Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna
2.—Fractionnement.
Les Tagat se divisent ethniquement en les fractions et sous-
fractions suivantes:
Ahel Ceddiq
Ahel Bou Khiyar
Ahel Aouis
Id Atjfara
Oulad Atjfara
Ahel Taleb Brahim
Ahel Taleb Bou Maham
Ahel Aoubak
Ahel Taleb Jeddou
Id Aouach
Ahel Amarna Al-Mokhtar
Ahel Mokhtar (à Kiffa)
Ahel Taleb Ahmed
Id Eïneb
Ahel Taleb Mohammed
Ces fractions maraboutiques, agitées, inquiètes, intrigantes, se
sont ingéniées à troubler leur situation ethnique. Elles se sont aujourd'hui reconstituées en cinq groupements (rekiz) que l'administration française a respectés, et qui sont:
a) Ahel Aouissat, formés surtout d'Id Atjfara, soit Aouissat, soit
Taleb Brahim-Cheikh: Abd El-Ouadoud. Notables: Youssef ould Brahim et Abdou ould Ahmed; 73 tentes et 219 âmes.
b) Ahel Bou Khiyar, formés surtout d'Id Atjfara, soit Ahel Bou
Khiar, soit Oulad Atjfara, soit Taleb Bou Maham.—Cheikh: Ahmed ould Abd Ed-Daïm.—Notables: Ahmeïdou ould Yali; Mokhtar ould Bak; Mounir ould Mohammed Maïna.—100 tentes et 670 âmes.
c) Ahel Ceddiq, formés d'Id Atjfara, surtout Ahel Ceddiq, et d'Id
Aouach, surtout Amarna.—Cheikh: Mohammed Mahmoud ould Seïma.—Notables: Mami ould Mohammed Lamin; Manmoud ould Taleb Amar; Mohammed Mahmoud ould Sidi-l-Mokhtar.—71 tentes, et 236 âmes.
d) Id Aouach, comprenant surtout les Ahel Aoubak et Ahel Taleb
Jeddou, qui sont ethniquement Id Aouach.—Cheikh: Mohammed ould Ahmeddou.—Notables: Mokhtar Fal ould Lamin; Mohammed ould Othman; Biraïm ould Bouna.—199 tentes et 578 âmes.
e) Ahel Taleb Mohammed, qui comprennent à peu près tous les
Id Eïneb, c'est-à-dire non seulement la sous-fraction Ahel Taleb Mohammed, mais aussi l'autre: Ahel Taleb Ahmed.—Cheikh: Mohammed Limam ould Al-Hadj Ahmed; Taleb Ahmed.—Notables: Mohammed Mahmoud Abd El-Rali; Mounir ould Taleb Maham; Sidi-l-Mokhtar ould Lamin.—61 tentes et 233 âmes.
La tribu comprend au total 504 tentes et 1.986 âmes. Il faut y
joindre quelques tentes de haratines, dont Thofeïl ould Aleïa est le chef.
Un campement: les Ahel Hadj ould Boudda, qui a été rattaché
aux Id Eïneb, serait d'origine Bassin (zenaga). Leur ancêtre, étant allé à la Mecque, prit le nom de Hadj, et à son retour s'installa à Chogar-Tora, où, vivant en bons termes avec les hassanes, il donna naissance à une nombreuse postérité. Ce campement est dirigé depuis plusieurs années par un Tâmegati, d'origine Brahim ould Cheikh.
On trouve chez les Kounta de l'Azaouad un campement du nom
de Tâgat, qui se prétend cousin des Tagat du Brakna. Il comprend cinq tentes, qui sont installées chez les Ahel Baddi, sous-fraction des Regagda.
La diversité des richesses pastorales des Tagat tendrait à
provoquer de nouvelles scissions au sein de la tribu: les Id Atjfara, gens de chameaux, voudraient monter plus au nord, tandis que les deux autres fractions, propriétaires de bovins et de lougans, tendraient à rester dans la région des puits et des cultures.
Le cheptel comprend dans son ensemble: 4.280 bovins, 11.551
ovins, 270 chameaux et 613 ânes.
La marque générale de la tribu est le lam-alif ou le ⊥ qu'ils
apposent généralement sur le cou. Le campement Oulad Eli n'utilise que le lam-alif et quelquefois le mim-ha. Beaucoup de fractions ont leurs contre-marques: les Ahel Ceddiq ba ba-alif ou >— les Ahel Taleb Brahim; les Ahel Taleb Khiar lam-kaf ⊥; les Ahel Mohammed Bou Khiar ain-dal-dal; les Ahel Eïneb lam mim-alif; les Aouissat >— <; les Ahel Cheikh ould Manni croix; etc.
Leurs terrains de parcours, avant notre arrivée en Mauritanie,
étaient les suivants:
Pendant l'hivernage, l'Agan dans sa partie orientale, Letfotar,
Touri Deilil, et Aguiert.
Pendant la saison sèche: Aguiert, Gaoua, Choggar-Gadel, Tindel
et Lemaodou. Depuis 1896, époque à laquelle éclata la guerre entre les Abakak et les Oulad Nacer de Kiffa, ces derniers ravageant le pays, les Tâgât n'osèrent pas remonter plus haut qu'Aguiert. Pendant plusieurs années, ils nomadisèrent dans les mêmes points, mais n'allèrent plus dans l'Agan. Aujourd'hui leur territoire de nomadisation s'étend, en tout temps, entre Gaoua, Aguiert, Douira et le Tagant. Aguiert comporte une trentaine de puits de 5 mètres de profondeur. L'eau, qui ne s'épuise jamais, provient de l'oued par infiltration. Elle est excellente. Guelaïta Tindel, à 30 kilomètres au nord, est une grande mare, où l'eau est plus ou moins abondante, suivant les pluies, jusqu'en janvier; Letfotar, à 45 kilomètres au nord-est d'Aguiert, sur la route de Moudjeria, est un mauvais marigot qui tarit en janvier; Garouel, à 60 kilomètres du sud-est, est une grande source inépuisable, dans la barrière du Tagant, Gaoua Al-Aouidja, à 45 kilomètres au sud, comprend de nombreux puits de 5 mètres dans le lit de l'oued Gaoua: Ouazan, à 50 kilomètres au nord-ouest, comprend deux puits de 3 mètres, creusés dans la cuvette au pied du rocher. L'eau est assez abondante en toute saison. Dikel, Tiyegui, Tidiniakout, sur la piste d'Oujeft, ont de l'eau en toute saison. Tichilit, à 60 kilomètres au nord de Kreni, comprend plusieurs puits de 2 mètres dans la sebkha. L'eau y est saumâtre.
Les Tagat sont d'industrieux cultivateurs. En mars-avril 1911, ils
ont construit une digue à Chogar Gadel pour faciliter l'inondation de leurs terrains de culture. Ces terrains sont à partager entre les Ahel Cheikh ould Menni et les Oulad Eli. Ils ont des plantations de palmiers à 2 kilomètres de la palmeraie d'Al-Moïlah et au confluent du déversoir de la tamourt de Gadel dans le Gorgol, au lieu dit Dakhfig. Très travailleurs, ils ne craignent pas de se mettre à la terre avec leurs haratines.