Coup d'envoi
Une sorte de reconnaissance.
ILS RESTÈRENT à l’intérieur le lendemain, traînèrent, regardèrent la télévision et firent doucement et lentement l’amour. Skip pouvait l’appeler ainsi dans sa tête parce qu’il avait dit les mots. Peut-être était-ce la lenteur à cause des blessures de Richie ou peut-être était-ce la mélancolie de la pluie, mais de toute manière, chaque caresse était magnifiée dans un mélange de douleur et de plaisir.
Ils rirent encore et se racontèrent des blagues, mais tôt, très tôt, le lundi matin, juste avant que Skip parte pour déposer Richie, il se glissa très vite devant la porte et la bloqua.
Il se tint là, regardant Richie avec toujours son bandage et son attelle et les ecchymoses noires sous ses yeux toujours gonflés.
Sa bouche charnue, lèvre fendue comprise, était légèrement recourbée, cependant, et ses yeux brillants étaient exceptionnellement sobres.
— Tu dois m’embrasser, maintenant, dit-il. Donne-moi le meilleur parce qu’il devra durer jusqu’à vendredi. Nous ne nous embrasserons pas les jeudis, d’accord ?
Skip hocha la tête et s’abstint de se plaindre de la façon dont ils s’étaient embrassés un jeudi. Ils avaient eu de la chance, vraiment, de ne pas se faire surprendre. Pendant un instant, il frissonna de peur en se demandant ce qui arriverait au football, pas juste au tournoi d’hiver, mais à toute l’équipe qu’il avait forgée pendant six ans sans jamais baisser les bras, si quelqu’un les avait vus s’embrasser, Richie et lui.
Je les abandonnerais pour Richie, pensa-t-il. Mais si je le perds lui, ils seront tout ce que j’ai.
Tout à coup, il se rendait compte à quel point leur situation était précaire.
Cependant, Richie levait toujours les yeux sur lui comme s’il pouvait l’embrasser, lui donner ce baiser à la fin d’un week-end à jouer à être une famille. Skipper pouvait le faire. C’était lui qui détenait la magie, apparemment, parce qu’il pouvait faire en sorte que les cinq prochains jours sans baisers ne soient pas douloureux.
Il essaya.
Il posa sa main sur la nuque de Richie et inclina sa mâchoire avec des pouces fermes, puis il le goûta. Son compagnon avait mangé la même chose que lui, donc il écarta les toasts et les œufs. Il resta juste Richie avec un léger soupçon d’antiseptique dans son odeur, mais il était encore chaud, vibrant, piquant et vivant. Skip le goûta lentement et profondément, tout comme ils avaient fait l’amour ce week-end, mais en plus doux. Il n’essayait pas de frapper quelque point que ce soit, il n’y avait pas de fantastique jouissance au centre de la cage de but. Il y avait juste Richie, les bruits d’animaux qu’il faisait et la façon dont ses doigts s’enfonçaient dans les épaules de Skip comme si sa vie en dépendait.
Celui-ci l’interrompit avec un cri, les yeux écarquillés, choqués et larmoyants.
— C’était une chose horrible à me faire, dit-il d’une voix brisée. M’embrasser comme ça. Comment vais-je vivre sans ça pendant un autre jour ? Ou deux ? Encore moins cinq. Bon sang, Skipper, tu m’as fracassé.
Il se retourna, attrapa son sac de voyage et se précipita sous la pluie.
Skipper réussit tant bien que mal à empêcher Hazel de s’enfuir avant de le suivre, mais il était tellement stressé qu’il oublia sa veste et son déjeuner. Le trajet vers Rancho fut un long voyage misérable, froid et humide, rythmé par le bruit des balais d’essuie-glaces et rendu brutal par le silence récriminant de son passager.
— Je suis désolé, déclara-t-il après avoir dépassé la route 50. Je… Je voulais juste te donner un baiser qui durerait toute la semaine.
— Ce n’était pas de ta faute, déclara Richie, sa voix encore épaisse. Je… Je devrais savoir… tu ne peux pas faire les derniers baisers, pas comme ça. Peut-être que si tu partais à la guerre ou un truc du genre, que je savais que je devrais être sans toi. Mais tu es juste en bas de la foutue route et j’essaie de me rappeler pourquoi ça a un sens.
C’était à Skipper de le dire.
— Tu avais raison, tu sais. Je suis celui qui n’a pas de famille, à part l’équipe. Tu es celui qui a une famille. Tu as l’équipe à perdre. Tu as…
— Quoi ? demanda Richie, semblant amer. Qu’est-ce que je dois faire ?
— Rien, Richie, répondit-il, se sentant à présent près des larmes. Juste… tu sais. Me voir quand tu le peux.
Ils s’approchaient de Grant Line maintenant et la main de Richie sur son genou le surprit.
— Je vais faire ça, dit-il avec force.
Skip se risqua à jeter un coup d’œil sur son passager. Il s’éclairait brusquement, changeant d’humeur comme le mercure.
— À quoi penses-tu ? demanda-t-il en fixant la casse automobile devant lui.
— Je pense que j’ai quelqu’un qui veut me voir ce week-end. Je ne vais pas foutre ça en l’air en me comportant comme une très vieille salope émotionnelle.
— Ce n’est pas parce que nous sommes gays que tu es une salope, dit Skip en souriant un peu, le halètement de Richie le frappant comme une gifle. Quoi ? demanda-t-il.
Mais c’était le moment de tourner et il ne pouvait pas le regarder parce qu’il était occupé à surveiller une foutue stupide voiture qui n’allumait pas ses feux sous la pluie.
Puis, la voiture passa et il put attaquer le grand terrain de boue que la casse automobile était devenue. Il espéra que les gens s’amusaient à farfouiller dans les voitures mortes sous la pluie parce qu’il ne pouvait penser à rien qu’il aimerait moins faire, à moins qu’ils préfèrent le faire lorsqu’il faisait 50 degrés à l’ombre.
Skip avait déjà parcouru la moitié de la piste avant de se risquer à regarder à nouveau son ami.
Celui-ci regardait droit devant lui, la bouche légèrement ouverte, le visage pâle contre ses cheveux spectaculaires.
— Quoi… tu vas bien, Richie ? Tu ne vas pas vomir, n’est-ce pas ?
Le jeune homme se secoua et le regarda avec un sourire un peu verdâtre. Skip dut reporter son attention sur la route qui était totalement glissante. Il s’arrêta finalement sur le parking de cinq places et regarda à nouveau son passager.
— Richie, dois-je te conduire chez le médecin ? Dois-je dire à ton père que tu as des nausées ? Qu’est-ce qu…
Richie le stoppa avec un baiser surprise, pressé, totalement conscient qu’ils pourraient être surpris, mais définitivement un baiser sur le coin de sa bouche. Skip tourna la tête, étourdi, et Richie enfonça sa langue une fois et le goûta, puis se retira et fit courir son pouce sur les lèvres de Skip avant de passer sa main derrière sur le siège arrière pour attraper son sac.
— Euh…
— Tu as raison, Skip, dit Richie en lui adressant un sourire légèrement plus naturel. Nous sommes gays. Nous disions homosexuels auparavant et je ne sais pas pourquoi dire gay est différent, mais ça l’est pour moi. Personne n’avait encore dit cela. À jeudi.
Cela dit, il partit, traversant le parking jusqu’aux bureaux qu’il ouvrit avec une clé. Skip attendit jusqu’à ce qu’il se retourne et lui fasse signe à la porte et disparaisse avant de partir.
Sur la route, à mi-chemin dans l’allée encadrée de plastique bleu vert et de fils électrifiés, il se déporta sur le côté et laissa passer une dépanneuse conduite par le père de Richie. Ce fut alors qu’il se rendit compte du grand risque que son amant avait pris avec ce baiser. Il se sentit un peu mieux alors qu’il revenait sur Grand Line et se rendait ensuite à son travail.
Ils étaient gays. Ils l’avaient nommé et Skip ne savait pas pourquoi, mais si ce mot rendait tout cela plus clair pour Richie, c’était pareil pour lui. Parfois, c’était comme entendre le prénom d’une personne par opposition à son nom de famille ou son surnom. Scoggins était l’homme sur lequel il criait sur le terrain, mais Richie était celui qui avait joui dans ses bras. Il existait de nombreux enfants prénommés Christopher, mais celui qu’on appelait Skip pouvait faire quelque chose, n’est-ce pas ? Alors, peut-être que pour Richie, homosexuel signifiait une chose et gay une autre. Skip s’en moquait. Si cela contribuait à rendre son ami bien dans sa peau, il accepterait n’importe quel nom que celui-ci aurait besoin d’entendre.
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas si grave d’avoir nommé cela. Vous pouviez faire face à tout lorsque vous aviez un nom. Ils pourraient regarder le mot gay sur Internet et voir quelles positions ils pourraient essayer (même s’il était assez certain qu’ils trouveraient la plupart d’entre elles tout seuls.) ou ils pourraient lire des livres sur des personnes ayant fait leur coming-out et voir comment cela s’était passé.
Ils pourraient regarder la télévision et suivre la politique, même si regarder un film à propos d’être gay ne le tentait pas vraiment et qu’il ne suivait pas vraiment la politique. Cependant, c’était une chose qu’ils pourraient faire s’ils devaient savoir comment le reste du monde se préoccupait de ce qu’ils étaient.
En tout cas, ils n’étaient pas seulement « Skip et Richie contre le monde entier », ils étaient « Skip et Richie, deux gays qui pourraient ou pas choisir de rejoindre une communauté entière ».
Il se demanda avec un peu de tristesse s’il existait une ligue de football amateur gay qu’ils pourraient rejoindre si leurs coéquipiers décidaient qu’ils n’étaient pas assez progressistes pour faire face à « Skip et Richie, les deux gays qui pensaient avoir déjà une communauté et qui étaient maintenant un peu à la dérive. »
Cependant, l’échange complet l’avait laissé assez mal à l’aise et à côté de la plaque. Il avait oublié sa veste et son déjeuner, ce qui voulait dire qu’il allait devoir se rendre à son travail sous la pluie, puis déjeuner d’un sandwich sain encore une fois. Il alla déjeuner avec Carpenter et celui-ci était prêt à lui prêter son parapluie, mais Skip refusa parce que son collègue n’avait même pas apporté de chapeau. Il tremblait un peu et éternuait beaucoup lorsqu’ils revinrent et il regardait toujours son téléphone pendant chacune de ses pauses.
— Tesko Tech, déclara-t-il pour la énième fois alors que sa tête gonflait, le lançait et que le monde autour de lui se transformait en réfrigérateur. Skipper Keith à l’appareil, comment puis-je vous aider ?
— Oh, Schipperke ! dit cette voix désormais familière. Vous ne semblez pas bien, jeune homme. Que faites-vous au travail ?
— J’achèterai des médicaments pour le rhume en rentrant chez moi, se défendit-il, mais il savait que ça ressemblait à j’ztrai des bediments bour le rhube en trant zez moi.
Oh, bon sang, cela allait être terrible.
— Puis-je vous aider ?
Buisje ou der ? Oh, merde, avec un peu de chance, son rhume ferait que cet homme y réfléchirait à deux fois avant de lui faire des avances, allez savoir ?
— Vous pouvez me laisser vous apporter du thé chaud et de la soupe de poulet, déclara monsieur Flirt, sagement. Vous ne semblez pas bien du tout. Je suis sérieux. Vous êtes en bas dans l’aile ouest du bâtiment, n’est-ce pas ? Laissez-moi vous envoyer quelqu’un pour vous amener ça. S’il vous plaît, dites-moi que vous avez quelqu’un qui pourra s’occuper de vous lorsque vous rentrerez chez vous.
Skip grogna et reposa sa tête douloureuse sur son bras.
— Qui tes bous ? demanda-t-il, totalement incapable de penser à ce qu’il était censé dire. Pouwoau bous êtes si zentil avec boi ?
— Pourquoi je suis si gentil avec vous ? traduisit l’appelant en riant. Parce que vous avez une voix amicale, Skip. Et parce que vous avez réussi à régler mon problème, même après que je vous ai fait des avances sans vergogne. Vous êtes vraiment fair-play, soit dit en passant. Maintenant, sérieusement, donnez dix minutes à ma secrétaire et elle viendra avec du Theraflu Daytime. Mais, dites-moi, j’espère que votre petite amie sera chez vous pour vous tenir la main parce que vous êtes le premier ami que je me suis fait, ici, à Tesko, et j’espère qu’on va s’occuper de vous.
Oh, c’était gentil, vraiment gentil, n’est-ce pas ? Il devrait envoyer un texto à Richie et lui dire que son horrible client gay porno pénible était en réalité un gentil type qui aimait juste plaisanter.
— Bon betit abi ne beut bas zocuper de boi vant bendredi, dit-il tristement. Bais, z’est zentil de botre bart, berci.
— Waouh, Schipperke, ça craint, déclara doucement son interlocuteur. J’espère que le Theraflu va fonctionner. Ne venez pas travailler demain, d’accord ? Cela semble mauvais et vous avez besoin de vous reposer.
— Berci, dit-il, ne voulant pas lever sa tête de son bureau. Au reboir. Bassez ne vonne zournée !
Il raccrocha, puis grogna et son téléphone sonna en même temps qu’il levait les yeux et voyait Carpenter debout près de son bureau tenant un sweat-shirt de leur compagnie à la taille de Skip.
— Salut, dit-il faiblement. Z’est bour boi ?
— Oui, dit Carpenter, semblant exceptionnellement sobre. Tiens, Skip, enfile ça. Tu ressembles à un mort. Tu aurais dû demander à Richie d’attendre pendant que tu prenais ta veste.
Il cligna des yeux et essaya de se rappeler ce qu’il avait raconté à son collègue au sujet de Richie qui venait chez lui. Il n’arrivait pas à se concentrer autant.
— Bitchie tait broblèbe, dit-il avant de regarder son téléphone.
Désolé, j’ai été une salope ce matin.
Skip sourit et une partie de sa misère disparut.
— Bais blus baintenant, dit-il en enfilant le nouveau sweat-shirt.
Il répondit au SMS.
Pas une salope, je t’aime toujours.
Moi aussi.
Il caressa le téléphone pendant un moment, souriant et perdant la trace de ce que faisait Carpenter jusqu’à ce qu’il entende un bruit de gorge qu’on s’éclaicissait. À cet instant, une femme dans la cinquantaine avec un air efficace s’avança sur des chaussures vertigineuses.
— Monsieur Keith, dit-elle, sa voix vive tempérée de gentillesse.
— Voui ?
Elle sourit un peu et, pendant un moment, son visage mince avec des cheveux blanchis avec goût étincela. On aurait dit sa mère en plus âgée et comme une aquarelle floue dans la pénombre de sa chambre.
— Bonjour, mon patron m’a envoyé ici avec du Theraflu pour vous. Il s’inquiète aussi que vous ne soyez pas en état de rentrer chez vous, dit-elle en lui tendant une grande tasse fumante portant le logo de leur entreprise et, il l’espérait, beaucoup de médicaments super bons pour le remettre d’aplomb dedans.
— Je peux le ramener chez lui, dit tranquillement Carpenter. J’appellerai aussi son petit ami.
Skip se figea avant de boire et il adressa un regard surpris à son collègue, mais la belle femme qui ne ressemblait pas vraiment à sa mère repartait déjà et Carpenter le regardait avec une douce compréhension.
Il but son Theraflu pendant quelques instants, incapable de soutenir ce regard doux et insistant.
— Cela fonctionne vraiment, déclara-t-il après un petit moment. Je peux probablement terminer mon service et rentrer chez moi.
Oh, bon sang. Il pouvait respirer à nouveau.
— Alors, je ne devrais pas appeler Richie ? dit Carpenter calmement.
Skip se risqua à jeter un coup d’œil sur lui. Son collège semblait juste… attendre. Il ne semblait pas le juger ou quoi que ce soit et attendait simplement.
— Je lui enverrai un texto lorsque je rentrerai chez moi, dit-il en essayant de rire pour faire passer ça.
Il avait toujours mal à la tête et son estomac et ses mains tremblaient fortement. Il était encore malade, le médicament n’avait pas changé ça, il l’avait juste aidé à fonctionner un peu mieux.
Il allait devoir faire quelque chose et il commença déjà à planifier ce qu’il achèterait.
Dès que Carpenter aurait cessé d’attendre.
— Tu aurais pu me le dire, dit finalement celui-ci en soupirant et en se détournant pour retourner dans sa propre cabine où une foule de lumières clignotaient et l’attendaient.
— Cela vient seulement d’arriver, répondit Skip en se surprenant. Juste avant Halloween. C’est… tu sais.
Il rit sans humour avant de poursuivre.
— Mon Interlocuteur Galant le sait. Richie et moi…
Carpenter grimaça et regarda derrière lui.
— Richie et toi êtes encore en train de régler vos problèmes.
— Tu es très intelligent, répliqua-t-il, son visage chauffant même au-delà de la fièvre.
Carpenter hocha la tête et sourit, une partie de la tension s’évaporant dans l’air.
— Et tu es la seule personne qui m’ait traité ainsi de toute ma vie, déclara-t-il. Si tu as besoin d’un ami…
— Je sais où tu travailles, répondit Skip en réussissant à lui adresser un clin d’œil avec un sourire.
Son collègue leva un pouce et prit son téléphone et Skip réussit, avec peine, à faire son travail.
Il s’arrêta et acheta des Theraflu sur le chemin en rentrant chez lui ainsi que du Nyquil, du thé vert, du vinaigre de cidre et du bon vieil Advil. Sa tête le faisait déjà souffrir lorsqu’il passa sa porte et il gémit. Il avait eu l’intention de courir ce soir-là, puisque Richie avait mis la pagaille dans son régime d’entraînement. II détestait l’idée de devoir appeler son travail pour prévenir qu’il était malade. Il pensa qu’il allait prendre des médicaments, se coucher et espérer qu’il irait mieux le lendemain.
Il s’étendit sous les couvertures et trembla pendant un moment en espérant que le médicament ferait vraiment effet, caressant Hazel jusqu’à la faire baver sur sa barbiche noire et fumée de chatte et envoyant des textos à son petit ami. Il s’endormait entre les SMS de temps en temps et lors d’un de ses réveils, Richie lui demanda pourquoi il ne suivait pas leur émission.
Désolé, je me suis endormi.
Il n’est que vingt heures !
Trop de bons exercices ce week-end *regard lubrique*
Bien.
Est-ce que je t’ai dit que ce mec avait appelé aujourd’hui ? Il pensait que j’étais malade et c’était vraiment sympa. Il a envoyé sa secrétaire avec du thé.
Son téléphone sonna.
— Il a envoyé sa secrétaire avec du thé ? demanda Richie avec brusquerie.
— Oui, répondit Skip en espérant que ses médicaments commençaient à faire leur effet et qu’il ne semblerait pas trop pathétique. C’était sympa. Carpenter m’a donné un sweat-shirt de la compagnie. Ne t’inquiète pas. Je vais me coucher tôt et j’irai bien demain matin.
— Il n’a pas essayé de te faire à nouveau des avances ? demanda Richie, l’air grincheux.
— Il a surtout dit que j’étais un homme sympathique qui le dépannait et il m’a demandé si ma petite amie s’occupait de moi.
— Qu’est-ce que tu as dit ? demanda-t-il, semblant bouleversé et curieux en même temps.
Merde, sa tête le faisait souffrir. Il était incapable de mentir.
— J’ai dit que mon petit ami ne pouvait pas s’occuper de moi avant vendredi, donc pas d’inquiétude.
— Jusqu’à vendredi !
— Richie, ne t’en fais pas, dit-il brusquement. Écoute. Ma tête me fait mal et un des cachets pour la nuit que j’ai pris me rend cinglé. Je vais me coucher avant de voir des petits hommes verts, d’accord ?
— Tu m’appelles demain matin et tu me dis comment tu vas, d’accord ?
Skip sourit. Ce qui se passait battait à plate couture la dernière fois qu’il avait été malade avant que Carpenter commence à travailler chez Tesko. Il était certain qu’à l’époque, il aurait pu mourir dans son lit et personne ne l’aurait remarqué jusqu’à l’entraînement du jeudi.
— Je te le promets, dit-il.
Il s’endormit avec la lumière, recroquevillé autour du téléphone. Il se réveilla à quatre heures du matin parce que sa poitrine donnait l’impression d’être un champ de verre cassé accouplé à une boîte de lames de rasoir et que leur progéniture grandissait dans ses poumons.
Et il avait un éléphant debout sur sa tête.
Au moment où Richie l’appela, il avait réussi à se droguer suffisamment pour sortir de la maison, mais son ami savait que quelque chose n’allait pas. Le déjeuner se passa et tous les médicaments que Skip avait pris dans la matinée firent dérailler son cerveau. Carpenter le ramena chez lui au milieu de la journée parce que l’Interlocuteur Galant avait téléphoné et qu’il l’avait décroché en annonçant : « Tech Tech, comment puis-je vous sentir ? »
Puis, il l’avait mis en attente.
L’agréable secrétaire avait descendu les escaliers quelques instants plus tard avec des instructions strictes pour que Skip ne revienne pas à Tesko avant lundi.
Après l’avoir conduit chez lui, Carpenter l’aida à se déshabiller et à se mettre au lit, en riant doucement avec lui tout le temps.
— Est-ce que nous aimons le violet, Skip ? Quelle est notre couleur préférée ?
— Nous aimons le pourpre, dit-il en pensant que cela avait l’air génial et se demandant où se trouvaient son bureau et son téléphone. Mais pas autant que l’orange. Les cheveux de Richie sont si… orange. Nous couchons ensemble. N’est-ce pas génial ?
— Oui, Skip. Ce qui est génial, c’est que tu ne l’aurais pas dit à âme qui vive si tu n’étais pas malade !
— Je suis malade ! dit Skip, horrifié.
Il se pencha et essaya d’enlever ses chaussures, puis il se rendit compte qu’il les avait ôtées dès qu’ils étaient entrés sans laisser Hazel sortir.
— Je suis malade et Richie ne peut pas venir avant vendredi.
Il fit une pause, pas certain que son collègue et lui soient allés aussi loin.
— Je suis gay, Clay, annonça-t-il en riant. Gay Clay. Une bonne chose que tu ne le sois pas où ce nom pourrait te rester.
— Oui, comme si je n’avais pas entendu ça à l’école primaire, grogna celui-ci. Mais je suis content de l’entendre de ta part. Comment est-ce que tu te sens ?
Skip essaya de réfléchir, mais il se balança debout à côté de son lit. Il aimait son lit. Il avait des barreaux en laiton. Si brillants.
— Je me sens bien, dit-il en essayant de prendre la chose gay au sérieux. Je me sentirais mieux avec Richie. Tout est mieux avec lui.
De grandes mains larges le manœuvrèrent jusqu’à ce qu’il grimpe à quatre pattes sur le lit comme un petit enfant. Il y arriva, en travers, puis il tomba à plat ventre et remua jusqu’à ce que sa tête soit en haut et ses pieds en bas.
— Comment Richie se sent-il à ce sujet ? demanda Carpenter en le couvrant de sa couette.
— Il déteste ça, répondit le malade avec légèreté. Cette couverture est si douce ! J’aimerais en avoir une autre.
— Je m’en occupe, dit son collègue, toujours aussi doux. Pourquoi Richie déteste-t-il ça ?
— Richie m’aime ! expliqua-t-il, ses yeux se refermant. Mais gay est un mot effrayant. Effrayant, effrayant, effrayant. Le père de Richie est effrayant. Ses demi-frères sont effrayants. Mais pas moi. Je ne veux pas être effrayant. Tout est si…
— Effrayant, murmura Carpenter en posant sa main sur le front du jeune homme. Merde, Skip, aussi dans les vapes que tu sois, tu ne devrais pas être aussi chaud. As-tu un thermomètre ?
— Dans le placard…
— Des légumes congelés ?
— Dans le congélateur. Pourquoi ?
— Sans raison. Je m’affolerai après le thermomètre.
Il disparut et Skip perdit la notion du temps.
Il revint à lui alors que Carpenter et Richie débattaient dans la cuisine et se livraient à un combat de coqs
Il resta allongé dans la paix de sa chambre et caressa Hazel qui restait lovée près de sa tête, sans réclamer des câlins, donc il devait être malade.
— Nous ne mettrons pas des petits pois congelés sous ses aisselles ! hurla Richie. Et nous ne l’emmènerons pas chez le médecin. C’est cet endroit qui l’a probablement rendu malade au départ.
— Non, ce qui l’a rendu malade, c’est de sortir sans veste sous la pluie, Richie. Je te le dis, quarante degrés, c’est mauvais chez un adulte.
— Mais pas pour lui, l’informa Richie en baissant un peu la voix. Il y a environ trois ans, il est tombé malade et nos coéquipiers du football sont venus et ont pris des tours pour s’occuper de lui. Il nous a dit qu’il avait des accès de fièvre depuis qu’il était enfant.
— Oh, oui ! J’avais oublié ça, dit Skip à Hazel. Ils étaient là pendant cette période. C’est agréable, ils ne reviendront pas, mais c’était gentil de venir une fois.
— Quoi ? dit son petit ami en venant de la cuisine. Skip, as-tu besoin de quelque chose ?
— J’avais oublié, répondit-il simplement.
Oh, il avait l’air bien.
Ses cheveux étaient complètement ébouriffés à cause de la pluie, il portait encore l’attelle métallique, avait toujours des meurtrissures noires sous ses yeux, mais il ressemblait toujours à un ange du paradis.
— J’avais oublié que l’équipe de football était venue à cette époque, reprit-il. Je me souviens juste d’être allongé ici, de me sentir seul.
Tout le faisait souffrir. Sa tête, ses articulations, sa gorge, ses oreilles. Cependant, Richie était là.
— Pas tout seul, dit-il, heureux malgré ses misères. Tu es là. Et Carpenter aussi.
Il caressa Hazel et s’adressa à elle.
— N’est-ce pas agréable, Hazel ?
Celle-ci miaula et ronronna dans un de ses moments « Génial, c’est bon d’être un chat de maison ! »
Richie s’avança dans la chambre, vint s’asseoir sur le lit à côté de lui et caressa doucement ses cheveux en sueur.
— Tu es vraiment chaud, dit-il calmement. Je peux comprendre pourquoi Carpenter a peur. Mais les pois sous les aisselles et au creux des cuisses, c’est juste…
— C’est foutrement douloureux, confirma Skip. Peut-être juste sur les poignets. Je pense que Jefferson a fait ça. Était-ce Jefferson ? Quelqu’un a fait ça.
— C’était moi, mon grand bavard, répondit son petit ami en riant doucement. Tu… tu me réclamais toujours. Les hommes ont compris que nous étions assez proches et j’ai dû faire la plupart des soins infirmiers. Nos coéquipiers ne savaient pas que je voulais tellement que tu me remarques aussi.
— Je l’ai remarqué, assura Skip avec des yeux larmoyants. Tu as tout simplement dit à tout le monde que je pouvais le faire. Je ne voulais pas te laisser tomber. C’est comme ça que je suis devenu Skipper, je pense.
— Nous allons mettre la nourriture surgelée sur les poignets et les chevilles, d’accord ? dit Richie, l’air inquiet en se penchant pour déposer un baiser sur sa tempe.
— Ça va aller avec Carpenter, n’est-ce pas ? demanda-t-il avec angoisse. Il sait.
Oui, c’est ça, n’est-ce pas ? Son collègue connaissait le grand secret gay et il ne semblait pas s’en préoccuper.
— Il est énervé parce que tu ne lui as pas dit plus tôt, dit Richie en frottant la mâchoire de son petit ami avec son pouce. J’ai essayé de lui dire que nous ne savions pas.
Skip se demanda brusquement, dans l’étrange lucidité de son rêve fiévreux, à quel point c’était vrai.
— Tu as déjà pensé à quel point nous le savions ? demanda- Skip. Tu as déjà pensé que juste cette fois, nous ne pouvions plus supporter de faire comme si nous ne savions pas, désormais ?
— Oui, pourquoi pas ? répondit son ami en fermant les yeux avant d’embrasser sa joue. Je ne peux plus supporter de faire comme si nous ne savions pas. Nous allons le faire. Accroche-toi, Skip. Nous allons mettre des aliments congelés sur tes fesses, d’accord ?
— Oui, merci pour les pois mélangés, répondit-Skip en riant tout seul.
Richie soupira et quelques instants plus tard, Skip essayait simplement de ne pas pleurer de l’inconfort d’avoir tant de froid sur ses poignets et ses aisselles. Seule la pensée de ces blocs de froid poussés sous ses aisselles le faisait gémir et se battre.
Une heure plus tard, sa fièvre descendait jusqu’à trente-huit degrés six et Carpenter poussa un soupir intense de soulagement.
— C’est génial, dit-il en s’effondrant sur une chaise de cuisine qu’il avait amené dans la chambre. Bon sang, je me suis vu te traîner à l’hôpital et tout cela devenir terrifiant…
— Pas d’hôpital, déclara Skip, se souvenant de l’argumentaire de Richie selon lequel il aurait probablement attrapé le virus à l’hôpital.
C’était vraiment possible. Mais pire que ça…
— Les coéquipiers viendraient me rendre visite à l’hôpital, déclara-t-il, se sentant lucide pour la première fois en deux jours. Et je babille, apparemment.
— Tu babilles apparemment ? C’est ce que tu as dit ? demanda Richie à côté de lui en commençant à rire. Tu babilles apparemment ?
Carpenter, complètement affalé sur une chaise, commença également à rire.
— Oui… tu as entendu ça ? Il babille ! Qui l’eut cru ?
— Vous me fatiguez tous les deux, répliqua Skip avec dignité en fermant les yeux pour les ignorer.
Puis, il s’endormit.
Il fut réveillé quatre heures plus tard par une nouvelle poussée de fièvre. Richie était là pour lui donner des médicaments et refroidir ses extrémités.
— Où est Carpenter ? bafouilla Skip. C’est un bon gars. Il a besoin de jouer plus souvent au football. Tu le laisseras jouer lorsqu’ils m’éloigneront, n’est-ce pas ?
— Où vas-tu ? demanda Richie qui semblait distrait et fatigué, mais il était trois heures du matin après tout. Carpenter est rentré chez lui, il me remplacera demain matin.
— Humm… accepta le malade. Je vais m’inscrire à la ligue gay. Il doit exister une ligue gay pour le football, n’est-ce pas ? S’ils ne nous laissent pas jouer dans la ligue amateur ?
Il était couché sur le dos, les sachets de légumes sur ses poignets et ses chevilles et il regardait le plafond en essayant de tracer des motifs compréhensibles de sa vie sur ce qu’il y voyait.
Richie se déplaça dans la pièce, nettoyant le thermomètre, remplaçant les mouchoirs, prenant la bouteille vide, probablement pour la remplir d’eau. Il arrêta toute activité pour regarder son petit ami du coin de l’œil.
— Pourquoi irais-tu dans une ligue gay alors que je serais toujours dans la ligue amateur ? demanda-t-il.
Skip le regarda, malheureux. Tout ce temps ensemble et pas de sexe. Ça craignait vraiment d’être malade.
— Parce que je suis celui qui nous a dévoilés, dit-il, pensant que c’était raisonnable. Je ne voulais pas le dire à Carpenter. Je ne veux pas que ton père l’apprenne et ne te parle plus. Je veux juste que tu puisses rester pendant la semaine. Je vais donc m’inscrire à la ligue gay. Tout le monde au travail sait que je suis gay. Tu peux rester en ligue amateur. Personne ne doit savoir pour toi.
— Arrête de réfléchir, marmonna son garde-malade en secouant la tête.
Il revint ensuite avec une bouteille pleine d’eau fraîche et plus de médicaments.
— Voilà. Assieds-toi, Bébé.
Il obéit et prit la bouteille d’eau et les médicaments. Il finit et voulut rendre la bouteille, mais il se demandai si Richie était en colère parce qu’il ne voulait pas qu’il soit dans la ligue gay non plus.
— Tu veux au moins rester dans la ligue amateur, n’est-ce pas ? demanda-t-il lentement lorsque Richie resta silencieux pendant un moment.
— Je jouerai là où tu seras, Skip, répondit-il, fatigué. Ligue gay, ligue amateur, tu choisis, je te suivrai sur le terrain, d’accord ?
— Je suis désolé de l’avoir dit à Carpenter. Et à l’homme au travail qui voulait que je regarde un porno avec lui. Et à sa secrétaire.
Richie rit un peu et installa son malade sous les couvertures avant d’éteindre.
— Tu sais ce qui me désole ?
— Quoi ?
— Que tu sois malade comme un chien. Je suis fou d’inquiétude pour toi parce que tu es plus malade que tu l’étais il y a trois ans. Et tu as pris des médicaments et tu as essayé d’aller au travail comme si tu n’avais pas d’autre endroit où aller.
— C’était idiot, déclara Skip en le pensant.
Il s’était senti bien pour aller au travail, mais bon sang, une heure après c’était la catastrophe.
— C’était à cause de la solitude, dit Richie, sa voix cassée. Et maintenant, tu devrais te préoccuper de guérir et tu babilles à propos du football en ligue gay parce que tu ne veux pas que je sois fâché. Je monterai sur le toit de notre bureau et je te ferai une fellation si tu arrêtes de babiller assez pour aller mieux, d’accord, Skipper ? Juste… Ne t’inquiète pas de la ligue gay ou amateur. Toi et moi, ce sera toi et moi et nous jouerons au football et ça n’a pas à être important, d’accord ?
— Mais, qui va prendre soin de moi lorsque tu partiras ? demanda-t-il, confus. L’équipe est venue la dernière fois, mais je babille.
— Carpenter et moi, répondit son ami en s’installant confortablement dans le dos de Skip, mais sans le toucher. Nous allons nous occuper de toi. Ne t’inquiète pas, Skip. Tu ne resteras pas seul. Et, tu sais quoi ? S’il le faut, nous appellerons l’équipe. S’ils refusaient de s’occuper de toi parce que tu es gay, qu’ils aillent se faire voir. Nous trouverons d’autres hommes.
— Je les apprécie, déclara Skip, mal à l’aise. Ce sont de bons gars.
— Oui, ils ne sont bons que s’ils te traitent bien. Maintenant, tu dois dormir, Skipper.
— D’acc. Je t’aime, Richie.
— Je t’aime aussi, Skip.
— Ça devient plus facile à dire chaque fois.
— Oui, je sais. C’est plus important aussi, tu sais, comme te brosser les dents ou boire ton café, le matin. Ce que tu dois faire.
— Oui, répondit Skip en souriant, sa fièvre ayant un peu reculé, son cerveau fatigué, mais clair pour la première fois depuis le début de cela. J’aime boire de l’eau ou aller aux toilettes. On ne peut pas croire que c’est anormal.
— Ou respirer, Skip. Ça sonne mieux.
— Oui, j’aime respirer.
C’EST DRÔLE, on devrait mentionner que respirer est nécessaire. Sa fièvre se maintint à un niveau raisonnable, ce soir-là, mais sa respiration n’était plus qu’un souvenir heureux, une chose du passé, tandis que ses poumons se remplissaient et que même la toux la plus déterminée n’arrivait pas à les dégager. Il passa le mercredi et le jeudi couché dans son lit, essayant de faire sortir ses poumons par sa bouche en toussant. Richie restait la nuit et Carpenter passait le voir dans la journée. Il souhaita presque qu’ils le laissent seul. Ils semblaient faire des bruits atroces lorsqu’ils entraient.
Richie et Carpenter allèrent à l’entraînement ce soir-là et ils informèrent tout le monde que Skip était malade, mais qu’ils devaient quand même s’entraîner. Leur capitaine leur avait écrit une liste d’exercices qu’ils devaient faire l’un après l’autre après avoir terminé les tours de course autour du terrain.
Richie revint à la maison, s’assura que Skip avait mangé de la soupe et il lui fit un rapport sur ses équipiers.
— Carpenter a été parfait pendant l’entraînement, tu aurais dû le voir pendant qu’il courait, sautait, faisait les exercices. Je pense qu’il a perdu du poids à s’inquiéter pour toi.
Skip leva les yeux sur Richie qui affichait encore les derniers reflets de son nez cassé, ainsi que ses yeux au beurre noir l’accompagnant.
— Je sais ce qu’il ressent… déclara-t-il.
— Oui, eh bien, mange plus que de la soupe ou tu n’iras pas mieux. Mais tu dois entendre ça. Les hommes étaient vraiment bons, à l’exception de McAllister, mais tu le connais, il a toujours été un enfoiré du style : fais ceci, fais cela ! Ce n’est pas grave. Ils étaient bons. Ils ont voulu savoir si tu serais là samedi et j’ai répondu que si tu venais, tu resterais sur le bord du terrain.
— Aïe, répondit Skip
Puis, il toussa pendant dix minutes pendant que Richie attendait patiemment qu’il puisse finaliser sa pensée.
— Peut-être pas, réussit-il à murmurer lorsqu’il eut fini. Peut-être que dormir sans tousser est une priorité.
— Je savais que tu étais un homme intelligent, commenta son garde-malade avec une certaine satisfaction en hochant la tête.
Il caressa le côté de son bras et, pour la première fois en plusieurs jours, le corps de Skip se souvint de ce que cela signifiait.
— Ooh, dit-il en roulant pour faire face à son petit ami.
Celui-ci l’avait fait se lever le matin, afin de changer les draps, il venait de se laver et de prendre des médicaments. Si sa poitrine n’avait pas été si douloureuse, il aurait pu se sentir sexy au lieu d’être dans un trou noir comme il l’était.
— Si je suis en meilleure santé dimanche, tu crois que toi et moi… dit Skip en battant des cils, espérant que Richie comprendrait.
— Je pense que nous pourrions, répondit Richie en ébouriffant ses cheveux. Cependant, nous devons voir si tu peux être un bon malade avant d’être un adulte en meilleure forme, d’accord, Skipper ?
— La meilleure chose à propos d’être adulte est de faire l’amour, répliqua Skip en boudant.
Richie se contenta de rire.
CARPENTER ÉTAIT là vendredi lorsque Richie entra et « fit semblant de travailler », comme il disait. Skip ne lui avait pas demandé ce qu’il avait raconté à son père pour la semaine passée. Il n’avait pas vraiment envie d’y penser. D’une part, « mon ami est malade et je l’aide » était parfaitement légitime.
D’autre part, il ne savait pas si son petit ami était meilleur que lui pour garder un secret.
Carpenter avait tenté d’aborder la question alors qu’ils jouaient à des jeux vidéo installés sur le canapé.
— Si tu avais Battlefield : Hardline, Richie pourrait dire à son père que c’est pour cela qu’il vient, déclara-t-il en éclatant la dernière version de Witch Hunter comme s’il l’avait déjà maîtrisé.
C’était le cas.
Skip regarda son personnage mourir d’une mort ignominieuse et se redressa pendant que son collègue et ami continuait à jouer. Il avait besoin de tousser pendant une minute de toute façon.
— Je ne pense pas qu’un nouveau jeu vidéo puisse empêcher les gens de soupçonner l’homosexualité, dit-il.
— Je dis simplement que ce serait une meilleure excuse pour sa présence ici.
— Est-ce que tu aimerais que j’aie Battlefield : Hardline, Carpenter ? demanda-t-il en souriant doucement
— Eh bien, je pourrais te l’offrir pour Noël, dit-il en lui adressant un sourire timide. Mais il faudrait que tu sois sympa avec moi aussi.
Skip se mit à rire, puis il toussa, puis rit davantage.
— Qu’est-ce que je devrais faire pour compenser cela ?
— Hum… que dirais-tu de venir chez mes parents avec moi pour Thanksgiving, dans deux semaines ? Richie peut venir aussi s’il le souhaite, mais tu dois vraiment venir.
— Vraiment ? demanda Skip avec un air suspicieux.
Son ami termina son niveau et mit le jeu sur pause. Il se tourna vers lui et lui tendit son thé à l’orme rouge, ce dont Skip lui fut reconnaissant.
— Tu es mon meilleur ami, Skip, pas de la même manière que Richie et toi l’êtes, d’accord ? Mais mes parents continuent à se poser des questions sur ma vie sociale et si je vis bien, loin de chez moi. Tu es un homme agréable, tu es raisonnablement équilibré et, lorsque tu n’es pas malade, tu parles d’une manière vraiment sensée. Ce serait vraiment génial si tu pouvais venir pour Thanksgiving et convaincre Clyde et Cheryl Carpenter que leur petit garçon n’est pas totalement asocial et que sa dernière rupture romantique ne va pas l’inciter à vivre en reclus dans son petit appartement en se gavant de Cheetos et de Red Bull jusqu’à ce que son cœur explose.
Skip se mit à rire en imaginant ça et il toussa pendant cinq minutes ensuite. Il réussit à s’arrêter et grimaça parce que son ami était drôle, très humain et pas tout à fait honnête.
— Tu te sens vraiment désolé pour moi, dit-il.
Il se sentit stupide lorsque Carpenter lui adressa une grimace en retour.
— Tout ce que j’ai dit est vrai, se défendit-il. Cependant… Ça ne m’avait pas frappé jusqu’à ce que je te ramène chez toi, tu sais ? Tu ne t’en souviens pas, tu riais, collé contre la vitre de la voiture en disant « Oooh ! » tout le temps. Mais je t’ai demandé pourquoi tu étais même venu au travail. Tu avais eu la permission d’un des PDG de rester chez toi et tu t’es quand même présenté pour assurer ton poste alors que tu étais dans cet état-là.
Il se déplaça sur le canapé et s’appuya sur ses coudes avant de continuer.
— Sais-tu ce que tu as dit ?
— Oooh ? tenta-t-il, sentant son visage chauffer et devinant vaguement.
— Tu as dit que si Richie n’était pas là, le travail était le seul endroit qui te manquait.
Skip enfonça son visage entre ses mains et fixa son horrible jogging plein de trous qui lui tenait lieu d’uniforme pour cette horrible semaine parce que ceux sans trous (réellement ?) étaient dans le sèche-linge.
— Je suis officiellement l’homme le plus pathétique au monde, marmonna-t-il. Dis-moi que tu n’as pas dit cela à Richie.
Le silence à côté de lui n’était pas encourageant.
— Carpenter ! gémit-il. Je pensais que tu étais mon ami !
— Je le suis, répliqua ce dernier en levant les mains comme s’il se défendait. Je suis ton ami et je ne veux pas que tu sois seul !
— Oui, parce que rien ne dit qu’on peut attirer quelqu’un en étant si seul qu’on devient un objet de pitié ! Je veux dire, comment va-t-il…
Il recommença à tousser et cette fois, c’était douloureux. Cependant, cela ne l’empêcha pas de penser : comment va-t-il me respecter assez pour m’aimer s’il est désolé pour moi !
— Richie te révère totalement, déclara Carpenter lorsque l’épisode de toux fut terminé. Mais j’aimerais vraiment que tu m’accompagnes chez mes parents pour Thanksgiving. Nous nous sentirions mieux.
Skip grogna et se laissa retomber contre les coussins du canapé, trop fatigué tout à coup pour ressentir quoi que ce soit. Le père de Richie fêtait Thanksgiving. Richie le lui avait dit la veille, après l’entraînement. Son petit ami redoutait cela, il n’aimait pas la cuisine de sa belle-mère, détestait encore plus ses demi-frères et n’était pas vraiment friand du frère ou de la famille de Kay… Mais il ne voulait pas que Skipper vienne.
— Je peux y assister tout seul et être misérable ou tu pourrais venir avec moi et nous serions misérables tous les deux. Sérieusement, Skipper, je me sentirai mal rien qu’à te regarder tenter de ne pas les injurier lorsqu’ils commenceront à fumer dans la maison. Tu resteras chez toi et je viendrais te voir après, ou même mieux, vendredi matin, d’accord ?
Skip avait hoché la tête, épuisé et triste, et il s’était résigné à être seul pour une fête, une fois de plus. Il regarda Carpenter et ressentit réellement une petite envie de jubiler.
— Dois-je apporter quelque chose ? demanda-t-il avec espoir.
— Du pain. Tu te souviens lorsque tu as fait du pain une fois et que tu l’as apporté ? Fais-en un peu plus. C’était vraiment bien.
Il pensa à faire du pain et à en garder un peu pour Richie. Ils pourraient le manger le lendemain… en fait, il pourrait leur faire un petit poulet avec de la farce sans les relents désagréables de fumée.
Cela devrait fonctionner.
— D’accord, dit-il.
Pour la première fois depuis cette promenade sous la pluie, il se sentait un peu redevenu lui-même. Richie serait là ce soir, et Skip pourrait au moins de regarder le match depuis le banc de touche.
Et il aurait son petit ami pour lui pour le reste du week-end.
Et dans deux semaines, il fêterait Thanksgiving avec la famille de quelqu’un, même si ce n’était pas celui qu’il avait espéré.
RICHIE VINT, comme prévu, et bien que Skip soit encore malade, ils passèrent tous les deux un délicieux moment, cette nuit-là. Tous les deux en sous-vêtements, se pelotant simplement partout. Richie se pelotonna dans les bras de Skip, son dos contre le torse de son amant et tandis que celui-ci câlinait sa poitrine, son abdomen, sa gorge, le jeune homme caressa son propre sexe jusqu’à ce que son corps se resserre et qu’il jouisse.
— Oooh… Ooh, ooooh.
Ce son sexy fut presque suffisant pour que Skip durcisse malgré trois prises successives de médicaments pour la grippe.
Richie revint se coucher après s’être lavé et il embrassa Skip sur la joue en enlaçant son cou.
— Je n’avais jamais fait ça avant, dit-il.
— Te branler ? dit Skip en réussissant à rire sans tousser. Tu ne m’avais pas dit que c’était une sorte de première ?
— Non, je veux dire devant quelqu’un d’autre, répondit Richie en riant, son rire beaucoup plus profond sans la touche due aux mucosités.
— Oui ?
Skip se sentit fier de cela et sa mélancolie pour Thanksgiving commença à s’effacer.
— Tu es spécial, Skipper. N’en doute jamais.
Skip s’endormit, son bras serré sur l’abdomen de Richie et fit un rêve au sujet de dindes se masturbant et éjaculant de la sauce.
Fichus médicaments contre la grippe.
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