Coup d'envoi
Mirages
— TU AS mauvaise mine, lui dit Carpenter, ce matin-là. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Richie est venu hier soir, grogna-t-il en frottant son visage avec ses mains.
— Tu t’es senti utilisé ? s’exclama son ami, horrifié.
— Oui, en quelque sorte, mais d’une bonne manière, répondit Skip, obligé de rire. Non, sa vie est devenue follement compliquée. Les deux abrutis ont volé la famille et son père devient plus psychotique chaque nanoseconde… mais tu sais quoi ?
— Quoi ?
— Il a laissé tomber tout ça pour rester avec moi. Il le fera à nouveau.
— Oui, bien sûr, Skip, répondit Carpenter en laissant échapper un soupir.
Skip eut l’impression que son collègue voulait en dire plus, mais à ce moment-là, son téléphone sonna. Mason était à l’autre bout, demandant très gentiment et professionnellement si Skip pouvait l’aider avec son navigateur. Il avait un travail à faire qu’il ne détestait pas et un peu d’espoir. Cela irait.
L’ESPOIR LE soutint pour le reste de la semaine. Mercredi soir, il cuisina sept pains simples et il appela Galvan, Jefferson et Owens afin de leur demander s’ils en avaient besoin. Il en prépara deux pour les emmener chez les parents de Carpenter et en garda deux pour Richie et lui, les emballant bien serrés dans du papier aluminium, après les avoir laissés refroidir. Il avait mangé quelques morceaux d’un des pains et celui-ci s’était révélé moelleux et réconfortant, ce qui, en ce qui le concernait, était totalement le but du pain.
Les parents de Carpenter habitaient dans les hauteurs, dans l’un des lotissements d’Auburn/Folsom Road. Les maisons étaient incroyables et depuis qu’ils avaient quitté Carmichael ensemble, Skip avait saisi plusieurs chances de dire à son ami combien il s’inquiétait à cause de ça.
— Sérieusement ? « Accompagne-moi simplement chez mes parents, Skip, il y a juste dix-sept pièces… »
— Quinze, murmura Carpenter, mal à l’aise.
— Et les chambres de bonne.
— Elle ne dort pas sur place !
— Et un foutu énorme garage pour nos trois Rolls-Royce différentes ! conclut Skip méchamment alors qu’il tournait, selon les instructions de Carpenter, dans l’allée d’une des plus grandes maisons dans le lotissement plutôt fantastique.
— Bordel de merde, Carpenter… cette maison a des tourelles, continua-t-il. On est dans ce fichu Granite Bay et cette maison a des tourelles. Et des chambres de bonne. Je me moque qu’elle rentre dans sa famille le soir. Tu n’aurais pas pu m’avertir à ce sujet ?
— De quoi aurais-je dû t’avertir ?
— Tu peux faire tenir toute ma maison dans ton salon ! dit-il en pointant du doigt la monstruosité devant eux. J’aurais au moins porté une cravate !
— Tu ne peux pas faire une grosse affaire de l’argent, grogna Carpenter, semblant affirmer que c’était une règle.
— Carpenter…
— Et tu dois m’appeler Clay. Mes parents pensent que nous sommes amis.
— Nous sommes amis, affirma Skip. Tu m’as emmené au golf. Je pense que cela nous rend frères.
Il manœuvra sa très – très – minuscule voiture, la gara derrière cinq autres véhicules – une Lexus étant la moins cotée d’entre elles – et il passa ses mains dans ses cheveux. Il les avait coupés samedi et Richie et lui avaient été tellement… occupés à autre chose qu’il n’avait pas eu la chance de lui demander s’il aimait. Quatre ans auparavant environ, Skip avait choisi une coupe à la Justin Bieber et Richie avait le premier à oser lui dire que c’était affreux et « merde, fais-toi une vraie coupe de cheveux comme un homme ». Entendre Richie lui dire qu’il avait l’air bien aurait signifié quelque chose.
— Eh bien, si nous sommes amis, l’argent ne devrait pas avoir d’importance ! dit Carpenter en triomphant, le tirant hors de cette ligne de pensée. C’est une maison tout à fait normale, dans une banlieue parfaitement normale !
Carpenter tenait un gros plat de quelque chose sur ses genoux et Skip était certain qu’il aurait follement gesticulé autrement pour essayer de le convaincre que le croque-mitaine ne vivait pas dans une grande maison dans Granite Bay.
— Nous sommes amis, répéta-t-il, amer, mais, mon pote…
Il regarda cette grande maison avec la jolie cour et les voitures.
— Mon pote.
Il aurait dû savoir… sérieusement… il aurait dû savoir. Le père de Carpenter avait réservé un parcours de golf à Fair Oaks le week-end précédent Thanksgiving… Skip aurait vraiment dû comprendre. Mais ce n’était pas le cas et l’étendue de la… de l’opulence le choquait.
Son téléphone bourdonna dans sa poche et il lut le message de Richie, reconnaissant pour la distraction avant qu’il commence à hyper ventiler.
Nous avons enfin fini. Joyeux Thanksgiving à moi, je peux m’endormir maintenant.
Oh bon sang, son petit ami lui avait envoyé un SMS à vingt et une heures tous les soirs pendant les trois derniers jours. La veille, alors qu’il attendait que la dernière fournée de pains cuise, il avait reçu une série d’images du matin lorsque son compagnon était entré et avait vu que la casse avait été vandalisée à nouveau dans la nuit, alors qu’il avait tout nettoyé, réarrangé et organisé avec l’espoir qu’il pourrait être prêt pour redémarrer le lundi.
Il n’y aurait pas grand-chose à faire. Ce n’était pas possible. Il ne restait plus beaucoup de matériel.
En voyant ces images, Skip s’était fait une idée plus large des raisons de son compagnon de rester proche de son père. Richie avait été le premier à se tenir aux côtés de son père, nettoyant les affaires que celui-ci avait construites à partir de quelques voitures usagées dans son allée. C’était lui qui s’était occupé des papiers de l’assurance et avait tout entré dans l’ordinateur. La formation de l’institut de Sciences et Technologie que son père et Kay avaient constamment critiquée allait permettre à son père de continuer à acheter des stocks et à espérer rouvrir le lundi après Thanksgiving. Peut-être.
Richie se sentait nécessaire et Skip ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Et en regardant ces images, il n’avait pas pu discuter le fait que son petit ami quitte son lit pour retourner là-bas et aider. Merde, quand Skip avait reçu le texto mercredi, sans même voir les photos, il avait envoyé un SMS pour dire qu’il venait pour aider. Il était presque arrivé avant que Richie l’appelle, l’attrapant alors qu’il s’était arrêté chez McDonald pour prendre un café, et le supplie de ne pas venir.
— S’il te plaît, Skip. Mon père est juste… il n’est pas rationnel pour l’instant, d’accord ? Je ne sais pas pourquoi le fait que Paul et Rob sont des crétins est devenu de ta faute, mais après dimanche soir, je ne peux pas faire un mouvement sans qu’il te blâme de m’aider à faire pipi.
— Est-ce qu’il sait que tu es parti ?
— Oui, il l’a compris lundi soir lorsqu’il m’a demandé si j’avais de la bière.
— Aïe… oui… on aurait dû couvrir tes traces.
— Je me suis dit ça aussi. Mais, ne viens pas nous aider, d’accord ? Je sais que tu veux bien faire, mais il va te crier dessus et dire des trucs moches…
— Est-ce qu’il t’a dit des trucs merdiques ? Oh, bon sang ! Richie !
— Oui. Oui, Skip, il l’a fait. Ne t’inquiète pas. Nous devrions avoir fini pour Thanksgiving et nous dînerons le vendredi. Il ne s’énervera pas si toute sa famille et celle de Kay sont réunies, surtout pas alors que Rob et Paul se sont fait la malle. Tiens bon, Skipper. Je sais que tu veux m’aider, mais si tu peux attendre samedi et le match, je devrais pouvoir venir te voir, d’accord ? Ensuite, toi et moi pourrons revenir à la normale.
C’était hier matin. Aujourd’hui, jour de Thanksgiving, alors qu’il pouvait enfin dire merci pour quelque chose, il était coincé à regarder l’énorme château où Carpenter l’avait emmené, se demandant ce qu’il avait imaginé être normal.
Il prit le téléphone et envoya un texto.
Tu me manques tellement. Je devrais être avec toi.
— Est-ce que ceci est normal ? demanda-t-il faiblement à son ami lorsqu’il eut fini.
— Comment va Richie ? demanda doucement Carpenter.
— Il va dormir pendant Thanksgiving et je n’ai toujours pas le droit d’entrer dans la propriété.
— Allez, Skipper, soupira son ami. Viens et tu pourras rencontrer mes parents et ma tante et mon oncle. Ils t’interrogeront sur ton enfance et tenteront de te nourrir de tofurkey. Ensuite, nous pourrons rentrer chez toi, manger des hamburgers et jouer à des jeux vidéo.
Skip le regarda tristement, pensant que c’était probablement ce qu’il aurait fait avec Richie si Paul et Rob n’avaient pas été des personnes horribles.
Et si le père de son compagnon n’avait pas décidé qu’aucune quantité d’eucalyptus ne pouvait couvrir l’odeur du sexe.
— Oui, d’accord, dit-il, transpercé par la résignation.
Il n’allait pas voir Richie demain. Le jeune homme fêterait son Thanksgiving demain et il n’était pas invité.
Il avait envie de pleurer.
— Viens, dit doucement Carpenter.
Skip déglutit et lui sourit courageusement, lui laissant voir sa tristesse pour peut-être la première fois depuis que Richie lui avait envoyé un texto vendredi dernier. Ils avaient joué et perdu – sans le jeune homme – le samedi et Skip avait esquivé la pizza et la bière en affirmant qu’il était épuisé. Il n’avait pas été capable de leur dire qu’il ne pouvait tout simplement pas socialiser, ne pouvait pas rire et sourire, pas alors qu’il savait que Richie était en train de travailler comme un fou et qu’il ne pouvait pas l’aider.
Ceci était stupide, se dit-il résolument. Richie n’était pas mort. Il n’avait pas été déployé sur un terrain de guerre où n’était pas dans un autre pays. Cependant, rien ne fonctionnait parce que le problème – il commençait à s’en rendre compte – c’était qu’il n’était pas là.
Skip avait besoin qu’il soit là.
— Oui, s’entendit-il dire de loin. Oui. D’accord. Allons fêter cela en famille.
LE PÈRE et la mère de Carpenter étaient bronzés, séduisants, s’adaptaient aux gens et, en premier, Skip s’attendit à les détester rien qu’à les voir. Il était en partie convaincu que leur condition physique bronzée et séduisante avait causé du tort à leur fils.
Cependant, on n’avait encore jamais salué deux personnes qui vous invitaient dans leur maison avec un « Salut, monsieur et madame Carpenter, alors comment avez-vous fait grossir votre fils ? »
— Bonjour ! leur dit-il à la place avant de leur remettre deux pains encore chauds du four dont il les avait sortis le matin.
Madame Carpenter, Cheryl, était ravie.
— Oh, c’est adorable ! Vous les avez faits ?
Il hocha la tête, se félicitant de la recette de pain la plus simple au monde. C’était sa mère qui lui avait appris cela avant le divorce et il avait réussi à le garder jusqu’à l’âge adulte.
— Oui, madame. C’est l’une des cinq recettes que je sais cuisiner.
— Alors, l’avez-vous fait lever ou pas ?
— Euh, j’ai mis de la levure…
— Quel genre de farine avez-vous utilisée ?
— Euh, le genre polyvalent, vous savez…
— Alors, ce n’est pas sans gluten ? demanda-t-elle, troublée.
C’était une de ces femmes dans la cinquantaine qui semblaient être vers la fin de la trentaine si on ne regardait pas la profondeur des pattes-d’oie autour de ses yeux. Ses cheveux étaient grisonnants et maintenus à la nuque avec une pince. Skip pensa avec mélancolie qu’elle ressemblait au type de mère que n’importe quel garçon voudrait avoir une fois adulte.
— Non, madame, je suis désolé. Carpen… euh, Clay ne m’a pas informé que vous aviez des allergies.
— Non, non, dit-elle en souriant bravement comme si elle les avait toutes. C’est simplement que la farine blanche est très mauvaise pour vous. Mais ça va. C’est Thanksgiving et nous avons du fromage végétalien avec de la purée de chou-fleur et la sauce salée sur le tofurkey, nous pouvons nous permettre une plus grande indulgence.
Skip lui sourit avec l’impression qu’on venait juste de lui tapoter la tête pour un collier de macaronis et Cheryl Carpenter disparut dans la cuisine.
— J’aurais dû apporter du vin, déclara-t-il à voix basse.
— S’il fait moins de deux cents dollars la bouteille, ils l’utilisent pour faire la sauce, déclara Clay.
Skip lui lança un coup d’œil assassin.
— Je suis sérieux ! protesta celui-ci en levant les mains en l’air.
Il afficha ensuite un sourire déterminé en regardant par-dessus l’épaule de son ami.
— Bonjour, papa !
— Clay !
Skip se déplaça afin que Clive Carpenter puisse venir embrasser son fils. Oui, un peu maladroit, et lorsque les assiettes de légumes firent leur apparition, il prêta attention à Clay et à ses mains qu’il agitait frénétiquement et resta loin des sauces et des légumes. Cependant, les parents de son ami étaient sympathiques et libéraux et ils étaient aussi attentifs que possible à leur fils, fou de jeux vidéo, même lorsqu’il était éclipsé par sa sœur assez spectaculaire.
Skip s’assit sur la pierre confortable du tablier de cheminée, dans une pièce avec un tapis berbère moelleux, des murs couleur crème vierges et impeccablement peints. Il sirota un vin vraiment cher et grignota des aliments dont il n’avait jamais entendu parler tout en écoutant deux personnes mêlant parfaitement les aventures de leur parfaite et impeccable fille avec les accomplissements plus modestes de leur fils.
— Sabrina s’en sort très bien à Stanford, dit Clive alors que Skip essayait d’oublier qu’il venait de manger du caillé et des pousses de haricots. Elle a obtenu une autre subvention, Clay. Elle était désolée qu’ils ne puissent pas être là, mais ils ont emmené les jumeaux faire du bénévolat dans un centre pour enfants cancéreux pour Thanksgiving.
— Ils me manquent, dit Clay et bien que sa voix soit sincère, elle aussi, Skip était assez sûr d’entendre un soulagement compréhensible.
— Bien sûr… Et tu as rencontré Austen, n’est-ce pas ?
— Oui, mais Skip et moi nous sommes retrouvés en avance sur le groupe pendant le golf. Je n’ai pas eu la chance de lui parler.
Skip l’interrogea du regard et Clay haussa les épaules.
— Austen est le beau-frère de ma sœur, répondit-il mollement.
Skip le regarda parce qu’ils avaient tous les deux traité l’homme comme un crétin et s’il avait su qu’il était de la famille, il aurait sans doute fait plus d’efforts.
Son ami lui retourna un sourire innocent.
— Je fais partie de l’équipe de football de Skipper, annonça Clay à sa famille
Cela fonctionna parfaitement pour détourner la conversation.
— Clay ! s’exclama sa mère, ravie. Tu ne nous l’avais pas dit ! Comment s’en sort-il, Skipper ?
— Il s’en sort très bien, répondit celui-ci avec enthousiasme.
— Eh bien, il n’a jamais été très rapide, déclara son oncle avec pitié. Il n’aurait jamais pu faire partie d’une équipe au lycée.
— Oui, eh bien, les entraîneurs du lycée n’ont pas de patience, répliqua Skip, catégorique. Il s’est vraiment donné à fond. Au début, nous avions juste besoin de lui comme défenseur et il a fait du bon travail à ce poste, un joueur intelligent, à l’écoute. Mais je suis tombé malade après le premier match et pour le match suivant, Richie, euh, nous, euh, l’avons mis en avant… Je n’ai pas pu jouer la semaine dernière et il a joué les deux matchs comme un champion. C’était comme s’il avait été là depuis des années.
Il n’avait pu s’empêcher de rougir en évoquant son petit ami.
— C’est formidable, Clay, commenta son père, rayonnant. J’ai toujours su que le sport pourrait t’être bénéfique… il suffit simplement parfois que cela se produise au bon moment, n’est-ce pas ?
— Alors, qu’est-ce qui a amené ce bon moment ? demanda l’oncle Carter en plissant les yeux.
Skip et Clay échangèrent un regard et ce dernier haussa les épaules et leva la main
— Cela semblait agréable, dit-il en souriant.
— Eh bien, nous nous entendions bien et Richie l’appréciait, alors c’était génial de l’avoir dans l’équipe.
— Est-ce que Richie est le co-capitaine ? demanda Carter, curieux.
L’oncle de Clay avait une femme, Candace, qui jouait avec leurs enfants dans la pièce voisine et Skip souhaita qu’il soit lui aussi là-bas.
— Euh, non, dit-il avant de décider de se lancer. Richie est mon petit ami. Son avis est important.
— Oh ! s’exclama l’oncle en riant, mais pas méchamment. Vous avez raison. Son opinion compte. Pourquoi n’est-il pas là aujourd’hui ?
— Euh, commença-t-Skip en tirant sur son col. Une sorte d’irrégularité dans l’affaire de sa famille la semaine dernière et du vandalisme. Il a vraiment bien travaillé. Il vient de m’envoyer un texto afin de me prévenir qu’il venait à peine de terminer le nettoyage. Il va dormir ce soir et demain, il fera Thanksgiving avec sa famille.
— Donc, vous allez profiter de deux repas, n’est-ce pas ?
Oh, merde. Dis-le maintenant.
— Non, monsieur. Un seul.
— Oh, dit-il.
Il semblait… compatissant. Comme s’il avait compris.
— C’est une honte, ajouta le père de Clay.
Encore une fois ce sourire compatissant. Skip comprit brusquement que la famille était en même temps une bénédiction et une malédiction. Oui, il aurait probablement eu lui aussi des rapports problématiques avec la nourriture s’il avait grandi dans cette maison, mais il comprenait aussi pourquoi son ami pouvait inviter un ami ici, en particulier un qui n’avait pas de famille et avait besoin d’un entourage.
Mais cela ne voulait pas dire qu’après la prière commune – la tante Candace était apparemment pasteur pour les jeunes parce que…. Eh bien parce que ! – il s’était aventuré à manger autre chose que son propre pain lorsqu’on avait fait passer le plat de mélange de tofurkey, chou-fleur et fromage vegan,
Carpenter croisa ses yeux pleins d’une gratitude douloureuse par-dessus une bouchée de tofurkey et Skipper hocha la tête.
Oh oui. Ils s’arrêteraient pour prendre un hamburger et des frites sur le chemin du retour.
SON COLLÈGUE et ami s’effondra sur son canapé ce soir-là une fois qu’ils eurent avalé les hamburgers, les frites et la moitié de la tarte aux cerises et de la crème glacée que Skipper avait achetées au Safeway avant leur arrivée à la maison. Une des raisons de cet achat était peut-être que le tofurkey ne faisait pas partie de sa liste des dix premiers moyens de rester en bonne santé, peu importe à quel point il voulait avoir des abdominaux.
Une autre raison, c’était qu’il avait ressenti le profond besoin de se consoler avec des glucides. Un besoin qu’il ne voulait même pas révéler à Carpenter. Cependant, celui-ci le savait. Il avait lui-même son propre besoin de glucides.
— Elle est brillante, dit Carpenter la bouche pleine de tarte. Ma sœur, elle est brillante. Elle l’a toujours été. Je pouvais être en train de lutter sur mon algèbre de cinquième et elle arrivait et me disait « Oh, Clay, c’est juste ceci, puis cela, ensuite ça, tu sors un nombre entier de ton chapeau et voilà la réponse ! ». Mais elle était toujours si gentille à propos de ça. Je voulais vraiment la haïr et l’envier, mais comment pouvais-je le faire alors qu’elle était si bonne ? Tu vois… elle a emmené ses jumeaux dans un centre pour enfants cancéreux pour Thanksgiving afin qu’ils comprennent qu’ils doivent être reconnaissants. Même son mari. Il pourrait être un abruti comme Austen, mais non. Il est l’exact opposé de son frère, chaleureux, gentil, franc. Il récolte de l’argent pour les jeunes défavorisés. Comment peux-tu être en compétition avec ça ?
— Tu restes chez un ami lorsqu’il est malade et tu t’assures qu’il ait un endroit où passer ce qui pourrait être les fêtes les plus solitaires de son année, déclara Skip, en lui resservant de la glace à la vanille. Tu fais aussi en sorte que ton ami se souvienne que la reconnaissance est le but premier de Thanksgiving. C’est un bon Karma, Clay. Ôte ça de ta liste. Profite de ta tarte.
— Je vais le faire, mon pote… Mais je dois t’arrêter. Je te connais et tu te détesteras demain matin.
Skip regarda la dernière moitié de la tarte dans son assiette d’un air misérable et il prit résolument une bouchée. Non. Ça n’aidait pas.
— Je… je lui ai envoyé des photos de la maison et tout ça et aussi quand ta famille a posé. Je lui ai tout envoyé.
— Rien en retour ? demanda son ami d’une voix tranquille.
Skip secoua la tête et posa ses paumes sur ses yeux pour stopper la stupide sensation de brûlure.
— Je… il a peut-être changé d’avis, dit-il, calmement. Il a peut-être oublié qu’il avait vraiment dit ce qu’il avait dans le cœur, dimanche dernier. Peut-être a-t-il décidé qu’il ne voulait pas me suivre en ligue gay après tout.
— Peut-être a-t-il juste besoin d’une invitation claire, déclara Carpenter, faisant preuve d’esprit pratique. Tout le monde ne peut pas entrer sur un terrain de football et se prendre en main. Certains d’entre nous ont besoin d’être un peu dirigés, tu vois ?
Skip l’épingla du regard.
— Quoi ?
— C’est… c’est la ligue de football amateur, s’enflamma Skip comme si cela expliquait tout. Je ne suis pas… mon surnom ne fait pas de moi un roc solide pour tout le monde, n’est-ce pas ? Cela a commencé comme une blague. Nous avions recruté un entraîneur, mais il a eu une meilleure offre d’une équipe en ligue pro et nous avons eu notre premier match et tout le monde s’inquiétait, « Qui joue, à quel poste ? Que faisons-nous, maintenant ? ». Je me connaissais, Richie et McAllister étaient nos meilleurs attaquants, Menendez, Thomas et Galvan étaient nos meilleurs défenseurs, Owens, Jefferson et Cooper pouvaient courir pendant des années et Singh a eu le poste de gardien de but par défaut, tu sais cela ? J’ai dit à Richie qu’il était au centre et il s’est retourné, a salué en s’exclamant « Oui, oui, Skipper ». Et ce fut tout. Tout le monde m’a donné ce stupide surnom ! Il ne me dérange pas vraiment… mais… mais, c’était comme si tout le monde oubliait que je découvrais ce que je faisais au moment de le faire !
Il était debout à cet instant-là, gesticulant follement, sa voix rebondissant. Puis, brusquement, il se rassit, la chaise grinçant sous ses fesses.
— Tout le monde suppose que je sais ce qu’il faut faire parce qu’on me surnomme Skipper. J’ai besoin de Richie pour diriger ce fichu navire, Clay. Je…
Il ferma les yeux. Quand il était enfant, sa mère s’enivrait dans sa chambre et aller à l’école était insupportable. Ses pantalons étaient trop petits et il n’avait pas d’amis. Il s’allongeait dans sa chambre, fermait les yeux et planifiait ce qu’il ferait lorsqu’il passerait son prochain examen, lorsqu’il courrait son prochain kilomètre, aurait son diplôme de cette école merdique et obtiendrait un emploi qui lui permettrait de faire un emprunt pour acheter une maison. Il aurait un animal de compagnie, des amis et une petite amie (à l’époque). Il s’imaginait dépasser la douleur pour un temps où rien ne lui ferait plus mal et il essayait à nouveau de faire cela.
Comment serait-il capable d’être le capitaine de ce foutu navire sans Richie ? Et si son compagnon ne pouvait jamais faire son coming-out, le laissant gay, seul et commençant sa vie personnelle à partir de rien ?
La douleur ne disparut pas.
Il laissa tomber sa tête dans ses bras et s’efforça de ne pas pleurer.
Il y réussit en grande partie. Clay termina sa tarte pour lui et attendit qu’il se soit levé pour lui proposer une partie de Witch Hunter 4. Skip se révéla finalement bon à ce jeu-là
IL SE coucha après minuit, après avoir vérifié son téléphone environ dix millions de fois dans l’espoir d’un message. Enfin, juste avant qu’il s’endorme, Richie lui envoya un texto.
Bon sang, Skip. Ça m’a pris une demi-heure pour lire ton carnet de voyage.
Skip fixa le message et se retint de toutes ses forces de balancer une réponse coup de poing du genre. « Bordel, où étais-tu ? » ;
Tu m’as manqué aujourd’hui.
Oui… je me suis endormi et je viens seulement de me réveiller. Mon père et Kay préparent la dinde pour demain et ils se disputent. Je peux les entendre à travers les murs.
Pourquoi se disputent-ils ?
Parce que mon père lui a finalement demandé si elle savait où Paul et Rob se trouvaient quand elle avait dit qu’elle l’ignorait aux experts de l’assurance. Je pense qu’ils ont tous les deux compris que ses fils ne reviendraient pas et qu’ils avaient pris une grosse somme d’argent avec eux.
Ça craint.
Je les déteste.
Richie avait écrit ça et Skip voulait entendre sa voix, les mots échangés faisant écho dans son estomac. Il appuya sur la touche Appel.
— Je ne te le reproche pas, dit-il lorsque son compagnon décrocha.
— Bon sang, j’avais besoin d’entendre ta voix, répondit Richie.
Il semblait brisé, triste et fatigué.
— Ça va ? l’interrogea-t-il. Foutue journée. Maintenant, parle-moi de la casse automobile.
Il laissa Richie lui parler de la location de chariots élévateurs, des crétins de l’assurance et des voitures qui étaient à moitié enterrées dans la boue. La conversation glissa sur lui et il se contenta de faire des « oh, oh, oui, d’accord », mais il était si heureux d’en faire partie, si content que Richie ait besoin de lui, qu’il l’aurait écouté toute la nuit si besoin, sauf qu’ils n’étaient pas ensemble.
Le jeune homme s’arrêta après environ une demi-heure, puis il changea de sujet et passa à la réunion de famille du lendemain. Skip ferma ses yeux fatigués alors que Richie parlait de combien cela allait être terrible.
— Je pense que nous pourrons juger qui était au courant et qui a aidé ces deux-là à sortir en fonction de qui viendra à la soirée. Lorsque toute la famille de Kay se défilera, le combat qui aura lieu fera ressembler celui-là à un combat de nains.
— Oh, merde, s’exclama Skip. Richie, je sais que ceci est… les policiers ne sont pas ma première ligne de défense non plus, mais as-tu pensé… je veux dire… si la compagnie d’assurances t’accuse…
— Je ne vais pas faire de la prison, répondit Richie sur un ton dégoûté. Pas pour l’un d’entre eux. Même pas pour mon père. Non, je suis absolument honnête, totalement transparent. Nous avons dû porter plainte contre X auprès de la police pour mettre un numéro d’enregistrement de plainte sur les formulaires d’assurance et si l’un de ces hommes avait même pensé à me demander si je savais qui l’avait fait, j’aurais chanté comme un… un…
— Tofurkey ? suggéra Skip, juste pour voir s’il rirait.
Il le fit, son rire retentissant contre son oreiller alors qu’il se blottissait dans son lit. Il était allé chez son ami à plusieurs reprises et celui-ci vivait plus simplement que lui. Son lit était composé d’un matelas à ressorts sur un châssis basique toilé dans un coin de la chambre près d’une fenêtre.
Il se rappelait qu’il n’avait même pas de couette, seulement quelques couvertures et de simples draps blancs.
Rien d’étonnant que le jeune homme ait tellement eu envie de décorer la maison de Skip pour Thanksgiving. Il avait l’impression qu’il décorait sa maison…
Sa maison.
Comme s’il décorait sa maison.
Richie était à moitié endormi à présent, sa voix montant et descendant alors qu’il se moquait de Kay qui continuait à hurler : « Ce sont mes bébés et je les aime ! » Suffisamment fort pour être entendu dans le garage.
— Richie ? dit Skip, ne voulant pas le stresser en ce moment, mais ayant besoin que son petit ami l’écoute. Richie… Je veux juste que tu sois ici.
— Oui, Skip. Moi aussi. Je rentrerai samedi, d’accord ? Je resterai jusqu’… L…
Il s’endormit au milieu de cette phrase laissant son amant penser que Richie n’avait pas besoin de déménager dans son propre appartement pour avoir un autre endroit où vivre.
LES SCORPIONS avaient réussi à réserver un terrain d’entraînement de quinze heures à dix-sept heures le lendemain. Ce qui voulait dire qu’ils commenceraient à jouer en fin d’après-midi, mais qu’il ferait totalement noir lorsqu’ils termineraient.
Skip arriva tôt, bien sûr, avec une grande glacière pleine de bouteilles d’eau, de boissons énergétiques et même de fruits secs parce que c’était un entraînement long. Tout le monde était là à seize heures, sauf McAllister. Ils avaient essuyé une autre tempête la semaine précédente et ce dernier travaillait pour un service d’élagage, donc il était très occupé… Skip n’en savait pas beaucoup plus à ce sujet.
Ils étaient rassemblés autour de la glacière pour une pause lorsque McAllister traversa le terrain en chaussures de sécurité et portant son gilet orange, visiblement prêt à tuer quelqu’un.
— Mac ? s’écria Owens. Où est ton équipement, mec, tu ne peux pas jouer avec ça !
— Je ne jouerai plus dans cette équipe ! hurla celui-ci.
Son visage était rouge d’effort et apparemment de colère et il fonça directement vers Skip.
— Je ne vais pas jouer pour une foutue folle, crétin. Tu ferais mieux de te barrer ou il te transformera en gay comme il l’a fait à Scoggins !
— Pardon ? dit Skip qui n’avait encore jamais senti sa mâchoire tomber auparavant.
— Oui, tu penses que personne ne vous a vu après le dernier entraînement, mais tu as tort, pédé. Mon père vous a vus et lorsque nous avons commencé à parler pendant Thanksgiving à propos de l’endroit où mon équipe s’entraînait, il m’a parlé de deux hommes qui se pelotaient, totalement dégoûtants, un roux et un blond, leurs langues dans la gorge de l’autre et tout ça. J’ai entendu ta voix au téléphone ce matin afin de nous rappeler l’entraînement et j’aurais pu vomir.
Il martela le mot vomir et le compléta avec un crachat. Skipper frissonna sous le froid soleil de novembre en observant les visages de l’équipe qu’il avait réussi à réunir avec de la bonne volonté et un bon esprit sportif.
— Alors, c’est vrai ? demanda Jefferson dans le silence. Scoggins et toi vous êtes ensemble ?
Skip déglutit et souhaita si fort que Richie soit là qu’il fut surpris de ne pas entendre sa voix dans sa tête.
— Oui, dit-il calmement. Depuis juste avant Halloween. Nous sommes…
Oh, Richie, fais que cela devienne une réalité.
— J’espère qu’il va bientôt emménager avec moi.
— C’est super pour vous ! s’écria Jefferson en claquant son dos assez fort pour le faire trembler.
— Oui, c’est super pour vous !
Il sentit ses genoux faiblir en entendant le chœur des félicitations et il adressa un sourire larmoyant à son équipe qui l’entourait sur le terrain.
— Hé ! s’exclama Owens.
Le cœur de Skip s’effondra pendant un instant. Oh, bon sang, non, faites qu’il ne soit pas le deuxième !
— C’est pour ça que Scoggins ne nous a pas appelés pour qu’on prenne soin de toi lorsque tu étais malade. Avait-il peur que tu dises quelque chose ?
— Oh, merde ! commenta Carpenter. Est-ce que vous saviez qu’il babille lorsqu’il est malade ?
— Eh bien, euh, oui, dit Menendez en haussant les épaules. C’est ainsi que nous avons su que Skip avait une sorte de béguin pour Richie en premier.
— Je ne savais pas, dit Jimenez en haussant les épaules. Mais, ça va parce que mon petit frère est gay et je ne peux pas te détester, tu vois ?
— Oh, oh, gémit Skip gentiment. Vraiment ? Vous saviez tous ? Parce que cela nous a pris par surprise tous les deux !
Des sifflets et des braillements accompagnèrent cette annonce. Thomas et Cooper se joignirent au chœur et pendant un moment, à la lueur des bons vœux, Skip oublia McAllister et son concentré de venin, même si le grand Irlandais se tenait debout devant lui.
— Donc, c’est ça ? les interrompit Mac, visiblement perdu. Vous savez que notre capitaine est une pédale et vous… le félicitez ?
— Ce n’est pas un joli mot, déclara Singh avec sa diction précise. Quel est le problème, McAllister, est-ce que cela offenserait ta virilité qu’un gay soit un meilleur joueur que toi ?
— Ce qui m’offense, c’est que ce suceur de queues et son petit monstre ont traîné dans cette équipe comme s’il s’agissait d’une sorte de buffet à fellations ! grogna McAllister contorsionnant si vilainement son visage que Skip trouva cela vraiment effrayant. Merde, Keith, ton petit ami joue comme un pied et tu continues à le mettre en première ligne comme s’il pouvait nous sucer !
Ils durent arracher Skip de lui.
Un moment, il se trouvait debout, laissant toute cette haine irrationnelle couler sur lui, se demandant sérieusement comment le football en ligue amateur, un sport composé d’hommes jouant après le travail pour se détendre, était devenu autre chose qu’une tournée de bières après le match.
La minute suivante, McAllister était au sol, les poings de Skip frappant son visage et toute l’équipe obligeant son capitaine à reculer, lui assurant que l’homme n’en valait pas la peine. Carpenter et Owens tenaient chacun l’un des bras de Skip alors que Jefferson et Menendez tiraient McAllister de la boue.
— Il t’a battu à la loyale, déclara Thomas par-dessus leurs épaules.
C’était un grand homme, dégingandé et il ressemblait à un professeur donnant une leçon.
— Tu racontes ça à la police et nous leur dirons que tu as laissé un gay poids léger te frapper jusqu’à te casser le nez.
Cooper, leur plus petit joueur après Richie, s’avança et se planta devant lui.
— C’est fini, Mac, dit-il sérieusement. Le reste de l’équipe n’en a rien à faire et tu as dit trop de merde. Si tu veux à nouveau jouer avec nous, nous aurons besoin de vraiment grandes excuses. Sinon, tu dois quitter notre terrain.
Skip le regarda s’effondrer brusquement comme s’il ne lui était jamais venu à l’esprit qu’il pourrait perdre son équipe, ses amis, son groupe de coéquipiers, ses loisirs après le travail en adhérant aux idées de son père. Pendant un instant, il fut désolé pour lui. Il savait ce qui était en jeu. Il avait failli de perdre tout cela.
McAllister n’avait jamais pensé que cela lui arriverait.
— Vraiment ? demanda-t-il, semblant perplexe et perdu. Sérieusement, vous allez choisir un p…
— Tu dis encore une fois le mot en P et nous allons vraiment te frapper, s’écria Jimenez.
Contrairement à Menendez, le jeune joueur savait parfaitement ce que c’était de vivre dans la partie la moins merveilleuse de la ville. Il avait dû se battre pour obtenir son diplôme en droit.
— Le monde a changé, murmura l’Irlandais. Et pas pour le mieux.
Il se retourna et s’éloigna du terrain, laissant l’équipe respirer dans l’adrénaline et l’excitation.
— Oh, merde, waouh, dit Skipper dans le brusque silence. Les gars, j’espérais que vous ne me haïriez pas tous, mais je n’ai jamais prévu ça.
— Eh bien, oui, Skipper, répondirent en tandem Galvan et Owens.
Puis Owens poursuivit, même s’il laissait généralement parler son coéquipier.
— Pendant six ans, tu as veillé sur chacun d’entre nous. Nous n’allons pas laisser cela disparaître parce que cet imbécile a brusquement une illumination. Tu es…tu le sais…Scoggins et toi êtes nos amis.
Skip sourit timidement, puis Thomas saisit un ballon d’entraînement et commença à faire son show et Menendez lui fit des passes. Carpenter donna à Skipper deux serviettes propres afin qu’il puisse envelopper ses articulations… et essuyer le sang sur sa joue puisque McAllister s’était servi de ses poings lui aussi et au moment où il eut fini de se nettoyer, ses équipiers étaient engagés dans un jeu de Patate Chaude, le genre où tout le monde devait jouer et la seule règle était de ne pas laisser tomber le fichu ballon.
Pendant la dernière demi-heure, alors que le jour avait disparu et que l’hiver était tombé sur son petit morceau de monde, Skipper joua avec son équipe. Lorsqu’il avait été un petit enfant caché dans sa chambre, rêvant d’un avenir meilleur et d’avoir des amis, ce moment-là – des amis appelant son nom, riant et l’applaudissant – ce moment-là était celui dont il rêvait.
L’entraînement se termina et ils retournèrent vers leurs voitures, des volontaires aidant à installer la table pour les aliments à grignoter et la glacière. Skipper se tenait debout près de sa voiture et regardait le terrain s’éclairer au fur et à mesure que les lumières s’allumaient et que l’équipe suivante équipe commençait.
Carpenter se tenait près de lui, prêt à sauter dans sa propre voiture et, selon ses propres mots, prêt pour un bain chaud et rêver de filles avec de beaux seins.
— À quoi penses-tu, Skip ?
— Je pense que c’était une journée vraiment géniale, répondit-il en se tournant vers lui avec un léger sourire. Je vais partager ça avec Richie.
— Ça, c’est mon pote, lui répondit Carter en souriant.
Skip ne rentra même pas chez lui pour se changer.
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