Coup d'envoi

Amy Lane · Chapitre 13 sur 18

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Coup d'envoi

Embûches et conséquences sur la route de Noël.

Embûches et conséquences sur la route de

Noël.

 

IL FAISAIT totalement nuit au moment où Skip tourna sur Grant Line. Il fit très attention à ne pas tourner à gauche dans le dépôt de ferraille et à la place, il continua pendant un autre kilomètre et descendit la longue allée jusqu’à la maison.

Au cours de l’été, la maison était une oasis verte composée d’un bosquet arboré, arrosé bien sûr, et d’une pelouse, le tout au milieu de grandes herbes qui étaient habituellement fauchées pour faire du foin. À cette période de l’année, s’il avait plu, le foin était encore de l’herbe verte sur des squelettes de chardons. La maison, elle-même, avec ses deux étages, sa façade jaune et le petit appartement au-dessus du garage, était à l’écart de la route. Tout arrivant pouvait se garer sur une petite zone de terre et de gravier près des arbres, puis emprunter l’allée à l’avant de la maison qui donnait vers le sud à un angle de quatre-vingts degrés par rapport à la route est/ouest. Skip n’avait aucune idée de la raison qui pouvait pousser quelqu’un à concevoir une maison comme celle-ci, à moins qu’il soit possible d’ignorer le trafic routier et la vaste étendue de néant qu’était encore cette région. Mais lorsqu’il se gara près des arbres, il se rendit compte que cette conception avait son utilité.

Personne ne l’avait vu rouler. Personne ne l’avait vu garer sa voiture juste derrière celle de Richie, une des (peut-être) sept voitures qui occupaient le petit parking complet. Skip était un secret, une surprise et s’il avait de la chance, il pourrait voir Richie avant que quelqu’un l’aperçoive.

Il longea le bosquet en restant dans l’ombre, sentit le tabac et entendit une voix dire « Dégueulasse ! » sur l’expiration.

Oh, bon sang. Il était vraiment l’homme le plus chanceux de la planète.

— Cette merde est vraiment mauvaise pour toi, dit-il en tournant le coin.

Richie était appuyé contre un arbre, regardant la maison et fumant. Il portait un jean et un pull, mais son pantalon glissait sur une taille qui était un peu plus mince qu’elle l’avait été, même depuis dimanche, et son visage était émacié. Il s’était rasé récemment, mais Skip pouvait voir à la lueur du porche qu’il avait raté des endroits. Eh bien, il n’avait personne pour qui se faire beau, peut-être.

Il vit Skip, laissa tomber sa cigarette sur la terre humide entre les racines de l’arbre et il l’écrasa, son visage s’éclairant d’excitation.

— Skip ! Oh, bon sang ! Oh, merde ! Qu’est-ce que tu fais…

Son expression se ferma et il ralentit son galop dans ce qui aurait dû être les bras de Skip.

— Skip, tu dois rentrer chez toi, mec, mon père ne doit pas t’attraper ici.

— Viens à la maison avec moi.

Richie se tut et le fixa. Skip franchit le dernier pas pour se retrouver dans l’espace de Richie. Il sentait plus lourdement le tabac que jamais et il estima qu’une partie de sa réticence venait qu’il pensait que Skip se rendrait compte de tout ce qu’il avait fumé ces derniers temps.

Qui s’en souciait ? Skip le prendrait avec la nicotine et tout le reste.

Il baissa les yeux et saisit ses doigts burinés et jaunis dans les siens.

— Skip ? dit Richie, incertain.

— Nous avons été outés devant l’équipe aujourd’hui, répondit-il en croisant son regard avec un sourire timide. Tu n’étais pas là, mais le père de McAllister nous a vus et Mac s’est montré tout prêt à jouer les intimidateurs idiots…

— Je vais le tuer, dit-il, sa voix s’effritant, en prenant la pommette de Skip en coupe dans sa main tremblante.

Skip attrapa la main près de sa joue et la maintint là.

— Tu n’as pas à le faire, dit-il en souriant, le souvenir toujours aussi doux. Toute l’équipe l’a simplement mis à terre. Ils lui ont dit de partir, qu’ils n’avaient pas besoin de lui s’il décidait d’être un abruti.

— Ils ont fait quoi ?

Oh, son incrédulité faisait plaisir à entendre. Elle reflétait tellement la sienne.

— Ils nous ont choisis, Richie. Ils préfèrent jouer avec nous, nous assumant et fiers, que s’aligner derrière McAllister, le grand enfoiré, n’importe quel jour. Ils nous ont choisis. Nous sommes leurs amis. C’était aussi simple que ça.

— Ce n’est pas si simple, dit Richie en levant sa main libre vers sa bouche. Tu sais cela, Skip. Ce n’est pas si simple.

— Non, accepta-t-il.

Skip se pencha en avant, embrassa sa tempe et combattit ce qui semblait bouillonner en lui. Eh bien, il pouvait compatir.

— Ce n’est pas si simple, reprit-il. Mais c’est énorme. Viens à la maison avec moi. Nous avons des amis. Nous pouvons être une famille. J’ai rencontré la famille de Carpenter, Richie, et ils n’étaient pas parfaits. Ils donnent l’impression à leur fils qu’il est un raté sans le faire exprès et, je le jure, si jamais je mange un truc appelé « tofurkey », tire-moi dessus avant que je l’avale. Mais à l’exception de leur expérience végétarienne et d’exposer qu’ils ont engendré la progéniture parfaite, à part Carpenter, merci à Dieu, ce sont de très bonnes personnes. Mais ils n’étaient pas parfaits. Et toi et moi ? Nous sommes vraiment des gens agréables. Nous pouvons avoir une très belle famille, même si elle n’est pas parfaite et c’est ce que tout le monde veut, tu vois ?

— Tu parles très sagement, Skip, dit Richie en lui adressant un sourire tremblant. Tu le sais ?

— S’il te plaît ?

Sa voix craqua, puis il continua.

— S’il te plaît ? Pour moi, Richie ? Tu pourrais continuer à vivre ainsi, mais… tu me manques tellement lorsque tu n’es pas chez moi. Je souffre et je pensais que j’avais l’habitude d’être seul. Seulement quelques week-ends et je suis perdu, j’ai besoin de toi ou mes sentiments sont complètement désordonnés et à vif…

Il allait perdre et commencer à gémir comme un vrai crétin, cependant Richie prit son visage entre ses mains burinées et l’embrassa. Oh, merde, tabac ou pas, Skip avant tellement besoin de le goûter ! Richie approfondit le baiser et Skipper passa ses bras autour de ses épaules. Il l’attira contre lui, cajola sa langue et se retira, ressentant le besoin de ce flux et de ce reflux. Cet échange périlleux entre qui donnait et qui recevait. Cela lui était plus nécessaire que l’eau, la nourriture et même respirer.

Richie gémit et recula avant d’enfouir son visage dans l’épaule de son compagnon.

— S’il te plaît, le supplia celui-ci à nouveau.

— Tu ferais mieux de le vouloir vraiment, menaça Richie, sa voix aussi âpre que la sienne.

— Je n’ai jamais autant désiré quoi que ce soit, répliqua Skip, son cœur se brisant presque de soulagement.

— Viens, ordonna son petit ami en saisissant sa main afin de le tirer vers l’entrée arrière du garage. Allons chercher mes vêtements.

Ils avaient peut-être fait cinq ou six pas vers la grande maison jaune lorsque le père de Richie apparut dans la porte d’entrée.

— Richie ! cria-t-il. Richie ! Bon sang, qui est là avec toi ?

— C’est Skipper, papa, répondit celui-ci.

Il s’arrêta et serra la main de Skip avec une force telle que ce dernier rêva qu’il ne la relâche jamais.

— Skip… Bordel !

Le père de Richie passa le coin de la maison et Skip put voir que les dernières semaines n’avaient pas été tendres avec lui. Ses cheveux roux étaient maintenant majoritairement gris et il en avait beaucoup moins à présent. Il avait perdu un peu de poids, comme son fils, mais il l’avait perdu dans son cou et ses joues. brusquement, Ike Scoggins ne ressemblait plus au propriétaire hargneux d’une casse automobile. Brusquement, on aurait dit un vieil homme.

Oh, bon sang. Richie devait être tellement déchiré.

— Bonjour, monsieur Scoggins, dit-il posément en lui tendant sa main droite puisque Richie tenait la gauche.

— Espèce de pédé, grogna l’homme en crachant sur le sol. Barre-toi loin de mon garçon !

— Je l’emmène chez moi.

C’était drôle de savoir que ces mots étaient peut-être les plus courageux qu’il n’ait jamais prononcés.

— Tu vas faire quoi ? éructa Ike en s’avançant.

Skipper se tendit. Il avait déjà fait cela auparavant aujourd’hui et il était totalement prêt à recommencer. Cependant, Richie le surprit. Il lâcha sa main pour pouvoir s’interposer entre son père et lui, puis il croisa férocement ses bras.

— Il m’emmène chez lui, déclara-t-il très clairement.

Et son père se calma brusquement.

— Richie, rentre à la maison.

— Non.

— Richie, je t’ai dit de rentrer à la…

— Pourquoi ? cria-t-il. Pour que Kay puisse continuer à mentir sur pourquoi son petit frère n’est pas venu ? Pour écouter ta sœur parler du dernier homme avec qui elle a couché ? C’est fini, papa. C’est fini. Rob et Paul t’ont volé, tu le sais, n’est-ce pas ?

L’homme sembla se rétrécir devant eux et détourna les yeux.

— Nous ne savons pas…

— Nous savons, dit-il en fusillant son père du regard. Nous le savons. Et toutes tes conneries comme quoi je dois être plus grand et plus fort, les conneries de Kay comme quoi je suis trop intelligent pour être bon à quoi que ce soit… c’est juste ça. Des conneries. Les sacs à viande préférés par tout le monde se sont barrés avec de l’argent et tu sais quoi ? Je suis le seul à pouvoir garder ton entreprise à flot. Et je peux continuer à travailler pour toi jusqu’à ce que la police te fasse fermer pour aide et incitation à la fraude à l’assurance et tout ce qui pourra arriver si tu n’avoues pas ce que Rob et Paul ont fait. Ou tu peux me virer parce que je suis gay.

Le coup de poing d’Ike aurait renversé son fils, mais Skip s’enroula autour de son petit-ami et le prit dans l’épaule.

C’était foutrement douloureux, mais il sauta devant Richie pour bloquer le prochain coup quand même.

Il arriva, mais à mi-vitesse et Ike Scoggins recula dans la lumière du porche, affichant un air confus, Skip grognant à peine en le recevant.

— Richie, je me fiche de ce que ce pédé t’a fait…

— Je suis gay, répéta Richie, plus fort cette fois-ci. Et je suis amoureux. Skipper me traite… comme un homme devrait être traité par quelqu’un pour qui il compte. Il écoute lorsque je parle. Il s’assure que notre maison est agréable…

— Notre maison…

— Oui, notre maison. Je l’ai décorée. Nous avons posé un nouveau carrelage. Je lui offrirai un chien pour Noël et nous nous assurerons qu’il est bien cloîtré dans la cour. Nous sommes amoureux, papa, tu ne le vois pas ? Comme maman et toi, il y a longtemps ? Nous sommes comme ça. Mais nous réussirons parce que Skipper est loyal. Et il est gentil. Et il ne laisse pas tomber les gens. Il n’est pas comme ça.

— Va-t’en, dit son père d’une voix atone. Éloigne-toi de moi, bordel. Je t’ai nourri, je t’ai protégé, je t’ai élevé et qu’est-ce que tu fais ? Tu te barres avec un suceur de queues quand j’ai le plus besoin de toi ?

— Si tu ne veux pas que je travaille avec toi, c’est d’accord, papa. Ce sera ainsi.

La tension s’évacua pendant un moment. Puis, Richie prit la main de Skip.

— Viens, Skip. Allons prendre mes vêtements.

— Tu devras me passer sur le corps… commença Ike.

— J’appellerai la police, papa, l’avertit son fils en sortant son téléphone. Tu m’as fait signer un bail… Il est au magasin, tu te souviens ? J’ai un bail, j’ai le droit de récupérer mes vêtements. J’ai le droit de prendre mes affaires et si j’appelle la police, ils se souviendront de toi. Ils pourraient commencer à poser d’autres questions sur Paul et Rob, et la prochaine chose que tu verras, ce sera la fin de ta précieuse activité parce que tu n’auras pas voulu laisser ton fils récupérer ses foutus vêtements !

Richie grondait, crachait et s’énervait et, au moment où il finit de parler, sa main dans celle de Skip semblait chaude de colère, brûlant de toute la colère qui s’était concentrée en lui toutes ces années.

Ike Scoggins était un homme brisé. Il se détourna en agitant sa main.

— Prends ton merdier, Richie. Tu as jusqu’après le dîner et si ton petit ami pédé et toi n’avez pas encore foutu le camp, je raconterai à l’autre frère de Kay ce que vous fabriquez là-haut.

— Nous ne ferons rien, parce que si nous devions faire l’amour dans ma chambre avec vous tous en bas, mes testicules se dégonfleraient, murmura Richie.

L’homme râla à moitié et commença à partir, mais Skip pressa son petit ami, le poussant aux épaules jusqu’à ce qu’ils soient tous les deux en haut de l’escalier au-dessus du garage.

 

RICHIE AVAIT raison. Cela ne prit pas longtemps. Il attrapa deux sacs à ordures du garage et ils jetèrent ensemble dedans tous ses vêtements et ses couvertures. Il avait quelques affaires de son enfance, des photos de ses parents quand il était bébé et même des photos de Kay, Ike et les garçons.

Il les prit toutes, mais sans précaution, et Skip se demanda où ils cacheraient tout cela afin que Richie puisse oublier que sa famille avait été aussi bousillée que la sienne.

Ils étaient en train de mettre le dernier chargement dans leurs voitures lorsque Skip entendit un « C’est quoi ce bordel ! » » provenant de l’intérieur de la maison

Richie et lui partirent et Skip vit un groupe de personnes surgir sur la pelouse dans son rétroviseur. Cela l’inquiéta momentanément, mais son compagnon lui avait dit que la famille de Kay n’agissait qu’en paroles. Il comprit qu’il avait raison lorsque personne ne les pourchassa.

Il se sentait soulagé.

Ce serait la première nuit à vivre ensemble et pas seulement à jouer à être à la maison.

Skip savait que cela ne serait pas parfait, mais il espérait que ce serait un commencement.

 

ILS MIRENT la plus grande partie des affaires de Richie dans le garage, mais réussirent à ranger la plupart de ses vêtements à l’intérieur. Ils terminèrent après quelques moments frénétiques à tout pousser dans les tiroirs et trouver de la place dans l’armoire.

Richie avait emménagé ici… Ta-daaa !

Et ils étaient tous les deux affamés.

Skip prépara du pain grillé, sortit le beurre et fit sauter des saucisses pour leur repas.

Ils se jetèrent dessus sans aucune hésitation. Skip avait déjà mangé la moitié de son repas avant de lui dire qu’il avait prévu de faire une petite dinde, des pommes de terre à l’ail, des patates douces, du fromage et environ six autres plats, pour le samedi après leur retour du match.

Richie secoua la tête et se servit une part de saucisses et de fromage en tranche.

— Non, dit-il en jetant un bout de saucisse dans sa bouche. Tu pourras faire tout cela à Noël. Nous inviterons Carpenter, Jefferson et peut-être Jimenez et Cooper parce qu’ils ne font pas grand-chose pendant les fêtes et tu pourras cuisiner jusqu’à ce que nous devenions tous gros, ça te dit ?

Skip lui sourit, pensant qu’il avait l’air bien dans la cuisine. Cependant, il voulait le voir ailleurs. Le canapé serait bien, peut-être, mais le lit était son but ultime. Absolument. Le lit, définitivement.

— Oui, dit-il en ressentant une sorte d’émerveillement. Nous pouvons… nous pouvons faire un vrai Noël et les gens viendront et…

Il déglutit, une partie de son effervescence disparaissant.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? s’inquiéta Richie en couvrant la main de Skip avec la sienne à travers la table.

— C’est… Tu sais… Des rêves stupides que tu fais lorsque tu es enfant, expliqua Skip en secouant la tête. Tu seras une star de cinéma ou un astronaute. Tu seras un athlète et tu auras des tonnes d’amis et quelqu’un chez toi qui se préoccupera que tu vives ou que tu meures. Mais ceci… Ceci, toi et moi, je n’ai jamais rêvé de l’avoir, tu sais ? C’est tout ce que j’ai toujours voulu.

— Oui ? demanda le jeune homme avec un sourire lent à apparaître et timide.

— Oui.

— Moi aussi, affirma Richie avant que son sourire se fane et qu’il caresse la joue de son amant avec son pouce. Tu as un œil au beurre noir, tu le savais ?

Il haussa les épaules et sentit la contusion là où monsieur Scoggins l’avait frappé tirer dans son bras.

— Eh bien, tout le monde voulait me frapper aujourd’hui, dit-il avant de grimacer parce que ce n’était pas l’entière vérité. D’accord. C’est un peu un mensonge. J’ai frappé McAllister en premier.

— Tu l’as frappé en premier ? s’exclama Richie, bouche bée. Merde, Skip… qu’est-ce qu’il a dit ?

— Je ne m’en souviens pas, mentit-il en fronçant les sourcils, sachant obstinément qu’il ne répéterait jamais cela. Mais ce n’était pas sympathique.

Richie arrêta de caresser sa joue et porta ses doigts à ses articulations contusionnées.

— Regarde-moi, Sir Galahad.

— Tu as joué à The Order, n’est-ce pas ? répliqua-t-il en souriant.

— Oui.

Il se tut et porta les articulations de Skip à ses lèvres. Il se recula ensuite et lui adressa un autre de ses sourires timides.

— Tu, euh, es venu directement de l’entraînement ? demanda-t-il avec délicatesse.

Skip se regarda, ses protège-tibias sous ses chaussettes, de la boue étalée à peu près partout de ses chevilles à ses hanches.

— Oh, bon sang. J’ai cuisiné comme ça ! s’exclama-t-il avec un geste d’horreur, faisant rire son petit ami.

— Oui, tu es venu tenir tête à mon père en tenue de sport et protège-tibias. Bon sang, je garderai ce souvenir pour toujours. Mais tu n’es pas obligé de garder cette tenue plus longtemps.

— Oui, je… je reviens dans vingt minutes, dit-il en se levant avec empressement.

— Aucune urgence, affirma Richie en se mordant la lèvre, toujours souriant. Je ferai la vaisselle pendant que tu te doucheras. Il s’avère que je vis ici.

Et son sourire s’élargit.

Skip hocha la tête et dut se forcer à se détourner ou il aurait embrassé Richie alors qu’il puait le phoque, était boueux… et presque en pleurs. Richie habitait ici. Ses vêtements étaient dans ses tiroirs et l’arrangement de fleurs qu’il avait choisi trônait sur la table. Il serait là samedi et lundi matin et tous les jours entre les deux.

— Dans vingt minutes, dit-il se sentant fier lorsque sa voix ne trembla pas.

Il jeta ses vêtements dans le panier à linge et ouvrit les robinets de la douche, voyant le carrelage blanc et les moisissures dans les coins au fur et à mesure qu’il s’avançait dessous. Il appuya sa tête contre le mur, effrayé subitement une nouvelle fois. Comment vais-je faire une maison pour toi ? C’est tout ce dont je rêvais enfant, mais je n’avais que des rêves lorsque j’étais enfant.

Il pensait qu’il était près de dépasser ce moment d’incertitude lorsque le rideau de douche s’ouvrit et Richie entra. Skip essuya son visage sur son bras et tenta de lui sourire, mais son petit ami secoua la tête et passa ses bras autour de sa taille en appuyant sa joue contre le dos de Skipper.

— Est-ce que tu flippes un peu ? demanda Richie à peine assez fort pour surpasser le bruit de l’eau.

— Ça vient juste de me frapper, déclara Skipper. Je veux te donner une maison et je pense que je sais comment, mais tu sais, je n’ai pas vraiment une bonne feuille de route.

— Tu ne savais pas comment nous entraîner lorsque tu as commencé non plus, souligna Richie en riant un peu, le serrant plus fort contre lui. Je commence à penser que grandir n’est pas aller à l’école ou même payer son premier loyer. C’est apprendre à louvoyer quand tu n’as pas d’autre choix.

Skipper rit à nouveau, rassuré.

— Eh bien, alors nous sommes bons, dit-il en se tournant avec douceur dans les bras de Richie. Je n’ai pas le choix ici, Richie. J’ai essayé de ne plus nous imaginer ensemble et c’est… C’est tellement douloureux. C’est pour ça que je suis venu te chercher. J’en suis certain.

Richie s’arrangea pour que Skip reçoive toute l’eau sur sa nuque et que lui-même n’ait pas d’éclaboussures dans les yeux.

— N’imagine jamais la vie sans moi, dit-il sobrement. Cela me fait souffrir que tu puisses envisager ça.

Skip était fatigué de souffrir. Il était prêt pour la joie.

Il baissa la tête et prit la bouche souriante de Richie au goût du dentifrice. Richie avait dû se brosser les dents après avoir fini de faire la vaisselle, ce qui était une bonne idée.

— Plus de cigarettes, murmura celui-ci contre ses lèvres. Je le promets.

Skip hocha la tête, mais il ne pouvait pas parler. Il l’embrassa doucement puis à nouveau, durement. Il l’embrassa vraiment, puis il le taquina. Richie le suivit avec voracité, collé si fort contre son torse que même l’eau n’arrivait pas à couler entre eux.

— Est-ce que j’ai enlevé toute la boue ? demanda Skip lorsqu’il se recula pour respirer parce qu’il avait de vagues souvenirs de s’être savonné avant de se perdre dans son stress.

Richie baissa les yeux et se mit à rire.

— Donne-moi le gant, Skip. Tu as de la boue jusqu’en haut de tes jambes. Tu as juste lavé l’essentiel.

Skip le lui remit et il se retourna automatiquement. Le gant de toilette savonneux caressa sa cuisse juste sous ses fesses et il grogna.

— Je ne pensais pas que j’avais de la boue aussi haut, dit-il en riant sans broncher.

— Eh bien, c’est près des parties sales, gloussa Richie.

Il se pencha contre le bras de Skip et embrassa son épaule. Son bras bougea et le tissu savonneux et chaud atterrit de nouveau près du territoire interdit. Skip grogna et se pressa à nouveau contre le carrelage.

— L’eau va être bientôt froide, dit-il en inspirant.

Mais ils étaient lancés comme s’ils avaient l’impression qu’ils ne pourraient plus jamais se caresser ainsi et chaque terminaison nerveuse était en alerte maximum.

— Oui, eh bien, je dois tout enlever.

Il croisa les yeux de Richie avec un petit sourire et ce dernier glissa un bout de doigt sur son entrée.

— Ooh.

Il frémit et s’appuya à nouveau contre le mur de la douche. Richie enfonça soigneusement son doigt humide et le sexe de Skip pulsa douloureusement contre sa cuisse.

— Tu, euh, penses que tu pourrais essayer autre chose, ce soir ? demanda-t-il en souriant à cette idée.

— Pas ce soir, répondit son amant en agitant son doigt. Désolé, Skipper, ça m’a trop manqué de t’avoir en moi.

— Oui, eh bien, je peux voir pourquoi.

Skip se raidit et éjecta le doigt de son amant avant de tendre la main à l’extérieur pour attraper les serviettes. Il en tendit une à Richie et ils se séchèrent tous les deux et sortirent de la douche.

Ils se dirigèrent nus vers la chambre et Skip se tourna vers son petit ami, ses lèvres un peu tordues.

— C’est agréable, dit-il.

Le lit avait été préparé, des serviettes de toilette propres, ainsi que leur petite bouteille de lubrifiant, étaient posées sur la table de nuit.

— C’est comme si nous étions en lune de miel, ajouta-t-il.

— Je… je ne veux jamais que tu penses que tu pourrais avoir un meilleur rêve, acquiesça Richie.

— Non, non, chuchota-t-il.

Il accrocha le cou de son compagnon afin de l’attirer dans un baiser qui pourrait mener quelque part.

— Pas de meilleur rêve que ça, le rassura-t-il avant de l’embrasser.

Oh d’abord, il devait trouver la force d’aller lentement. Richie aimait la lenteur, aimait ce qu’il ressentait lorsque Skip reposait sur lui et glissait, poitrine contre poitrine, s’embrassant et se grignotant dans le cou, balbutiant sur la courbe de son oreille. Ils étaient tellement prêts que la main de Skip descendant sur la hanche de Richie le fit haleter. Ce dernier arqua sa poitrine, poussa son mamelon dans la bouche de Skip qui le dévora, le tira et le dégusta jusqu’à ce que son amant tressaute contre sa cuisse.

— Skip ! se lamenta-t-il. Nous ne pouvons pas aller lentement. Pas maintenant. J’ai besoin de toi.

Skip se redressa tant bien que mal, son sexe gouttant et se balançant pendant qu’il bougeait. Richie commença à se lever aussi, mais il posa une main sur sa poitrine et secoua la tête.

— Je veux te regarder, affirma Skip se rappelant dimanche soir.

Oui, certains soirs étaient bons pour l’autre position, mais il ne voulait pas cela maintenant.

Richie hocha la tête, les yeux écarquillés. Ils n’avaient pas éteint et Skip remarqua chaque muscle noueux sous ses côtes, chaque centimètre mince et sec de lui. Il avait perdu du poids, ces deux dernières semaines et Skip l’aimait un peu plus épais, mais sa peau pâle, si pâle, ses poils roux… Il était si beau.

Il attrapa le lubrifiant et Richie serra ses cuisses sur sa poitrine. Skip lui fit un clin d’œil et passa ses mains sous ses cuisses, puis il sépara ses globes fessiers et se pencha. Il le pénétra avec sa langue, la faisant tourner, secouant la tête et jouant jusqu’à ce Richie frappe doucement son dos avec ses talons.

— Arrête de faire l’idiot, Skipper. J’ai vraiment besoin que tu me prennes.

Son compagnon se retira et se mit à rire, son visage brillant de sa propre salive, puis il enduisit son sexe de lubrifiant et le caressa.

— Je t’ai déjà dit que j’aimais ta queue ? demanda Richie avec un sourire diabolique.

— Ma queue ?

— J’aime la longueur, acquiesça-t-il. J’aime la largeur, la couleur…

— La couleur ?

Skip se positionna avec précaution jusqu’à ce qu’il puisse sentir le muscle élastique de son amant, relâché et réticent à la fois.

Richie hocha la tête et rejeta sa tête en arrière. Skipper regarda ses abdominaux travailler pendant qu’il s’efforçait de se détendre, de l’accepter, de l’accueillir.

— Plus particulièrement, je l’aime dans mon fourreau, conclut-il en inspirant et se poussant afin de l’absorber d’un seul coup.

— Ooh… Oh. Oh, bon sang.

Skip ferma les yeux et bascula vers l’arrière, puis vers l’avant.

— Ça me manquait, dit-il en inspirant. Est-ce bizarre ?

— Pas plus bizarre que ça m’ait manqué que tu me le fasses, dit Richie, s’abandonnant au rythme de son amant. Oh… Merde, Skip, tu ne pourrais pas aller un peu plus vite ?

Skip saisit les cuisses de Richie et le hissa afin que ses genoux se retrouvent pliés sur ses épaules, puis il bascula ses hanches vers l’avant rapidement. Oooh, c’était comme s’il avait été libéré. Richie s’étendit, s’abandonna en dessous de lui. Il faisait des bruits plus forts et plus aigus alors que Skip le martelait durement, rapidement et sans retenue, son cœur tonnant comme s’il allait éclater.

Les mains de Richie serrèrent les couvertures et il jouit, la semence blanche atterrissant sur son estomac, sa poitrine et son menton. Il jaillit, une joie profonde inscrite sur son visage. Skip se laissa tomber en avant sur ses coudes, son orgasme le transperçant, ses hanches ne recevant pas le message. Il enfouit son visage dans le creux de l’épaule de Richie, gémit et jouit.

Sa respiration tirait si fort dans sa poitrine qu’il voyait trouble. Puis, à mesure que le monde redevenait tangible, il sut que Richie lui murmurait des choses, embrassait sa tempe, caressait son cou et ses épaules, caressait sa joue. Skip retourna les douces caresses, les mots silencieux.

— Hum…

— Oui.

— Bon.

— Oui.

— Peau contre peau.

— Tu es toujours en moi.

— C’est ma place.

— Reste.

— Toi aussi

— D’acc’, nous resterons.

Leur respiration revint à la normale et Skip glissa sur le côté, riant un peu, enlaçant ses doigts avec ceux de Richie une fois que celui-ci eut roulé sur son côté et se soit positionné en face de lui.

— Qu’est-ce que tu veux faire demain ? demanda-t-il à Richie en souriant sous la lumière.

— Me réveiller ici.

— Après ça ? dit Skip sans pouvoir s’arrêter de sourire.

— Petit-déjeuner et football.

— Après ça ? répéta-t-il, souriant tellement qu’il dut fermer les yeux.

— Décorations de Noël, répondit Richie en se rapprochant afin de lécher le bout de son nez. Nous décorerons la maison pour Noël, puis au printemps, nous pourrons remplacer cet horrible carrelage dans la cuisine.

Skip vibrait pratiquement de bonheur.

— Et lundi ? demanda-t-il, même pas certain de ce qu’il espérait.

— Je me procure un costume et je commence les recherches pour un travail, déclara Richie, lui-même songeur. Bon sang, je vais avoir mon propre travail sans rapport avec mon père.

Et ce fut tout. Le bonheur s’infiltra dans les os de Skip. Il se figea et ouvrit les yeux.

Richie était toujours là, le regardant comme si à eux deux ils avaient la formule magique qui pouvait faire briller le monde.

Peut-être que c’était le cas.

 

ILS GAGNÈRENT le match le lendemain, alors qu’ils n’auraient probablement pas dû. Carpenter était en passe de devenir un très bon défenseur… Quelques tours de piste, quelques exercices les jours sans entraînement et il serait génial. Cependant, plus tard, pendant la séance pizza et bière, l’équipe s’avéra convaincue que Skip et Richie avaient, en quelque sorte, ravi la vedette.

— Vous étiez en feu, les gars ! s’écria Thomas avec un rire, arrosant le feu avec une grande gorgée de bière. Qu’est-ce que c’était ce truc ? C’est comme si votre grand secret gay était sorti et que vous ne pouviez plus rater un tir !

— Chut ! dit Skip en mettant un doigt sur ses lèvres. Il ne faut rien dire aux autres équipes, sinon tous les avants vont commencer à se baiser les uns les autres !

Une grande hilarité s’ensuivit, suivie d’une autre tournée de bière. Et lorsqu’ils conclurent tous ensemble sur « Same Bat time, Same Bat channel

1 » Skip avait cette lueur, ce réconfort au creux de son estomac. La ligue de football amateur, oui. Cependant, ces hommes avaient choisi de rester avec eux.

Dimanche, ils passèrent leur temps à faire ce que Richie avait suggéré. Ils sortirent dans le matin glacé afin de trouver leur sapin et ils revinrent avec un arbre d’un mètre cinquante pour le mettre dans le coin près de la télévision. Le vrai travail commença ensuite et ils se rendirent chez Target et le magasin à un dollar pour les lumières intérieures, extérieures, des ornements et des décorations ainsi que de la fausse neige pour mettre au-dessus de l’écran plat afin qu’ils puissent l’arroser avec des paillettes.

Richie fit à nouveau son truc magique avec le magasin à un dollar et de l’ingéniosité. Il sortit avec une boîte anniversaire de mini-ballons de football, environ une douzaine. Ils passèrent une demi-heure à faire des petits trous en haut et en bas et à les relier par un ruban afin de pouvoir décorer leur arbre avec des ballons de foot parce que c’était ce qui les rapprochait.

Skip fit du chocolat chaud et ils regardèrent Mad Max 2 dans le salon, ce soir-là. Ils essayèrent aussi de faire une liste ce qui devrait et ne devrait pas être un film de Noël, Mad Max étant, hélas, exclus de la liste, mais il fut décidé que les quatre premiers films Die Hard pouvaient rester.

C’était un début et Richie trouva de la musique de Noël sur Spotify et la joua pendant qu’il offrait à Skip ce qu’il appelait « l’esprit Noël ». Il le compléta par de la crème fouettée pendant que son amant assis sur le canapé perdait l’esprit.

C’était une tradition de Noël qu’il pourrait adopter.

Ils installèrent les lumières de Noël lundi, pendant que Richie racontait à Skip ses entretiens d’embauche et évitait, évidemment, de lui parler des cinq cents millions d’appels de son père qu’il avait ignoré pendant qu’il faisait cela.

Skip lui posa la question lorsqu’ils eurent fini d’accrocher les lumières. Puis, toujours debout à l’extérieur alors que la lumière descendait derrière les maisons de l’autre côté de la rue, il tint son petit ami dans ses bras parce que toutes les craintes du jeune homme, ses blessures se répandirent comme un feu d’allumette, prenant des proportions épiques. Skip le laissa faire. Richie devait parler de tout cela, ou se serait éternellement dans son subconscient alors qu’ils essayeraient de se construire une vie.

Il devait connaître l’étendue des ruines alors qu’il posait les bases.

Finalement, Richie s’arrêta alors que le minuteur des lumières se mettait en marche. Ils étaient encore à l’extérieur, sous le mûrier stérile, celui où Richie avait accroché les poupées en plastique mutilées pendant Halloween. Ils l’avaient paré de lumières, avaient pendu de grandes décorations en plastique qui s’allumèrent et aussi rapidement que le tic-tac de la pendule, ils furent entourés par la féerie des lumières brillantes contre un ciel obscur.

Richie leva les yeux et sourit alors, son visage débarrassé de la tension et des problèmes.

— Regarde ce que nous avons fait, dit-il, ravi.

— Oui, acquiesça Skip.

Toutes les lumières de la rue devaient être réglées pour dix-huit heures, parce qu’au même moment, tout le quartier s’éclaira et ils sortirent sous la lune, entourés de scintillements et de rêves.

— Regarde ce que nous avons fait.

Richie leva son visage gelé pour un baiser et Skip le lui donna avec plaisir. La blessure serait toujours là, Skip continuerait à pleurer sa mère et la vie qu’ils auraient pu avoir si elle avait pu tenir le coup. Cependant, les ruines ne l’avaient pas détruit et les décombres de l’ancienne vie de Richie ne le feraient pas non plus.

Ils avaient tellement de potentiel pour construire de bonnes choses.

À la fin de la semaine, Richie avait trouvé un travail temporaire et bien qu’il ne soit pas idéal, c’était une source de revenus dont il pouvait être fier et c’était bien. Ils perdirent leur match le samedi, mais ils étaient toujours à la recherche d’un emploi pour Richie et ils ne s’en soucièrent pas. À la fin de leur réunion pizza bière, ils avaient décidé que Carpenter, Jimenez et Thomas, qui venait de rompre avec sa petite amie et était retourné chez ses parents, ainsi que Jefferson et sa mère se tasseraient tous dans la petite maison de Skip et Richie pour le réveillon de Noël.

Richie dit à son compagnon, alors qu’ils partaient, qu’ils devraient probablement acheter des meubles de jardin, un foyer extérieur ou au moins un chauffage au kérosène afin que les gens puissent sortir s’ils le souhaitaient.

Eh bien, il avait une terrasse, n’est-ce pas ?

Ils n’avaient pas gagné assez de matchs en équipe pour participer au tournoi la semaine avant Noël, mais personne ne paraissait chagriné. Ce qui importait, c’était que l’équipe puisse s’inscrire à la deuxième session, prête à démarrer après le Nouvel An. Ils finirent la pizza et la bière le soir du dernier match de la saison avec un tour complet de toasts à la bonne santé de tous et de bonnes fêtes. Skip et Richie avaient fait du pain pour l’offrir à tous ceux qui ne venaient pas chez eux pour le réveillon et chaque boule fit plaisir.

Ils rentrèrent chez eux, fatigués, mais heureux et firent une liste entre eux de ce qui devait être fait avant de recevoir toute cette compagnie dans une semaine.

Le van du père de Richie était stationné devant leur maison lorsqu’ils arrivèrent chez eux.

1 À la fin des épisodes de Batman dans les années 60, le présentateur disait Next week, same Bat

time, same Bat channel, la semaine prochaine même Bat-heure, même Bat chaine.

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