Coup d'envoi

Amy Lane · Chapitre 6 sur 18

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Coup d'envoi

Membres nus et feuilles tombées.

 

CETTE NUIT-LÀ, ils firent à nouveau la chose, mais c’était différent. C’est comme s’ils avaient poussé hors de leur route les quelques « on baise tout de suite » et qu’ils pouvaient aller plus lentement. Skip fut doux avec Richie lorsqu’il sut qu’il allait jouir, se retirant et laissant son sexe sortir de sa bouche avec un flop et se rafraîchir à l’air. Richie traîna un peu sur la fellation qu’il faisait à son ami, ralentissant lorsque celui-ci l’avertit et bougeant afin que Skip puisse le masturber pendant qu’il le prenait jusqu’au fond de sa gorge.

Ils éteignirent cette fois parce qu’ils étaient tous les deux fatigués et que Richie avait dit qu’il avait mangé trop de chocolat pour faire la chose des fesses. Ce n’était pas grave. Le contact sexuel, l’explosion de l’orgasme derrière les paupières de Skip, le petit gémissement de Richie alors que son visage était enfoui dans la cuisse de Skip, tout cela rendait la journée parfaite.

Mais ils durent se lever tôt le lendemain matin. Leur réveil fut un jeu affolé de « Je suis le suivant » dans la minuscule salle de bain de Skip. L’un se rasa pendant que l’autre allait aux toilettes et l’un se doucha tandis que l’autre se rasait. Ils finirent par s’habiller ensemble, Skip enfilant son polo et son pantalon bronze et Richie mettant son bleu de mécanicien et son jean.

Skip mit un toast dans la main de Richie avant qu’ils sortent. Ce dernier s’arrêta, une main sur la poignée de la porte, son sac de voyage sur son autre épaule et Skip l’attrapa brusquement. Il l’attira ensuite dans un minutieux lèvres à lèvres, sexes durcissant et tétons tendus et malmenés. Il le relâcha ensuite et Richie lâcha la poignée de la porte pour se frotter les lèvres.

— Pourquoi ai-je droit à cela ? s’étonna-t-il.

Skip était déjà échauffé par le baiser, mais il savait que son visage était encore plus rouge.

— Juste… n’oublie pas ce week-end. D’acc’ ? C’était… tu sais. Comme le meilleur week-end de ma vie. J’en veux un autre.

— Tu en veux un autre ? répéta Richie avec un sourire presque timide.

— C’est d’accord ? dit Skip en se tordant la lèvre.

— Oui. Je… Oui ! s’exclama-t-il avec un sourire émerveillé renaissant sur son visage.

Il posa une main sur la nuque de Skip et il le tira vers lui pour un autre baiser, et cette fois, Skip souriait lorsqu’il se termina.

— Nous allons refaire ceci, n’est-ce pas ? demanda Richie, leurs visages si proches que Skip pouvait sentir son souffle sur ses lèvres.

— Le week-end prochain, promit Skip imprudemment. Nous pourrons sortir au cinéma le vendredi soir. Jouer samedi… Je ne peux pas promettre que nous gagnerons…

— Qui s’en soucie ! répliqua son ami, clairement enchanté. Vendredi ! J’ai une raison pour survivre à cette foutue semaine maintenant ! C’est génial !

Il sortit avant que Skip puisse lui dire qu’il pouvait venir n’importe quand. Chaque jour était un jour où il pouvait traîner sur son canapé, jouer à ses jeux vidéo, se déshabiller et attenter à la pudeur d’un Skip totalement consentant.

Mais ce n’était pas grave, parce qu’ils feraient un truc ensemble vendredi.

Richie trouverait le chemin de sa porte lorsqu’il en aurait besoin, n’est-ce pas ?

 

À MIDI, Skip fixait son téléphone comme s’il détenait les secrets de l’univers.

— Skip, murmura Carpenter. Tu as un appel !

Il fixa son bureau, jura et, ignorant son téléphone portable, il décrocha sa ligne de travail et pressa son jouet antistress en forme de cerveau.

— Services Entreprise Tesko Tech ! Skipper à l’appareil. Comment puis-je vous aider ?

— Oh, salut ! Skipper ! Génial ! Je retombe sur vous, quelle chance !

Oh, bon sang. Il leva les yeux au ciel à l’attention de Carpenter et forma les mots « Monsieur Porno Gay » avec sa bouche.

Son collègue fit un geste obscène en utilisant son poing et sa bouche fermée avec sa langue dans sa joue.

Skipper sourit et aida monsieur Porno Gay à régler son problème.

— Nous devrions arrêter de nous rencontrer comme ça, Skipper, dit son client en riant lorsqu’il eut fini. Avons-nous une chance de nous voir autrement ?

Oh, merde.

— En fait, je vois quelqu’un, maintenant, monsieur, dit-il en soupirant sombrement. Et ceci est hautement inapproprié.

— Oh…

Ce son n’était pas prometteur parce qu’il ne semblait pas que son interlocuteur soit prêt à raccrocher. En fait, il ne l’était pas du tout.

— Vous voyez quelqu’un. Vous n’avez pas dit que c’était une fille. Vous avez dit quelqu’un. Je trouve cela intéressant. Pas vous ?

— Merci d’avoir utilisé les services de Tesko. Si vous avez des questions ou des plaintes concernant le service que nous venons de vous offrir, n’hésitez pas à composer le numéro fourni par votre manuel de l’employé. Encore merci et bonne journée.

Il raccrocha avant d’ajouter avec passion.

— Sans moi.

— Quel est le problème, Skipper ? Il a du mal à comprendre que non c’est non ?

— Purée, tu pourrais croire que cet homme… Je ne sais pas, comprendrait l’allusion, dit-il en se tournant vers son ami en secouant la tête. Je lui ai dit que je voyais quelqu’un…

— C’est vrai ? s’exclama Carpenter en le regardant avec avidité tout en prenant une grosse gorgée de son eau aromatisée. Raconte.

— Tu agis comme si je n’étais jamais sorti avec quelqu’un, répliqua-t-il en clignant des yeux.

Carpenter leva les yeux au ciel et prit une autre gorgée avant de répondre.

— Ma dernière petite amie date d’un an auparavant. Elle était douce, cela ne la dérangeait pas que je sois gros et elle m’a quitté lorsque son ancien petit ami est revenu parce qu’elle l’aimait encore. C’était très triste. Ta dernière petite amie était Ambre. Tu as rompu pour des raisons inconnues, environ cinq mois avant que Trisha et moi-même rompions. Le fait que tu aies quelqu’un est une grosse affaire. Allez, mec, tu es mon seul ami qui ne vit pas en ligne. Donne-moi quelques détails de la vie réelle.

Pendant un moment, Skip voulut plus que tout lui parler de Richie. Son collègue appréciait les causes politiques libérales. S’il avait dû parier, il aurait misé de l’argent sur le fait que sa vie amoureuse ait changé magiquement de « Ambre » à « Richie » ne l’étonnerait pas plus que cela.

Mais… Richie n’avait pas encore dit que qu’ils étaient ensemble et cela le retint. Son ami avait dit qu’ils se verraient pendant le week-end, mais ce n’était pas une admission… d’engagement.

C’était juste « hé, mon pote, qu’est-ce que tu fais le week-end prochain ? », « Eh bien, j’ai pensé que nous pourrions essayer de faire à nouveau ce truc de baiser, qu’en penses-tu ? », « Cela semble génial, Skip… à propos de baiser à nouveau mon cul ! »

Richie et Carpenter se voyaient tout le temps. Ils s’appréciaient. Skip ne pouvait pas parler à son collègue au sujet de… la nouvelle, foutue chose, parce que cela ne serait pas juste.

Il regarda encore une fois son téléphone, longuement. Ce serait tellement plus facile si Richie et lui pouvaient juste échanger par texto, de la manière dont Ambre lui envoyait des messages. Quelle idiotie… donner des informations au sujet de ta journée merdique.

En fait…

— En fait, comment sais-tu quand tu dois envoyer un texto à quelqu’un ? demanda-t-il pensivement à Carpenter. Existe-t-il une manière de le faire ?

— Je ne sais pas, répondit celui-ci en grattant le chaume sur ses joues. Tu vas revoir cette personne ?

Skip sourit en se souvenant combien Richie avait été excité.

— Oui, ce week-end. Tu sais, après le match.

Et avant aussi et, bon sang, ne serait-ce pas formidable se pouvoir se voir après l’entraînement ?

— Waouh, tu as trouvé quelqu’un qui pourrait graviter autour de ton obsession du football ! s’exclama Carpenter en laissant échapper un sifflement bas. C’est sérieux. Tu as abandonné une partie en réseau pour le football, mon ami.

Celui-ci leva les yeux et vérifia sa liste d’appel. Pour l’instant, c’était assez calme et l’heure du déjeuner était proche.

— Viens, allons manger déclara-t-il en tapant son code de coupure et faisant un geste pour que Carpenter fasse de même. Et tu sais, tu pourrais jouer aussi. Ça pourrait être bon pour toi.

— J’ai dû prendre trop de café ce matin. Je pourrais jurer que tu viens juste de dire que je pourrais jouer dans ta précieuse équipe de foot, s’exclama Carpenter, s’arrêtant de frapper son code.

— Pourquoi pas ? répondit Skip en haussant les épaules pendant que son collègue finissait d’entrer ses chiffres. C’est une ligue amateur… personne n’est là pour jouer sa peau, tu sais ?

— Oui, je suppose que le fait que je sois un gros idiot qui ne peut probablement pas se traîner à travers le terrain t’a totalement échappé, dit Carpenter en levant les yeux au ciel.

Skip fronça les sourcils et ils coururent ensemble hors du bâtiment vers la sandwicherie à un rythme honorable. Novembre avait visiblement arrêté les jours ensoleillés et venteux d’automne et inauguré un brouillard bas et les jours froids et humides de la saison. Ah, eh bien, ce serait un peu plus agréable lorsque Skip courrait ce soir après le travail.

— Écoute, puisque c’est un tournoi d’hiver, nous courrons et ferons des exercices jeudi soir. Viens à l’entraînement et apprends à jouer avec nous. J’apporterai mon vieil équipement, ça ira. Nous n’avons eu qu’un seul remplaçant cette saison. Avoir quelqu’un pour remplacer les défenseurs serait génial. Tu peux être celui qui traîne devant le gardien et garde le but vierge.

Carpenter grogna, mais il le suivit alors que Skipper ne traînait pas.

— Est-ce qu’ils me haïront s’ils perdent à cause de moi ?

Skip se souvint du moment où il avait tiré pour marquer et que le ballon avait heurté la barre et avait rebondi vers le milieu du terrain. Par un coup de chance, le milieu de terrain de l’équipe adverse l’avait récupéré à mi-hauteur et avait marqué le but de la victoire contre les Scorpions. L’équipe, pratiquement les mêmes gars, avait ri jusqu’à ce qu’ils quittent le terrain.

— Non, répondit-il avec sincérité. Notre équipe n’aurait pas duré longtemps s’ils étaient tous des connards.

Son collègue pantela, souffla légèrement et ralentit alors qu’ils approchaient de la sandwicherie.

— Oui, haleta-t-il en souriant. Pourquoi pas ? Dieu sait qu’un peu plus d’exercice ne me ferait pas de mal.

Skip sourit.

Il était heureux d’avoir trouvé un moyen de distraire Carpenter et parce qu’il avait maintenant réellement quelque chose à envoyer par SMS à Richie qui ne soit pas ennuyeux ou pot de colle.

Il sortit son téléphone de sa poche pendant qu’ils faisaient la queue et fut étonné de voir qu’il avait reçu un texto de Richie.

Hé. Comment se passe ta journée ?

Bon sang ! C’était comme si les nuages et le brouillard s’étaient séparés et que le soleil s’était finalement répandu sur Carmichael.

Pas mal. J’ai convaincu Carpenter de venir s’entraîner avec nous jeudi et peut-être d’être remplaçant samedi.

☹

L’emoji le prit au dépourvu.

Je pensais que nous avions des plans pour samedi.

Eh bien, je lui ai dit que j’avais un rendez-vous après. Il ne s’attend pas à ce que je traîne après.

☺ Bien. Je suis content d’être ton rendez-vous.

☺ Moi aussi. Mais c’est d’accord pour Carpenter, n’est-ce pas ?

Tant qu’il ne passe pas dans la soirée pendant le week-end, la vie est belle.

Skip dut passer sa commande, donc il arrêta les textos et Carpenter et lui discutèrent des exercices qui seraient le mieux adapté pour lui pendant le déjeuner.

Mais à la fin du repas alors qu’ils rentraient un peu plus lentement parce qu’ils étaient un peu pleins tous les deux, Carpenter changea de sujet.

— Alors, à qui envoyais-tu des textos, tu sais, lorsque nous faisions la queue ?

Skip fut fier de lui… Il ne rougit pas, ne se troubla pas et, merde, son cœur n’accéléra pas trop.

— Richie… Je l’informais juste que tu jouerais avec l’équipe. Il a dit oui, c’est bien.

— Humm, murmura Carpenter presque pour lui-même. D’accord. Je suis content de savoir que tu as éclairci ça avec ton ami.

— Oui, eh bien, tu sais. Richie est un bon gars. Il est heureux que tu embarques avec nous.

Il n’entendit pas sa réponse et c’était tout aussi bien. Ils étaient un peu en retard de leur pause et ils devaient se dépêcher de rejoindre leurs postes ou ils auraient des ennuis. C’était bien, cependant… Sa principale motivation d’aller à la sandwicherie avait été de pousser son collègue à faire de l’exercice. Il n’avait pas beaucoup de monde dans sa vie. Il appréciait de les aider à rester en bonne santé.

CE SOIR-LÀ, il trouva une autre excuse pour échanger des SMS avec Richie : quelque chose qu’il avait ratée à propos d’Hazel et ils eurent une bonne conversation d’une demi-heure. Il se réveilla le lendemain pour trouver une photo souriante et somnolente sur son téléphone, la photo de Richie au réveil.

 

Skip lui retourna la faveur et l’image suivante que son ami lui envoya n’était pas aussi familiale.

OH BON SANG !

Quoi ? Tu l’as vu avant.

Pas sur mon téléphone ! Merde, il m’a fait peur. À me regarder avec ce grand œil !

HAHAHAHAHAHAHAHA.

Tu ris, mais j’en ai rêvé. Me l’avoir montré sur mon téléphone était un peu trop réel.

Pas assez réel parce que je ne suis pas là !

Skip soupira.

Et si tu restais le jeudi soir aussi ?

J’aimerais. Ma belle-mère essaie de me caser avec une amie de la famille. Je dois prétendre que c’est une possibilité.

Skip en laissa presque tomber le téléphone.

Skip ?

Skip, tu es là ?

Son téléphone sonna et, cette fois, il le laissa vraiment tomber. Au moment où il le récupéra, Richie radotait à moitié.

— Skip, je ne vais pas sortir avec elle. Je vais juste… Kay a organisé ça et nous dînons simplement tous ensemble après l’entraînement de football, d’accord ?

Skip prit une profonde inspiration avant de répondre.

— Je ne veux pas que tu rencontres quelqu’un d’autre, dit-il simplement, sentant cette jalousie remonter. Je… je sais que ta belle-mère ne sait pas et tu ne veux pas lui dire…

— Pas pendant que je vis encore ici, le coupa hâtivement Richie.

Skip prit une autre profonde inspiration. Son ami avait économisé pour sortir de l’appartement au-dessus du garage de ses parents au cours de la dernière année. Le fait qu’ils facturent un loyer standard à leur fils ne l’avait pas aidé, mais il avait réussi.

— Alors… Après ton départ ? demanda-t-il se sentant pathétique.

— Oui, Skip. Si toi et moi… je veux dire… tu vois ? Pour l’instant, c’est juste ce week-end.

La troisième respiration rapide dut être efficace parce que Skip se calma.

— Oui, dit-il en sentant son cœur ralentir. Pardon. Je ne voulais pas te stresser comme ça.

— Non, répondit doucement Richie. Pas de stress. Tu voulais seulement savoir… tu voulais seulement savoir où nous en sommes, c’est tout.

— Oui, répondit-il, pas sûr de savoir s’ils avaient une meilleure idée maintenant ou pas.

— À propos, dit Richie sur un ton pratique. J’ai aimé que nous n’ayons pas à nous soucier des capotes. Je pense que nous devrions continuer ainsi. Est-ce que ça marche pour toi ?

— Oui, d’accord, répondit-il

Parce que c’était une bonne idée. Même lui le comprenait.

— Je peux gérer ça.

— Bien. Maintenant, raccroche ou nous serons en retard au travail.

— D’acc, au revoir, Richie. On se voit jeudi.

— À jeudi.

Skip raccrocha et prit sa douche, se sentant particulièrement insatisfait. À jeudi ? Quand ils ne passeraient aucun moment seuls ensemble ?

Eh bien, où était le plaisir là-dedans ?

Pourtant, cela ne les empêcha pas de s’envoyer des SMS tous les jours et cela n’empêcha pas son cœur de briller comme un soleil d’automne ambre lorsqu’il voyait le nom de Richie s’allumer sur son téléphone.

 

LE JEUDI fut une pure torture, à sa manière.

D’un côté, l’équipe fut géniale avec Carpenter. Ils lui donnèrent des exercices et des choses à faire chez lui et ils travaillèrent sur un calendrier de rotation de sorte que le jeune homme puisse relayer un des défenseurs afin que ceux-ci puissent sortir et remplacer le milieu de terrain ou les buteurs. Ce n’était pas un système parfait. Les hommes n’auraient peut-être que trois minutes pour reprendre leur souffle pendant le match… Mais c’était certainement mieux que ce qu’ils avaient maintenant, c’est-à-dire rien, parce qu’ils avaient juste le nombre minimum pour jouer.

McAllister, étant le grand irlandais très marrant qu’il était, semblait avoir pris le nouvel arrivant sous son aile, mais pas totalement dans le bon sens.

— Arrogant bâtard, murmura Clay dans sa barbe une fois que celui-ci eut minutieusement expliqué un mouvement que n’importe quel garçon des poussins aurait compris.

Mais Jefferson l’entendit et rebondit sur Mac.

— Il est grand, tu sais. Il n’est pas en état de mort cérébrale. Je suis certain qu’il a déjà joué avant aujourd’hui, d’accord ?

McAllister leva les yeux au ciel et leur tourna le dos et Skip savait que c’était le mieux qu’ils obtiendraient de lui.

— Ignore-le, dit-il tout bas à Carpenter. S’il veut que tu le remplaces pendant le match, il doit se rappeler que tu n’es pas stupide.

— J’ai entendu ! se plaignit leur coéquipier.

— Oui ? dit Skip qui le regarda et hocha la tête comme s’il s’adressait à un enfant. Parce que Carpenter t’a entendu fort et clair aussi !

Mac eut la grâce de se sentir embarrassé.

— Désolé, mec, marmonna-t-il. Skip a raison, tu n’es pas stupide.

L’entraînement se calma un peu après et Richie bougea pour prendre la place de Mac lorsque celui-ci partit. Il était un meilleur enseignant, donnant à Clay une place plus importante et ils furent tous récompensés lorsque celui-ci bloqua quelques tirs alors que personne ne s’y attendait.

Au moment où ils finirent, Skip avait l’impression d’avoir couru deux fois plus sur le terrain afin de s’assurer que chacun obtenait sa juste part de l’entraînement, mais l’équipe s’entendait bien avec Carpenter. Celui-ci était bien avec eux, il dégoulinait de sueur et était heureux en même temps.

Skip était prêt à crier victoire.

Mais lorsque Scoggins commença à se diriger vers le parking et fit signe à l’équipe comme si Skip n’était qu’un autre équipier, il ne se sentit plus aussi victorieux.

 

CETTE NUIT-LÀ, il reçut un texto de Richie au moment de se coucher.

Je dors seul. Promis.

Skip sourit. Il ne s’était pas inquiété à ce sujet… pas après que son ami l’eut rassuré. Richie était emporté, rusé et pas un très bon communicateur, mais il n’était ni un menteur ni un tricheur.

Je te crois.

Comment va Carpenter ?

Sa respiration est encore sifflante, mais il est heureux. Tu as été un bon professeur.

C’est un bon gars. Tu peux venir me chercher demain ? Juste après le travail.

Oui, bien sûr. Ta voiture est en panne ?

Non.

Skip fronça les sourcils. La casse se trouvait à l’extérieur de la ville à Rancho Cordova et les parents de Richie habitaient une maison non loin de leur travail. Skip se moquait de devoir conduire jusque-là bas, surtout avec Richie comme carotte au bout du bâton… mais puisque Richie devait passer par Carmichael pour se rendre au terrain de football…

Son téléphone bourdonna, le ramenant au présent.

Ça craint de venir en voiture. Peut-être que ce sera plus facile si tu me viens me chercher.

Skip fixa son téléphone, bouche bée.

Oh.

Je doute de ça. Mais je viendrai.

Merci, Skip. À demain.

À demain.

 

RANCHO CORDOVA s’était améliorée au cours des dernières années. Skip se souvenait de son enfance, lorsque tout ce qui dépassait Folsom Boulevard n’était pas un bon endroit où habiter. Mais beaucoup de zones industrielles avaient été démolies et remplacés par des sites de loisirs depuis lors, et beaucoup d’immeubles d’habitation merdiques avaient été abattus et remplacés par des restaurants haut de gamme orientés sur les universités.

Mais une grande casse automobile ne serait jamais un marché aux fleurs, peu importe combien la ville elle-même avait évolué. L’entreprise, située sur le boulevard Grant Line, était tout aussi éloignée de tout et isolée maintenant qu’elle l’était lorsque Skip l’avait visité pour la première fois alors qu’il était à l’institut de Sciences et Technologie.

Le soleil de novembre s’étalait grassement comme la poussière sur les cadavres des véhicules défunts et Skip essaya difficilement de ne pas penser à ceux qui étaient arrivés ici suite à des accidents avec de graves dommages corporels pour leurs occupants. Tout le monde avait-il survécu dans ce véhicule-là ? Ou celui-ci ? Celui avec le toit écrasé ? Les poignées et les serrures des portes méritaient-elles le remorquage du SUV complètement détruit de l’endroit où il avait été accidenté ?

La première fois qu’il était venu ici, il essayait de garder l’Oldsmobile de sa mère en attendant de quitter l’école et de pouvoir se permettre une voiture qui n’était pas aussi vieille que lui. Richie l’avait aidé à remplacer la pompe à essence, le carburateur, la ligne d’alimentation moteur, les plaquettes de frein et à peu près toutes les ceintures de la voiture. Skip pensait qu’il s’en sortait à peu près avec les voitures maintenant, mais cela n’empêchait pas ses souvenirs de se remplir de taches blanches de chaleur, de métal cuisant, de poussière et de fumées d’échappement qui peuplaient la casse même dans les ténèbres s’allongeant d’un soir d’automne.

Richie lui avait envoyé un texto et lui avait dit qu’il était encore au travail, donc Skip quitta Grand Line après la division avec Jacksonville et il conduisit dans l’allée de huit cents mètres entourée par les lumières bleu plastique des panneaux accrochés aux clôtures grillagées. Un fil électrifié surmontait la clôture de deux mètres cinquante et Richie lui avait dit autrefois que les alarmes et les projecteurs se mettaient en marche environ trois fois par mois, révélant du sang sur le fil électrifié et des silhouettes fuyant dans les champs vides autour de la casse dans la nuit.

Une fois qu’il eut passé le corridor bleu vert, il se dirigea vers le petit immeuble de bureaux « transportable » où son ami travaillait et, oh, hé, les imbéciles heureux étaient là, debout avec Richie devant un nouveau véhicule entrant.

Skip se gara sur le petit emplacement pavé en face du bureau et se précipita vers l’endroit où se trouvait toute l’agitation. Tout ce qui impliquait les demi-frères de son ami, Paul et Rob, tournait mal. Au temps de l’institut de Sciences et Technologie, Richie avait dû porter un plâtre pendant six semaines parce que les deux abrutis pensaient que c’était une super idée de se servir d’un vieux châssis comme d’un skateboard. Ils l’avaient bien réglé à leur taille et pourquoi Richie qui pesait bien quarante-cinq kilos de moins que l’un des deux grands gorilles n’avait-il pas pu faire ça sans heurter le foutu chariot élévateur en descendant la colline ?

Les deux hommes faisaient un bon mètre quatre-vingt-quinze, pesaient dans les cent quinze kilos de muscles volumineux et ils frappaient Richie depuis qu’il était un maigre et sec gamin de douze ans.

Ils avaient évolué, pensa sombrement Skip. Ils ne le battaient plus. Maintenant, ils l’appâtaient, le défiaient de faire des choses dangereuses ou hors de portée. Richie était petit, mais il était fort et intelligent jusqu’à ce que Rob ou Paul disent quelque chose de bête comme : « Hé, Richie… Tu dois faire ça pour t’asseoir à la table des adultes ! » Et son ami qui aurait dû être assez âgé pour mieux comprendre se faisait attraper comme le chien à qui on lançait une balle par-dessus la maison. Le foutu chien savait où la balle avait disparu, mais il continuait à regarder la ligne de toit, attendant que quelque chose change.

Les deux frères étaient brunâtres, cheveux bruns, peau tannée comme le cuir et des yeux de la couleur des marais. Skip savait qu’avant que Richie obtienne son diplôme, il avait brûlé sa peau blanche encore et encore parce que peut-être s’il ignorait simplement son teint roux, il serait aussi bronzé que Paul et Rob.

Maintenant, ils travaillaient dans des domaines différents, les imbéciles à l’extérieur aidant les clients à trouver les bons véhicules dans l’organisation labyrinthique des carcasses de voitures et Richie dans le bureau, établissant les factures ou à l’intérieur de l’atelier de mécanique afin d’entretenir les équipements hydrauliques et électroniques qu’ils utilisaient.

À l’heure actuelle, ils étaient tous debout devant un vieux Muscle Car qui, même pour l’œil non formé de Skip, avait un cadre courbé et une carrosserie qui ne pourraient jamais être réparés.

Imbécile Un… Paul, l’aîné, âgé de vingt-huit ans, debout, déhanché, un sourire insupportable sur son visage à la mâchoire carrée, tenait un marteau dans sa main burinée.

— Je dis que n’importe qui peut faire un trou dans un capot dans cet état, même un chien à queue de rat comme toi, Richie !

Celui-ci avait croisé ses bras et il secouait la tête face à ses demi-frères comme s’il ne voulait plus faire cela.

— Je pense toujours que vous êtes fous, mais c’est bon. Donne-moi le marteau, je vais essayer.

Oh merde.

— Richie, bordel…

Skip démarra, parcourant le trottoir puis la partie en terre où se trouvaient les voitures. Richie lui jeta un regard oblique, serra sa mâchoire et Skip commença à courir vers lui.

Il était trop tard. Son ami était trop petit et sa force n’était pas dans son torse. Le marteau rebondit sur le « point idéal » et Richie en perdit le contrôle. Ses mains repartirent en arrière et il se frappa lui-même en plein visage. Même Skip put entendre le craquement de son nez cassé.

Richie lâcha le marteau, recula maladroitement et s’écrasa sur les fesses dans la poussière, tenant son nez saignant dans ce que Skip imagina être un océan de douleur déferlant sur lui.

Paul et Rob riaient.

Skip s’accroupit près du jeune homme et il ôta son pull à fermeture éclair. Il le plia deux fois et le lui donna pour qu’il le tienne sur son nez.

— Mais, Skip, c’est trop gentil, dit-il d’une voix étouffée.

— Utilise-le, c’est tout, ordonna-t-il. Si je ne peux pas le laver, j’en achèterai un nouveau.

Son ami hocha la tête, semblant confus, et Skip soupira. Il voyait un voyage aux urgences dans son avenir, ce n’était pas ainsi qu’il avait prévu d’utiliser son temps, ce soir. Mais il ne pouvait pas ne pas aider Richie non plus.

— Attends ici, murmura-t-il. Je vais aller chercher la voiture, d’accord ?

Le jeune homme hocha la tête, cligna fortement des yeux, Skip se leva et transféra directement sa colère sur les sources de celle-ci, qui riaient tellement l’une et l’autre qu’elles devaient se soutenir en s’appuyant sur la voiture.

— Espèces d’enfoirés ! rugit-il.

Le marteau avait fini à côté de la voiture et il l’attrapa, sa colère lui donnant plus de puissance alors qu’il le levait facilement avec une main.

— Il n’est pas faible, il est râblé. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est de la physique et vous êtes bien trop abrutis tous les deux pour connaître la différence !

Il souleva le marteau à hauteur de son épaule et le balança durement, encore et encore, martelant durement un trou après l’autre. Rob et Paul avaient cessé de rire et ils reculaient lentement, apparemment effrayés par sa fureur, parce qu’ils n’avaient pas la bravoure de Richie et du simple bon sens.

— Maintenant, arrêtez de vous comporter comme des voyous débiles du lycée et commencez à vous comporter comme sa famille, primates inutiles, ou je vous montrerai à quoi ça ressemble !

Ceci dit, il jeta le marteau de toutes ses forces et il heurta le pare-brise fêlé de la voiture qui vola en éclats avec un gros craquement avant de rebondir, inoffensif, sur le plancher en bois corrodé.

Il inspira avec difficulté et sentit une légère douleur dans son épaule qui pourrait être plus importante au matin, mais surtout, il était heureux de ne plus tenir le marteau parce qu’il ne serait pas tenté de l’écraser sur leurs stupides foutues têtes.

— Skip ?

Il se retourna, comme dans un rêve et vit que Richie s’était levé et vacillait à côté de lui.

— Tu es azzez gostaud, n’est-ce pas ?

Skip soupira, une partie de sa folie envolée et il posa doucement son bras sur l’épaule de son ami.

— Oui ? Eh bien, assure-toi de le dire à l’équipe de football. Allons-y. Où est ton sac ?

— … l’intérieur, marmonna-t-il. Waouh… Non, je vais le faire !

— Oui, eh bien, rappelle-toi ça la prochaine fois, dit-il en l’aidant à s’installer sur le siège passager de la voiture.

Le père et la belle-mère de son ami étaient dans le bureau, fumant et comptant la caisse. Skip comptait juste entrer dans la pièce et prendre les affaires de Richie sans dire un mot, mais le père de ce dernier, Ike, commit l’erreur de lui parler.

— Attendez, qui êtes-vous ?

— Je suis un ami de Richie, je suis déjà venu ici avant, répondit-il brièvement, même s’il était probablement allé dans leur maison pour prendre Richie afin d’aller quelque part.

D’accord, derrière le bureau. Il l’avait repéré. Il passa derrière Ike et Kay Scoggins et tenta de ne pas s’étouffer dans les nuages de fumée qu’ils soufflaient.

— Il vient chez moi ce soir parce que nous jouons au football demain matin.

— Eh bien, pourquoi Richie ne peut-il pas venir chercher son propre sac de voyage ? demanda Ike décidant qu’il allait interposer son corps trapu entre Skip et le sac et celui-ci réalisa combien il n’avait pas évacué sa colère en balançant le marteau dans le pare-brise.

— Richie saigne sur le siège avant de ma voiture parce que les deux fils de votre femme l’ont encore une fois envoyé aux urgences. C’est un peu trop tard pour faire semblant de vous préoccuper de votre fils, n’est-ce pas ? Vous voulez vraiment faire un geste pour lui ? Que diriez-vous de lui payer un peu plus que le salaire minimum pour son travail et ne plus lui dire qu’il est nul pour quelque chose qu’il ne peut pas changer ! Merde !

Il les avait entendus tous les deux se moquer du poids du jeune homme, ses cheveux roux, son nez de canard. Il avait entendu le père de Richie rabaisser tout ce que lui trouvait à présent si précieux.

— Attendez, dit Kay en sortant de derrière le bureau.

C’était une femme sèche comme un coup de trique avec des cheveux noirs. Elle portait des push-up sous ses tee-shirts col en V et aimait se pencher en avant vers le bureau et exposer son décolleté parce qu’elle pensait probablement que cela augmentait son attrait.

— Que se passe-t-il avec mes enfants ?

— Dites-leur de rester loin de lui, déclara Skip.

Il dut imprimer une force supplémentaire dans sa voix parce qu’il réussit à passer Ike et à prendre le sac de son ami.

— Je le déposerai au travail lundi matin. Je ne crois pas qu’aucun de vous soit capable de prendre soin de lui avant cette date.

Cela dit, il partit sans se soucier de savoir s’ils se souvenaient de lui, bien qu’il soit venu chez eux plus d’une fois et qu’il ait fait de son mieux pour être civil ces fois-là. Bon sang, Ike Scoggins avait même déposé son fils une fois chez Skip, lorsque Richie l’avait aidé à déménager, donc quel était le problème ?

Tout ce dont il se souciait maintenant, c’était que Richie saignait à l’avant de sa voiture et qu’il avait trois jours et deux nuits pour s’assurer qu’il allait bien.

Richie était assuré par Kaiser, tout comme Skip et ils eurent de la chance. Il n’y eut pas de fusillades en voiture, de carambolages ou de virus de la peste ce soir-là, donc ils ressortirent de là vers vingt-deux heures avec un scanner et un contrôle pour une commotion cérébrale dans leur escarcelle. Le nez de Richie avait été plâtré. Skip avait reçu ses antalgiques et quelques instructions strictes de ne pas le laisser faire quelque chose de trop vigoureux comme, par exemple, jouer au football comme une banshee hurlante ou faire le tour du terrain sur les épaules de quelqu’un si son équipe gagnait.

Skip s’arrêta dans un fast-food pour acheter des hamburgers sur le chemin du retour, s’assurant de prendre un grand chocolat et un menu avec des frites pour son ami. Il prit pour lui un double jambon, sans fromage, sans sauce et un Coca-cola Diet.

Richie soupira lorsqu’il lui remit le sac.

— Tu ne vas même pas t’empiffrer et m’aider avec mes frites ?

Une partie de l’enflure avait diminué depuis que le docteur l’avait plâtré et sa voix était étouffée, mais pas déformée.

— Je pourrais lorsque nous serons à la maison, dit-il en admettant que l’odeur qui sortait du sac était divine. Pour l’instant, je veux juste rentrer à la maison, nourrir Hazel et…

— Et quoi ? demanda Richie d’une petite voix.

— Et te tenir contre moi, Richie. Merde, j’ai vu ce marteau rebondir et j’ai pensé qu’il allait complètement exploser ton visage. Tu pourrais respirer dans un tube, à présent !

Il serra ses mains sur le volant et frissonna. Il avait donné son sweat-shirt à son ami pour qu’il arrête le saignement et il s’était gelé toute la soirée.

— Tu veux me serrer dans tes bras ? demanda le jeune homme, sa voix s’illuminant même sous le gonflement et le bandage. Parce que, sérieusement, je n’ai voulu que ça pendant toute la journée.

Skip se força à relâcher ses mains sur le volant et il déplaça la droite vers le genou de Richie.

— Moi aussi, avoua-t-il. Je voulais le… Tu sais….

— Oui. Oui. Moi aussi, répondit-il en couvrant la main de Skip avec la sienne.

Une seule chose fut dite après cela :

— Allume le radiateur, Skip, je tremble rien qu’à te regarder.

Richie s’occupait de lui aussi, et c’était agréable.

 

ILS MANGÈRENT tranquillement dans l’affreuse cuisine de Skip. Celui-ci nettoya ensuite et poussa Richie vers le lit.

— Je vais me doucher, d’abord, dit-il.

Le médecin avait dit à Richie qu’il devait éviter l’eau chaude jusqu’au lendemain matin.

— Beurk, gémit ce dernier. Comment arrives-tu à me supporter ? Je dois sentir comme une aisselle, je dormirai sur le canapé.

— Ne t’avise pas de faire ça, répliqua Skip rapidement. Écoute, je vais sauter la douche aussi, ce soir, d’accord ? Juste…

Richie le fixa par-dessus le masque en plâtre et les ecchymoses sous ses yeux.

— J’aimerais que tu sois là où je peux te caresser, termina-t-il, se sentant stupide.

Ils se mirent au lit ensemble, portant toujours leurs caleçons et Skip se mit en cuillère derrière son ami pendant qu’ils regardaient des épisodes de séries que Skip avait enregistré pendant qu’ils étaient à l’hôpital.

— Tu as déjà remarqué comment ces hommes se font tirer dessus et continuent à courir après les méchants ? marmonna Richie, dégoûté.

— Ce n’est pas la réalité, dit Skip avec compassion.

Il serra son bras autour de la taille de son compagnon, ressentant une douleur dans le muscle qui avait pesé sur le marteau lorsqu’il l’avait brandi.

— Oui, mais je pense toujours que ça va fonctionner juste avant de faire quelque chose de stupide.

Skip se mit à rire et Richie tendit la main pour attraper le téléphone qu’il avait posé sur la table de nuit.

— C’est mon père, dit-il en lisant le texto. Il veut que je rentre à la maison.

Skip gronda.

— Je reste chez Skip ce week-end comme prévu, commenta Richie pendant qu’il tapait le texto. Le docteur a dit que j’avais besoin de repos.

— Oui, eh bien, je pensais que tu avais besoin d’autre chose, railla son compagnon. Une bonne façon de tuer l’ambiance, sérieusement.

— Oui, oui, acquiesça Richie en tapotant la main qui serrait sa taille. Ne t’emballe pas, je peux encore te faire une masturbation de la victoire.

Skip souffla dans la nuque de son compagnon, l’air trop content et celui-ci rit doucement. Puis, son téléphone bourdonna.

— Skip, qu’as-tu dit à mon père ?

— J’ai, peut-être, traité tes demi-frères de crétins et de primates inutiles, confessa-t-il en grognant. Et je leur ai peut-être dit quelque chose sur le fait qu’ils ne devaient pas être des enfoirés envers toi… après ça tout est devenu flou.

Richie se risqua à jeter un coup d’œil derrière lui.

— Aïe ! Eh bien, je vais simplement lui dire que tu es désolé…

— N’appuie pas sur Envoyer ! protesta Skip. Je ne suis même pas un peu désolé !

— Mais tu ne peux pas laisser les choses ainsi, c’est ma famille !

— Une famille te traite mieux que ça, murmura-t-il.

Si j’étais ta famille, je te traiterais tellement mieux que ça, Richie.

— Comment pourrais-tu sav…

Richie s’arrêta et soupira, mais Skipper entendit le reste de la phrase de toute façon.

Piqué, il se retourna et essaya de se concentrer sur la publicité automobile à la télévision. Il entendait son ami envoyer des textos, puis celui-ci le poussa pour s’asseoir et commença à parler au téléphone comme s’il était au milieu d’une conversation.

— Oui, je sais ce qu’il a dit. Il était furieux et il s’inquiétait pour moi. C’est mon ami, d’accord ? Il n’a pas à s’inquiéter pour moi ? Oui, je sais que c’était stupide de… attends.

Richie tapota frénétiquement le bras de son ami et celui-ci se tourna de nouveau vers lui.

— Je n’ai pas jeté le marteau à travers la voiture, affirma-t-il en louchant sur ses bandages sous l’effet de la confusion. Les garçons m’ont défié de frapper le capot et c’est tout ce dont je me souviens.

Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il vit la grimace de Skip.

— Je ne m’en souviens pas, dit-il.

C’était probablement vrai, il était assez dans les vapes jusqu’à ce qu’ils quittent Kaiser.

— J’étais énervé, murmura Skip. Ils se moquaient de toi.

— Oui, dit Richie dans le téléphone. Mes demi-frères riaient après que je me suis blessé. Skip a changé d’humeur à cause de cela. Il devient protecteur dans ces cas-là. Je ne vais pas m’excuser pour ce merdier. Je te verrai lundi, papa. Peut-être que si tu réfléchis un peu, tu te rappelleras qui a été réellement blessé.

Il raccrocha avec un grognement de dégoût.

— Le gars qui est venu me chercher parce que je suis un abruti n’est pas capable de dire au revoir. C’est ça qui le blesse, dit-il d’une voix douce en tendant la main pour caresser la joue de Skip. Désolé d’avoir été un enfoiré au sujet de ta famille.

Skip secoua la tête comme si ce n’était pas grave.

— Tu es celui avec une attelle sur le nez, dit-il en essayant d’être drôle. As-tu besoin d’un anti douleur ?

— Arrête d’essayer de me materner, Christopher, déclara son compagnon avec gravité.

Même le fait que le « pher » sonnait comme « brur » à travers son nez cassé ne changea pas l’impact presque magique d’entendre son vrai prénom. Il cessa de bouger et Richie repoussa ses cheveux de son front.

— Tu prends vraiment très bien soin de moi. Je dois me souvenir que tu n’as personne pour s’occuper de toi. Tu… tu as besoin de quelqu’un.

— Je… tu sais. Si jamais tu veux le poste, dit Skipper avec un petit sourire, essayant véritablement cette fois.

— Oui, eh bien, j’ai l’impression que cela fait partie de l’audition pour ce poste, acquiesça-t-il en passant ses doigts dans les cheveux blonds de Skip comme celui-ci l’aimait. J’essayerai de ne pas tout foutre en l’air à partir de maintenant. À présent, remets-toi en cuillère contre moi, l’épisode commence bientôt.

Skip fit ce qu’il lui avait ordonné, appréciant encore une fois la joie du corps ferme et sec de Richie lové contre le sien.

Il devait être fatigué – ils devaient être tous les deux éreintés – parce qu’avant la fin avant que le méchant se révèle et soit capturé, ils fermèrent tous les deux les yeux dans la chambre obscure et s’endormirent.

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