Coup d'envoi

Amy Lane · Chapitre 7 sur 18

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Coup d'envoi

Nuit Orageuse.

 

C’ÉTAIT UNE bonne chose que Carpenter vienne juste d’être intronisé. Il finit par jouer tout le match en tant que défenseur et Owens prit la place de Richie à l’avant. Ils furent détruits – bien sûr qu’ils furent explosés –, mais même si McAllister en laissa passer quelques-uns et que Singh fit tout ce qu’il put pour arrêter toutes les tentatives, ils ne purent rien faire à ce sujet.

Après le jeu, pendant la réunion obligatoire pizza et bière, Richie informa Carpenter que Skip avait dû annuler son rendez-vous afin de pouvoir s’occuper de lui. Puis, il raconta à tout le monde l’histoire de Skip jetant son marteau à travers le pare-brise d’une voiture, même s’il ne se souvenait toujours pas de ce qui s’était réellement passé.

— Skipper ? dit Galvan en haussant un élégant sourcil noir dans un visage latin magnifiquement ciselé. Skipper a jeté un marteau à travers un pare-brise. Es-tu certain qu’il ne s’agit pas d’une hallucination ?

Les yeux de Galvan scintillèrent alors qu’il manipulait le sommet de la tête de son coéquipier et feignait de vérifier ses deux yeux.

— Les gens imaginent toutes sortes de choses avec une commotion cérébrale !

Richie secoua la tête (pas trop violemment parce qu’il avait admis en privé à Skip qu’il avait mal à la tête et que même les antalgiques ne le faisaient pas totalement disparaître) et leva les mains.

— Juré, ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est mon père. Apparemment, Skipper a vu mes crétins de frères se marrer pendant que je pissais le sang dans la poussière et il a perdu la tête.

— C’était des enfoirés, marmonna Skip en se sentant rougir.

Il obtint beaucoup de rires, des applaudissements ensuite et une offre pour plus de bière.

— Content de savoir que tu nous couvres aussi hors du terrain, Skip, déclara Owens en portant un toast avec sa bière artisanale.

Skip s’abstint de lui dire que Richie était une sorte de cas spécial et Jimenez intervint sur la façon d’éviter les dommages matériels parce qu’on pouvait être poursuivi pour cela. Il était avocat. Thomas, le professeur avec une barbe brune hirsute et un catogan, lui posa des questions à ce sujet. Il avait, visiblement, des étudiants en difficulté.

Alors que le groupe se scindait en de plus petits groupes pour discuter, Richie avoua, et pas en privé cette fois, qu’il avait mal à la tête. On nota les bières offertes pour une autre fois et Skip et Richie rentrèrent à la maison. Ils avaient joué dans la brume matinale, mais alors que Skip roulait vers chez lui tôt dans la soirée, la pluie s’était déjà installée.

— Désolé pour ta tête, s’excusa-t-il en plissant les yeux alors que les gouttes frappaient le pare-brise

— Je n’ai pas mal à la tête, répondit son compagnon avec espièglerie. Je voulais juste t’avoir pour moi.

Skip fit une grimace, toujours concentré sur la route.

— Désolé pour la masturbation de la victoire, nous pourrons peut-être la faire la semaine prochaine.

Il vit du coin de l’œil Richie sourire.

— Oui, eh bien, je crois que la masturbation par pitié est encore plus géniale. Tu veux voir ?

— Pouvons-nous attendre jusqu’à ce que nous arrivions à la maison ? demanda-t-il, se retrouvant à sourire, assez certain d’obtenir une réponse affirmative parce qu’ils voulaient vivre tous les deux.

— Oui, mais difficilement, répondit Richie d’une voix sobre.

Ils réussirent à entrer en se précipitant sous la pluie, avant que Skip tente un doux baiser sous le nez endolori.

Richie le lui rendit tout aussi doucement et Skip recula en souriant, se sentant stable pour la première fois depuis qu’il avait vu Richie avec le marteau.

— J’attendais ça, dit-il doucement en encadrant avec précaution le visage de son ami avec ses paumes.

— Juste le baiser ? demanda celui-ci, posant avec espoir sa main sur le sexe de Skipper à travers son bas de survêtement.

— Eh bien, ça aussi, répondit Skip, son cerveau quelque peu chamboulé par le baiser et le contact ferme du jeune homme. Tu veux qu’on prenne une douche ?

— Non, répondit Richie en secouant la tête avant de l’embrasser à nouveau en le poussant vers le canapé.

Skip s’assit brusquement lorsque ses mollets frappèrent le siège et les mains occupées de Richie soulevèrent le sweat-shirt et le tee-shirt de son compagnon et les firent passer par-dessus sa tête. Il frissonna un instant parce que le radiateur ne s’était pas encore mis en marche et que la lumière extérieure n’était pas suffisante pour réchauffer la pièce obscure. Alors, Richie lécha doucement, délicatement sa poitrine et ses dents se refermèrent autour de son mamelon sans le téter. Et Skip laissa échapper un bruit de désir dont il n’était pas fier.

Oh ! Il n’avait pas imaginé ça, n’est-ce pas ? La caresse de son amant… beaucoup plus confiant à présent que la semaine dernière, si brutale, si exquise, qu’il en gémissait. Il inspira et tenta de se contrôler, mais il avait attendu, étudiant chaque SMS comme si c’était du sanscrit ancien, en essayant de ne pas se comporter comme un adolescent, au cours de leurs échanges.

Il serra la tête de Richie sur sa poitrine et inclina ses hanches.

— Chut…

Le jeune homme remonta et Skip le lâcha immédiatement, conscient de ses blessures

— C’est bon, murmura Richie contre son oreille. Je suis là.

Il inclina la mâchoire de Skip et entreprit de l’embrasser un peu plus et, dans le même temps, il glissa sa main dans son pantalon. Sa main était rugueuse et froide, sa poigne sans hésitation.

— Ah… s’exclama Skip en prenant une inspiration. Ah… bon sang, Richie. Je vais jouir tout de suite !

Celui-ci se mit à rire et lui lécha le cou.

— Tu as dit que tu n’avais pas d’érection. Je m’en souviens. Tu n’as pas ce problème avec moi, n’est-ce pas ?

— C’est vrai, répliqua Skipper après une inspiration.

Richie bougea sur le canapé et sa prise sur le sexe de son compagnon disparut. Ce dernier ouvrit les yeux et s’aperçut qu’il avait enlevé son jean et l’avait laissé tomber avec ses chaussures. Sa verge était pleinement remplie et Skip n’avait pas besoin de la main de Richie sur lui pour avoir envie de le toucher de toute urgence.

C’était ce qui lui avait manqué toute la semaine.

Il le caressa lentement, fortement, et le « humph » tremblant du jeune homme à son oreille était aussi enivrant que de l’alcool, mais il le faisait décoller plus haut. Richie remit sa main où elle se trouvait précédemment, puis, toujours entreprenant, il balança une jambe sur ses hanches, de sorte que leurs deux sexes se retrouvent l’un près de l’autre.

— Tes mains sont plus grandes, dit-il d’une voix râpeuse.

C’était peut-être la seule fois que Skip l’entendait avouer qu’il ne pouvait pas faire quelque chose.

Il enveloppa sa main autour d’eux deux, sentant la longueur de Richie contre la sienne. Oh, merde, la sensation était érotique, brute et charnelle.

— C’est tellement bon, chuchota-t-il. Ah, bon sang, Richie, c’est…

Le jeune homme grogna et poussa dans le cercle des doigts de Skip, ses mouvements lents et intenses. Avec un petit cri, il craqua et poussa dans une frénésie rapide, mais Skip comprit que cela ne fonctionnerait pas. Ceci, c’était incroyable, mais cela ne les mènerait pas à l’orgasme.

Il relâcha leurs membres, puis il se pencha et attira son compagnon sur lui.

— Chut, murmura-t-il. As-tu du lubrifiant dans ta poche ?

Richie leva les yeux et sourit, ses yeux se plissant au-dessus de l’attelle. Puis, son expression s’assombrit.

— Je ne suis pas censé… tu sais… m’agiter… autant.

— Assieds-toi simplement sur moi et je bougerai lentement, expliqua-t-il en lui caressant la joue avec un sourire. Je te masturberai.

Richie lui adressa à nouveau ce sourire avec son attelle nasale et fouilla dans son jean sur le sol. Il se redressa avec une petite bouteille de lubrifiant qu’il offrit à Skip. Il s’installa ensuite entre les cuisses de Skipper, se tournant pour être face à lui.

— Tu veux, euh…

Il reposa doucement sa joue contre le genou de Skip et commença doucement à caresser son sexe… pas trop vite. Ce dernier savait qu’il devait essayer de ne pas rendre la chevauchée trop rude et que le jeune homme ne voulait certainement pas sa hampe dans sa bouche, pas maintenant alors que son visage était assez fragile.

Mais il ne put s’empêcher de passer ses mains sur les côtes de son amant, sur ses cuisses et sur ses fesses qui étaient recouvertes de poils roux.

Richie étreignit le genou de son compagnon comme s’il essayait de se cacher.

— Je suis une sorte de petit bâtard plein de poils, s’excusa-t-il comme si, peut-être, Skip ne l’avait pas remarqué les dernières fois qu’ils s’étaient retrouvés nus.

— J’aime tout de toi, dit-il d’une voix gutturale.

Il lubrifia ses doigts et taquina l’entrée de son amant.

— Ah… ah… ah… laissa échapper Richie.

— Cette partie aussi, murmura-t-il.

— Absolument !

— Tu aimes aussi cette partie ? demanda Skip.

— Absolument veut dire plus maintenant, répliqua-t-il brusquement. Ah… oh… mec… c’est… c’est bon…

Skip l’étira doucement, attendant que l’anneau, autour de ses doigts, s’assouplisse et s’ouvre. Richie continua sa caresse à un degré exaspérant et inégal sur son sexe. Skip dut s’empêcher de s’arquer sous sa poigne et consommer tout le repas alors que ce n’était censé être qu’un en-cas.

— Tu es prêt ? demanda-t-il à Richie en retirant ses doigts afin de glisser ses deux pouces à l’intérieur.

Les muscles de Richie le serrèrent et le jeune homme grogna, tournant sa tête et mordant l’intérieur du genou de son amant.

— Merde… Skip… Oh, oh…

Skip ôta rapidement ses doigts et les essuya sur le bas de survêtement posé à côté de lui sur le canapé. Richie gémit et ses bras tremblèrent alors qu’il se relevait et balançait sa jambe par-dessus son compagnon. Ce dernier saisit ses cuisses alors que Richie se positionnait à cheval sur ses hanches. Il se souleva légèrement et plaça directement le sexe de Skip là, sur son entrée accueillante et détendue. Une partie du gland glissa et puis Richie s’arrêta, rejeta sa tête en arrière, la bouche entrouverte, les yeux fermés et il siffla doucement pendant qu’il glissait plus bas.

À mi-chemin, il grogna et se releva, la friction rendant Skip un peu fou. Ce dernier dut obliger ses hanches à rester immobiles pendant que le jeune homme se baissait à nouveau, un peu plus bas.

Et Richie remonta.

Et descendit un peu plus bas.

Et il remonta.

Et…

— Ahhh, grogna Skipper doucement et longuement lorsque Richie glissa complètement cette fois.

Le jeune homme se figea, tremblant, empalé sur son érection. Son sexe, rouge et complètement érigé, frappait doucement l’abdomen de Skipper en rythme avec sa respiration.

— Bordel, Richie, jura Skip, dans l’admiration et l’agonie. C’est… tu es si bon…

— Je veux bouger, gémit Richie. Mais… je ne peux pas.

Il déplaça ses hanches d’avant en arrière, Skipper frottant à l’intérieur de lui, mais sans la caresse qu’ils voulaient tous les deux. Oh, bien sûr, il ne pouvait pas bouger autant qu’il ne le souhaitait, pas avec chaque rebond ébranlant sa tête douloureuse.

— Lève-toi, murmura Skip. À peu près à moitié. Appuie-toi sur le canapé, assieds-toi et reste immobile.

Richie fit ce qu’il lui demandait, respirant doucement pendant qu’il bougeait. Il attrapa le dossier du canapé d’une main et posa l’autre sur l’épaule de son amant. Skip empoigna les hanches minces, le tint fermement, puis il commença à pousser.

Lentement, lentement, lentement, durement, lentement, lentement, lentement, durement.

Pas trop durement. Pas trop vite. Lentement, lentement, durement.

Richie commença à murmurer et à implorer, mais son amant ne pouvait pas aller plus vite. Pas de coup sur la tête… C’était la règle d’or.

— Allez… plus vite… allez, Skip, plus vite… plus dur… oh, s’il te plaît… s’il te plaît… s’il te plaît… Skipper…

Il priait, suppliait, sa voix craquant et Skip ne pouvait plus le supporter.

— Prends-toi, Richie. Aussi vite que tu peux. Baise ton propre poing, bon sang, masturbe-toi…

— Oui…

Skip continua lentement, lentement, lentement, durement, lentement, lentement, lentement durement alors que son corps hurlait d’aller plus vite, plus durement, jouir, merde, jouir !

— Merde, merde, merde, merde… Skipper ! bafouilla Richie, sa main volant sur son propre sexe.

Lentement, lentement, durement, durement, durement, durement, durement…

— Oh, bon sang, oui !

Skipper dut fermer ses yeux parce que son amant jouit en l’éclaboussant. Cela frappa sa poitrine, sa bouche, ses joues et ses cheveux. Cela ne toucha pas ses yeux, mais Skip les garda fermés de toute façon. Le canal de son compagnon se serra et convulsa autour de son sexe.

Il gémit, son corps entier inondé de chaleur alors qu’un orgasme long, lent et déchirant le transperçait et inondait Richie.

— Oh, bon sang, souffla-t-il.

Richie se pencha sur lui, en bougeant avec précaution. Skipper leva les mains, les posa et les déplaça en petits cercles.

— Comment va ta tête ? demanda-t-il, concerné.

Travail manuel. C’était censé être un petit travail manuel.

— J’ai mal, murmura Richie. Je vais prendre des antalgiques. Un jour.

Skip rit et repoussa les cheveux de son compagnon sur son front. Il caressa sa joue, ils sentaient le sexe et le sexe anal avait une odeur telle qu’aucune confusion n’était possible… Et la sueur de Richie était définitivement celle d’un rouquin.

Et sur tout cela, imprégnant leurs pores, l’odeur de fumée du bois et de la pluie alors que la nuit tombait et que l’orage grondait autour d’eux.

— Richie ?

— Oui ?

— C’était magique. Ne ris pas, dit-il en clignant des yeux pour s’adapter à l’obscurité et chasser les taches blanches toujours dans sa vision.

Oh, merde, il aurait dû dire « ne pas rire » avant.

Cependant, Richie prit ses joues dans ses mains et le tint pour un baiser mouillé, teinté de sperme.

— Je ne ris pas, murmura-t-il. Magique, c’est vrai. Je n’ai jamais connu ça.

Il reposa sa tête sur l’épaule de Skipper pendant un moment et ils écoutèrent la pluie ensemble.

 

ILS PRIRENT une douche après cela et Skip venait de finir de chauffer un potage et de faire cuire du pain aux céréales lorsque l’électricité sauta. Ils partagèrent un dîner tranquille dans l’obscurité, puis ils se glissèrent dans le lit, toujours en caleçons, et ils commencèrent à parler.

C’était drôle, ils se connaissaient depuis six ans. On aurait pu penser qu’ils savaient tout l’un de l’autre, n’est-ce pas ? Mais sentir Richie, chaleureux et réconfortant contre son épaule, semblait le libérer pour poser des questions que les hommes ne demandent pas habituellement. Et l’obscurité, ou peut-être le confort du bras de Skip autour de ses épaules semblait agir de même pour Richie.

— Alors, je n’ai pas compris, dit ce dernier d’une voix somnolente et aisée. Pourquoi ton père t’a-t-il laissé avec ta mère si elle avait vraiment des problèmes ?

— Eh bien, il était probablement la raison de ses problèmes, grogna son amant en réponse. Il… il pourvoyait à nos besoins et il n’était pas méchant, mais je me souviens… il jouait avec moi, regardait la télévision et était fondamentalement un père pour moi après le travail, mais il ne…

Cela n’avait jamais été aussi clair pour lui que maintenant quand il ne pouvait pas supporter de voir Richier sur le terrain de football alors qu’ils ne pouvaient même pas se tenir la main.

— Ils ne se touchaient jamais, dit-il enfin, sa voix douloureuse dans l’obscurité. Tout ce que je veux faire quand je te vois, c’est te toucher, n’importe quelle partie de toi, même si c’est juste taper ton épaule. Mais ils… ils ne se touchaient jamais. Je pense qu’elle s’est sentie seule après tant d’années. Ils avaient besoin de se toucher.

Richie se redressa un peu et il se tourna sur le côté. Skipper fit de même et ils se regardèrent dans l’obscurité, le bruit de la pluie résonnant sur les fenêtres noires.

— Ma mère était une putain, avoua Richie calmement comme un enfant qui aurait peur d’être surpris à dire un gros mot. Mon père l’accusait de ça et elle avait tout le temps des gars avec elle. J’étais censé ne rien dire à propos de l’oncle Billy ou Bobby ou quel que soit le prénom. Quoi qu’il en soit, elle est finalement partie avec le dernier en date et mon père a rencontré Kay et…

Il serra ses lèvres et se tut.

— Elle fait la pute, elle aussi ? demanda Skip.

— Je le souhaite, dit-il en soufflant. Elle est surtout, juste… Juste pas chaleureuse, tu vois ?

Skip se rappelait de cette personne qui ne semblait pas préoccupée par le fait que son beau-fils saignait.

— Oui, je sais, dit-il sombrement.

— Est-ce que ta mère était chaleureuse ?

Skip déglutit pour contrer ce qui coinçait brusquement sa gorge.

— Oui, murmura-t-il. Elle… même à la fin, quand elle toussait du sang et ne voulait pas s’arrêter de boire… Elle m’appelait dans sa chambre à la fin de la journée et je la trouvais allongée sur son lit un chiffon sur la tête. Elle me disait : « Dis-moi ce que tu as fait aujourd’hui » et je le faisais. C’était embarrassant. J’inventais surtout. Elle ne voyait pas la différence. J’étais cet adolescent gros et boutonneux de cinquième. Personne ne faisait attention à moi jusqu’à ce que mon teint se dégage et que j’ai une poussée de croissance lors de ma dernière année. Mais je lui disais que j’étais dans l’équipe d’athlétisme ou de football et pendant tout le temps où j’étais censé m’entraîner, je travaillais dans un fast-food, tu connais, celui sur Madison ? Il est fermé par des planches, à présent, mais ils m’avaient embauché et avaient esquivé tout le problème du permis de travail. C’est en partie pour ça que j’étais si gros, parce que je n’ai mangé que ça pendant environ trois ans, mais c’était de la nourriture.

Il grimaça.

— Mais elle voulait savoir ? demanda Richie, comme s’il voulait être certain.

— Oui, elle voulait, répondit-il en hochant la tête. Toi ?

— Mon père, dit-il d’une voix rugueuse. Il n’était pas toujours gentil, mais il posait des questions sur les notes et il me donnait toujours des pièces pour aller jouer à des jeux vidéo à la pizzeria si j’en avais des bonnes.

Il leva les yeux au ciel avant de poursuivre.

— Paul et Rob me les volaient, mais quand même. Il essayait. On aurait dit qu’il avait épousé Kay parce qu’il pensait que nous pourrions être une famille, ce que nous ne pouvions pas être avec ma vraie mère. Ce n’était pas de sa faute. Il avait juste choisi la mauvaise personne. Pour moi, en tout cas.

— Donc, tu avais quelqu’un aussi, dit Skip, se sentant bien à ce sujet. C’est bien.

Richie resta silencieux pendant un moment, ses yeux cherchant son compagnon dans l’obscurité.

— Oui, c’est génial que nous ayons eu quelqu’un lorsque nous étions des enfants, Christopher, mais je ne crois pas que l’un d’entre nous ait une personne qui nous dise ce qu’il faut faire à propos de ce… que nous faisons ici.

— Être allongés dans le noir à échanger des secrets ? répondit Skip en traînant le bout de ses doigts sur la joue de Richie.

— Avoir des relations sexuelles parce que nous ne pouvons pas supporter de ne pas nous toucher, clarifia-t-il d’une voix âpre.

Skip tira leurs mains vers sa bouche et déposa un baiser chaste sur le bout des doigts de Richie.

— Je pense que nous sommes a…

— Ne le dis pas, ordonna Richie avec rudesse en appuyant ses doigts contre les lèvres de son amant. Si tu le dis, ça aura un nom. Je ne suis pas encore prêt à ce que ce soit nommé, Skip. Je devrais le dire à mon père si nous le nommions et je ne suis pas prêt pour ça.

Skip déglutit, la boule qui s’était formée dans sa gorge lorsqu’il avait parlé de sa mère l’étouffant de plus en plus. Ses yeux brûlaient et il roula pour s’éloigner. Richie l’immobilisa en posant une main chaude sur son biceps. Skip se tourna vers lui et chercha son visage, se demandant si ses propres yeux étaient aussi brillants dans le noir que ceux de son compagnon.

— Là, murmura celui-ci en inclinant la tête. Dans mon oreille. Personne ne peut l’entendre, à part moi.

Skip n’avait jamais dit ces mots à une fille. Il n’était jamais resté éveillé la nuit dans son lit avec une femme, parlant de son affreuse enfance ou des meilleurs moments qui étaient comme des diamants dans la boue, brillants et lumineux et qui l’avaient aidé à avancer.

Mais le pavillon de l’oreille de son amant était une grotte secrète et les mots vinrent facilement dans l’abri absolu de la nuit obscure.

— Je suis amoureux de toi, Richie, murmura-t-il, s’armant de courage de ne pas entendre les mots en retour.

— Moi aussi, Skip, murmura celui-ci, ses lèvres brossant l’oreille de Skip. Je promets de ne pas le dire.

— Moi aussi.

Ils restèrent allongés ainsi pendant un long moment avant de s’endormir, à se regarder dans l’ombre, respirant dans le silence, écoutant la pluie tomber.

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