Contes des fées
Chapitre IV
—Et ce disant, il se prit à baiser
A deux genoux sa main mignonne et fine, Et puis voulut sur l'heure à la Dauphine
Présenter Sauge avant de l'épouser:
Il lui fit faire un peu de belle flamme
Pour la sécher d'abord. Tant de beauté,
De naturel et de simplicité
En cet état le touchait jusqu'à l'âme.
Il fit venir perles, saphirs, rubis,
Bijoux montés et beaux luths de Vérone.
Il fit de même apporter la couronne
Et préparer des merveilleux habits.
IV
COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE ET TOUCHANT DISCOURS
Sauge admira ces objets sans envie
Et dit:
«Seigneur, les beaux jours sont comptés. Aimez-moi bien, et jamais ne doutez
Du bel amour dont j'ai l'âme ravie.
Est-il pour moi besoin de tant d'apprêt?
N'aimez-vous point la belle solitude,
Et des amants n'est-ce plus l'habitude
De mieux s'aimer quand l'amour est secret? Restons ici sans plus, si bon vous semble;
Nos yeux pourront se parler à loisir,
Et nous n'aurons de si charmant plaisir Que seul à seul à demeurer ensemble.