Contes des fées
Sauge-Fleurie
I
COMMENT SAUCE-FLEURIE AIMA LE FILS DU ROI
Alors vivait sans crédit ni richesse
Une Fée humble et seule; car il est
Des rangs parmi ces Dames, s'il vous plaît,
Comme, chez nous, de vilaine à duchesse. Bien qu'elle n'eût ni renom ni pouvoir
Et qu'elle fut pauvre en sa confrérie,
Pauvre jusqu'au besoin, Sauge-Fleurie
—Tel est son nom—était charmante à voir. Au bord d'un lac tout fleuri de jonquilles,
Elle habitait le tronc d'un saule creux
Et ne quittait son réduit ténébreux
Plus que ne font les perles leurs coquilles. Mais un beau jour que, chassant par le bois
Avec sa meute un superbe équipage,
Le fils du Roi menait à grand tapage
Du bois au lac un dix cors aux abois,
Pour voir les chiens et la belle poursuite Et les pourpoints brillants des cavaliers,