Contes des fées

Robert de Bonnières · Chapitre 16 sur 31

Pages du PDF

Contes des fées

Chapitre II

Ceci n'est qu'un conte amoureux

Que je dédie aux coeurs fidèles.

Aimez seulement mes modèles

Aussi bien que je fais pour eux.

 

II

 

COMMENT ROSE-ROSE ET MYRTIL EURENT UN SONGE SEMBLABLE, ET DES PROPOS QUE ROSE-ROSE EUT AVEC LES ABEILLES

 

Rose-Rose, à peine éveillée,

Dès la première aube appela

Ses femmes, et ce matin-là,

De blanc voulut être habillée:

Elle fut donc vêtue ainsi

Que sont les blanches fiancées.

Mais nul ne savait ses pensées.

L'amour n'avait pu jusqu'ici

Troubler une dame aussi sage.

On assurait qu'il n'était point

De prétendant qui, sur ce point,

Eût vu rougir son beau visage.

Quand on eut peigné ses cheveux,

Plus blonds qu'une moisson dorée,

Et qu'elle fut ainsi parée

Et belle assez selon ses voeux,

Elle fit, contre l'habitude,

Éloigner ses Dames d'honneur,

Comme si son secret bonheur

S'augmentait de sa solitude.

Elle s'en fut seule au jardin

Pour causer avec les Abeilles.

—Des parterres et des corbeilles,

Des bosquets, des gazons, soudain

Toutes s'empressèrent vers elle,

Et par mille souhaits charmants,

Grâces, bonjours et compliments,

Lui témoignèrent de leur zèle.

Après tous ces gentils discours,

Prenant sa voix la plus menue,

Rose leur dit:—«Je suis venue

Vous demander aide et secours;

Et tout d'abord je vous rends grâce

De ce que vous ne m'avez fait

Encor défaut d'aucun bienfait:

Voici le cas qui m'embarrasse.

 

«J'aime un Prince que je n'ai vu

Qu'en songe encor, cette nuit même;

Rien ne m'est plus, sinon qu'il m'aime

Et qu'il m'a prise au dépourvu.

Amour donc jamais ne nous laisse

Sans aimer, car je ne suis plus,

Malgré mes dédains résolus,

Que joie, espoir, trouble et faiblesse!

 

—«Le lieu de mon songe était tel,

Que je vis en cette aventure

Ce même jardin en peinture,

Ces fleurs et ce petit Castel

Que vous m'avez sur la colline Tout bâti de cire, au dessus

Du petit lac aux bords moussus

Et de ce jardin qui décline.

Ce fut là qu'il me vint chercher

Et me put expliquer sa flamme

En mots si vrais, que jusqu'à l'âme

Son bel amour me sut toucher:

Et comme en un miroir immense

Je me voyais lui souriant

Et lui de même me priant

Tout obtenir de ma clémence.

—«Je suis fils de Roi, disait-il,

Et je veux vous aimer sans cesse.

Vous pouvez, sans honte, Princesse,

M'aimer aussi! J'ai nom Myrtil.

—«Mon nom, lui dis-je, est Rose-Rose,

—«Et, dans l'instant, nos jeunes fronts

Furent, ainsi que nous serons,

Couronnés de myrte et de rose.

En me voyant si belle ainsi,

Et lui plus beau que la lumière,

Je donnai mon amour première

Au beau Prince que j'ai choisi.»

 

Songe alors n'était pas mensonge,

Car Myrtil eut, de son côté,

Comme on l'a depuis rapporté,

Cette même nuit même songe:

Il vit, dans le même moment,

Au même lieu, sa même image

A Rose-Rose rendre hommage.