Coup d'envoi
Premier coup d’envoi.
— TU VIENS avec une fille ce soir ? demanda Clay Carpenter en le regardant d’un air amusé.
Skipper tira anxieusement sur le col de son polo vert avant de répondre.
— Non, répondit-il brièvement en lançant en l’air son ballon antistress en forme de cerveau et restant attentif à sa ligne téléphonique.
Les autres gars de l’unité informatique et lui avaient tous un rythme calme – vous vous exerciez, mettiez le bazar, trifouilliez, remuiez et pétiez tout jusqu’à ce que votre téléphone sonne. Alors, vous aviez tout fait et vous n’aviez plus qu’à répondre à des questions ennuyeuses sur la manière de Grok de faire fonctionner l’ordinateur.
— Tu t’es rasé. Tu es blond et je ne vois pas de chaume sur tes joues jusqu’à une semaine après ton rasage et on dirait que ta mâchoire sort d’une bande dessinée DC. Tu n’as aucune raison de te raser. Alors, c’est quoi l’affaire ?
Skipper se tourna pour fixer Carpenter qui était, comme à son habitude, hors du style vestimentaire standard, en bas de survêtement et maillot de baseball. C’était un grand type – on avait dû lui commander un fauteuil extra large –, mais il était aussi pince-sans-rire, drôle et il aimait les vidéos d’adorables chatons. Skip l’avait vu une fois donner un quart de son salaire à Médecins sans Frontières lorsqu’un tremblement de terre avait frappé le Népal parce qu’il avait vu quelque chose dans le désastre qui lui avait brisé le cœur. Skip n’avait jamais demandé quoi, mais il avait donné cent dollars lui aussi, juste pour que l’homme se sente mieux. Il lui amenait des latte au soja et des muffins au son dans un effort pour l’aider à maigrir, mais lorsque Carpenter se lamentait et hurlait sur son régime interminable, il craquait et allait aussi lui chercher un cheeseburger. Il était un ami, pas un juge et, quel que soit le problème émotif de Carpenter avec la nourriture, c’était vraiment un gars bien.
Mais il n’était pas prêt à parler de la veille, même à Carpenter.
— Pas de fille, marmonna-t-il. Juste Richie.
Sur le terrain, il était Scoggins. En dehors, il était Richie.
Pour Carpenter qui était un ami, il était Richie.
Bizarre, Skip n’avait jamais réfléchi à cela.
Son collègue sourit, fit une pause, puis il appuya sur le bouton « Parlez » sur son téléphone.
— Oui, madame. L’avez-vous éteint ? Et appuyé sur « On ». Oui, madame. Redémarrez-le. Non, madame, je ne sais pas pourquoi ça fonctionne, peut-être qu’il avait besoin d’une sieste. Merci beaucoup d’avoir appelé le support technique !
Puis, il regarda son écran.
— Oooh, je dois chatter là. Pourquoi ne reçois-tu pas d’appels ?
Skipper haussa les épaules. En son for intérieur, il pensait que c’était parce qu’il s’occupait de consolider les données de ses clients, réinitialisait leurs routeurs et s’assurait qu’ils avaient des navigateurs compatibles. Lorsqu’il avait un client en ligne, il s’assurait que son ordinateur ne tomberait plus en panne et il n’avait donc pas beaucoup d’appels à répétition comme Carpenter.
— Je n’en ai aucune idée. Allez, va chatter.
— Oui, bien sûr, mais je suis content que ton pote du football vienne, vous êtes des passionnés. J’ai besoin de plus de passionnés pour le bowling. Bon sang, pourquoi choisissent-ils du sport ?
Skipper n’avait pas de réponse, il n’était pas membre du comité social, mais il pensait que le bowling n’était pas une mauvaise idée. Bien sûr, il n’avait pas un mauvais dos et des pieds gonflés – Carpenter n’était probablement pas très à l’aise.
— Je ne sais pas, mais tu devrais ouvrir ton cœur à Halo et Titanfall. Oups ! dit-il en décrochant son téléphone. Tesko Teck Business Services. Je suis Skipper Keith, puis-je vous aider ?
Il se tut pendant un moment pendant qu’une voix courtoise et éduquée s’adressait à lui.
Ensuite, il essaya de ne pas laisser ses yeux se révulser.
— Non, monsieur, je ne me moque pas de vous. Je ne savais même pas qu’il existait un chien appelé Skipper-kee. Comment épelez-vous cela ?
Sérieusement ? Il fit quelque chose de totalement étranger à sa nature et il prit un stylo avant de noter avec soin les lettres que la personne au bout du fil énonçait.
S-c-h-i-p-p-e-r-k-e.
— Skipper Kee. Euh, allez savoir. Eh bien, dans mon cas, mon équipe de football m’appelle Skipper, mais mon prénom est Christopher et mon nom de famille est bien Keith. Donc, ce n’est pas Kee. Donc, vous comprenez. Pas un schipperke.
Il dut demander deux fois à son interlocuteur de répéter pour la suite de la conversation.
Et alors qu’il répondait, Carpenter ne pouvait s’arrêter de rire.
— NON ! HURLA Carpenter alors que les boules de bowling heurtaient des quilles tout autour d’eux. Richie, je ne me moque pas de toi ! Tu aurais dû l’entendre.
Skipper gémit et Carpenter porta son poing à son oreille, le pouce et le petit doigt étendus avant de faire une imitation passable de son collègue.
— « Non, monsieur. Je peux vous assurer qu’aucune partie de ce Skipper Keith n’est ni noire, ni duveteuse, ni agressive. Oui, c’est probablement une honte. Avez-vous un problème d’ordinateur dont vous souhaiteriez que je m’occupe ? »
Richie leva les yeux vers Skipper et hurla de rire, applaudit et sautilla comme si Carpenter était un vrai comédien.
Eh bien, il en avait fait une très bonne histoire et, franchement, Skipper avait été si inquiet de revoir son ami qu’il était reconnaissant envers son collègue d’avoir tant voulu partager cela. Il avait fait les cent pas dans le hall du bowling sans se soucier de ressembler à un petit ami nerveux et, dès que Richie était entré dans le hall, surchauffé par rapport à l’extérieur glacé, il s’était détendu pour la première fois ce jour-là.
Son ami s’était approché ensuite pour remplir la paperasserie et Skipper avait inhalé une bouffée de fumée de cigarette, frappé son épaule avec son coude et froncé les sourcils. Richie avait haussé les épaules et regardé son reçu comme s’il contenait tous les secrets de l’univers.
— Tu sais, avait-il marmonné. Rob et Paul, mes employés, ils fument. Je prends ma pause avec eux… J’étais nerveux.
Et à ce moment-là, Carpenter les avait interrompus, ce qui avait été une bénédiction. Skipper n’avait pas voulu avoir la discussion « pleine de nervosité » avec Richie pour la première fois ce jour-là. Il n’était pas nerveux et ne jurait pas parce que, eh bien…
Carpenter racontait la fin de son histoire qui était inconfortable pour Skip.
— Alors, c’est ça la meilleure partie ? hoqueta Richie en prenant une gorgée de sa bière.
— Non ! chantonna Carpenter. La meilleure partie est la suivante : « Je suis désolé, monsieur, mais vous n’êtes pas autorisé à accéder à du porno à partir de votre ordinateur de travail. Non monsieur. Non, n’importe quel porno, monsieur, pas seulement du porno gay. »
Il sourit à Skipper, son visage large et barbu totalement jubilatoire.
— « Non monsieur, je pense que ce serait vraiment une mauvaise idée que je vienne à votre bureau et que j’enlève votre pare-feu pour votre plaisir. »
— Non ! grogna Richie.
Skipper secoua la tête vers Carpenter, le menaçant de conséquences désastreuses.
— Non, sérieusement ? s’écria Richie, si excité qu’il posa sa bière et se leva, sautillant sur place pendant qu’ils attendaient que le quatrième participant à leur partie finisse son spare. Il t’a vraiment fait un plan drague ? Vous travaillez tous dans un seul bâtiment ? C’est insensé ! Quoi ? Croyait-il que tu arriverais là-bas et commencerais à te déshabiller comme un Chippendale ?
— Devant un étranger ? s’exclama Skipper, son corps tout entier tressaillant d’horreur.
Puis, il vit les yeux de Richie posé sur lui, écarquillés et hypnotisés.
— C’est à moi ! gémit Carpenter.
Il se leva en soupirant. Il prit sa boule dans le carrousel pendant que Wayans revenait, abattu par le spare à trois quilles qu’il venait de rater.
Richie continua à regarder Skipper, les lèvres légèrement écartées, une faim si apparente sur le visage que Skipper ne put qu’avoir envie de simplement l’embrasser, le goûter, avec le tabac et tout le reste, pour répondre à ce besoin.
— Tu as pensé à ça, murmura-t-il à travers le son des boules, des quilles et des échos de l’allée.
— J’y ai pensé toute la nuit, répondit son ami.
Le hourra de Carpenter les tira de leur petit monde et ils se levèrent avec Wayans pour applaudir son strike, un tir qu’il n’avait jamais réussi auparavant.
Leur équipe se trouvait quelque part en milieu de tableau, mais tout le monde savait que la meilleure partie était la pizza et la bière venant après, de sorte que personne ne se plaignait du score. Tesko Tech était une assez grande entreprise pour que l’équipe d’informatique n’ait pas à partager les moments de cohésion avec les cadres, de sorte que toutes les personnes à la pizzeria se connaissaient, ainsi que Richie, puisque les +1 étaient les bienvenus et Skip l’invitait souvent à participer.
Ce n’était donc pas un rendez-vous.
C’étaient des amis avec des amis, se racontant des blagues et partageant des histoires de travail. Carpenter en racontait une bonne sur une enfant de quatre ans qui avait appelé parce que sa mère était entrée dans le garage pour lancer une machine à laver et qu’elle pensait que sa maman était entrée dans l’écran de l’ordinateur.
— Comment connaissait-elle le numéro ? demanda Richie, fasciné.
— Apparemment, la mère l’avait enregistré sur l’écran de l’ordinateur… Elle a l’habitude de nous appeler.
— Oh bon sang, murmura Wayans.
Il passa une main de la couleur du teck sur sa tête rasée.
— J’ai cette femme… Je jure qu’elle ressemble à ma mère. Je lui ai presque demandé si elle avait grandi à La Nouvelle-Orléans aussi. Mais c’était comme si elle lisait un manuel, un manuel je vous dis, de toutes les bêtises à faire avec un ordinateur. Elle m’a effectivement appelé une fois pour me demander comment déconnecter une souris sans fil. C’était fou.
Tout le monde rit et, bien sûr, une autre personne eut une histoire à raconter. Pourtant, cela n’empêchait pas Skipper d’espérer un premier départ. Juste une personne, c’était tout ce qu’il fallait. Allez, quelqu’un avec un enfant ou une femme ou…
— Je dois partir, déclara Carpenter en se levant résolument, les mains
tendues devant lui pour écarter la pizza diabolique. J’ai un event 1 WOW
dans quinze minutes. Tu veux venir avec moi, Skip ?
Celui-ci leva les yeux, flatté, mais il secoua la tête.
— Non, Clay. J’ai promis à Richie que nous ferions quelques parties de Titanfall lorsque nous rentrerions. Prêt, Richie ?
Ce dernier se leva, semblant si décontracté que Skip ne put que penser que son ami tremblait lui aussi comme une corde de piano tendue.
Eh bien, tant mieux. Chaque centimètre de sa peau, chaque millimètre, était tendu et picotait. Son aine était douloureuse comme une contusion ou un abcès dentaire et il faisait tout ce qu’il pouvait pour ne pas s’ajuster pendant qu’il balançait sa jambe par-dessus le banc, attrapait sa veste et se dirigeait vers la porte.
La promenade pour sortir de la Table Ronde dans la nuit froide d’octobre lui donna l’impression de marcher pendant cinquante mètres avec la honte dans son sous-vêtement, et il était encore en érection lorsqu’il arriva à sa voiture. Il leva son visage vers le ciel pendant un instant après leur arrivée et il crut sentir de la fumée de bois dans l’air.
— Quoi ? demanda Richie, garé comme d’habitude, juste à côté de lui.
— Est-ce que tu sens cela ? Halloween arrive dimanche, dit-il joyeusement.
— Oui ?
— Oui !
Pour la première fois depuis qu’il était entré dans le hall du bowling, Skip pouvait le regarder sans penser aux baisers ou aux mains rugueuses et ossues enroulées autour de son sexe.
— Nous pourrions peut-être acheter des bonbons et des décorations demain ? demanda Richie, semblant enthousiaste.
Skipper lui répondit par un sourire radieux. Après la séparation de ses parents, sa mère avait décidé de rayer les fêtes de son calendrier. Il se rappelait de nombreux Noëls où son cadeau avait été de l’argent pour sortir et acheter un plat à emporter, et beaucoup d’Halloween où il avait dû éteindre les lumières et se cacher sous le lit afin que personne ne sache qu’il était à la maison et sans bonbons. Depuis qu’il était sorti de l’institut de Sciences et Technologie, il avait rassemblé peu à peu ses propres boîtes de décorations de fêtes. Peut-être que demain, il pourrait acheter quelques babioles pour la véranda de sa petite maison.
Et Richie viendrait avec lui.
— Absolument, approuva-t-il.
Brusquement, la soirée à venir n’avait plus cette saveur piquante de terreur – il y aurait un lendemain où ils perdraient le premier match du tournoi de football d’abord, puis visiteraient le magasin Spirit pour trouver des décorations et le Sam’s club pour acheter deux sacs géants de cinq kilos de délicieux bonbons. Quoiqu’il se passe ce soir, il y aurait un lendemain avec Richie.
— Viens, allons chez moi – tu pourras dormir cette nuit et nous pourrons aller faire des courses après le match.
Un lent et magnifique sourire s’afficha sur le visage franc et carré de son ami.
— Bonne idée, Skip. J’avais pris quelques affaires au cas où…
Ils se figèrent tous les deux et se regardèrent. Juste au cas où ? Juste au cas où il se serait effondré ? Juste au cas où ils passeraient la nuit ensemble ?
Ils se fixèrent l’un l’autre par-dessus la voiture de Richie, le silence entre eux leur coupant le souffle.
— On se voit à la maison, croassa enfin Skip et son ami hocha la tête.
Il se glissa derrière le volant et il se demanda si Richie allait saisir cette occasion pour s’enfuir.
IL N’AVAIT pas besoin de s’inquiéter.
Richie l’avait précédé et il l’attendait sous le porche avec un sac de sport à l’épaule. Il regardait la petite cour pendant que Skip s’avançait.
— Belle clôture, est-ce nouveau ?
— Oui, j’ai trouvé un kit chez Lowe’s. dit Skip en souriant, ravi.
De nombreuses maisons étaient en vente dans son quartier lorsqu’il avait acheté la sienne. Il s’était senti mal – la rue était dans le bas de la classe moyenne et beaucoup de gens devaient vendre, mais il était trop impatient. Sa mère et lui avaient vécu dans un appartement jusqu’à ce qu’elle meure et il avait détesté ça. Détesté de ne pas pouvoir peindre les murs ou déterminer à quoi ressemblerait l’extérieur ou même ne pas pouvoir acheter ses propres plafonniers. Lorsqu’il était au lycée, quand il ne travaillait pas, il avait imaginé à quoi ressemblerait sa maison « d’adulte ».
Sa mère était décédée pendant qu’il était à l’institut de Sciences et Technologie, lui laissant un peu d’économies dont il n’avait pas connaissance (et certainement elle non plus, sinon elle les aurait dépensées en whisky). Il avait pu obtenir un prêt de primo-accédant à un moment où les taux d’intérêt étaient au plus bas.
Il avait commencé à chercher une maison dans son budget à peine trois mois après avoir obtenu son emploi.
C’est ainsi qu’il avait fini par trouver une toute petite maison de deux pièces à Carmichael avec une climatisation réversible et un vaste jardin avec un patio en bois construit autour d’un chêne. Il lui avait fallu trois ans pour sécuriser suffisamment la cour afin de pouvoir y garder un chien.
— Oui, dit-il incapable d’effacer le sourire de son visage. Je pensais… tu sais… m’offrir un chien pour Noël cette année.
Richie cessa de sautiller sur place et fronça les sourcils.
— Tu t’offres des cadeaux de Noël ? demanda-t-il comme s’il venait de le comprendre.
Ses parents lui offraient généralement des cartes cadeaux à Noël, souvent pour des magasins comme Lowe’s parce qu’ils voulaient qu’il fasse des travaux sur leur maison puisqu’il louait l’appartement au-dessus du garage.
— Qui d’autre le ferait ? demanda Skip, véritablement perplexe.
Les hommes ne se faisaient pas de cadeaux. Son entreprise avait institué un échange de cadeaux chaque année et il y participait scrupuleusement. Carpenter avait été son donateur désigné l’année dernière et son cadeau avait été une très grosse carte cadeau pour son magasin préféré. Skipper s’était consolé en sachant que son collègue aimait vraiment cette boutique de donut et que le cadeau avait été un véritable acte d’amitié.
Richie sembla horrifié.
— Eh bien, tu sais, cette année… cette année, je t’offrirai quelque chose.
C’était gentil.
— Je t’offrirai un cadeau aussi, déclara Skip l’air ravi et il se tourna ensuite pour trifouiller dans la serrure. Attention… Je ne veux pas qu’Hazel sorte.
Il poussa la porte et bloqua immédiatement le passage avec son pied. Hazel, la chatte noire qui s’était en quelque sorte installée lorsqu’il avait commencé à la nourrir, grogna doucement et recula. Au départ, il avait voulu la laisser libre d’entrer et sortir, mais le jour après qu’il lui eut laissé l’accès, il l’avait trouvée sous le porche, miaulant pitoyablement et complètement stressée. Il avait découvert que s’il pouvait éviter qu’elle s’échappe, elle se contentait habituellement de rester dans la maison et de s’installer sur ses genoux pendant qu’il regardait la télévision.
La porte d’entrée s’ouvrait directement dans le salon. Il éteignit son téléphone et le brancha dans le chargeur prévu à cet effet. Il posa ensuite ses clés dans le vide-poche en s’assurant qu’il laissait assez de place pour que Richie puisse aussi poser ses affaires près du canapé comme il le faisait habituellement.
La porte se referma derrière lui et il se figea, la main au-dessus du vide-poche dans lequel il venait de poser ses clés. Il entendit le bruit que fit le sac à dos de son invité en atterrissant sur le sol dans le coin près de la bibliothèque et il allait se tourner pour voir pourquoi lorsque Richie s’appuya contre son dos, son corps dégageant de la chaleur comme une tour d’ordinateur en surchauffe.
Skip se figea.
Il entendit un bruissement et son ami bougea nerveusement avant d’accrocher son coupe-vent aux couleurs de l’équipe des Scorpions sur le crochet. Puis il posa ses mains insistantes sur les poignets de Skipper.
— Rich…
— Skip ? répondit Richie comme s’il avait du mal à parler.
— Oui ? répondit Skipper à peine capable de murmurer.
— Tu as pensé à la nuit dernière ?
Richie repoussa coupe-vent et passa ses mains autour de lui, froissant sa chemise, passant ses paumes de haut en bas sur l’abdomen tendu.
— Mmmm…
Ce n’était pas une réponse, mais ce n’était évidemment pas un non.
— J’y ai réfléchi, murmura Richie.
Skip n’avait pas allumé en entrant et avec la voix rauque de son ami, son souffle contre ses omoplates, son petit corps serré contre son dos, comment était-il censé dire non ?
Il gémit à la place.
— Oui, c’est ce que je pensais.
Les mains de Richie se posèrent sur ses hanches et devinrent entreprenantes. Elles le firent tourner et le poussèrent contre le cadre de la porte. Il le fixa ensuite dans l’obscurité, ces yeux… Bon sang. Des grands lacs limpides pleins de désir.
— Richie, je…
— Tu, quoi ? demanda-t-il.
Il ponctua ses mots en poussant son entrejambe contre la cuisse de Skip et, oh, bon sang ! Il était dur !
— Je voulais…
Il frotta timidement la poitrine de Richie à travers sa chemise. Il voulait prendre son temps. Ils n’étaient pas dans la voiture, ils étaient chez lui, c’était un endroit privé et personne n’entrerait chez lui et ne les traiterait de pédés dans son salon.
— Tu voulais quoi ? demanda Richie, ses lèvres s’entrouvrant un peu.
Oh… oh ! Bon sang.
Il encadra le visage de Richie avec ses deux mains, le tenant, l’inclinant un peu, puis il pencha sa bouche vers ces lèvres pleines afin de pouvoir… Oh, merde. Il voulait juste les goûter à nouveau.
Son compagnon laissa échapper un gémissement affamé et Skipper enfonça sa langue sans réfléchir. Il n’y eut pas de « C’est mon ami ! » et « Oh bon sang, j’embrasse un homme ! »
C’était seulement Richie, avec son goût amer, comme le tabac, et une touche de bière, mais il n’enregistrait pas vraiment cela. Tout ce qu’il retenait vraiment, c’était qu’il avait le goût de son odeur. Salé, un peu en sueur et une importante présence d’odeurs de savon et de déodorant parce qu’il avait visiblement tenté, tout comme Skipper, de se rendre plus attrayant afin qu’ils puissent s’embrasser dans sa maison obscure.
Richie avait apparemment abandonné son idée de l’épingler sur la porte parce que c’était Skip qui prenait le dessus à présent, le tirant dans le salon proprement dit, le faisant contourner la table basse, l’amenant au canapé. Le jeune homme s’assit lentement, sans jamais rompre le baiser, ses mains errant sous la chemise de Skip d’une manière qui rendait celui-ci totalement fou. C’était juste des caresses, n’est-ce pas ? Sur l’abdomen, dans le dos. Les caresses n’avaient jamais été vraiment son truc. Habituellement, une main directement sur son sexe était la seule façon de le faire jouir, mais les mains de Richie pouvaient visiblement le rendre dur en le touchant n’importe tout.
Oh, merde ! Surtout aux tétons.
Skip gémit et rompit brusquement le baiser, enfouissant son visage dans la gorge de son ami.
— C’est… oh, bordel !
Il se sentit mieux en entendant le rire bas et impuissant de Richie. Il était capturé lui aussi, perdu comme un papillon dans un ouragan. Skipper n’était pas le seul à ne pas pouvoir s’arrêter, même s’il ne savait pas où ils allaient.
— Je vais le refaire, déclara son coéquipier. J’aime lorsque tu gémis ainsi.
Des doigts agiles et lestes trouvèrent à nouveau son téton et tirèrent dessus. Skip s’arqua, tressaillit et poussa ses hanches, puis il mordit Richie sur le côté du cou parce que c’était tout ce qu’il pouvait faire.
Ce dernier gémit sous sa morsure et ils luttèrent pendant un moment, Skip faisant un suçon dans le cou de son ami, celui-ci tirant sur son téton jusqu’à ce qu’il gémisse.
— Je vais jouir, dit-il. Arrête, je vais…
Richie se dégagea de sous lui et tout à coup, Skip se retrouva épinglé au canapé.
— Tu… ta dernière petite amie, c’était Ambre, n’est-ce pas ?
Il cligna des yeux à plusieurs reprises, son corps tellement en alerte que son cerveau avait complètement perdu la compréhension des mots
— Oui.
— Pas de filles entre ?
— Non…
— Tu as des résultats d’analyses ?
Bam ! Cela monta au cerveau de Skip, faisant directement un virage à 180 degrés dans la mauvaise direction.
— Quoi ? demanda-t-il en se redressant sur ses coudes.
Richie leva les yeux au ciel et commença à déboucler la ceinture de pantalon de son ami.
— Je vais te sucer, d’accord ? Tu n’es pas infecté par le VIH ou une autre cochonnerie ?
Le sexe de Skip eut comme un moment de blocage. Hourra ! Richie va poser sa bouche sur moi ! rencontrait Histoire de HIV ou d’une autre merde comme ça. Tout se télescopait dans son cerveau, mais il réussit à réfléchir et tout se remit dans l’ordre.
— Négatif. Dernier résultat d’analyses négatif… Oh, bordel !
Le jeune homme avait réussi à ouvrir sa ceinture et son pantalon et Skip se retrouva à l’air libre, son sexe giflant légèrement son bas-ventre, l’air refroidissant le gland qui suintait goutte à goutte.
— Oooh… dit Richie, s’arrêtant un instant pour regarder, son souffle haletant frôlant le gland comme une caresse.
— Aaah ! s’exclama Skip, arquant ses hanches sur le divan.
Il essaya d’écarter ses genoux, mais ils étaient pris au piège.
— Retire tes chaussures, Skip, ordonna son ami.
Lorsqu’il en eut fini avec cela, Richie lui retira son pantalon le laissant allongé sur son propre canapé à moitié nu, portant toujours son polo bordeaux réglementaire.
— Toi aussi ! dit-il en se redressant sur ses coudes à nouveau, voulant voir son ami nu.
Il aimait le corps de Richie Il l’avait aimé même avant qu’il pense à ses lèvres ou à ses yeux au clair de lune ou à la sensation de ses mains. Solide et nerveux, musclé, mais pas corpulent. Même pas un petit peu… Richie avait le corps d’un Chihuahua de compétition. Pas grand, non, mais personne ne le sous-estimait – pas dans un combat, pas sur un terrain de football, non…
Oh, oh oui, juste comme ça, nu, la peau brillant légèrement dans la lumière du porche, ses cheveux roux ébouriffés autour de sa tête, son visage à la mâchoire carrée et son regard avide sur lui pour une approbation.
— Tu aimes ? demanda Richie en souriant nerveusement.
— Oui, dit-il en lui tendant la main. Viens là. Laisse-moi te toucher.
Richie se pencha sur le côté du canapé, ses yeux cherchant toujours Skip qui réalisa enfin ce qui se passait. Cela arrivait vraiment. Six ans à jouer au football ensemble, à jouer aux jeux vidéo et à regarder des films, boire de la bière et manger des pizzas avec les gars, ce qui avait signifié quelque chose pour lui et Richie.
Ce moment, juste là, peau à peau… c’était effrayant.
Skip glissa sa main sur la nuque de Richie, noua ses doigts dans les boucles rousses dans son cou et il l’attira un peu plus près, assez près pour que le souffle de son ami fouette son visage.
— J’aime, dit-il simplement.
Si le sourire de Richie était un peu vacillant, Skip ne pouvait pas le blâmer. Le sien n’était pas très solide non plus. Le monde entier tremblait sous eux et la seule fois où il se sentait bien et solide, c’était lorsqu’ils étaient proches comme ceci, assez près pour se toucher.
Skip se redressa et prit à nouveau sa bouche, plus doucement cette fois, une sorte de promesse qu’il ne se moquerait pas de la petite taille de Richie ou de ses cheveux roux. Les enfants faisaient ça, les hommes faisaient ça. Skip aurait tout donné pour ne pas avoir de barbe même après une semaine, pour ne pas prendre deux kilos s’il ne faisait pas attention, pour avoir un nez légèrement romain. Il pouvait le supporter. Il était un grand garçon. Mais ici, nu, Richie ne pourrait pas le supporter. Skip ne voulait pas le critiquer. Cela aurait été injuste.
Le corps de son ami était solide au-dessus du sien et leur peau, oh, bon sang, toute leur peau se touchait. Oh, c’était bon. Skip pourrait faire cela toute la nuit. Il ravagea sa bouche encore et encore et encore, ses doigts noués dans ses cheveux. Richie gémit et serra ses épaules, poussant ses hanches contre lui, leurs sexes se frottant l’un contre l’autre. Ils s’attrapèrent au petit bonheur, s’excitèrent, construisirent, s’approchèrent presque, mais ils ne jouirent pas, non… ils restèrent simplement suspendus là, dans une agonie de désir.
Richie grogna et rompit le baiser.
— J’ai promis, dit-il d’une voix rauque.
Il glissa sur le corps de Skipper, chaque crête de muscle, chaque poil, chaque bout de peau humide s’accrochant à son sexe, ses testicules se gonflant jusqu’à ce qu’il soit prêt à crier.
Au moment où Richie arriva à l’endroit où il put saisir le membre de Skip, ce dernier était incohérent, essoufflé et il frappait sans relâche la tête et les épaules de son ami alors qu’il essayait d’exprimer ce qu’il voulait.
— Chut… dit Richie en tendant la main afin de saisir les doigts de Skip.
Ses mouvements frénétiques se calmèrent. La main Richie, sûre et rugueuse, le ramena sur terre et Skip la pressa avant de réussir à inspirer profondément.
— Richie, murmura-t-il, incertain de savoir ce dont il avait besoin.
— Je suis là, répondit son ami, son haleine caressant le gland de Skip, faisant bondir le jeune homme.
— Je suis…
Un homme ne disait pas qu’il était effrayé. Il ne disait pas que le sexe était devenu intense et insondable simplement parce qu’un autre homme l’avait touché. Mais c’était ce qui se passait et Skip savait que lorsque son ami poserait sa bouche sur lui, il partirait en spirale vers un endroit qu’il n’aurait jamais imaginé
— Je suis…
— Moi aussi, murmura son compagnon.
Et Skip se détendit. Il ne savait même pas ce que Richie pensait qu’il avait voulu dire, mais « moi aussi » impliquait qu’ils étaient ensemble. La petite langue malicieuse du jeune homme s’élança et lécha la pointe du sexe de Skip et celui-ci gémit. Ils étaient ensemb…
Dans un mouvement doux, comme s’il l’avait pratiqué en esprit, Richie pressa le sexe de son ami, le caressa et engloutit son gland pour l’aspirer.
Skip émit ensuite un son qui sembla venir d’un endroit vital à l’intérieur de lui, la sensation si exquise qu’il sentit les larmes monter, puis il les oublia.
Richie recommença à plusieurs reprises et Skipper leva ses hanches, les soulevant du canapé, poussant dans la bouche du jeune homme, une main agrippant le coussin sur le dossier du canapé et l’autre enlaçant si fort ses doigts dans ceux de son amant que ceux-ci le griffèrent.
Il essaya de garder les yeux ouverts pendant un moment, essaya de conserver sa décontraction, tenta d’assimiler toutes les sensations, la sécurité des mains de Richie, le son de sa propre respiration dure, même les bruits délicats de la bouche de son ami enveloppant sa chair.
Ce dernier point le détruisait – Richie le suçait – et il ferma ses yeux pour contrer les explosions de lumière blanche derrière ses paupières, pour combattre les convulsions de son corps, la joie intense de sa jouissance…
Des larmes idiotes coulèrent sous ses paupières et sur ses tempes. Finalement, la bouche de Richie devint trop dure et le gland de Skip trop tendre. Il lâcha un son douloureux et il repoussa la tête de son ami.
— Fini, gémit-il.
Richie hocha la tête et gémit, laissant tomber sa tête sur la cuisse de Skipper.
Fap fap fap fap fap…
Skip entendit ce bruit, mais pendant un moment, il ne réussit pas à le situer… Puis, Richie aspira un morceau de peau de sa cuisse et le mordit, le gémissement de son orgasme suffisamment fort pour résonner dans la pièce.
Skip entendit le bruit d’un liquide frappant le tissu et il pensa silencieusement au nettoyant d’ameublement qu’il avait sous l’évier, puis Richie relâcha sa peau avec un « pop » et il gémit à nouveau, le visage enfoncé contre le flanc de Skip.
Celui-ci laissa tomber sa main et il caressa la tête du jeune homme d’une manière réconfortante. C’était la meilleure partie du sexe, n’est-ce pas ? Avoir quelqu’un avec soi ? Une autre personne lorsque le point culminant de votre orgasme vous donnait le vertige ? Pourquoi les doigts entrelacés ? Pourquoi les baisers et la tendresse ? Skip caressa les boucles cuivre d’une main tremblante, mais il voulait plus. Il crispa ses doigts sur les cheveux de Richie et il les tira.
— Viens, gémit-il.
Richie se redressa et le regarda d’un air incertain. Un anneau brillant luisait sur la peau autour de ses lèvres et ses yeux verts étaient perdus et comme ailleurs.
— Euh…
— Allonge-toi sur moi, dit Skip en essayant de sourire.
C’était une supplique. Il ne savait pas si Richie s’en rendait compte, mais il le suppliait.
Il ne discuta pas, en fait. Il s’étendit au-dessus de lui, tous les deux nus et frissonnants. Il enterra son visage dans l’épaule de Skip, ses respirations à la limite des sanglots. Skip ne le releva pas parce que le coin de ses yeux était toujours piqué de larmes.
Il leva la main vers le dossier du canapé et attrapa le plaid qu’il gardait toujours là afin de le poser sur Richie, pour, peut-être, les réchauffer tous les deux.
Les frissons de son ami diminuèrent et ce fut juste eux deux se réchauffant dans leur petite couverture contre le froid.
— Skip ?
— Oui ?
— Ça… tu ne vas pas… tu sais… dire que je suis bizarre ou autre chose ?
Il fronça les sourcils dans l’obscurité et recommença à lui caresser les cheveux.
— Non, dit-il simplement.
— Non ? répéta Richie en levant les yeux afin de le regarder avec curiosité.
Skip secoua la tête, se souvenant de son ami, nu et un peu vulnérable.
— Tu… tu es beau, dit-il, se sentant stupide. Je ne dirais rien qui… tu sais. Qui te ferait sentir que c’était mal.
La caresse de Richie sur sa joue était inattendue et tendre.
— C’était bon, n’est-ce pas ? demanda-t-il d’une voix emplie d’étonnement.
— Oui, acquiesça Skip. C’était…
Il tourna la tête et embrassa la paume de son ami, goûtant la semence dessus, ne sachant pas exactement à qui elle appartenait. Il lécha un peu et se retourna vers lui.
— C’était vraiment bien, Richie, dit-il timidement. Je… je n’ai jamais ressenti cela auparavant.
Le jeune homme sourit comme s’il lui avait fait un grand compliment, puis il s’allongea à plat contre sa poitrine. Skip tira la couverture plus haut sur ses épaules afin de mieux le garder au chaud.
— Tu es fatigué ? demanda Richie, paraissant déconcerté.
— En fait, j’ai des biscuits et du lait, répondit-il. Veux-tu regarder la télévision dans mon lit ? On pourrait se glisser sous les couvertures parce qu’il y fait plus chaud.
Il n’avait pas encore allumé sa chaudière et il devait le faire.
— Ça ne posera pas de problème que nous mangions des biscuits et du lait au lit ? demanda Richie qui affichait à présent le sourire taquin d’un petit garçon.
— Pas si nous nous comportons en adultes, répliqua-t-il en lui retournant son sourire, se sentant tout à coup idiot et heureux.
Richie posa sa bouche sur celle de son ami et lui donna un petit baiser rapide. Skip ouvrit ses lèvres et le lui rendit et pendant un moment, leur baiser menaça de devenir plus intense, mais Skip eut brusquement envie de lumière, de télévision, de biscuits et de rires, parce que ce qui promettait de devenir plus intense prenait de la force.
Il se recula et déposa un baiser sur la tempe de Richie.
— Il y a un bon programme à la télévision ce soir, marmonna-t-il. Regardons-la, d’abord. Ensuite, tu sais…
— Deuxième round ? demanda Richie avec espoir.
— Oui.
Cela sembla être ce dont son ami avait besoin. Il piqua un baiser sur les lèvres de Skip encore une fois et se leva, laissant la couverture glisser avec lui.
Skipper se leva et l’enveloppa autour des épaules de Richie, puis il enfila son sous-vêtement.
— Va t’installer et trouve-nous un bon programme, dit-il en le faisant tourner avant de le taper gentiment sur les fesses. Je vais nous chercher de quoi manger.
Sa cuisine était petite et banale, sauf les carreaux de la crédence avec leur motif misérablement atrocement jaune, or, citron vert, qui donnait envie de vomir à la majorité des gens dès qu’ils le voyaient. Pour une raison inconnue, il voulait sauter la discussion inévitable autour d’atrocité dans sa cuisine – il voulait que cela reste agréable.
Il sortit la boîte de biscuits, des serviettes en papier et servit une grande tasse de lait qu’ils pourraient se partager.
Mais s’il ne veut pas partager une grande tasse ?
Il vient juste de prendre ton sexe dans sa bouche… Il deviendrait pointilleux, maintenant ?
Mais les gens ont des préférences !
S’il n’apprécie pas, il te le dira. Tu pourras lui donner une autre tasse.
Je veux juste que ce soit…
Quoi ? Parfait ? Différent ? Que voulait-il de l’homme actuellement enfoui sous son édredon et surfant sur les chaînes de son téléviseur mural ?
— Skip ? Dépêche-toi ! J’ai mis sur pause, mais ils sont déjà arrivés à la partie où les deux hommes se querellent dans la voiture. C’est le meilleur moment de l’épisode !
— J’arrive ! Est-ce que tu veux ta propre tasse pour le lait ?
— Non, nous pouvons partager.
Des petites choses. Des choses parfaites. C’était étrange que les plus petites choses rendent parfait ce dont ils ne parlaient pas.
— Des Oreos Citron ? demanda Richie lorsqu’il entra dans sa chambre.
— J’ai des cookies au chocolat si tu préfères, dit Skip en entrant dans la chambre.
Il se dirigea vers le lit et replaça la housse. Sa literie était marron et bleu jusque dans les draps en flanelle et il était assez certain que des miettes s’y cachaient.
— Non, non… c’est juste inhabituel.
— Oui, eh bien, je pensais qu’ils seraient comme les cookies des scouts, tu sais, ceux au citron ?
Richie fit un « Oooh » avec ses lèvres et Skip dut se retenir de le fixer avec fascination. Ces lèvres… Elles étaient douces et pleines. Comment n’avait-il jamais remarqué que ces lèvres faisant cette forme étaient… ?
Son sexe commença à se gonfler de sang dans son caleçon.
Oui, elles lui avaient fait ça. Les lèvres de Richie et la pensée de ce qu’elles venaient de lui faire l’excitaient. Ses mains étaient pleines sinon il aurait dû s’arrêter et s’ajuster. Il réussit à tout équilibrer jusqu’à ce qu’il soit dans le lit, puis il remit le lait à son ami et plaça les biscuits entre eux.
Richie jeta un coup d’œil négligent sur lui puis il aperçut le sexe à moitié dur de Skip tentant de s’échapper de son caleçon et il le déshabilla du regard.
— C’est impressionnant, dit-il sans ambages. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Ta bouche, répondit Skip, en rougissant.
Richie rougit entre ses taches de rousseur et il sortit un biscuit du paquet avec un soin minutieux.
— C’est, hum…
Il poussa le gâteau dans sa bouche et sourit ensuite à Skip avec des joues bombées.
Skip se mit à rire, ne sachant pas s’il essayait d’être cochon, mais il était assez certain qu’il essayait d’être drôle parce qu’il ne savait pas quoi dire.
— Pousse-toi… Ils vont tout faire exploser et c’est ma deuxième partie préférée.
Ils s’installèrent et Richie appuya sur Play. À part le fait qu’ils étaient en sous-vêtements et dans le lit, c’était comme lorsqu’il était venu passer un autre vendredi soir. Hazel sauta au pied du lit et ronronna, et les deux hommes commentèrent la série télé, épaule contre épaule.
— Hé, le petit type a réussi à prendre le volant, n’est-ce pas ? dit Richie.
— Oui, ça craint vraiment que l’autre type conduise. C’est sa voiture.
— Une question de pouvoir, accorda son ami, la bouche pleine de biscuits. Le grand gars veut avoir la plus grosse queue, alors il conduit.
— Humm, marmonna Skipper qui n’était pas d’accord. C’est plus que ça. Tu vois, l’homme plus grand est censé s’occuper de tout. Il veut s’occuper de l’homme plus petit… C’est comme ça qu’il a été élevé.
— Le petit mec peut s’occuper de lui-même ! s’exclama Richie en riant, répandant des miettes sur la couette avant de se dépêcher de les essuyer.
Skipper leva les yeux au ciel et lui tendit une serviette qu’il prit.
— Oui, mais le grand, ce n’est pas seulement parce qu’il est grand. Il est… comme, tu sais. Forces spéciales. Un commandant. Tout le monde le regarde et il essaie aussi de prendre soin du type plus petit. C’est comme moi lorsque je ne laisse pas Hazel sortir. Ce n’est pas ce qu’elle veut vraiment. Ce qu’elle veut vraiment, c’est rester ici, faire ses besoins dans sa litière et avoir sa pâtée trois fois par jour. Le type plus petit, il peut s’occuper de lui-même, mais peut-être qu’il veut que l’autre homme le protège. C’est difficile pour lui d’une certaine manière, tu vois ?
La publicité arriva à ce moment-là et Richie appuya sur pause.
— Difficile comment ? demanda-t-il.
Skip regarda la télévision. Une femme était figée sur l’écran, montrant ses fesses minces moulées dans un jean serré, mais il n’avait jamais été intéressé par ce genre de choses.
— Euh… Eh bien… Dans la série télé, il a divorcé et sa femme lui a caché sa grossesse et tu connais cette série. Tous les membres de la famille vont être kidnappés.
Richie réfléchit à cela, puis il se pencha et leurs bras nus se touchèrent. Il déplaça ses jambes et leurs mollets s’enchevêtrèrent.
— Et, euh, en dehors de la série ?
Skip déglutit et fixa la main de son ami posée sur la couette entre eux. Il tendit timidement la sienne comme s’ils ne venaient pas juste d’être nus, n’avaient pas posé leurs bouches sur certains endroits dans le salon et n’avaient pas joui sur son canapé. Il tendit un doigt et caressa la courbe entre le pouce et l’index de Richie, notant comment celui se contenait en attente de la caresse.
— Peut-être que la famille de l’homme plus petit est un peu méchante avec lui, dit-il en pensant aux fois où il avait rendu visite à Richie dans la casse automobile de ses parents.
Il n’avait pas voulu s’immiscer. Beaucoup de voix criardes, sa famille disant à son ami qu’il était petit, faible et stupide.
— Peut-être que le grand type veut simplement ne pas laisser cela se reproduire.
Richie ferma son poing autour du doigt de Skipper.
— C’est vraiment… comment dit-on déjà ? Tu es vraiment galant. Mais ne t’inquiète pas. Le petit gars, il peut conduire sa propre voiture, prendre soin de lui. Il l’a fait pendant des années.
Skip récupéra son doigt et couvrit la main de son ami avec la sienne.
— Oui. D’accord. C’est pour dire que ce n’est pas toujours parce que le grand mec veut avoir la plus grosse queue.
À sa grande surprise, Richie appuya sa tête contre son épaule.
— Nous savons déjà que tu as la plus grosse, Skip. Je sais que tu n’as rien à prouver.
Le cerveau de Skip court-circuita. Il n’avait pas vraiment vu le sexe de Richie en pleine lumière, gonflé et coulant goutte à goutte, serré dans un poing. Brusquement, il en voulait beaucoup plus.
Mais son ami s’appuyait contre lui et leurs mains se touchaient toujours. Skip décida de profiter de leur moment ensemble et il entrelaça ses doigts dans les siens. Richie utilisa son autre main pour frapper Play sur la télécommande.
Leur bavardage sur la série télé se calma et se devait être la seule chose qui maintenait Richie éveillé parce qu’avant que l’épisode se termine, Skip sentit un doux ronflement contre son épaule.
Il sourit doucement. Après avoir vérifié que la tasse de lait était vide et en sécurité sur l’autre table, il posa le reste des biscuits sur la table de nuit la plus proche de lui. Il éteignit le téléviseur et la lumière, tout cela sans déranger ce doux ronflement.
Ensuite, prudemment, très prudemment, Skip glissa vers le bas et roula sur son côté, poussant Richie jusqu’à ce qu’ils se retrouvent allongés, son bras sur le torse de son ami.
— Nous allions faire le deuxième round, grommela Richie
— Nous pouvons faire ça demain, le rassura Skip en caressant sa nuque. Je ne vais nulle part.
— Bien, répondit Richie en prenant sa main et l’embrassant, le laissant stupéfait et le souffle coupé dans l’obscurité. Je ne sais pas ce que je ferais sans notre Skip.
Ton Skip, Richie. Être le capitaine de l’équipe a moins d’importance, d’une certaine manière, que ce qui se passe juste ici.
Mais il ne dit rien.
Richie dormait dans ses bras, dans son lit. Il n’aurait jamais rêvé de ça une semaine auparavant… eh bien, en avait-il rêvé ? Dans l’obscurité, un nouvel amant contre sa poitrine, il se demanda intérieurement s’il n’en avait jamais rêvé.
Je… Je voulais être avec lui. Je voulais le regarder. Je…
Une image de Richie datant de cet été, traversant le terrain, ses deux mains levées, tenant son maillot et poussant un cri de victoire tandis que le soleil irradiait son corps nerveux d’un beau rose pâle, traversa son esprit.
J’ai vraiment, vraiment aimé regarder…
Il se souvenait de ce moment, du désir de le toucher nouant son estomac. Ils s’étaient étreints, avaient hurlé et s’étaient claqués dans le dos les uns les autres, mais lui…
Je me souviens de sa hanche poussant contre ma cuisse. Je le voulais tellement. Je voulais l’étreindre jusqu’à ce que toute notre peau soit en contact. J’ai dû me forcer à me dégager, à sauter partout, à étreindre les autres gars parce que je ne sentais que leur sueur.
Mais pas Richie. Il était déjà spécial, même alors. Oui, quelques gars étaient venus chez Skip un vendredi soir pour regarder la télévision. Certains l’avaient aidé durant l’été pour aménager la cour arrière. D’autres avaient même demandé s’il avait des décorations pour Halloween et Thanksgiving. Mais Richie savait tout cela. Il savait ce qu’il faisait pendant son week-end. Il lui envoyait des vidéos You Tube stupides pendant la semaine.
Il connaissait sa mère.
Cette chose, cette interaction chaleureuse, humaine et vivante couvait entre eux depuis un bon moment, n’est-ce pas ?
— Deuxième round, grogna à nouveau Richie.
Skip l’étreignit et le serra suffisamment fort afin de se trouver lui-même.
— Je serais toujours là demain matin, chuchota-t-il avec émerveillement.
C’était vrai parce que ce moment-là n’était pas un coup d’un soir, un truc merdique dû au hasard. Ce qui vivait entre eux ne changerait pas pendant la nuit, ne changerait pas du jour au lendemain parce que cette chaleur, cette électricité passant directement de la peau de Skip à celle de Richie, et inversement, était déjà en construction auparavant. Le moment où Richie l’avait regardé et avait dit : Oui ! Bien sûr ! Jouons en ligue amateur, avait été la première pierre de cela six ans auparavant.
Ou peut-être que la fondation avait débuté avant, lorsque Skip avait voulu trouver quelque chose, n’importe quoi, pour impressionner son nouvel ami, pour changer des cours tristement prosaïques de l’institut de Sciences et Technologie.
Cela ne disparaîtrait tout simplement pas. Cela respirait et murmurait contre sa poitrine et soupirait dans ses bras. C’était Richie et lui comme ils l’avaient toujours été, juste un peu plus nus à présent.
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