Contes des fées

Robert de Bonnières · Chapitre 21 sur 31

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Contes des fées

Chapitre VII

 

COMMENT ROSE ACCUEILLIT MYRTIL ET DU DISCOURS QU'ELLE LUI TINT

 

Myrtil s'avançait au milieu

Des Colombes, parmi les nues,

Et des Abeilles revenues

De leur voyage en ce haut lieu,

D'où Rose eut le monde en offrande.

Mais cette fois le Conquérant,

Au monde même indifférent,

Trouve enfin que la terre est grande

Assez, puisqu'il a retrouvé

Rose-Rose et son doux sourire,

Et, tel que je l'ai pu décrire,

Le Castel qu'il avait rêvé.

Et comme il déposait son glaive

En s'agenouillant sur le seuil,

Rose s'en vient lui faire accueil

De ses deux bras et le relève:

 

—«Heureux le jour où je te vois,

Myrtil, heureuses les années

Qui rassemblent nos destinées!»

Dit-elle. Et le son de sa voix,

Limpide comme une fontaine,

Est frais comme les belles eaux

Où viennent boire les oiseaux

Après une course lointaine.

«Heureux le songe où je t'ai vu!

Et vous, compagnes dévouées De son retour, soyez louées,

Abeilles, pour avoir pourvu

De tant d'honneur son beau courage,

Et pour me l'avoir ramené

Aux lieux où notre amour est né,

Dans le premier temps de notre âge.

Cher époux, tu m'es donc rendu,

Mais je n'eus que joie à t'attendre,

Puisque je t'ai d'un coeur plus tendre,

En toute assurance, attendu:

Et cette assurance était telle

Et me faisait vivre si fort

Que j'eusse attendu sans effort

Jusqu'à devenir immortelle!

Non, non, les ans n'ont apporté

A notre amour aucun dommage,

Amour a toujours le même âge,

Et t'ai-je seulement quitté!

Car, malgré les longues années,

Tu vois que sur mon front les fleurs

Dont nos noms portent les couleurs,

Ne sont point seulement fanées.

Viens, Myrtil, donne-moi la main.

Et bien que ta vertu connaisse

L'arche d'amour et de jeunesse,

Je veux te montrer le chemin,

Et comment en notre demeure

Pour nous un même trône est prêt

Où j'avais dit qu'on me verrait

Venir jusqu'au jour que je meure!»

Et sur leur trône radieux

Ils furent, comme deux statues

Augustes et de blanc vêtues,

Comme on imagine les dieux

Auprès des déesses insignes:

Et leurs cheveux en s'argentant

Etaient devenus blancs autant

Que les colombes et les cygnes:

Car, puisqu'il faut vous dire tout

En un mot, sachez, je vous prie,

(Bien qu'un miracle de féerie

Eût été bien mieux de mon goût)

Que l'âge en cette conjoncture

Avait de même, parait-il,

Rendu Rose-Rose et Myrtil

Aussi vieux qu'était la nature.

Oh! que s'il m'eût été permis,

Ainsi qu'aux poètes antiques.

De créer des dieux authentiques,

Je les eusse en un temple mis

Parmi les plus touchants exemples

D'amour et de fidélité,

Chacun contre l'autre accoté,

Sous un dais de pourpre aux plis amples, Tels quels avec leurs blancs habits

Ainsi qu'avec les myrtes pâles

Changés soudain en fleurs d'opales

Parmi des roses de rubis:

Car en même temps leurs prunelles

Et leur sourire, en vérité, Avaient pris l'immobilité