrait être et ce qui est.

[41] Entendez le g guttural, et non le g chuintant qu’on entend dans ge et gi.

[42] Le Dictionnaire général le fait ouvert, et il a certainement raison en principe,

sinon en fait. On se demande ce qui a pu amener cette prononciation singulière, qui

remonte fort loin. Cet a finira probablement par s’ouvrir là comme ailleurs, un jour

où l’autre, à cause du b, comme a fait l’o de globe et lobe, qui jadis était fermé aussi.

L’a de Souabe est aussi bref que celui de Mab ou Achab.

[43] De même Joad, Tchad, Timgad, Alcibiade, Henriade, Pléiades, etc.

[44] L’a est moins ouvert dans Reichstag et Landtag, mots étrangers, que dans

zigzag. Il est ouvert dans Agag, Copenhague, Birague, Prague, etc.

[45] Ce sont hâle, mâle et râle (verbe), qui ont perdu un s, avec râle, oiseau (pour

raalle), châle et pâle, dont l’accent est peu justifié. On y joindra Bâle, qui a aussi

perdu un s, et Domba(s)le, qui a gardé le sien: cf. Duche(s)ne, Ne(s)le, etc. Saint-

Graal et Ruisdaël, où on ne prononce qu’un a, ont aussi la finale longue et fermée, et

l’obligation de distinguer deux a paraît fermer à demi l’a final de Baal ou Transvaal.

L’a est ouvert dans les autres noms propres, Montréal, Martial, Annibal, Portugal,

Cantal, Lamballe, Cancale, Bengale, saint François de Sales, Ambarvales, etc.

[46] A ces mots il faut ajouter brahme, à cause de l’h, sans compter âme (pour an-

me nasal), blâme et pâme, qui ont perdu leur s, et infâme (par réaction étymologique,

et aussi par emphase, car il avait autrefois l’a bref, comme diffame). Pour ne pas

trahir le poète, mais pour ce motif seulement, il faudra prononcer brame avec a fermé

dans ces vers:

Elle brame

Comme une âme

Qu’une flamme

Toujours suit.

V. H , les Djinns.

 

La double voyelle paraît fermer à demi l’a final dans Balaam et Abraham, comme

ci-dessus dans Isa c ou Baal; il est ouvert dans les autres noms propres, Roboam,

Priam, Annam, Bergame, Pyrame, etc.

[47] Le Dictionnaire général donne à ce mot l’a ouvert et moyen. L’accent

circonflexe est seulement dans âne, pour a(s)ne, dans flâne (étym. inconnue), mânes,

qui garde l’a long du latin, et crâne (dont l’allongement ne s’explique pas). On ferme

aussi assez généralement l’a de Jeanne, quand il n’y a pas de nom à la suite (moins,

par exemple, dans Jeanne d’Albret). Beaucoup de gens disent encore Anne avec a

fermé et long, et surtout Marie-Anne, sans doute afin de distinguer ce prénom de

Marianne. D’ailleurs Marianne aussi eut autrefois l’a long, puisqu’on l’écrivait

Mariamne, comme condamne, et Diane également, à cause de l’étymologie. Cet a est

bref et ouvert aujourd’hui, comme dans les autres noms propres, Ariane, Guyane,

Toscane, Modane, Aristophane, Tusculanes, Tigrane, Fontanes, etc., aussi bien que

Cannes, Lannes, Suzanne, Lausanne, ou Ahriman et les noms étrangers en -mann; on

doit le fermer dans Hahn, à cause de l’h qui le suit.

[48] Le Dictionnaire général les fait longues par principe.

[49] Ceci reste du temps où ce mot se prononçait gan-gne. L’a est ouvert

également dans Ascagne, Cerdagne, Allemagne, Espagne, etc.

[50] C’est-à-dire a, suivi d’un l mouillé, mais qui se prononce en réalité comme a-

ye, l’ancien son mouillé étant complètement perdu.

[51] Prononcé à l’anglaise, nous le retrouverons à ai, avec mail-coach.

[52] Il est remarquable qu’au contraire la même intention péjorative tend plutôt à

ouvrir et abréger l’a de la finale -asse.

[53] Je sais bien que d’aucuns ferment et allongent autant qu’ils peuvent où

voulez-vous que j’aille; mais cela ne sent-il pas un peu le faubourg extérieur?

[54] Ce mot est le seul pour lequel le Dictionnaire général hésite. Mais d’ailleurs

sa doctrine a singulièrement changé au cours de l’impression: jusqu’à la lettre O, tous

les a sont ouverts, sauf dans godaille et quelques verbes en -ailler; à partir d’O, l’a

fermé l’emporte de beaucoup; mais pourquoi relevailles et trouvaille ont-ils l’a

ouvert, à côté de semailles et volaille, qui l’ont fermé?—Il va sans dire qu’à Paris on

fait l’a long et fermé dans Versailles, et aussi dans Cornouailles ou Xaintrailles, et

même dans Noailles.

[55] De même Biscaye, Lucayes, Hendaye, Blaye. On prononce Baïes de la même

façon, et aussi quelques mots étrangers en -aï, comme Shanghaï: voir page 119, note

2.

[56] Il me semble qu’il ne l’est plus dans les noms propres, Baléares, Icare,

Pindare, Bulgare, Ténare, Saint-Lazare, etc. Faute d’avoir distingué entre bref et

ouvert (qu’il appelle aigu), comme entre long et fermé (qu’il appelle grave), Thurot a

manqué de précision et d’exactitude, autant que les grammairiens qu’il cite, en ce qui

concerne les finales en -re. J’ajoute, en passant, que, dans le même chapitre de la

quantité, il a oublié les finales en -se doux (-ase, -èse, etc.).

[57] De même Astyage, Pélage et même Péla(s)ges, Ménage, Abencérages,

Carthage, Caravage, etc.

[58] Peut-être l’a est-il un peu plus bref dans les formes verbales: il bave, pave ou

grave, par analogie avec baver, paver, graver; cette distinction a déjà été faite par un

grammairien du XVIIᵉ siècle, Chifflet, qui cependant exceptait encave, évidemment à

cause de cave. Tous ces mots ont été autrefois très discutés. L’a a également une

tendance à se fermer dans les noms propres, Moldaves, Barnave, Moraves, Tamatave,

Octave, Gustave, etc.

[59] De même Anabase, Caucase, Las Cases, Métastase, Diaz, Hedjaz, Decazes,

etc.

[60] Le Dictionnaire général fait l’a long partout, mais l’ouvre aussi partout, sauf

dans fable: pourquoi celui-là seul? Quant à l’accent circonflexe, il n’y avait guère de

raison pour que ceux qui l’ont le prissent plutôt que d’autres; pourquoi pas fâble

comme hâble?

[61] Sans parler de bâcle, débâcle et renâcle, dont l’accent circonflexe est peu

justifié.

[62] Il n’y a pas de mots en -agle. L’a est ouvert dans Naples ou Étaples.

[63] L’a est naturellement long et fermé dans âpre et câpre, qui avaient un s, dans

âcre (mot savant qui a conservé la quantité latine, qu’il aurait perdue sans l’accent),

dans bâfre (onomatopée probable), et dans une trentaine de mots en -âtre, pour

a(s)tre, y compris ceux qui désignent des couleurs approchantes, blanchâtre, bleuâtre,

etc. Il est ouvert dans Odoacre ou Saint-Jean-d’Acre, Affre et Cafre et aussi dans La

Châtre, malgré l’accent circonflexe; il est fermé dans Malfilâtre et Cléopâtre.

[64] De même Œagre, Méléagre, Tanagre.

[65] Le Dictionnaire général l’ouvre dans escadre; mais c’est évidemment

l’étymologie qui le détermine et non l’usage, car, dans la marine, on ferme l’a, et je

pense que l’usage des marins doit être considéré ici comme le bon.

[66] Michaëlis et Passy, qui ferment beaucoup d’a, ferment encore celui de ladre et

aussi celui de macle, et celui d’affres, et acceptent même qu’on ferme celui de nacre!

[67] Le Dictionnaire général ouvre l’a dans cinabre et glabre: il ignore palabre.

L’a est aussi fermé le plus souvent dans Fabre, Labre, Calabre, Vélabre, Cantabre,

comme dans Le Havre ou Jules Favre.

[68] C’est là encore un phénomène général qui se retrouve dans toutes les

voyelles, car toutes sont longues devant la finale -re et s’abrègent en devenant atones

sans être initiales: vénère-vénérer, honore-honorer, demeure-demeurer, admire-

admirer, murmure-murmurer.

[69] Il faut excepter bâbord, qui doit son accent à des grammairiens trompés par

une fausse étymologie: bas n’y est pour rien, et l’a de bâbord a toujours été aussi

ouvert et bref que celui de d’abord.

[70] On peut même en voir un quatrième dans pâtisserie parisienne.

[71] L’a de Le Câtelet s’est également ouvert malgré l’accent circonflexe, ainsi

que celui d’Asnières malgré l’s.

[72] L’a reste donc plus ou moins fermé, en devenant prétonique, dans casser,

lasser et prélasser, classer (mais non classique, où l’on entend les deux s), amasser et

ramasser (moins dans ramassis), passer et trépasser, tasser et entasser; de même dans

clamer et ses composés, avec clameur; dans damner; dans barrer, barreau et barrière,

carrer et contrecarrer, carreau et carrière (mais non carrefour et carrelage, sans

doute à cause des consonnes consécutives pour l’oreille rf ou rl); dans vaseux, gazeux

et tous les verbes en -aser, avec leurs dérivés, y compris brasier et brasero,

embrasure, casuel et casuiste; de même encore dans sabler, racler, rafler ou érafler,

dans cadrer ou encadrer, cabrer, délabré, sabrer, navrer (mais non cadran ni

fabrique). L’a s’est ouvert dans bigarré, amarrer, chamarré, narrer.

[73] Si l’on peut fermer celui de lassitude, c’est uniquement à cause du sens, et

parce qu’on appuie volontairement.

[74] Pourtant ces mots n’ont aussi que deux syllabes pour l’oreille, comme

passant; mais le sens des composants est entièrement perdu de vue; dès lors, dans

paspor ou paspoil, l’a est naturellement porté à s’ouvrir, à cause des deux consonnes,

à moins d’une volonté expresse.

[75] L’a est ouvert aussi dans Jeannot, Jeannette, et Jeanneton. Il est fermé dans

Jacob (mais non dans Jacobins ou Jacobites); dans Jacqu(e)line, qui n’a que deux

syllabes pour l’oreille, il est douteux, la seconde des consonnes qui suivent l’a (cl)

étant une liquide; mais il est ouvert dans Jac(que)mont ou Jac(que)mart, et même

dans Jacquart, comme dans Jacquerie.

[76] Voir plus haut, pp. 27-28. Tous ces a sont naturellement fermés dans

Rousselot, ainsi que dans Michaëlis et Passy, mais non dans le Dictionnaire général.

[77] Dont l’a est fermé dans Michaëlis et Passy.

[78] Malgré Michaëlis et Passy. L’a prétonique est aussi fermé généralement dans

Basile, Bazeilles et Jason, moins régulièrement dans Bazaine, Dugazon et Lazare, et

plutôt ouvert dans Saint-Lazare, où il n’est plus initial.

[79] De même Baron, Caron, Charon, Charron, Scarron, Varron (si on ne

prononce qu’un r), en opposition avec Mascaron.

Toutefois, sur charron, l’accord n’est pas parfait, à cause des autres dérivés de

même racine. Quant à marron, le Dictionnaire général fait l’a long dans le substantif

et bref dans l’adjectif (esclave marron): c’est encore uniquement l’étymologie qui le

guide sur ce point.

[80] Mais non dans Marennes, malgré Michaëlis et Passy.

[81] Tous ces a sont fermés dans Mᵐᵉ Dupuis, et même celui de déclarer!

Michaëlis et Passy ferment aussi celui de latrines!

[82] Ceux qui ne prononcent pas l’s final de ce mot ferment l’a le plus souvent;

 

mais il faut prononcer l’s.

[83] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’a dans ces mots et même dans aveline, hameau et

rogaton. L’a est encore fermé assez généralement dans Adam, Bataves, Calais,

Chablis; il est flottant dans Satan et Madeleine, mais ouvert dans Bacchus et Cadix.

[84] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’a même dans bascule, bastonnade et martyr, malgré les

deux consonnes qui le suivent.

[85] Ou Majorque. Pour majorité, majorat ou majuscule, la question ne se pose

même pas.

[86] L’a est fermé dans Janus, mais non dans anus, ni dans lapis (lazuli), et c’est

très incorrectement qu’on le ferme dans pater ou même ad patres. Il serait aussi

correct de faire certains a longs et fermés, comme en latin, dans quelques expressions

latines souvent citées: audaces fortuna juvat, auri sacra fames, bella matribus

detestata, delenda Carthago, dignus intrare, ense et aratro, errare humanum est, facit

indignatio versum, genus irritabile vatum, in cauda venenum, irreparabile tempus,

manu militari, mens sana in corpore sano, mirabile visu, nil admirari, profanum

vulgus, o fortunatos, peccavi, persona grata, pro aris et focis, qualis pater, quantum

mutatus, rara avis, si vis pacem, ultima ratio, vade retro, vanitas vanitatum; mais non

dans panem et circenses, dont on allonge souvent l’a mal à propos.

[87] Et aussi dans Mahdi, Fahrenheit ou Hahnemann, comme dans Hahn, à cause

de l’h. Il l’est aussi dans les noms propres étrangers où les deux a n’en font qu’un:

Aarhus, Aalborg, Boerhaave, Saadi, Saale, Saalfed, Saardam, Saavedra, etc.; mais

Saadi est devenu chez nous le prénom Sadi, avec a bref. On sépare les a dans A-ar,

Ra-ab ou Nausica-a. Dans les noms hébreux, Ba-al, Isa-ac, Bala-am, Abra-ham, on

sépare aussi aujourd’hui les a, mais au XVIᵉ siècle on les contractait volontiers, et on a

continué à le faire pour Aaron, surtout les poètes, notamment Racine, quoiqu’il

scande Ba-al, et aussi V. Hugo, qui écrit de préférence Aron. Pour a suivi de en, voir

aux nasales.

[88] Je ne crois pas que la nasalisation du premier a soit due, comme le veut l’abbé

Rousselot, à l’influence des deux m qui enferment l’a, sans quoi on devrait dire aussi

man-mour ou man-melle. C’est plutôt ce phénomène de répétition de syllabes

identiques qui a produit tant de mots enfantins, comme bobo, lolo, etc., et même

pépée pour poupée.

[89] Nous retrouverons ces mots au chapitre des nasales, avec quelques autres où

figure l’a.

[90] Livre Iᵉʳ, fable 1. Voir aussi fable 13 du livre Iᵉʳ, fables 9 et 10 du livre V, et

ailleurs.

[91] L’Académie ne voit d’ailleurs rien de choquant à prononcer d’une part

outeron, et d’autre part a-outer. L’abbé Rousselot et le Dictionnaire général sont

d’accord pour ou, et il n’y a pas lieu de distinguer entre (a)oût, (a)oûter et (a)oûteron.

A-ou ne paraît s’être maintenu constamment que dans le prénom Ra-oul, d’allure

aristocratique et peu populaire, et dans un mot relativement récent, ca-outchouc; mais

cette association est si peu naturelle en français qu’on entend parfois a-ou se réduire à

ou même dans ce mot, ou bien au contraire se séparer par un yod: cayoutchouc.

[92] Le Dictionnaire général donne a-oriste.

[93] A-o n’a pu se maintenir ailleurs dans le français pur qu’au moyen d’un h:

cahot, Cahors; mais l’a est tombé dans S(a)ône et Curaç(a)o: il serait si simple de ne

pas l’y écrire. Les autres mots qui conservent a-o sont savants ou étrangers; a-orte,

caca-o, cha-os, ka-olin, Bilba-o, La-os, etc. L’a était tombé et a revécu dans A-oste,

comme dans a-oriste.

[94] On sait que l’orthographe anglaise est encore bien plus extravagante que la

française, ce qui n’est pas peu dire.

[95] Rémy de Gourmont voudrait même qu’on écrivît boucmacaire, mais cela

encore est un compromis: pour que le mot eût une forme véritablement française, il

faudrait aller jusqu’à bouquemacaire: on avouera que cela ne s’impose pas.

[96] Mais c’est un a nettement ouvert qu’on prononce, à tort ou à raison, dans bar,

black rot, cab, crack, dog cart, drag, fashionable, flint glass, goddam, krach, lad,

lasting, malt, match, paddock, scratch, tatter-sall, tramway, waterproof, et dans that is

the question (approximativement zatis-zecouèchtieune). De même dans Macbeth,

Sydenham et les noms en -gham, sans parler de Bacon, qui est francisé depuis des

siècles.

[97] Ainsi dans steeple-chase, plum-cake, keepsake, pale-ale, pall-mall-gazette,

racing-club, shakehand, trades-unions (trèdiounieune), rallye-paper, God save,

quaker, et aussi James (djèms), Bedlam ou Shakespeare.

[98] On en vient même à prononcer à la fois rallye à la française et paper à

l’anglaise (rali-pepeur): il faudrait choisir pourtant! Je ne parle pas de baby, qui n’est

plus guère qu’une orthographe prétentieuse, puisque nous avons bébé, qui est

probablement le même mot, avec la même prononciation, approximativement. Sans

doute il est trop français au goût de quelques-uns, qui trouvent baby beaucoup plus

distingué. Pur snobisme, pour la plupart, comme d’écrire beefsteak. Mais au moins

prononce-t-on bifteck, même quand on écrit beefsteack; le comble, c’est de prononcer

babi, en s’imaginant que c’est de l’anglais! Il n’y a rien de plus ridicule que cette

affectation dans l’ignorance. Je sais bien qu’on peut dire que baby a pris un sens

différent de bébé, et désigne des bébés d’allure et de costume particuliers; c’est

possible, mais mon observation demeure.

[99] En fait, cet a anglais est plutôt intermédiaire entre l’a et l’o, à peu près

comme nous prononçons parfois un ah prolongé pour marquer de l’étonnement ou du

mécontentement.

[100] Le Dictionnaire général les accueille toutes les trois.

[101] On ne voit pas très bien à quoi sert l’orthographe beefsteak et rumpsteak,

puisque nous en avons fait bifteck et romsteck (avec un c complémentaire à

l’allemande): qui donc prononce reumpstec?

[102] Ajouter: Beaconsfield, Castlerea(gh), Chelsea, Chesapeake, Kean, Keats, le

roi Lear, Shakespeare, etc.

[103] Et aussi dans le basque Coarraze.

[104] Law aussi, je parle du banquier, devrait se prononcer lo; mais ce mot ayant

été à l’origine employé surtout au génitif (Law’s bank), le génitif fut pris pour le nom

et la prononciation lasse prévalut, acceptée pas Law lui-même; elle prévaut encore.

Nous avons un phénomène tout pareil aujourd’hui dans telles expressions assez

absurdes, comme chez Maxim’s.

[105] Le groupe oi est dérivé d’un e latin qui s’est d’abord renforcé, ou

simplement mouillé, en éï, puis ouvert en èï, et ensuite oï, la voyelle initiale étant

toujours le son principal. Pendant ce temps l’orthographe suivait la prononciation. A

partir de cette étape, elle n’a plus changé, mais la prononciation a continué à évoluer.

D’abord i est devenu le son principal du groupe; puis oï s’est ouvert à son tour en oé,

oè, oa, et, par l’assourdissement de l’o, ouè et oua. C’est là que nous en sommes, si

bien qu’il n’y a plus aucun rapport entre l’écriture et la prononciation, qui est

exactement wa, avec w consonne, sans i ni o. La lutte fut d’ailleurs très longue entre

ouè et oua, sans compter è tout court, qu’on entendait notamment dans adroit, froid,

trois et croire. Témoin la réponse de Fontenelle à qui on demandait comment il fallait

prononcer je crois: Je crès, dit-il, qu’il faut prononcer je croa. Finalement on a

adopté, pour le son è, l’orthographe ai, et oi a fini par passer à wa. Il n’y pas fort

longtemps que le fait a été reconnu et accepté par les grammairiens. C’est seulement

en 1805 que Domergue l’a proclamé, à l’encontre de tous les livres, qui continuaient à

enseigner le son ouè. Aujourd’hui cette prononciation est tout à fait surannée et

dialectale, et je ne sais où Michaëlis et Passy ont pu entendre indifféremment jwagne

et jwègne.

[106] La finale oy a disparu de l’orthographe, mais se retrouve dans les noms

propres français, où sa prononciation est la même: Darboy, Fontenoy, Jouffroy, de

Troy, et même au besoin Rob-Roy, se prononcent comme s’ils avaient un i.

[107] Et aussi dans Troie, Troyes ou Millevoye, qui se prononcent exactement

comme trois ou vois.

[108] C , le Cid, acte II, scène 8.

[109] Il n’est guère possible de justifier roide, en dehors de la rime: la langue

françoise ne s’en accommode plus. Domergue lui-même conseillait déjà rède, à côté

de roidir et roideur. Faible aussi s’est longtemps écrit foible, même au XIXᵉ siècle;

mais il se prononçait tout de même fèble, et je ne sais pourquoi il avait conservé son

ancienne orthographe.

C’est seulement en 1835 que l’Académie se décida à écrire ai le groupe oi, quand

il se prononçait è: encore fit-elle exception pour roide et harnois.

[110] Oi est aussi assez long dans les mots en -oirie: armoirie, plaidoierie, etc.,

mais moins que dans -oir. Autrefois il se fermait dans -oire, et y semblait plus long

que dans -oir.

[111] Il représente aussi un s tombé (sauf dans benoît, benoîte, où il est peu

justifié). C’est pourquoi on en tenait compte autrefois, et l’on trouve encore des

exemples de la prononciation ancienne, mais elle est tout à fait surannée.

[112] Quand ce n’était pas ngn ou ingn: ainsi gagner s’écrivait aussi bien ga-igner,

ga-ngner, ga-ingner, d’autant plus que le son de l’a a longtemps été nasal dans ce

mot, comme l’o l’est resté ou plutôt redevenu dans Brongniart, qui, régulièrement,

devrait se prononcer bro-gnar.

[113] Ces mots étaient pourtant à joindre, soin, loin, témoin, comme besogner,

cogner et grogner sont à besoin, coin et groin.

[114] Mais pourquoi ne pas écrire ognon comme rognon? Le cas est exactement le

même.

[115] Pourtant le Dictionnaire général les prononce par o et non par oi. Il retarde.

Pourquoi pas élo(i)gner et so(i)gner? Lamoignon aussi, et Coigny, sont altérés

désormais dans l’usage le plus ordinaire.

[116] Quoique ce soit admis par Michaëlis et Passy. Ajoutons que, très

familièrement, voilà devient vla, sans doute par l’intermédiaire ancien de véla: cela

est un peu trop négligé.

[117] On prononce oï dans Droysen, et, si l’on veut, Rob-Roy, par opposition aux

noms français, Coypel, Coysevox, Loyson, Roybet, etc., où oy se prononce comme oi.

[118] Sauf un cas, qui sera examiné.

[119] On sait que l’e non muet se prononce é ou è, sans avoir d’accent, devant

deux consonnes intérieures (sauf le groupe dit muta cum liquida), et aussi devant une

consonne finale, sauf l’s, parce que, devant un s, sans accent, il serait muet. Autrefois

il n’avait pas d’accent dans ce cas, mais il y avait un z à la place de l’s.

[120] Il n’en était pas ainsi autrefois; les finales en -ète, -ède, -ège, etc., et la

plupart des finales à consonne unique ont été longtemps fermées: -éte, -éde, -ége, etc.;

elles se distinguaient ainsi des finales à consonne double, -elle, -emme, -ette, etc. Ce

n’est même qu’en 1878 que l’Académie a consenti l’accent grave aux finales en -ège.

[121] A latere, de profundis, ecce homo, epitome, in pace, miserere, noli me

tangere, nota bene, pange lingua, salve, sine qua non, te deum, tolle, vade mecum,

vice versa, aussi bien que avé, bénédicité ou fac-similé. La diphtongue latine æ se

prononce aussi comme un e fermé: Dies iræ, lapsus linguæ, væ victis, Philæ.

[122] L’e final se prononce également dans Corte, mais non dans Casert(e),

Bramant(e) ou Fiesol(e). L’allemand est traité comme l’italien: l’e ne se prononce pas

dans Gœth(e), ni dans Moltk(e), Hohenloh(e), Carlsruh(e); mais il se prononce dans

Encke, Heyne, Heyse, Rancke, Nietzche, etc. L’e final anglais se prononce i dans to be

or not to be, où il est accentué; en général il ne se prononce pas: steepl(e) chas(e); il

est muet même après une voyelle dans blu(e) book, Edgar Po(ë), Lugné-Po(ë),

Monro(ë), de Fo(ë), Jellico(ë), et même Ivanho(ë); pourtant celui-ci, étant

suffisamment populaire, se francise souvent en Ivanho-é, et il est à peu près

impossible de ne pas franciser Cruso-é.

[123] Voir plus loin, au chapitre de l’R.

[124] Plessis-lez-Tours; on l’écrit souvent les, et même lès, très

malencontreusement, car l’e est toujours fermé, même en liaison: Caudebec-lez-

Elbeuf.

[125] Les noms propres Dumouriez, Duprez, etc., suivent la règle, sauf Forez, qui

a l’e ouvert, quoique le z n’y sonne pas non plus.

[126] Au XVIIᵉ siècle, l’e de ces mots était déjà généralement fermé, au moins à

Paris; ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle et au XIXᵉ que les grammairiens finirent par le faire

ouvrir, dans la prononciation soutenue; mais la tendance était trop forte pour qu’on

pût la détruire dans la langue courante.

[127] L’e final s’est également fermé dans certains noms propres grecs, Arachné,

Phryné, malgré l’étymologie. Il est vrai que les érudits se croient souvent obligés de

prononcer Athènè, Corè, Anankè; mais ces formes sont grecques et non françaises. Et

puis, cette prononciation est-elle bien nécessaire? Si l’on ne veut pas dire Athéné, on

ferait peut-être mieux de dire Athéna.

[128] Benêt (pour beneet), et ceux qui ont perdu l’s, genêt, acquêt, arrêt, intérêt,

forêt, prêt, apprêt, protêt, revêt.

[129] On y peut joindre legs, dont il vaut mieux ne pas prononcer le g.

[130] Il n’y a véritablement d’e final fermé un peu long que dans des mots

étrangers comme heimweh, à cause de l’h, et parce que le mot n’est pas français, sans

quoi l’h tomberait, comme il est tombé par exemple dans narguilé.

[131] L’identité de -é et -ée est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis. Aux finales en -ées

appartient Séez, qu’on écrit plutôt Sées, ainsi qu’il convient, orthographe qui

d’ailleurs n’est pas nouvelle. On s’étonne de voir Mᵐᵉ Dupuis prononcer le mot en

deux syllabes.

[132] Sauf toujours des mots étrangers, comme Sainte-Wehme, Auerstædt ou Kehl,

qui d’ailleurs se francisent parfois, et ne peuvent le faire qu’en s’ouvrant.

[133] Nous éliminons, comme pour l’a, les finales dont il est question page 38:

direct, inepte, cercle, auberge, épiderme, alerte, observe, modeste, orchestre, index,

etc., qui ont toujours l’e ouvert, au plus moyen.

[134] De même Québec, Gossec, Lamech, Utrech(t), Lubeck, Waldeck, Sénèque,

La Mecque, etc. L’e est naturellement long et beaucoup plus ouvert dans évêque et

archevêque, qui ont perdu leur s. Il redevient bref dans break, plum-cake, keepsake,

qui, pour la prononciation, appartiennent à cette finale.

[135] Voir notamment les finales en -ome et -omme, en -one et -onne. L’e est

naturellement long dans guêpe et crêpe, qui ont perdu leur s.

[136] On voit que le passage de complet à complète, ou pauvret à pauvrette, est

encore le même que de délicat à délicate: voir page 44. Autrefois ète était fermé (éte)

Continuer : partie 2 sur 8