Coup d'envoi
Enflammer le but.
SCOGGINS L’ÉTAIT encore une fois.
— Hors-jeu ? Je n’étais pas hors-jeu ! Espèce d’enfoiré, tu ne verrais pas un hors-jeu même s’il te mordait le…
— Cul ? proposa Skipper d’un air pince-sans-rire. Allez, Richie, tu vas prendre un carton rouge. Pouvons-nous simplement jouer au football ?
Scoggins leva les yeux au ciel et marmonna dans sa barbe, mais il se calma. Skip avait toujours eu ce genre de pouvoir sur lui et tous les membres de l’équipe le savaient.
— Oui, d’accord, mais si ce défenseur rouquin m’éclate encore une fois les côtes, je ne réponds de rien.
Le rouquin faisait près de deux mètres. Lent comme une vache laitière droguée et lourd, oui, mais efficace. Personne n’osait l’affronter pour récupérer le ballon et Skipper avait eu droit à ses propres ecchymoses parce qu’aucun protège-tibia n’était efficace contre lui.
— Je vais le prendre, dit-il parce qu’il était plus grand que Richie d’une part et parce qu’il savait que ce n’était pas personnel de l’autre.
Les cheveux de Richie Scoggins étaient aussi roux que ceux du défenseur de l’autre équipe et sa fureur, bon sang, était aussi flamboyante que ses cheveux.
Ils s’alignèrent, Scoggins prit le centre et passa le ballon. Skipper démarra brusquement sur le terrain, le soleil d’ouest dans le froid d’un soir d’octobre dessinant un chemin éthéré vers le but déifié.
Skipper et Scoggins. Ils étaient de vrais croyants.
Dribble, dribble, passe, esquive, dribble… Ils jouaient ensemble depuis l’institut de Sciences et Technologie, lorsque Skipper était entré dans le cours d’informatique qu’ils suivaient ensemble avec un dépliant sur la ligue de football amateur pour adultes. Ils travaillaient tous les deux et n’avaient ni l’un ni l’autre le temps de jouer pour l’équipe de l’institut, mais la ligue amateur ? Ça, c’était possible.
Six ans plus tard, ils avaient chacun un emploi et ils continuaient à jouer. Ils s’entraînaient et jouaient au football tous les jeudis soir, essentiellement avec les mêmes types avec lesquels ils jouaient depuis l’institut.
Connaître l’équipe réconfortait Skipper. Gagner avec eux l’exaltait.
— Scoggins ! appela-t-il en voyant qu’il était bloqué, et son coéquipier fut là, prêt à recevoir le ballon.
Il recula pour éviter le hors-jeu et dégager le passage pour Scoggins, il bougea ses fesses, esquiva le grand guerrier écossais à sa gauche, l’astucieux petit Menendez – ce traître qui jouait habituellement pour eux – à sa droite et il tira ! Très joli tir… Il passa au-dessus, plus haut, plus haut, plus haut…
— But ! hurla Scoggins en levant les bras au-dessus de sa tête. But ! But ! But ! Les Scorpions sont encore vainqueurs !
Techniquement, ce n’était pas encore validé, il restait du temps à jouer, mais au moment où Skipper ouvrait la bouche pour dire cela…
… l’arbitre siffla la fin du match.
Des salves d’applaudissements s’ensuivirent, des étreintes, des serrages de mains, des tapes sur des épaules, des coups de hanches et des corps masculins en sueur sautillant sur place pour garder la chaleur. Finalement, ils attrapèrent leurs sweat-shirts sur le banc de touche et ils quittèrent le terrain légèrement boueux du collège avec sa pelouse irrégulière afin de rejoindre leurs voitures.
Où ils enfreignirent quelques règles en se servant dans la glacière au fond du coffre de la Honda Accord de Richie Scoggins.
La fête était également l’opportunité de se poser l’inévitable question. La saison d’automne de la ligue s’était terminée sur ce match. Il ne restait plus que le tournoi du week-end, mais ils seraient probablement battus parce qu’ils se confrontaient à de nombreux joueurs qui avaient joué dans des équipes universitaires et qui s’entraînaient trois fois par semaine au lieu d’une.
— Yo ! s’exclama Menendez en s’essuyant le visage avec le dos de sa main. Est-ce que nous participons au tournoi d’hiver, cette année ?
Il travaillait chez Intel à Folsom pendant la journée, mais ici, dans Citrus Height, il utilisait des mots comme Yo.
— Je ne sais pas. Tu vas jouer avec nous ? rétorqua Skipper.
Menendez fit la grimace. Il s’était inscrit à la fin de ce semestre et avait été mis dans l’équipe des Dirty Dogs. Celle de ce grand guerrier écossais qui avait beaucoup monopolisé la balle.
— J’en suis si nous nous inscrivons cette semaine ! dit-il en passant les doigts dans ses cheveux. Mec, dis-moi que nous allons jouer encore. Je sais que vous avez une famille, mais le football, ça m’occupe pendant les fêtes !
Scoggins tapota doucement le dos de Skipper et celui hocha la tête. Oui, son ami avait une famille, mais Skip les avait rencontrés plus d’une fois lorsqu’il allait le chercher pour aller au cinéma ou sortir un vendredi soir.
Avoir une famille était parfois pire que pas de famille du tout.
C’était le cas de Skipper. Ses parents s’étaient séparés lorsqu’il avait douze ans, son père était en prison et sa mère était morte d’une cirrhose juste au moment où il terminait ses études.
— Je comprends, dit-il.
Il regarda ensuite les douze autres hommes avec lesquels il jouait. Son vrai prénom était Christopher. L’équipe l’appelait Skipper parce qu’au cours de leur premier trimestre, leur entraîneur avait démissionné et Skip était devenu en quelque sorte le capitaine de ce bateau.
— Qu’en dites-vous, les gars ? Nous avons seulement besoin de dix joueurs et d’un gardien de but, alors si certains d’entre vous ont des enfants, des beaux-parents et tout ça à Noël, vous pouvez vous libérer.
Trois d’entre eux renoncèrent, mais il resta Cooper, McAllister, Thomas, Galvan, Owens, Jefferson, Jimenes, Menendez et Scoggins… donc, un à remplacer.
Ils portèrent une vingtaine de toasts en finissant toute la bière et Skipper se fit une note mentale de commencer la paperasserie le lendemain.
— Je te le rappellerai, dit Scoggins une fois que le dernier des hommes se fût éloigné, les laissant seuls.
La nuit était entièrement tombée et le jeune homme frissonna. Il était le seul à ne pas avoir pris un sweat-shirt.
Skipper s’était garé juste à côté de lui et leurs deux Honda Accord argentées portaient toutes les deux à peu près les empreintes de tous les gars de l’équipe à cet instant. Il ouvrit le coffre et en sortit sa veste sweat noire. Il la lança à son ami parce qu’il détestait le voir trembler de froid.
Richie ne recevait pas beaucoup d’attention maternelle ou paternelle d’ailleurs, même s’il dirigeait pratiquement la casse automobile de ses parents. Il se surpassait, faisait les comptes, râlait parce qu’il ne recevait pas d’aide pour les travaux et maintenait l’entreprise à flot. Quelqu’un devait s’occuper de lui. Skipper s’en était déjà aperçu lorsqu’ils étaient à l’école. Richie était un bon type, il restait après les cours pour aider ses amis à étudier, apportait toujours de la bière, des frites ou des bouteilles d’eau, et ne se souciait pas d’être capitaine en second d’un groupe de gars qui voulaient juste jouer à leur foutu jeu.
— C’est bon, murmura Skipper en bâillant. Tu me le rappelleras. Nous avons une sortie cohésion de groupe demain de toute façon…
— Où allez-vous ? demanda Richie, toujours fasciné par les avantages corporatifs de Skipper.
Celui-ci avait essayé de lui faire comprendre que l’entreprise technologique pour laquelle il travaillait n’était pas particulièrement glamour, mais pour Richie, tout ce qui ne vous amenait pas à travailler avec vos parents était le top du top. D’une certaine manière, cela donnait une bonne perspective à Skip – chaque personne était frustrée par son travail. C’était important de se rappeler qu’il faisait un travail pour lequel il était bon, qu’il obtenait des promotions et des augmentations régulièrement et que sa patronne n’avait légalement pas le droit de le traiter de demeuré juste parce qu’elle avait épousé son père.
— Au bowling, répondit-il en finissant sa bière avant de regrouper les emballages vides.
Un point de collecte se trouvait à proximité de l’école. Jusqu’à présent, personne ne s’était plaint des canettes soigneusement emballées une fois par semaine et Skip continuait à croiser les doigts. Il aimait cette ligue, mais la bière après les entraînements ou les matchs lui donnait un groupe social qu’il n’avait pas ailleurs, donc c’était un risque qu’il était prêt à prendre.
— Un bowling ? s’exclama Richie semblant être aux anges. Vraiment ? Je peux venir ?
Skip l’observa : un compétiteur d’un mètre soixante-douze, féroce et nerveux, et tout à coup, on aurait dit une petite fille.
— Tu peux venir où ? Au bowling ?
— Oui, acquiesça-t-il. Je n’ai rien de mieux à faire pour mon vendredi soir et mon père et Kay avaient l’habitude d’y aller. J’étais vraiment bon, tu sais ?
C’était la première fois que Richie lui disait quoi que ce soit d’agréable sur ses parents.
— Tu as rompu avec, c’est quoi son nom ?
— Mélanie ? Oui. C’est de l’histoire ancienne.
Il sautillait toujours sur ses orteils et soufflait sur ses doigts. Skip lui fit signe d’entrer dans sa voiture.
— Asseyons-nous. Nous pourrons discuter de ça, d’acc’ ?
Pourquoi pas ? Il avait déposé les clés du portail et le dossier des entraînements dans sa voiture. Ils pourraient rester un peu là avant que quelqu’un se fâche de voir deux voitures garées devant le collège.
Richie acquiesça avec gratitude et ils se glissèrent précipitamment dans le véhicule. Skip dut reculer le siège passager pour pouvoir caser ses jambes. Ils avaient tous les deux acheté leurs voitures par l’intermédiaire de leur école afin de bénéficier d’une remise étudiante, mais parfois, il rêvait d’en acheter une plus grande. Un mètre quatre-vingt-trois, ce n’était pas si grand, jusqu’à ce que vous deviez vous asseoir à l’avant d’une voiture compacte.
La voiture de Richie était agréablement en bazar. Skipper aperçut quelques emballages de fastfood sous ses pieds, mais pas trop, et un sac de sport et une serviette sur la banquette arrière. Il lui avait offert une tasse isotherme pour son café le matin et elle était posée dans le porte-gobelet. Elle avait besoin d’être lavée. Richie tourna la clé de contact juste pour allumer la chaîne stéréo, puis il tapota son téléphone jusqu’à trouver une playlist alternative. Le Down by the river de Milky Chance retentit et Skip se détendit, appréciant la musique et le sentiment automnal qui s’en dégageait.
— Alors, dit-il après avoir laissé les accords d’ouverture glisser sur lui. Mélanie.
— Elle n’est pas… commença Richie en soupirant. Elle est gentille et nous nous sommes amusées et tout ça, mais… non… tu sais…
Il se tut et haussa les épaules.
Oui, Skip savait. La majorité des relations de Richie se terminaient ainsi. Il rencontrait une fille. Ils sortaient ensemble quelques fois, allaient au cinéma, sortaient au restaurant, assistaient même à l’occasion à un concert, puis juste avant que cela devienne sérieux après le premier week-end en amoureux, ils rompaient.
— Mec, déclara-t-il. Ce n’est pas juste pour ces filles, tu sais ? Si tu ne veux pas de liens, trouve-toi une fille qui n’en veut pas non plus. Il n’y a aucune honte à ça.
— Oui, répondit Richie en soupirant. Eh bien, ce n’est même pas que je ne veux pas de liens. En fait, j’en veux. J’aimerais me lier. J’en rêve, tu sais ?
Skipper le regarda avec avidité, ses pommettes et ses lèvres pleines en contre-jour, éclairées par le lampadaire à l’extérieur.
— Non, répondit-il, fasciné. Sérieusement, parle-moi de tes rêves.
Ils étaient des hommes, n’est-ce pas ? Ils parlaient de football, de leurs emplois pourris et des parents terribles de Richie. Ils allaient à des concerts, au cinéma, ils buvaient des bières après les matchs et ils s’invitaient les uns chez les autres pour jouer à la Xbox et planifier le dernier tournoi en réseau alors même qu’ils étaient certains qu’ils n’iraient jamais parce qu’ils étaient trop occupés par le football.
Mais ils ne parlaient pas de leurs rêves. Les hommes parlaient-ils de leurs rêves ensemble ?
Avait-il des rêves en plus de jouer à côté de cet homme ?
Richie soupira et attrapa une bouteille d’eau sur le sol derrière le siège de Skip. Le mouvement les mit en contact et, dans la voiture sombre, Skip fut tout à coup en alerte.
Très conscient du petit corps parsemé de taches de rousseur de son ami.
Il avait vu ce petit corps plein de taches de rousseur, muscles tendus, ruisselant de sueur, chargeant à travers le terrain de football ensoleillé. Richie avait fait cela trop souvent et ses épaules avaient brûlé, mais vous pouviez compter toutes ses côtes et ses muscles parce qu’il n’avait pas un gramme de graisse.
Ce corps était juste à côté de lui dans l’espace limité de la petite voiture et Skip passait un moment difficile, devant cacher une inconfortable… chose. Il appuya dessus sans pitié jusqu’à ce qu’elle soit d’une taille plus facile à cacher, mais cela ne signifiait pas qu’elle n’était pas encore là.
Richie se retourna et lui passa la bouteille d’eau. Puis, il en attrapa une autre pour lui-même.
Cette fois, Skip se retrouva à quelques centimètres de son cou.
Son ami sentait la sueur et il se demanda si cette bande de peau pâle au clair de lune serait salée s’il la léchait. Richie lui exploserait-il le visage avec son coude ou frissonnerait-il avant de soupirer et de fondre ?
Il pensa que si le jeune homme posait un jour ses lèvres sur son cou, il frissonnerait probablement, soupirerait et fondrait.
Pour l’instant, alors que Richie reculait sur son siège, Skipper s’efforçait de ne pas frémir.
— Donc, déclara-t-il en gardant sa voix égale avec un effort. Mélanie ? Rêves ?
Son ami ouvrit sa bouteille d’eau et prit une grande gorgée. Il s’essuya la bouche avec le dos de sa main après avoir fini et soupira.
— Je veux des liens, murmura-t-il. Vraiment. Je… tu sais. Je passe une nuit avec la fille et le lendemain, elle est toute vulnérable, je suis gentil avec elle et je pense que je peux le faire. Je peux prendre soin de cette fille. C’est une belle fille et nous nous sommes amusés, tu sais ?
Skip pensa à sa dernière relation. Cela faisait un moment. Oh oui. Ambre, des cheveux bruns, des tee-shirts serrés et un jean rehaussant ses fesses.
Bon sang, elle avait été amusante. Un mauvais sens de l’humour, une bouche cochonne et une obsession à lui faire des anulingus jusqu’à ce qu’il jouisse.
Penser à cela ne le faisait même pas durcir et c’était anormal en quelque sorte. C’était en partie pour cela qu’il avait rompu avec elle. Oui, il lui avait offert la réciprocité nécessaire au lit, mais il avait vraiment eu l’impression… qu’il établissait une facture et qu’il payait pour des services rendus.
Ambre avait vraiment aimé le sexe et lui pas du tout. C’était comme s’il trichait, être avec une fille qui faisait tout son possible alors que lui suivait le mouvement. Elle avait pleuré la dernière fois qu’ils avaient couché ensemble. Je me couche en me sentant sexy et séduisante et je ne sais pas ce que tu fais, Skip, mais j’ai l’impression d’être une salope et je me sens honteuse.
Ce n’était pas bon.
Alors, il savait. Il comprenait ce que Richie disait.
— Oui, répondit Skip dans le silence. Je comprends. Tu penses : « C’est une belle fille. Je l’apprécie beaucoup ».
— Oui ! s’exclama Richie en le regardant, ses grands yeux verts, brillants et incolores dans la lumière. Tu comprends. Mais il y a quelque chose à propos de les toucher, tu sais. Les garçons à l’école qui font une fixette sur les seins… Je me souviens de ça. Je me souviens d’avoir été si excité quand je devais en voir pour la première fois. Je me masturbais, genre trois fois par jour, juste parce que je devenais dur à cause de ça et je devais la faire redescendre, n’est-ce pas ?
— Merde, Richie, tu t’entraînais pour un record ou quoi ? s’exclama Skip en lui jetant un coup d’œil.
— Quoi ? Trois fois par jour ?
— Oui. Il me faut un peu de temps pour durcir… Je ne pourrais pas le faire. Mais tu parlais des filles.
— Eh bien, je pensais que je serais très excité lorsque je verrais des seins et Sierra Donovan m’a montré les siens. Je m’attendais totalement à avoir une super érection, tu vois ? Mais elle était là, son tee-shirt soulevé, ses seins… ballottant… et je n’ai… rien eu, dit-il en frissonnant à ce souvenir. J’ai fait les mouvements, j’ai utilisé ma bouche, j’ai été vraiment doux, elle m’a même laissé mettre ma main dans son pantalon, ce qui était bien, parce qu’elle a joui et elle s’est éloignée heureuse.
— Mais, toi ? demanda Skipper.
Il bougea sur son siège, parce c’était assez embarrassant, mais l’imaginer, adolescent, caressant la chair nue de quelqu’un d’autre le faisait un peu durcir. Habituellement, cela ne se produisait que lorsqu’il était seul dans le noir, se caressant.
— Je… je n’ai pas eu d’érection jusqu’à ce que je rentre chez moi ce soir-là, dit Richie pensivement, fixant ses mains sur le volant. Et… Et c’est comme ça avec toutes les filles. Il faut que ça se passe dans le noir, je dois fermer les yeux et juste sentir leurs mains sur moi. Mais, le matin, je les regarde et…
— Oui, murmura Skip. C’est pareil pour moi.
Ils se turent. Le radiateur n’était pas allumé et Richie frémit, probablement parce que la voiture était froide à l’intérieur. Skip commença à retirer son sweat-shirt parce qu’il avait toujours un peu chaud.
— Non ! protesta Richie. Skip, mec, tu ne dois pas enlever ton sweat-shirt pour me le donner.
Ce dernier fit une pause parce que retirer son vêtement dans la voiture était compliqué.
— C’est bon, parce que je suis coincé, murmura-t-il à travers les plis du tissu.
Richie rit et glissa ses mains le long des bras de son passager, essayant de le démêler du mince sweat-shirt. Skip lutta et tâtonna, essayant de ne pas frapper Richie dans le visage ou ailleurs. Ce fut un court combat, mais cela n’empêcha pas les mains de Richie d’écumer ses côtes, son estomac, sa poitrine, son cou. Ce n’était pas des caresses, c’était probablement impersonnel, mais au moment où il finit par gagner contre ce fichu vêtement, Skip était en sueur, à bout de souffle et, ironie totale, dur.
Il roula en boule son sweat et le posa sur ses genoux.
— Hé, dit Richie en attrapant le vêtement en riant. Après tous ces efforts, je vais prendre le satané sweat-sh…
Sa main frôla l’entrejambe de Skipper et leurs regards se croisèrent.
—… irt ?
Skip ferma les yeux, se recula et grommela :
— Ne pense pas que je suis bizarre, s’il te plaît, marmonna-t-il. S’il te plaît. C’est juste… tu parlais de sexe et alors… Hé !
Richie caressait à nouveau son sexe à travers le short et tout le corps de Skip picota.
— Désolé, marmonna le jeune rouquin, ne semblant pas du tout désolé. C’est juste…
Il tendit un doigt et commença à remonter l’entrejambe de Skip, le passant ensuite sur toute la longueur de la chose qui était écrasée contre le corps du jeune homme sous le short de football et le sous-vêtement Under Armour. Richie arriva à la pointe et son doigt traça la crête à travers trois couches de vêtements et Skip gémit à nouveau, les yeux fermés.
— Si tu es si désolé, chuchota-t-il, arrête de le toucher ! Je suis assez embarras…
Son ami prit sa main et la posa sur son entrejambe. Avant même de comprendre ce qu’il touchait, Skip referma sa main sur un sexe dur poussant contre le sous-vêtement de Richie comme le faisait le sien.
Skip ouvrit les yeux et Richie et lui se regardèrent, nerveux dans la lumière terne. Pendant une seconde, il crut que ce moment était fini. Richie recula juste un peu et sa main se détendit sur son sexe. Mais, quelque chose en lui devait vraiment vouloir que cela continue parce que sa main se resserra. Richie ferma les yeux et entrouvrit ses lèvres pleines…
Skip voulait le goûter plus que toute autre chose dans sa vie.
La première caresse sur ses lèvres fut si douce que c’était comme si elle n’était presque pas réelle, mais elle l’était et Richie ne sursauta pas, ne protesta pas et ne se plaignit pas lorsque le deuxième frôlement fut un peu plus appuyé.
Ses lèvres étaient un peu rugueuses, mais Skip les titilla avec sa langue et lorsque son ami ouvrit la bouche, l’intérieur était plus doux, comme celui d’une fille, mais avec cette incroyable chaleur.
Skip avait froid, il avait renoncé à son sweat-shirt et il voulait cette chaleur. Il se poussa vers l’avant, balaya avec sa langue et ressentit la réponse de Richie. Un frémissement l’accabla, sans pitié et il resserra sa main sur le sexe de son ami comme s’il s’accrochait à la vie.
Richie gémit et frotta le short de sport de Skip. Ce dernier inspira fortement et la petite main maligne de son coéquipier se glissa à l’intérieur, puis sous le sous-vêtement Under Armour qu’il poussa de côté avec un bruit d’élastique. Skip sentit l’air froid sur son sexe exposé et il trembla.
Puis, Richie glissa sa main chaude et rugueuse sur le capuchon et pressa la hampe.
Skip gémit dans sa bouche, impuissant.
— Prends le mien, ordonna Richie après avoir reculé sa tête.
Skip inclina son corps afin de pouvoir utiliser ses deux mains pour descendre le short et le sous-vêtement Under Armour de Richie sous ses fesses. Il le maintint d’une main ferme sur sa hanche, puis il jeta un coup d’œil pour s’assurer qu’il offrait au sexe trapu et courtaud de son ami une caresse ferme et chaleureuse.
Richie gémit et son membre pulsa dans sa main.
Il ferma les yeux. Il ne pouvait pas faire autrement. Le frisson qui l’avait secoué en sentant la chair chaude dans sa paume était trop important pour qu’il l’endure les yeux bien ouverts.
Une bouffée d’air frappa le gland fuyant de Skip et le frisson d’un désir ardent parcourant son corps le mit en alerte. J’ai besoin. J’ai besoin. J’ai besoin…
Il ne pensait pas être le type qui en avait besoin. Ambre lui avait dit qu’il était froid, il était plutôt certain que la majorité de ses petites amies pourraient être d’accord avec ça. Mais la bouche de Richie était chaude et accueillante et son sexe brûlait la peau de sa paume.
La main de Richie commença à le masturber presque spasmodiquement, mais Skip sentit le rythme qu’il essayait d’imprimer.
— Ch… ch, chuchota-t-il contre la joue de son ami.
Il prit sa petite main, rugueuse et ossue, dans la sienne et lui apprit à caresser, un peu plus lentement, un peu plus doucement… Oh ! Oh oui !
— Skipper, implora-t-il et celui-ci bougea sa main là où elle se trouvait.
Durement et un peu plus lentement, puis doucement. Tous les grognements de Richie, chacun de ses gémissements amenaient Skipper un cran plus haut vers l’infini inattendu de la passion qui s’était installé dans l’Accord Honda du jeune homme.
La radio passa de Milky Chance à Mumford & Sons et alors que les guitares, le banjo et le clavier s’élançaient vers un apogée, l’estomac de Skipper se vrilla sous une sensation forte et frappante lui indiquant qu’il allait faire de même.
Richie haleta et un jet de liquide séminal brûlant inonda les doigts de Skipper.
Il voulait… voulait… oh merde… Il voulait tellement cela, de Richie, de…
Il déplaça sa main de la hanche de Richie à sa mâchoire et il le positionna pour l’embraser, un pillage sauvage et passionné. Son ami continuait à caresser son membre, chaque callosité amenant une délicieuse friction, le serrant durement, lui offrant exactement ce dont il avait besoin.
Uh… uh… Oh bon sang, les callosités de la main de Richie s’accrochaient sur la crête de son sexe et c’était… si bon… si…
Tout son corps picotait, même ses coudes et son cuir chevelu, sa tête, ses fesses et ses tétons et… des picotements, un serrement, monter jusqu’à la rupture et… oh… oh… oh…
Richie jouit véritablement, son corps s’arquant et tremblant jusqu’à rompre le baiser. Sa semence collante, crémeuse et pratiquement bouillante de la chaleur de ce petit corps intense coula sur le dos des doigts l’entourant. L’emprise de Skip devint erratique et glissante et ce fut bon. Son dos décolla du siège de la voiture, il ferma les yeux et laissa venir le picotement dans tout son corps, le laissa monter. Il vit des étoiles et il jouit.
Il garda les yeux fermés pendant que sa respiration se calmait. Lorsqu’il les rouvrit, Richie était juste là, son visage à quelques centimètres du sien, sa bouche gonflée par ses baisers, ses joues rougies par son chaume, ses yeux écarquillés, brillants et troublés.
Skip devait probablement avoir la même allure.
Ils se regardèrent pendant un moment intense. Skip lâcha le sexe de Richie en même temps que celui-ci laissait tomber le sien.
— Attends, murmura-t-il en attrapant un des sacs de fastfood.
Il sortit une poignée de serviettes et en donna quelques-unes à Skip. Celui-ci les regarda stupidement. Richie prit les siennes avec des mouvements doux et il essuya le sexe de son ami.
— Oh, s’exclama-t-il, se sentant idiot.
— Voilà, Skip, lève tes hanches.
Il obéit et son coéquipier remonta son short.
— Merci. Veux-tu, que… demanda-t-il en agitant vaguement les serviettes dans sa main avant de réaliser que la semence de Richie maculait sa main.
Il s’arrêta, hypnotisé, puis presque comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher, il amena sa main à sa bouche et il suça le creux entre son pouce et son index.
C’était salé et amer, tout comme la sienne. Les garçons goûtaient leur semence, mais quelque chose dans la crudité de ce geste – goûter Richie comme cela – le heurta, fendit son cœur et il frémit. Il faillit presque tirer ses genoux contre sa poitrine parce que son aine le faisait souffrir et qu’il pensait que ce goût pourrait à nouveau le faire jouir.
Il ouvrit les yeux et Richie était proche de lui dans les limites de la voiture. Il prit la main de Skip et chercha les endroits que celui-ci n’avait pas atteints, puis il commença à lécher, très lentement, très délibérément, jusqu’à ce que ses doigts soient propres.
Il gémit à nouveau. Oh, merde. Il voulait. Il avait encore vraiment envie de cela. Mais ne devraient-ils pas dire quelque chose ? Faire quelque chose ? Oh, merde, Richie et lui venaient de s’embrasser et s’étaient mutuellement masturbés et…
Son corps tout entier lui criait : Nous devons recommencer. Nous devons recommencer.
— Richie, haleta-t-il, soupirant parce que la langue de son ami continuait à trembler contre les jointures de ses doigts. Que… que veux-tu faire ? Que venons-nous de faire ? Pourquoi n’avons-nous pas fait cela avant ? Qu’allons-nous faire maintenant ? Qu’est-ce que cela veut dire ?
— Bowling, répondit Richie simplement parce qu’il n’arrivait pas à reprendre son souffle non plus.
— Bowling ? répéta Skip, sa poitrine douloureuse des questions non formulées.
— On se voit demain, dit Richie en hochant la tête comme si son ami était lent et ne comprenait rien.
— Qu… ?
Le pouce de Richie était couvert de sperme et il le poussa dans la bouche de Skip. Ce dernier referma ses lèvres autour, aplatit sa langue et le suça durement. Sa propre semence envahit ses sens et oh, bon sang, combien il désirait à nouveau Richie.
— Demain, répéta Richie, comme s’il insistait. Nous dînerons ensemble. Je viendrais chez toi et nous regardons des films ensuite. Demain.
Il hocha la tête, alors Skip fit de même.
Il relâcha le pouce de Richie, grattant légèrement le dessous avec ses dents.
— Demain, dit-il en haletant.
Il ne semblait pas pouvoir récupérer sa respiration. Tout son corps refusait de coopérer.
Il devait sortir de là.
Il se pencha en avant, déposa un chaste baiser sur les lèvres de Richie, puis il saisit son sweat-shirt qui était tombé sur le sol et il sortit de la voiture. Il s’arrêta une fois la portière ouverte, se sentant secoué, se sentant soulagé.
— Demain ? demanda-t-il, ressentant brusquement le besoin de l’entendre à nouveau.
— Je te le promets, répondit son ami, cherchant ses yeux avec intensité.
— C’est bon, acquiesça Skipper.
Richie sembla avoir vu ce qu’il cherchait parce qu’il sourit et Skipper ferma la portière, enfila son pull et sauta dans sa propre voiture pendant que Richie démarrait la sienne.
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