Contes des fées

Robert de Bonnières · Chapitre 29 sur 31

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Contes des fées

Le Prince Azur

 

COMMENT GENEVIEVE ATTENDAIT LE PRINCE AZUR, ET DE LA MORALITÉ GÉNÉRALE QUE CHACUN PEUT TIRER DES CONTES DES FÉES

 

Geneviève a quinze ans. Elle aime les étoiles:

A l'heure où l'araignée aux herbes tend ses toiles. Le bois devient pour elle un lieu d'enchantement:

La nuit s'emplit de Voix magiques. Par moment, L'effroi surnaturel des choses l'enveloppe:

Elle frémit ainsi qu'une blanche antilope

Qu'émeut l'errant amour de son époux lointain.

Elle a dans sa main frêle une branche du thym, Et dans ses cheveux noirs des fleurs de renoncule.

Sous la lune, en un pâle et moite crépuscule, Confiante, elle attend que quelque char ailé

L'emporte doucement vers le ciel étoilé,

Et croit, sitôt qu'un souffle anime les broussailles,

Que le beau Prince Azur vient pour des fiançailles; Mais craintive pourtant du Prince ravisseur,

Comme pour se garder, joint les mains sur son coeur.

Garde, garde ton coeur, ô petite amoureuse!

Et crains que le grand mal d'aimer, un jour, ne creuse Un amer et profond sillon sous tes beaux yeux:

Victime dévouée à l'Amour soucieux,

Crains, trop aimante enfant, que, dans ton choix peu sûre,

Tu ne joignes les mains, un jour, sur la blessure Que te fera de tous le seul qui t'aura plu,

Mais qui n'était pas tel que tu l'avais voulu!