Coup d'envoi

Amy Lane · Chapitre 14 sur 18

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Coup d'envoi

Et à tous, une bonne nuit sportive.

 

SKIP LUTTA contre la tentation de tourner le volant et de rouler autour du quartier. Cet homme l’avait attaqué la dernière fois qu’ils l’avaient vu. Il avait essayé de blesser Richie. Il avait lancé les membres de sa famille sur eux deux.

Skip voulait s’enfuir loin de lui et ne jamais le laisser reparler à Richie. Cependant, ce dernier avait finalement répondu à un de ses appels téléphoniques la semaine précédente et la seule chose qu’il avait apprise avant de devoir raccrocher pour ne pas crier, c’était que la vie de son père était complètement en morceaux. Il n’avait pas voulu porter plainte contre Rob et Paul, alors sa demande d’assurance avait été invalidée. Ses stocks avaient disparu et la belle-mère de Richie était partie, donc apparemment sa famille s’était totalement désintégrée. Il s’était fâché au téléphone, crachant des invectives sur Richie, sur Skip, sur les gays et les femmes infidèles, tout cela à peu près dans le même souffle.

Mais une fois sa vie passée au tamis de sa colère, ce qui restait avait peu de valeur. Skip s’était senti mal pour lui et n’avait pas blâmé Richie d’avoir le même sentiment.

Cependant, il s’avança prudemment vers le garage, se gara près de la voiture de son compagnon et veilla à sortir le premier pour le cas où le père de Richie serait d’humeur violente. Son petit ami trotta après lui, ralentissant pour fermer la porte du garage pendant que Skip s’approchait du porche.

— Si vous êtes ici pour balancer un autre coup de poing, j’appellerai la police, annonça-t-il d’une voix égale. C’est un quartier agréable et ils n’ont pas besoin de violence ici.

Le visage d’Ike Scoggins se contorsionna comme s’il s’apprêtait justement à être violent, mais il se détendit après un moment. L’envie de se bagarrer sembla s’écouler de lui et il scruta les alentours, regardant les lumières de l’arbre et remontant le long de la ligne du toit.

— Il semble que deux fées vivent ici, dit-il.

Skip observa l’homme et l’horrible expression sur son visage lui fit penser qu’il s’agissait d’une tentative de blague.

— Oui, marmonna-t-il. Nous avons juste besoin de robes et de baguettes. Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous aider, monsieur Scoggins ? Il est hors de question que Richie soit à nouveau blessé, donc ce serait génial que vous pussiez arriver à la partie où nous ne vous faisons pas arrêter sous notre porche.

— Je ne suis pas là pour vous parler, grogna Ike. Je veux parler à mon fils.

— Je suis là, papa, répondit Richie. Joli mouvement avec la porte du garage, Skip. Ce truc accroche.

— Pas assez réussi pour éviter que tu aies à faire ça, murmura-t-il avant de s’adresser à Ike. Je ne le laisse pas seul avec vous.

— Eh bien, restez là et écoutez. Ça me fait une belle jambe, répliqua l’homme en le fixant avant de tourner son attention sur Richie. Fils… ma vie entière… tu m’as entendu l’autre jour. Je n’ai plus rien. Plus d’affaires, plus de femme. Je vends la maison, donc j’ai assez d’argent pour vivre. Vas-tu vraiment me laisser ainsi ?

Richie le regarda, déchiré. Skip lui tendit la main et il la prit.

— Tu es invité à te joindre à nous pour le réveillon de Noël, dit-il en regardant Skip comme s’il le suppliait de lui pardonner. Nous recevons un bon nombre de personnes, tu pourrais venir.

— Je veux que tu reviennes à la maison ! hurla son père. Pas que tu m’invites à une foutue fête de Noël qui est probablement tout… qu’importe comment les gays appellent cela de toute façon. Tu es ma famille !

— Je suis la famille de Skip, répondit Richie en serrant la main de ce dernier, son regard nostalgique fixé sur son père. Tu es invité à te joindre à nous, mais je ne serais pas à nouveau ton petit garçon. Je suis désolé. Je suis désolé que ta vie soit partie à vau-l’eau. Tu aurais…

Richie soupira profondément avant de continuer.

— Tu aurais pu faire beaucoup de choses pour que tout cela ne se produise pas, mais qui suis-je pour juger ? Cependant, je suis bien ici. Je suis…

Il jeta un coup d’œil sur son compagnon, son visage affichant le même émerveillement que le soir où ils avaient installé les lumières.

— … je suis heureux, affirma-t-il calmement avant de se tourner vers son père. Je n’abandonne pas Skip pour toi, d’accord ? Je ne renonce pas à être gay pour toi. Je suis désolé. Tu veux une famille pour Noël, alors tu dois être le genre d’homme qui peut aimer la famille qu’il a.

Ike Scoggins les fixa tous les deux et secoua la tête.

— Tu aurais dû être normal, grogna-t-il.

Puis, il se détourna et partit sans un autre mot.

 

CE SOIR-LÀ, Skip éteignit et réussit à être lent. Il embrassa chaque centimètre de peau, aspira chaque point de plaisir, frappa chaque endroit. Richie supplia, et il donna, et lorsqu’il exigea, il prit. Au moment où il termina, ils étaient tous les deux trempés de sueur, même dans l’air frais de la chambre et Richie était couché sur le ventre.

— Skip ?

— Oui ?

— Non que je me plaigne ou quoi que ce soit, mais tu as le poste.

— Excellent, répondit-il en souriant. Je vais avoir besoin d’un peu de temps avant de pouvoir postuler à nouveau de toute façon.

Richie se tourna et se mit à plat dos.

— Tu l’as déjà dit, mais je le répète, cette chose ne me semble absolument pas défectueuse.

 

— EH BIEN, peut-être que tu es un maître en mécanique, tu sais ? plaisanta Skip en souriant dans l’obscurité.

— Tu sais quoi ? s’exclama Richie en se redressant assis tout droit dans le lit.

— Quoi ? demanda Skip en roulant afin de s’appuyer sur son bras.

— Je suis un maître en mécanique. Je le suis vraiment.

— Je sais, répondit-il en frottant l’abdomen de son compagnon juste pour le plaisir. Tu as suivi tous les cours, Richie. Je suis resté cantonné au département technologies, mais tu suivais encore plus de cours en mécanique.

— Oui, c’est vrai, mais je travaillais vêtu de mon blouson de sport, mon pantalon normal et je voulais l’emploi que tu avais.

— Mon travail est plutôt ennuyeux, dit-il en plissant le nez.

Il réfléchissait à cela depuis qu’il avait joué au golf avec les amis de Carpenter et l’expliqua à Richie.

— J’ai pensé à retourner à l’école afin de, peut-être, obtenir un diplôme universitaire ou un autre diplôme. Peut-être, même… avoua-t-il avec un sourire timide parce qu’il avait discuté de cela avec Thomas pendant la tournée de bières. Tu sais, un vrai degré et un certificat d’enseignant.

— Oh, Skip… s’exclama Richie en le fixant, les yeux écarquillés. Je pense que ce serait… Je veux dire… Pas facile parce que… Tu sais…

— Je suis gay. Je te comprends. Mais c’est de plus en plus facile, n’est-ce pas ? Mais ce ne sera pas tout de suite. Je suis désolé, je t’ai interrompu. Dis-moi ce que tu veux. Et ce n’est pas porter un costume ou un polo ou un truc comme ça.

— Tu vois ? Acquiesça Richie avec enthousiasme. Tu es tombé juste. Je pense que je dois abandonner le costume et chercher un vrai travail.

Cinq jours avant le réveillon de Noël, il sortit vêtu d’un beau pull et d’un jean. Il se présenta au travail de Skip juste à temps pour rencontrer Carpenter et celui-ci alors qu’ils quittaient le bâtiment pour le déjeuner. Il était tellement excité qu’il sautillait sur place. Il avait obtenu un emploi dans la gestion d’un magasin de pièces automobiles avec un salaire deux fois supérieur à celui que lui versait son père lorsqu’il travaillait pour lui.

Skip le souleva par la taille… le tint et le fit tournoyer devant Tesko. Richie tendit les bras et fit semblant de voler et juste au moment où Carpenter prenait une photo en jurant qu’il l’enverrait à ses parents, un bel homme avec des mèches d’argent dans ses cheveux noirs, portant un costume qui coûtait autant que l’emprunt de Skip passa à côté d’eux.

Il s’arrêta alors que Skip laissait Richie glisser vers le sol. Le jeune homme croisa son regard et rougit.

— Schipperke ! s’exclama Mason avec un vrai enthousiasme dans sa voix. Et ce doit être Richie ?

— Oui, monsieur, répondit-il avec joie. Venez que je vous présente. Richie, voici Mason…

— L’Interlocuteur Galant, dit simplement Richie puisque c’est ainsi qu’ils avaient décidé de l’appeler avant la rencontre fortuite sur le parcours de golf. C’est un plaisir de vous rencontrer.

Il s’avança pour lui serrer la main et Mason lui sourit gentiment.

— Oui, c’est bon de vous voir ici. La dernière fois que nous avons parlé avec Skip, vous lui manquiez terriblement.

— Eh bien, nous vivons ensemble maintenant, répondit Richie avec un sourire sans retenue, tellement large qu’il était presque idiot. Alors, j’ai de la chance qu’il ne soit pas fatigué de moi.

— Bien, dit doucement Mason en inclinant la tête afin de croiser gravement les yeux de Skip. Vous… Richie, gardez-le bien. C’est le bon.

— Vous croyez que je ne le sais pas ? répondit le jeune homme en hochant la tête.

Il leva les yeux vers son compagnon avec ce que celui-ci ne pouvait appeler que de l’adoration et Skip rougit.

— Il est le meilleur, affirma-t-il en souriant impunément à Mason. Ce que vous aviez probablement deviné puisque vous essayiez toujours de lui faire des avances.

— C’est vrai, acquiesça l’homme en riant. Mais à présent, je n’ai plus d’excuses.

— Non, monsieur, je suppose que vous n’en avez plus. Celui-là est à moi. Trouvez-vous le vôtre.

Carpenter laissa échapper un sourd grognement de rire derrière eux et Skip rougit.

— Hum, Richie, ce n’est pas nécessaire. Mason ?

— Oui, Schipperke ?

— Oh, bon sang, je commencerai probablement à frétiller si vous acceptez. Je pensais, simplement, vous avez dit que votre famille était repartie dans l’Est pour ce Noël et que vous étiez seuls, Dane et vous. Monsieur, vous êtes les bienvenus chez nous pour Noël. Nous recevons des hommes de notre club de football et leurs copines et la mère de Jefferson…

— Je ne savais pas qu’elle venait, déclara Carpenter qui semblait impressionné. Bien joué, Skipper. Jefferson t’aimera pour toujours.

— Oui, eh bien, il voulait sortir de chez lui, répondit-il se rappelant leur conversation brève et intense après le match et leur virée à Disneyland où le jeune homme semblait avoir besoin presque autant que Richie d’être libre et heureux.

— Alors, une fête chez vous ? dit Mason, semblant mélancolique.

C’était presque comme s’il avait besoin d’amis.

Eh bien, Skipper connaissait ce sentiment.

— Absolument. Appelez-moi après le déjeuner, d’accord ? Je vous donnerai l’adresse. Les accompagnants sont les bienvenus. C’est une petite maison, mais nous sommes accueillants.

Et Mason Hayes, autrefois cauchemar ambulant de Skip, devint un ami.

— Eh bien, c’est bon d’avoir des amis, dit Mason secoué. Je vous appellerai pour les détails après le déjeuner. Maintenant, allez, vous allez être en retard.

— Oui, monsieur !

Ils partirent en courant et Carpenter les suivit sans problème. Une bourrasque violente venait du ciel et passait entre les bâtiments et Skip qui était en tête était si incroyablement heureux qu’il ouvrit ses bras comme des ailes et cria comme un petit garçon en courant sur le trottoir.

Alors qu’il approchait de la sandwicherie, il regarda dans la vitre et vit Richie et Carpenter derrière lui, leurs bras aussi tendus. Il se mit à rire en se moquant d’eux d’être un tel groupe de copieurs, mais en vérité, il avait l’impression d’être un vrai capitaine.

D’une certaine façon, il avait mené le bateau de son équipe vers un endroit vraiment heureux.

 

ILS EURENT donc de la compagnie et quelque chose à célébrer la veille de Noël. Ils offrirent des paniers en pain remplis de pains et des biscuits et il s’avéra que le foyer extérieur et l’ensemble de jardin avaient été une bonne idée. Beaucoup d’entre eux finirent par faire rôtir des guimauves en chantant des chants de Noël dans la nuit. Carpenter s’était endormi sur le canapé parce qu’il allait rendre visite à sa famille le lendemain matin, mais tous les autres étaient rentrés chez eux et Skip et Richie se retrouvèrent à chuchoter au calme dans leur chambre tard dans la nuit.

— Alors, tu as vu Jefferson, dit Richie, ses yeux brillants dans la lueur des cordes de lumière de Noël entrant par la fenêtre.

— Qu’est-ce qui était intéressant à propos de Jefferson ? demanda Skip en bâillant.

— Mason et lui étaient en mode flirt total !

— Conneries, grogna son petit ami. Jefferson n’est pas gay !

Richie rit, un rire faible et gargouillant, essayant probablement de ne pas réveiller leur ami.

— Oh oui et je suis sûr qu’il a dit la même chose de nous, genre, pendant des années.

Skip réfléchit et se mit à rire.

— D’accord, oui. Mais nous étions gays. Nous ne le savions tout simplement pas.

— Nous le savions, affirma Richie. Chaque fois que je pense à cette conversation dans la voiture et à ta façon de penser que tu n’arrivais tout simplement pas à avoir une érection, c’était un gros mensonge. Tu t’imaginais simplement déshabiller les mauvaises personnes, c’est tout.

— Oui, en effet, accepta Skip en continuant à sourire. Donc, maintenant, je vais être un véritable excité et je ne te laisserai plus tranquille. Est-ce que tu vas te plaindre ?

Richie secoua la tête et enfouit son visage dans la couette. Il était visiblement si heureux de leur vie sexuelle au cours du mois dernier qu’il ne pouvait pas prétendre qu’elle n’avait pas été géniale, même pour plaisanter.

— Je ne me plains pas, affirma-t-il, sa voix chutant avant qu’il continue. Alors, quand donnons-nous son cadeau à Carpenter ?

Ils lui avaient acheté des protège-tibias et des protections neufs parce qu’il avait porté l’ancien équipement de Skip pendant toute la saison. Ils avaient aussi acheté un ballon de football décoré de petits hamburgers afin de le réconforter en lui montrant qu’ils connaissaient ses faiblesses et l’aimaient toujours.

— Donne-lui encore une demi-heure, dit Skip. Et laisse-moi y aller…

— Parce que tu as un cadeau pour moi que tu veux mettre sous l’arbre, dit son petit ami en hochant la tête.

— Ce n’est pas grand-chose, grogna-t-il.

Ça ne l’était pas vraiment… Des livres avec des idées d’amélioration de la maison et deux bons pour aller skier en février parce que c’était génial d’aménager la maison, mais parfois, s’amuser était bon aussi.

Richie sourit béatement comme un petit enfant et caressa la joue de Skip avec ses articulations.

— Ça va être génial. Tu es doué pour les cadeaux. Tout le monde a aimé les paniers avec les biscuits et le pain.

— Eh bien, c’est amusant d’offrir des cadeaux. Amusant d’avoir quelqu’un à qui les donner, répondit-il en riant et en embrassant chacune des articulations de son compagnon

— C’est bon, n’est-ce pas ? Ce que je t’ai offert ? Demanda Richie pour la énième fois en se calmant.

Il en avait réellement discuté avec son amant parce qu’il avait peur que celui-ci soit déprimé ou déçu.

— Je sais que tu voulais un chien, mais j’ai pensé que je pouvais… Tu sais, t’offrir tout le nécessaire pour lui et que nous pourrions aller en chercher un au refuge et tomber amoureux de lui.

Il bougea afin de pouvoir poser sa tête sur l’épaule de Skip et celui-ci passa ses doigts dans ses boucles récemment coupées. Oh, il espérait vraiment que le jeune homme les laisserait pousser pendant longtemps, maintenant qu’il commençait son nouveau travail, le vingt-six du mois.

— Non, c’est bien, dit Skip en revenant à la conversation. C’est une très bonne idée.

Sa poitrine était pleine de la plus délicieuse sorte de contentement, une forme de douceur sous-jacente qui ne provenait certainement pas des marshmallows.

— Tu crois ?

Richie se retourna, posa son menton sur son poing. Il scruta attentivement Skip et leurs bavardages de Noël devinrent subitement très sérieux. Skip avait su, même si Richie n’avait pas dit un mot, que le jeune homme avait espéré pendant toute la soirée que son père viendrait ce soir malgré tout.

Ike ne s’était pas montré et son fils ne s’était pas plaint, mais c’était le genre de blessure que Skip ne pouvait pas faire disparaître.

Cependant, il pouvait le rassurer, il pouvait gérer cette inquiétude.

— Oui, affirma Skip avec certitude. On peut vraiment connaître bien un chien, vraiment bien avant de le ramener chez nous. Faire en sorte qu’il soit bien avec nous.

— Avec nous ?

Skip pouvait voir le voir sourire dans la lueur des lumières de Noël.

— Oui. Nous nous connaissions très bien avant de décider de jouer à être ensemble à la maison, alors nous pourrons faire cela avec un chien.

— Je ne sais pas si tu plaisantes ou pas, répliqua Richie en l’épinglant du regard.

— Cela a fonctionné, commenta Skip, les yeux scintillants en se mettant à rire, incertain de lui-même.

— Oui, déclara Richie avec une certaine satisfaction. Ça a fonctionné. Joyeux Noël, Skip. À la nouvelle saison de football et à une toute nouvelle année.

— Et aux équipiers qui jouent pour l’autre équipe, conclut Skip sachant qu’il y gagnerait un coup d’oreiller sur la tête.

Richie l’embrassa et c’était encore mieux.

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