Contes des fées

Robert de Bonnières · Chapitre 20 sur 31

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Contes des fées

Chapitre VI

N'étaient que brins d'herbe menus,

Et que les reines marguerites,

Ainsi que les jeunes rosiers,

Abeilles, où vous vous posiez,

Sans rien perdre de leurs mérites,

Etaient en telle floraison,

Qu'en une rose, n'en déplaise,

Rose aurait dormi mieux à l'aise

Qu'en son lit, par comparaison.

Et l'odeur fraîche et pénétrante

De tant de parfums, dit l'auteur,

Avait fait une eau de senteur

De l'onde unie et transparente

Du lac, qui s'était tant porté

Hors de ses bornes naturelles,

Que ses eaux pouvaient bien entre elles

Couvrir notre monde habité.

Car toutes choses, au contraire

De s'enlaidir, avaient été

Vieillissant en telle beauté

Qu'il est malaisé de pourtraire

Les admirables changements

Qui s'étaient faits dans la nature

Du jardin qu'avaient, en peinture,

Montré deux songes si charmants.

 

VI

 

COMMENT LES COLOMBES BLANCHES ACCOMPAGNÈRENT ROSE-ROSE JUSQU'AU CASTEL DE CIRE ET COMMENT MYRTIL L'Y REJOIGNIT.

Si la blancheur est un des signes

De la vieillesse, je dirai

Que les Biches au poil doré,

Les Tourtereaux bleus et les Cygnes

Plus noirs alors que les corbeaux,

Si j'en crois l'auteur que je cite,

Etaient en ce merveilleux site

Si blancs de vieillesse et si beaux,

Que de race en race engendrée

Jusqu'à leurs derniers rejetons,

Aux pays que nous habitons

Leur blancheur en est demeurée.

C'est seulement depuis ce temps

Que nous voyons le blanc plumage

Des colombes au doux ramage,

Biches blanches et merles blancs.

 

Quoi qu'il soit de cette origine,

Vous eussiez vu là ce matin

Les belles brouteuses de thym,

Plus blanches que l'on n'imagine.

S'arrêter de brouter pour voir

Passer la blanche fiancée

Grave et dès longtemps exercée

Au long amour de son devoir:

Tandis que la troupe fidèle

Des colombes allait volant

Jusqu'au Castel, et s'emmélant

Par couple léger autour d'elle.

Car les colombes, par milliers,

Que ce bel amour intéresse, Escortaient leur bonne maîtresse

A ses rendez-vous journaliers.

 

Vous dirai-je encor davantage?

Si d'une part les verts ormeaux

Et les cèdres aux noirs rameaux,

A mesure de leur grand âge,

Avaient poussé leur front serein

Et leur taille extraordinaire

Bien haut au dessus du tonnerre,

D'autre part, l'effort souterrain

De leurs racines biscornues,

Travaillant la colline, avait

Fait que le Castel se trouvait

Comme un temple parmi les nues.

Et ce n'était plus comme avant

Colline humble, pente et mi-côte,

Mais pic d'azur, montagne haute

Où ne peut atteindre le vent.

L'accès au Prince en fut facile,

Soit qu'alors un char enchanté

Ou quelque autre engin l'ait porté

Auprès de Rose en cet asile

D'amour, de gloire et de repos,

D'où l'on voyait par les vallées

Dix mille villes assemblées,

Comme en leurs parcs, de blancs troupeaux,

Les mers et les eaux miroitantes,

Et les moissons et les forêts,

Et sur cent mille arpents, auprès

Du lac profond, cent mille tentes!