Contes des fées

Robert de Bonnières · Chapitre 27 sur 31

Pages du PDF

Contes des fées

Chapitre III

Et sans compter que mon cousin Grand-Pierre Se gausserait certe, et n'aurait pas tort.»

 

III

 

COMMENT LA FÉE VOULUT RENDRE A MULOT ET A MULOTTE LA JEUNESSE, ET DE LA BONNE ODEUR DE LILAS QUI SE RÉPANDIT DANS LA CABANE

 

Quoiqu'un peu sotte en toute cette affaire, La bonne Fée eut le coeur de chercher

Quel nouveau don le pourrait bien toucher Et quel grand bien elle lui pourrait faire:

Et tout à coup elle lui demanda:

 

—«Aimes-tu bien ta femme?

 

MULOT

 

«Il n'est, pardienne!

Bonne besogne encore que la sienne.

 

LA FÉE

 

«Et l'as-tu bien toujours aimée?

 

MULOT

 

«Oui-da!

Je m'en souviens, elle était de votre âge,

C'était le mois qui suivit la moisson, Il se peut bien alors qu'un bon garçon

Fasse sa cour sans manquer à l'ouvrage. Et, sans avoir le teint que vous avez,

Elle était bonne et belle à sa manière

Et fraîche ainsi qu'une fleur printanière.

Bref, en deux mois nous étions arrivés

(Nous connaissant déjà de longue date)

A nous aimer. Si bien que les voisins

En me voyant ramener ses poussins,

Fendre le bois et lui porter sa jatte,

Disaient:—A quand la noce et le repas?

Quoique la chose encor ne fût pas faite,

Car les parents sont toujours de la fête.

Et cependant ils ne se trompaient pas.

J'étais un gars de quelque économie,

Et je sus bien, le jour qu'il en fut temps,

Aller quérir vingt bons sous d'or comptants

Pour les bailler aux parents de ma mie.

Et depuis, dam! j'ai semé notre blé,

Et nous avons vécu toujours ensemble.

N'est-ce pas tout vous dire, ce me semble?

Le temps, ainsi que l'eau coule, a coulé.»

 

—«Maître Mulot,» lui dit la bonne Fée,

—Et dans l'instant, le vent de renouveau

Qui remplit l'air vous eût pris le cerveau,

Comme un parfum de lilas par bouffée.—

«Maître Mulot, veux-tu redevenir

Jeune, et revivre une jeunesse telle

Avec Mulotte?—Et Mulotte veut-elle

En même temps que Mulot rajeunir?

Parle, Mulot,—et parle aussi, Mulotte;

Car jusqu'ici tu n'as beaucoup parlé,

Et Fée ou femme, en notre démêlé,

N'eût pas manqué de porter la culotte.»

 

Mulotte, ainsi qu'elle eût fait à vingt ans,

Baissa les yeux; car, pour femme soumise,

Parler devant son homme n'est de mise:

L'exemple est bon aux femmes de tous temps.

 

Et Mulot dit:

 

—«Si ma pensée est nette,

Respect gardé, pourtant je ne puis point

Vous satisfaire encore sur ce point

Non plus que faire une réponse honnête. Excusez-en, Madame, un vieux barbon.

Vivre deux fois est-il un avantage,

Et si je fais peau neuve en mon grand âge,

Serais-je bien Mulot pour tout de bon?

L'homme se prend aux ruses qu'il machine.

Et je préfère encor ne rien changer,

Bon bûcheron n'a son fagot léger,

Et les ans lourds, qui me courbent l'échine, M'ont plu comme un fagot à fagoter,

Et bien qu'encor la charge soit pesante,

Je crois qu'avec Mulotte, ici présente,

Nous viendrons bien à bout de la porter.

Votre bonté passe en tout mon envie,

Et pour ma part j'ai le sens trop étroit Pour être induit à tenter par surcroit