Contes des fées

Robert de Bonnières · Chapitre 5 sur 31

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Contes des fées

Chapitre III

Pivoines aux rouges tuniques,

Soleils d'or, iris violets,

Et roselettes centaurées,

Basilics aux parfums troublants,

Menthes, liserons bleus ou blancs

Et belles-de-nuit azurées,

—Et, s'il fallait dire en tout point

Les fleurs qu'elle avait fait éclore,

Pas plus que les jardins de Flore,

Mon jardin n'y suffirait point.

 

III

 

COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS A LA TRACE ET DÉCOUVRIRENT UN CHATEAU DE FLEURS AU LIEU DE FORET

 

Quand les servantes éveillées

Virent jusqu'aux horizons bleus

Ce beau chemin miraculeux,

Du haut des tours ensoleillées,

En hâte, aux Dames du palais

Elles furent conter la chose,

Et les Princes, pour même cause,

Furent cherchés par leurs valets.

Ce fut un grand remue-ménage

Dans le château, jusqu'à ce point

Qu'ayant mis son plus beau pourpoint,

Le Roi fut du pèlerinage.

La Cour entière par les prés Marchait en bel ordre à sa suite,

Suivant nos amants et leur fuite

En tous ses détours diaprés.

 

La surprise était infinie

De ce que ce nouveau printemps

Foisonnât de fleurs dans le temps

Qu'il n'est aux champs qu'herbe jaunie.

 

Or cet admirable chemin

Menait à la forêt prochaine:

Il n'était charme, orme, if ou chêne

Qui ne fût tendu de jasmin,

De chèvre-feuille, de glycine,

De vigne vierge et d'autres fleurs,

Mêlant et tramant leurs couleurs,

D'une branche à l'autre voisine.

Tant et si bien, qu'en ces beaux lieux

Ce n'est plus, comme en l'entourage,

Forêt d'automne sans ombrage,

Mais plutôt palais merveilleux,

Aux murs faits de branches taillées,

Et bâtis de fleurs en arceaux

Où chantaient de rares Oiseaux,

Sur des corniches de feuillées.

 

De leurs cent voix, l'écho chanteur

Salua le Roi dès l'entrée,

Dont l'âme encor fut pénétrée

D'une même et fraiche senteur,

Laquelle était si bien formée De tant de parfums différents,