Coup d'envoi

Amy Lane · Chapitre 11 sur 18

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Coup d'envoi

Attention !

 

LES CAMARADES de Carpenter étaient tout ce qu’il n’était pas. Ils se présentèrent sur le parcours en pantalon de golf griffé et polo pastel, et Skip essaya de ne pas sourire. Contrairement à eux, ils portaient des treillis et des sweat-shirts à capuche – un short treillis en ce qui concernait Carpenter – malgré le vent fort. Skip avait posé des questions sur les codes vestimentaires, mais son ami avait juste souri, montré sa pièce d’identité et ils n’avaient plus abordé ce sujet alors qu’ils entraient dans le club.

Les amis du jeune homme parlèrent de leurs portefeuilles d’action, de comment ils avaient obtenu leurs Masters en marketing ou leurs diplômes en droit pour faciliter leur prochaine promotion et comment ils passaient leur week-end de Thanksgiving à assister aux collectes de fonds que leurs parents sponsorisaient.

Oh. Et si Corfou était un meilleur lieu de vacances que Santorin.

Austen Mathers, la reine des abeilles… hum, le capitaine principal de l’univers… affichait sa meilleure condescendance pour essayer d’attirer Skip dans la conversation alors que celui-ci essayait de se fixer pour taper la balle.

— Alors, euh, Skip, quel est votre lieu préféré pour les vacances ?

— Disneyland, répondit-il rapidement.

Quand s’était-il rendu là-bas – était-ce deux ans auparavant ? – Richie, Jefferson, Thomas et lui étaient tous descendus à Anaheim et avaient séjourné au Tropicana. Pas un hôtel cinq étoiles. Non. Mais il se trouvait juste en face de Disneyland et ils s’étaient acheté un pass de trois jours. Pendant ces trois jours, il avait parcouru toutes les allées, avait serré la main de tous les personnages, avait agité la main comme tous les enfants heureux et s’était fondamentalement réapproprié une partie de son enfance malheureuse, mais en mieux. Il avait toujours le livre d’autographes avec des photos de ses amis et lui avec autant de personnages qu’ils avaient pu trouver.

Jefferson avait adhéré à l’adoration des personnages, mais Richie ? Il était resté près de Skip. Thomas s’était adapté à eux trois… Ils savaient cela… Mais Skip et Richie ?

Il avait parcouru ce livre de photos quelques fois depuis lors. Jefferson avait l’air heureux, Thomas affichait un air de souffrance et Richie était aussi enchanté que n’importe quel enfant. Ce livre, ce moment, était important pour eux.

— Disneyland, dit Austen moqueur et Skip hocha la tête avec sérieux.

— Je le jure devant Dieu, c’est l’endroit le plus heureux de la terre. Maintenant, attendez une minute. J’ai un swing à faire.

C’était la première fois qu’il jouait au golf. Carpenter avait amené les clubs de son père afin que Skip n’ait pas besoin de les louer en affirmant que c’était un échange équitable pour l’équipement de football que Skip lui avait prêté.

Il avait fait cinq au-dessus du par au premier trou… Il ne savait pas si cela s’appelait un bogey ou un booger ou un foutu gigantesque raté, mais il avait passé ce tour à étudier les amis de Carpenter, leurs swings, leurs approches de la balle, leurs clubs et le trou. Il était plutôt coordonné, doué pour l’observation, pour apprendre et appliquer. Bon sang, c’était comme s’il avait simulé une vie sociale depuis la sixième.

D’accord, le dos droit, les genoux pliés, les bras souples, le club comme un levier géant et on appliquait la force exacte…

Voilà.

Carpenter et lui regardèrent avec admiration la balle s’arquer, s’arquer et retomber à environ à environ un mètre vingt du trou.

— Bon sang, s’exclama son ami en inspirant vivement. Tu es sérieux, Skip ?

— Apparemment, répondit-il en souriant. Maintenant tout ce que je dois faire, c’est comprendre comment punter.

— Putter, rectifia son ami en souriant.

— Oui, peu importe.

Austen, qui avait à peine fait mieux que Skip au trou précédent, le fixa, la mâchoire tendue

— C’était assez chanceux, dit-il à travers ses dents serrées. Bonne chance pour que cela se renouvelle.

Pour le plaisir de Carpenter, ce fut le cas. Et, à la surprise de Skip, le jeune homme était aussi très bon.

— J’ai saisi, dit-Skip alors qu’ils avançaient devant le groupe pour passer au trou suivant.

— Tu as compris quoi ? demanda innocemment son ami avant de boire une gorgée de son eau aromatisée.

— Je me demandais pourquoi mon bon copain Carpenter qui est génial traînait chaque année avec ces abrutis.

— Ah oui ?

Oh, ce sourire satisfait s’étalant à travers le duvet de ses joues était totalement charmant. Skip pouvait voir pourquoi Carpenter plaisait aux femmes, nonobstant le poids en trop et son laisser-aller. Non que Richie ait quelque chose à craindre, mais il trouvait cela encourageant pour son ami.

— Tu les bats à plate couture…

— Et c’est mon père qui nous donne le top départ, se réjouit-il.

— Oh, bon sang.

Ils venaient juste de rejoindre le groupe les précédant qui jouait sur le trou et ils posèrent leurs sacs à une courte distance et parlèrent d’une manière civilisée.

— Bon sang quoi ? demanda Carpenter.

— C’est juste méchant. Tu n’avais même pas besoin de moi… Tu aurais adoré ta supériorité même sans moi.

— Oui, mais tu rends cela encore meilleur, répliqua-Carpenter avec un rire bas et cruel. Tu es beau, tu es gay et tu les as totalement écrasés alors qu’ils prennent des leçons depuis des années.

— Tu ne savais pas que j’allais le faire, souligna- Skip, gêné. Et si j’avais été nul ?

— D’abord, ce n’est pas arrivé, dit-il en haussant les épaules. Ensuite, cela aurait été aussi bien parce que toi et moi aurions pu parler des droits des gays et de l’égalité du mariage pendant que nous étions au milieu d’eux. Cela aurait été génial.

— Je me sens un peu utilisé, déclara Skip, même si du point de vue d’un bâtard râleur, cela aurait pu être amusant.

— Oui, eh bien, ce n’est pas le cas. Je suis tout aussi content que nous ayons réussi à jouer. Tu es une bien meilleure compagnie.

— Eh bien, c’est étonnement galant de la part d’un enfoiré qui m’a entraîné ici pour baiser des gens qu’il aurait dû abandonner depuis des années, répliqua-t-il en secouant la tête. Tu sais que tu as de la chance parce que je suis un tout nouveau gay et que je ne connais rien aux problèmes des gays. Pour ce que j’en sais, j’ai voté pour le plus grand gayciste de Washington.

— Eh bien, ce serait une discussion intéressante, rétorqua Carpenter avec un rire purement méchant.

Donc, ils firent en sorte d’en discuter, en faisant preuve de discrétion, pendant qu’ils suivaient les deux hommes devant eux. Deux trous plus tard, ils se trouvaient dans une conversation similaire à propos du Gamergate lorsque Skip se mit à rire un peu trop fort à la suggestion de Carpenter concernant ce qui devait arriver à l’un des trolls responsables du harcèlement des femmes qui avaient osé dire que la misogynie existait bel et bien. À ce moment-là, un des hommes – un vrai canon, probablement dans la fin de la trentaine, avec des cheveux bruns teintés d’argent et des lignes de rire profondes autour de ses yeux brun foncé – se tourna vers eux.

— Vous avez été vraiment patients, voulez-vous jouer ?

Sa voix semblait un peu familière, mais Skip était trop embarrassé pour essayer de le situer.

— Je suis désolé, s’excusa-t-il. Nous parlions trop fort. Nous allons nous calmer et vous laisser tranquille… Notre groupe ne devrait pas tarder à nous rejoindre.

Carpenter éclata de rire parce que la distance entre leur groupe et eux augmentait à chaque trou et Skip le frappa dans le bras.

Alors, le bel étranger l’estomaqua.

— Schipperke ?

Oh, merde.

— Euh, le chic type qui m’a envoyé le panier de fruits ?

— Mason Hayes, vice-président chargé des ventes, se présenta-t-il en lui tendant la main avec un sourire et un rougissement. Merci de ne pas m’avoir poursuivi.

— Skipper Keith, répondit le jeune homme en souriant, brusquement embarrassé. Merci de ne pas être un vrai crétin. Vous avez été vraiment sympa lorsque j’étais malade.

— Te poursuivre en justice ? interrogea le partenaire de golf de Mason.

— Oh, bon sang, murmura celui-ci en se couvrant les yeux. Ne dites pas à mon petit frère que je vous aie fait des avances par téléphone !

Skip et Carpenter rirent comme ils étaient censés le faire et ils furent présentés à Dane Hayes, une version plus jeune et légèrement plus naïve que son frère aîné haut de gamme.

— Mon frère, le crétin sexuellement harceleur ? dit Dane avec un rire dubitatif.

— Non, répondit Skip, se sentant généreux.

— Oh oui, le contredit Mason J’étais nerveux, mal à l’aise et je venais de rompre avec mon petit ami pour entrer chez Tesko. Tout ce qui sortait de ma bouche était totalement délirant, tout le temps.

— Aïe, dit Skip avant qu’une voix derrière eux attire leur attention. Oh, merde, Carpenter, ils nous rattrapent.

— Est-ce votre groupe ? demanda Mason en les regardant tous les deux, l’air amusé.

— Malheureusement oui, répliqua Carpenter. Ne les laissez pas vous accaparer.

— Allez, Mason… laisse les jouer avec nous. Je vais jouer et ainsi nous pourrons nous éloigner de ceux que nous n’avons pas envie de voir.

Et juste ainsi, Skip se retrouva à jouer avec le mystérieux Interlocuteur Galant dont Richie avait été si jaloux.

Peut-être que s’il n’avait pas été aussi amoureux de Richie, ce dernier aurait pu avoir des raisons de l’être. Mason et son frère étaient drôles et chaleureux. Dane poursuivait toujours des études pour être vétérinaire et c’était en partie pour cela que Mason avait quitté la Bay Area pour Sacramento, parce que son frère devait terminer son cursus à l’UC Davis.

— Nos parents vieillissent, avait dit Mason avant de faire un très horrible swing. Je soupçonne qu’ils s’installeront à Sun Hills dans quelques années.

— Je n’arrive pas à croire que je connais quelqu’un avec un tel parcours d’études, murmura discrètement Carpenter.

Skip attendit que la balle de Mason se perde sur le rough et qu’ils soupirent tous avant de répondre.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? Tous tes amis derrière nous ont obtenu leur Master et leurs diplômes de droit.

Carpenter grogna avant de faire son propre swing, exécuté à la perfection. Il n’attendit pas que sa balle rebondisse à quelques pas du trou pour répondre.

— Oui, mais le diplôme de Dane est tangible.

Dane lui sourit de toutes ses dents, celles de devant légèrement inclinées et Carpenter lui retourna joyeusement son sourire.

— Oh, bon sang, s’exclama Mason avec ferveur. Pouvons-nous tomber amoureux lorsque nous en aurons fini avec ce trou ?

Skipper se mit à rire et son ami rougit.

— Désolé, marmonna Carpenter. Je ne suis pas gay, mais je suis tellement soulagé de ne pas avoir à jouer avec les gars de mon lycée.

— Oh oui, gémit Mason. Il y a beaucoup de personnes de mon lycée avec lesquelles je serais ravi de ne plus jamais parler. Qu’en est-il de vous, Skipper ?

— Personne ne voudrait se souvenir de moi, grogna-t-il, souhaitant brusquement que Richie soit là. Tout le monde se recule, voyons si ma chance continue.

Ce fut le cas et ils continuèrent à jouer.

Ils se trouvaient à l’avant-dernier trou lorsque Mason fit brutalement redescendre Skip de son nuage de camaraderie inattendue.

— Attendez une minute, Skip… Si Carpenter n’est pas gay, qui est votre petit-ami ? Ne m’aviez-vous pas dit quelque chose à propos de vous envoyer en l’air pendant le week-end ?

Skip avait été sur le point de se positionner pour son swing, il se dégonfla brusquement et jeta un regard malheureux par-dessus son épaule.

— Il a eu une sorte d’urgence familiale, expliqua-t-il.

Il avait vérifié son téléphone à plusieurs reprises et Richie n’avait pas été en mesure de lui répondre. Il pensait que s’il ne recevait pas une réponse au texto l’informant qu’il jouait au golf avec l’Interlocuteur Galant, soit son petit ami était en train de travailler comme un fou, soit il avait cassé son téléphone.

— Vous n’êtes pas allé l’aider ? demanda Mason, surpris.

— C’est compliqué, répondit Carpenter à sa place. Continue et envoie ta balle, Skip. Tu pourrais gagner ton premier tournoi de golf et je ne veux pas qu’on te porte la poisse avec ça.

Skip lui lança un sourire appréciateur, il s’éclaircit les idées et balança son club.

C’était drôle, le golf et le football étaient des sports très différents, mais il existait toujours un moment où ils connectaient lorsque le club frappait la balle vers le bon endroit ou lorsque le pied frappait le ballon, beaucoup plus grand, mais que vous saviez que c’était le bon tir.

Skipper observa la balle dans le ciel bleu de novembre avant qu’elle tombe et s’arrête sur le green et sut qu’elle était bonne.

MAIS LE bref sursis n’empêcha pas l’histoire de se répandre alors qu’il procédait au birdie. Il gagna à trois sous le par et Carpenter lui assura qu’il était une sorte de prodige pendant que Mason essayait de déplacer le sujet sur leur histoire.

— Alors… Richie, tenta-t-il pour la cinquième fois tandis qu’ils se dirigeaient vers le club. Il n’a pas voulu de votre aide.

— Son père pourrait probablement me frapper si je me présentais maintenant, grogna-t-il en réponse.

Mason posa sa main sur l’épaule de Skip et ce dernier s’arrêta pendant que Dane et Carpenter continuaient vers le club.

— Voulez-vous l’aider, Skip ?

Le jeune homme fronça les sourcils, malheureux. Cette main sur son épaule était vraiment agréable et Mason avait été chaleureux, gentil et drôle et… eh bien… gay. Pas de la manière mise en évidence par la télévision, mais plus dans le genre « j’aimerais vraiment t’avoir si tu n’étais pas pris ». 

Il n’était tout simplement pas certain de savoir si c’était un attrape-nigaud ou pas.

— Oui, répondit-il en reprenant tranquillement sa route. Je veux vraiment l’aider. Je déteste le fait que je ne le verrais pas avant Thanksgiving. Je…

J’ai peur qu’il soit tenté de nous oublier pendant qu’il fait cela.

— J’avais l’habitude de le voir plus, conclut-il faiblement.

Mason soupira et le regarda avec de la mélancolie dans ses yeux brun.

— Skip, je ne veux pas… vous savez… m’immiscer, mais…

Il rit et passa une main à travers des cheveux très bien coupés.

— Écoutez, je vous ai fait des avances avant de vous voir. Vous êtes… vous savez… agréable à regarder. Simplement…

Skip se sentit rougir et se dandina inconfortablement comme il ne l’avait jamais fait avec Richie. Cependant, son estomac le faisait un peu souffrir de retenir cela, ce qui voulait dire qu’il avait envie que cet homme le trouve attrayant aussi.

— Je…

Oh, bon sang. Les hommes ne disaient pas ce qu’il s’apprêtait à révéler devant un autre homme.

— Je l’aime vraiment. Si cela ne fonctionne pas, je serais vraiment brisé pendant longtemps.

Mason haussa les épaules, mais il n’eut pas l’air blessé, Dieu merci.

— C’est pour ça que vous avez éveillé mon intérêt, Skipper. Parce que vous dites cela à propos de lui sans réserve. Je dois simplement trouver quelqu’un qui m’acceptera comme je suis !

— Eh bien, vous savez, répondit-il en rougissant. Réfléchissez avant de parler et je suis certain que cela se produira.

Mason rit doucement, mais pas vraiment d’une manière animée. Il ne rejeta pas sa tête en arrière et ne sautilla pas sur place. Au moment où les amis de Carpenter entrèrent, l’air désolé, dans le club et furent présentés à Mason et Dane, Skipper n’avait plus mal à l’estomac et il avait dû vérifier son téléphone environ six mille fois.

 

CARPENTER LE ramena chez lui vers seize heures et il tondit la pelouse et passa le râteau avant que la lumière disparaisse. La pluie arriva une demi-heure environ après cela. Il passa sa soirée en mangeant une soupe en boîte et en réglant ses factures. Il s’endormit sur le canapé vers vingt-deux heures en regardant un film vraiment stupide à la télévision. Lorsqu’il se demanda s’il était si important qu’il finisse de regarder Route 666, il se rendit compte qu’il vérifiait son téléphone chaque fois qu’il se réveillait.

Bordel.

Il venait de se coucher lorsqu’il entendit frapper à la porte. Richie se tenait debout sous le porche, ses cheveux roux mouillés de pluie.

Skip le prit dans ses bras sans dire un mot.

Ah, Richie… Il avait dû manger une boîte de Tic-Tac parce qu’il avait le goût de la menthe croisé avec celui d’un accro à la nicotine, mais Skipper s’en moquait. Il le poussa contre la porte et le maintint pendant qu’il ravageait sa bouche, durement, avec possessivité et désir, et Richie le lui retourna naturellement.

Les vêtements de ce dernier tombèrent sur le sol et Skip recula pour ôter ses propres chaussures. Richie profita de l’espace et se déplaça, poussant son compagnon sur le canapé jusqu’à ce qu’il soit allongé dessus, puis il l’embrassa pendant qu’ils se fondaient l’un dans l’autre.

Les mains de Skip tremblèrent dans ses cheveux et ses hanches poussèrent spasmodiquement vers le haut, ressentant le besoin… le besoin… de se frotter à une telle dureté.

Richie s’arrêta un instant et regarda son petit ami dans les yeux.

— Il t’a fait des avances ? demanda-t-il.

— Il voulait, dit-il en secouant la tête. Je lui ai dit que j’étais pris.

Son amant hocha la tête, ses pupilles s’élargissant et s’éclaircissant.

— Tu es pris, marmonna Richie. Tu es à moi.

Il se redressa, quitta Skip et fit deux pas dans la pièce pour prendre son pantalon et attraper la bouteille de lubrifiant dans sa poche. Skip se leva aussi et lorsque Richie tenta de se pencher, fesses en l’air, il put tirer sur ses cheveux.

— Sur le dos, Richie, face à moi.

Le jeune homme s’étendit de tout son long sur le canapé et souleva ses jambes, les serrant sur sa poitrine. Le corps entier de Skip tremblait, ils avaient fait cela assez souvent pour qu’il n’ait pas à réfléchir comment se positionner et ressente juste l’envie de s’y retrouver.

Pourtant, il se souvint de ses manières, se rappela qu’il devait le préparer, devait demander la permission et la respiration dure de son compagnon et ses supplications à moitié gémissantes remplirent ses oreilles.

— Tu aimes ça ? demanda-t-il, deux doigts gainés et cisaillant dans le corps du jeune homme. Tu trouves cela génial ?

— Oui, répondit-il en inspirant. Allez, Skip… Je te veux !

— Tu as juste à être là, c’est tout ! grogna ce dernier.

Il surplomba ensuite le corps efflanqué de son amant, se battit avec et entra en lui.

Richie lâcha un gémissement et enveloppa ses jambes autour des hanches de Skipper.

— Baise-moi durement ! cria-t-il.

Skip le prit si fort qu’il n’arrivait plus à former des mots. Il le prit tellement violemment et si vite que Richie ne put même pas supplier. Ses hanches s’engourdirent à force de frapper contre les fesses ossues de son partenaire et celui-ci haleta pour trouver de l’air, mais ne réclama pas que cela soit plus fort parce que Skip l’aimait aussi fort qu’il le pouvait.

Richie cria si fort en atteignant l’orgasme que cela se répercuta probablement dans toute la rue, mais Skip s’en moquait. Son amant avait joui sans même se caresser, le jet éclaboussant la poitrine de Skip jusque sous son menton et il laissa échapper de petits gémissements à chaque poussée après cela.

— S’il te plaît, réussit-il à dire, sans souffler. S’il te plaît, Skipper…

L’entendre supplier déchira Skip, enclenchant son apogée, son corps entier éclatant dans la lumière blanche avant même qu’il puisse crier.

Il jouit, son visage enterré dans le creux du cou de Richie, essayant très fort de ne pas rire et pleurer.

— Skip, murmura son compagnon. Skipper, je dois partir.

Celui-ci se redressa sur ses coudes et crut qu’il devenait fou.

— Tu dois faire quoi ? demanda-t-il, incrédule.

Ses bras se resserrèrent autour des épaules du jeune homme et pendant un moment, Richie ne le combattit pas.

— J’ai dit à mon père que je sortais pour acheter de la bière, déclara-t-il doucement. Je te l’ai dit… il vient pour vérifier que je suis là pendant la nuit.

— Richie ! protesta-t-il en enfouissant son visage dans le creux du cou de son amant avant d’énoncer l’évidence. Tu as vingt-cinq ans !

Richie se mit à rire d’un air impuissant.

— Oui, dit-il en frottant l’oreille de Skip.

Il avait un peu de barbe et avait probablement passé la semaine sans se raser.

— Cela m’a pris beaucoup de temps pour comprendre ce que je voulais et, visiblement, je ne suis pas censé l’avoir.

— Je ne vois pas pourquoi, murmura Skip, boudeur. Sérieusement, pourquoi des mesures de répression ?

Richie fit un bruit d’inconfort et Skip se redressa.

— Est-ce que je t’écrase ?

— Ne t’avise pas de bouger, répliqua son amant d’une voix rauque. Non. C’est… donc, tu sais que je t’ai dit que le vandalisme avait finalement touché beaucoup de déchets inutiles ?

— Oui, répondit-il.

Il l’avait facilement retenu cela parce qu’un profond et terrible soupçon avait commencé à fleurir dans ses tripes à ce moment-là.

— Tu as dit que la plupart des marchandises de valeur avaient été prises.

— Eh bien, mon père ne m’a pas écouté les premières fois où j’ai dit ça, dit-il en hochant la tête, semblant tellement seul que Skip eut envie de pleurer. Cependant, les experts de l’assurance sont venus et ils ont commencé à tout inspecter.

— Et ?

Richie ferma ces yeux d’un vert infini et se fondit presque dans le canapé sous lui.

— Ils étaient d’accord avec moi. Quelqu’un s’était servi pendant des mois et le vandalisme couvrait cela.

Skip garda le silence pendant un moment. Il savait où tout cela menait, mais il était certain que son compagnon devait le verbaliser de toute manière.

— Les alarmes ont été désactivées.

— Oui, acquiesça Richie.

— Que disent-ils ?

Richie rouvrit les yeux et ils étaient rouges et brillants.

— Les experts de l’assurance sont arrivés et ils étaient accompagnés d’agents. Ils ont demandé à parler à Paul et Rob et… et rien. Mon père n’arrivait pas à les joindre au téléphone. Kay non plus, puis elle est entrée dans leur chambre dans la maison et leurs affaires avaient disparu.

— Oh non…

— Alors, les policiers ont fouillé la maison, puis ils ont fouillé mon appartement, ce qui était hilarant parce que je n’ai rien, ils m’ont demandé combien je payais vraiment pour le loyer. Je jure devant Dieu qu’un policier s’est tourné vers mon père et lui a dit qu’il volait son fils aveugle, c’était vraiment génial, en fait, raconta-t-il, ses lèvres frémissant légèrement.

— Super, marmonna Skip, sa lèvre s’ourlant d’une manière totalement différente. Alors, pourquoi veux-tu retourner là-bas ?

— Parce que…

Il se tut pensivement, ce qui était bon signe… cela signifiait qu’il accordait une attention particulière à l’idée.

— Je ne sais pas, dit-il enfin.

Le cœur de Skip s’allégea.

— C’est juste… tu sais. Mon père. Ma mère l’a quitté et il ne lui restait que moi. Pendant des années, ça a juste été… lui et moi. Il a une sœur toquée, mais je préparai les repas, je faisais le ménage et nous étions une famille.

Sa voix se brisa un instant, puis il se reprit et continua son explication.

— Une bonne partie de ça a disparu avec Kay, mais je n’ai pas… il n’était pas un monstre, tu sais ? Ne te dois-tu pas à ta famille ?

— Je ne peux pas le savoir, répondit Skip, faiblement puisqu’il n’en avait pas. Je ne veux plus que tu partes.

— Presque pas de barbe, dit Richie en tendant la main afin de caresser sa joue avec un petit sourire. Il t’a vraiment fait des avances ?

Skip captura sa main, la retourna et embrassa sa paume.

— Non. Il a dit qu’il était intéressé. Mais il a compris. C’est un ami.

— D’accord, répondit-il en hochant la tête. Je vais mettre mon réveil et partir tôt.

Il se souleva et embrassa le coin de la bouche de Skip.

— Si cet homme est assez stupide pour te laisser partir, je devrais être assez intelligent pour rester un moment, conclut-il.

Skip l’embrassa vraiment et, comme souvent, ce baiser dura pendant un certain temps. Lorsqu’il le rompit, Richie était à moitié endormi et continuait à l’embrasser. Skip rit et il se leva du canapé un peu à contrecœur. Il aida son compagnon à se lever et ils se dirigèrent vers la chambre, nus tous les deux. Richie s’arrêta à mi-chemin et commença à rassembler ses vêtements, sortant son téléphone de sa poche en le faisant.

— Pas de messages, déclara-t-il avec satisfaction. Mon père s’est endormi. Il se réveillera à six heures… Si je lève à quatre heures, je n’aurais pas à supporter ses conneries.

— C’est une heure merdique pour se lever, marmonna Skip. Bon sang, quatre heures du matin ?

— Peut-être cinq heures, le récompensa son petit ami avec un grognement.

Richie passa devant Skip et la chaleur de son corps réconforta ce dernier.

— Est-ce que tu dois encore aller là-bas ?

— Il nous reste environ quatre ou cinq jours supplémentaires de travail, confirma-t-il. Mon père dit que nous devrons travailler pour Thanksgiving et faire le repas de famille le vendredi.

Skipper laissa échapper un bruit de protestation et Richie jeta un regard derrière lui avant de saisir sa main.

— Oui, je sais. Pas de prolongation d’entraînement vendredi. Je sais que nous devions… tu sais… annoncer ensemble à toute l’équipe que nous sommes gays, mais pas cette semaine, soupira-t-il. Je suis tellement désolé.

— Ce n’est pas grave, murmura Skip, effaçant sa blessure.

L’entraînement du vendredi était déjà spécial, même sans leur grand plan de parler à l’équipe, mais il voyait à long terme à présent.

— Cela en vaut la peine si tu peux avoir ton week-end.

Richie s’arrêta dans l’embrasure de la porte et se tourna pour lui octroyer un gros câlin.

— Être avec toi en vaut la peine, dit-il simplement. Laisse-moi régler le problème avec mon père. Laisse-moi lui faire comprendre que je ne l’abandonne pas. Et, ensuite, ce sera toi et moi, d’accord ?

— Oui, d’accord, marmonna-t-il dans ses cheveux. Oui.

Reste simplement avec moi ce soir. Dors dans mon lit, sois là demain matin.

Il ne le dit pas à haute voix, mais ils se glissèrent dans le lit. Skip prit le rôle de la grande cuillère et il ne lâcha pas son amant de toute la nuit.

 

LE TÉLÉPHONE de Richie sonna à l’heure prévue et Skip sortit du lit avec lui pour préparer un café pendant qu’il était sous la douche. Il s’aperçut que la voiture du jeune homme était plutôt remplie de détritus lorsqu’il sortit pour récupérer sa tasse thermos de voyage. Elle était pleine d’emballages de restauration rapide et certains étaient même pleins de mégots. Cependant, il ne dit rien et se contenta de tenir le café de Richie prêt, avec beaucoup de crème et de sucre.

Richie lui prit la tasse des mains et lui sourit joyeusement.

— Tu essaies de me gâter pour que je reste ? demanda-t-il, rieur.

— Est-ce que ça fonctionne ?

Il prit une gorgée et lui fit un clin d’œil.

— Ça pourrait.

Skip s’avança pour un baiser et Richie lui en donna un bref, mais il recula ensuite.

— Pas de baisers assassins, d’acc’, Skipper ? Je dois nettoyer le merdier de ma famille. Je n’arriverai pas à le faire de toute la journée si je pense à ton baiser.

— Je t’aime, Richie, dit-il en embrassant sa tempe à la place.

— Je t’aime aussi.

Puis, il partit.

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