Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna
2.—Fractionnement.
Le choix se porta alors sur la tente cadette des Ahel Al-Hadi, et (4) Mohammed
Aïnina ould Abd Allah fut élu (1905). Ce Mohammed Aïnina, intelligent et ouvert, comprit tout l'intérêt qu'il avait à vivre en bonne intelligence avec nous. Il avait été du reste l'un des premiers à venir, à la tête de ses gens, présenter sa soumission à Coppolani. Malheureusement, s'il était très vénéré comme marabout, il était nul comme chef et sans aucune autorité. Il remplit les fonctions de cadi, en même temps que celui de chef de tribu.
Vieilli et usé, il demandait depuis longtemps à être relevé, quand on accéda à
son désir, en octobre 1912. Il mourait en janvier 1913. Il fut remplacé par son fils Abd Allah, jeune homme ouvert et instruit, qui, après avoir fait de bonnes études auprès de Mohammed Lamin ould Cheikh Mohammed, des Hijaj, servit plusieurs années de khalifa à son père. Mais avant d'avoir pris possession de son commandement, Abd Allah commit un faux qui l'écarta du pouvoir. Sur un fragment de feuille de convocation, revêtu d'un cachet et de la signature de l'Administrateur de Boghé, il écrivit, en arabe, par ordre de ce résident, que la région du Khat était interdite au Toumodek, et il vint apporter ce papier à Aleg, en accusant du méfait le chef des Touabir-Oulad M'haïmdat. Confronté avec Bikel ould Beyyat, Abd Allah dut avouer le faux. Il fut condamné par le tribunal à six mois de prison, et le projet de nomination fut arrêté.
Il fut remplacé dans ses fonctions provisoires par son frère, Mohammed Abd Er-
Rahman. La lutte électorale se circonscrivit dans les deux tentes Ahel Al-Hadi, les Ahel Baye n'étant représentés à cette date (1913) que par un enfant. Elle fut très chaude. Ce fut enfin (5) Abd Allah ould Ahmed qui l'emporta.
Abd Allah ould Ahmed ould Mohammed Aïnina est né vers 1867, il a fait
d'excellentes études auprès de son père, qui était lui-même un élève de Mohammed Mahmoud ould Habib Allah ould Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba. C'est un homme intelligent et instruit, qui jouit d'une grande renommée à cause de sa piété et son honnêteté et qui enseigne le droit et la théologie à une trentaine de jeunes gens. Il a éprouvé, au début, une certaine opposition de la part d'Abd Allah ould Mohammed Aïnina. Il aurait même été victime, ainsi que Mohammed Abd Er-Rahman, d'une tentative d'assassinat. Depuis la fuite du coupable dans le Hodh, le calme s'est rétabli.
2.—Fractionnement.
Les Toumodek du Brakna, ou Toumodek noirs, se partagent en 4 fractions:
Ahel Ahmed Al-Hadi.
Ahel Baraka.
Ahel Baye.
Ahel Aboubak, groupant 51 tentes et 291 personnes. La fraction haratine qui marche à leur
suite comprend 71 tentes et 374 personnes, soit au total pour la tribu 122 tentes et 665 personnes.
Elle possède le cheptel suivant, qui est surtout la propriété des fractions libres: 2
juments, 170 vaches, 25 génisses, 95 bœufs, 25 veaux (soit 316 bovins), 8 chameaux, 2.705 ovins et 53 ânes.
Les notables des fractions libres sont:
Mohammed Mahmoud ould Ahmed Al-Hadi.
Kalima ould Abd Er-Rahman.
Abd Allah ould Eli.
Lbane ould Ahmed Fal.
Mostafa ould Baba.
La djemaa de la fraction des haratines se compose de:
Abiaye ould Ahmed Al-Obeïd, chef.
Ifra ould Malek.
Mohammed ould Al-Haouri.
Mohammed Mokhtar.
Bilal ould Khammoui.
Les terrains de parcours de la tribu sont: en saison sèche, le Gorgol, et de l'est
de Gadel à Mouit; en fin de saison sèche et en hivernage, le nord de Chogar Gadel, et dans l'oued Derga; les haratines restent dans le Khat du Chamama. Souvent quelques tentes en sortent pour nomadiser avec les gens libres.
La marque des bestiaux est le «fala», exact , ou renversé , qu'on appose sur la
cuisse droite de tous les animaux.
L'ensemble de la tribu est qadri et se rattache à l'obédience des grands
marabouts Ahel Al-Qadi des Dieïdiba. Il y a pourtant quelques Tidjanïa, disciples des Ida Ou Ali par Cheikh Ahmed Al-Beddi.
L'enseignement est très répandu. La tente des Ahel Al-Hadi s'y distingue
particulièrement. Elle a toujours joui dans le pays d'une grande réputation juridique et elle fournit à peu près constamment les cadis de la tribu. Autrefois rien ne se jugeait dans l'Est de l'Aftouth, sans la présence de Mohammed Aïnina ould Ahmed ould Al-Hadi.
C'est à Raï, près de Mal, que se trouvent les tombeaux d'Al-Hadi, de son fils,
Ahmed, grand saint qui récitait le Coran tous les soirs, entre le crépuscule et la nuit tombée, et qui accomplit beaucoup d'autres miracles, et enfin de son fils Mohammed Aïnina précité. C'est le principal centre des pèlerinages de la tribu. Les gens aiment à y faire enterrer leurs défunts, en cette pieuse campagne.