Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna
Annexes
ANNEXE I
TRAITÉ A M
, , etc.
10 mai 1785.
Au nom du Tout-Puissant, créateur du ciel, de la terre et de tous
les êtres vivants:
Sous les auspices et la protection de M. le Cte Repentigny,
gouverneur pour S. M. le Roi très Chrétien de France et de Navarre.
Soit notoire à tous ceux qu'il appartiendra ou doit appartenir en
matière quelconque.
Ahmed Mokhtar, Roi des Braknas, d'une part:
Jn te ard B L Durand, ancien consul de France, Pensionnaire du
Roi, et Directeur général de la Compagnie ayant le privilège exclusif pour la traite de la gomme dans la rivière du Sénégal et dépendances, d'autre part:
Désirant toutes parties établir entre elles une parfaite union, une
amitié constante et des règles positives sur tout ce qui peut les intéresser pour le commerce en général, et surtout pour la traite de la gomme pendant le temps du privilège de la Compagnie, et tout le temps encore qu'il plaira à Sa Majesté de le prolonger, sont convenus des articles suivants:
A .
La Compagnie aura la liberté d'établir, ainsi qu'elle le jugera à
propos, un comptoir à Podor, où elle tiendra des employés et des marchandises propres à la traite qu'il s'y fait, soit en gomme, captifs, morfil, et autres objets; elle aura pareillement sa liberté d'en établir d'autres aux mêmes fins dans toute autre partie du pays d'Ahmed Mokhtar, et d'en désigner la position qui paraîtra la plus avantageuse.
A 2.
Ahmed Mokhtar prend le comptoir de Podor, et tous les autres
qui pourraient s'établir, sous sa sauvegarde spéciale, et les garantit de toutes insultes ou avanies quelconques.
A 3.
Ahmed Mokhtar par une suite de l'affection qu'il a et conservera
pour les Français et par une suite encore des conditions du présent traité, jure et promet de n'avoir jamais directement ou indirectement aucune communication avec les Anglais; il jure de plus et promet d'employer tous les moyens praticables pour intercepter et supprimer complètement le commerce que les Anglais pourraient faire avec Portendik, soit avec ses propres sujets, soit avec toute autre nation ou particuliers qui passeraient pour cet objet dans son pays.
Cette promesse de la part d'Ahmed Mokhtar, portant non
seulement sur la traite de la gomme, mais encore sur toute autre traite, dont il entend, veut et promet d'exclure les Anglais.
A 4.
En conséquence de l'obligation portée dans le précédent article,
et en retour des bonnes dispositions d'Ahmed Mokhtar. Le Sr Durand, Directeur général de la Compagnie, s'engage pour elle, et promet de lui donner une gratification, en sus de la coutume, toutes les fois qu'il arrêtera ou fera arrêter de la gomme dans le chemin de Portendik, et la fera conduire à Podor, de manière que la Compagnie puisse être assurée qu'il n'en sera point vendu à Portendik.
A 5.
Ahmed Mokhtar promet et s'engage de faire tous ses efforts pour
procurer annuellement à la Compagnie la traite de gomme la plus abondante possible.
A 6.
Ahmed Mokhtar, considéré comme l'arbitre du prix de la gomme
et de la mesure du kantar, promet encore et s'oblige de régler annuellement le payement dudit kantar au plus bas prix possible, et de fixer sa mesure conformément au kantar dont la précédente Compagnie était en usage de se servir.
A 7.
Dans tous les temps et dans toutes les circonstances, Ahmed
Mokhtar promet et s'oblige de favoriser en tout les opérations de la Compagnie, et particulièrement la traite de la gomme; il promet encore de la servir de son influence et de ses bons offices auprès des marchands maures et tous autres qui auraient à traiter avec elle.
A 8.
En retour des dispositions d'Ahmed Mokhtar, le Sr Durand au
nom de la Compagnie, promet et s'engage de le traiter toujours comme un ami distingué, et de lui accorder la plus grande faveur.
A 9.
Le commerce ayant introduit l'usage de payer une coutume à
Ahmed Mokhtar, pour traiter la gomme, les captifs, le morfil et autres objets généralement quelconques, dans son pays, et cette coutume ayant varié suivant les circonstances, elle vient d'être fixée, tant pour la gomme, captifs, morfil et autres objets de traite, d'une manière positive et permanente, par l'article suivant:
A 10.
Toutes les fois que la coutume fera traiter de la gomme, le S r
Durand, Directeur général de la Compagnie s'oblige pour elle de payer annuellement à Ahmed Mokhtar.
400 pièces de guinée.
100 fusils fins à un coup.
200 barils de poudre de 2 livres.
100 pièces de platille.
100 miroirs de traite.
20 paires de pistolets à un coup.
80 barres de fer de 8 pieds.
1.000 balles.
3.000 pierres à feu.
120 mains de papier.
150 tabatières pleines de girofle.
150 cadenas.
150 peignes de buis.
150 paires de ciseaux.
150 jambettes.
2 pièces de mousseline.
1 pièce d'écarlate.
50 piastres en argent.
1 filière d'ambre no 2.
1 filière de corail no 2.
2 fusils fins à 2 coups.
2 paires de pistolets à 2 coups.
1 chaudron de cuivre.
1 moustiquaire.
1 matelas de crin.
1 pièce de guinée tous les 8 kantars-mesures et conduits à bord.
De plus on lui payera pour des soupers, pendant la traite, 2
pièces de guinée tous les huit jours.
100 pintes de mélasse une fois payées.
10 pains de sucre une fois payés.
Pour Sidi Ély, frère du Roi.
14 pièces de guinée.
1 fusil fin à 2 coups.
1 paire de pistolets fins à 2 coups.
2 fusils fins à un coup.
4 pièces de platille.
4 miroirs.
8 coudées d'écarlate.
6 tabatières pleines de girofle.
6 cadenas.
6 paires de ciseaux.
6 peignes de buis.
6 jambettes.
A la femme du Roi.
8 pièces de guinée.
4 pièces de platille.
4 tabatières pleines de girofle.
4 cadenas.
4 paires de ciseaux.
4 peignes de buis.
4 jambettes.
4 miroirs.
8 coudées d'écarlate.
A Fatma, sœur aînée du Roi.
4 pièces de guinée.
4 coudées d'écarlate.
4 pièces de platille.
4 paires de ciseaux.
4 tabatières pleines de girofle.
4 cadenas.
4 peignes de buis.
4 jambettes.
2 miroirs.
Aux quatre jeunes sœurs d'Ahmed Mokhtar et à sa fille.
A chacune,
2 pièces de guinée.
2 pièces de platille.
2 miroirs.
2 cadenas.
2 tabatières pleines de girofle.
2 jambettes.
2 peignes de buis.
2 paires de ciseaux.
Au premier ministre.
5 pièces de guinée.
4 pièces de platille.
4 fusils fins à un coup.
4 cadenas.
4 miroirs.
4 jambettes.
4 paires de ciseaux.
4 peignes de buis.
4 tabatières pleines de girofle.
Pour les soupers de Sidi Ély et des marabouts qu'il loge chez lui.
1 mouton.
2 bouteilles de mélasse par jour pendant la traite.
Pour sa suite:
1 mouton.
2 bouteilles de mélasse.
Tous les objets ci-dessus détaillés, tant pour le Roi que pour les
autres, seront payés; savoir:
Un tiers au commencement de la traite, un tiers au milieu, et
l'autre à la fin.
A 11.
Lorsque la Compagnie enverra ses bâtiments, à l'époque réglée
pour la traite de la gomme, à Podor ou tout autre pays d'Ahmed Mokhtar, si ces mêmes bâtiments n'étaient pas d'une capacité suffisante pour recevoir toute la gomme qui se présenterait, le Directeur la fera enlever successivement par ses embarcations particulières qui la conduiront dans ces établissements, soit à Podor, soit ailleurs, de manière qu'elle aura la faculté de traiter en tout temps toutes les parties de gomme qu'on transportera dans les différentes escales de traite du pays d'Ahmed Mokhtar.
A 12.
Au moyen des conventions arrêtées et convenues dans l'article
10 du présent traité, Ahmed Mokhtar n'aura plus rien à prétendre, et renonce dès à présent, pour toujours, à toute autre demande qui sera étrangère à ce qui vient d'être réglé.
A 13.
Demeure convenu que le comptoir de Podor et tous autres qui
pourraient être établis ne seront tenus à aucun payement, et qu'ils auront la faculté de traiter annuellement tous les objets qui se présenteront; il en sera de même pour les bâtiments que la Compagnie pourrait expédier dans le courant de l'année pour la traite des captifs, morfil et autres productions du pays d'Ahmed Mokhtar, le tout en considération de la coutume arrêtée par l'article 10.
A 14.
Les parties contractantes de part et d'autre promettent d'observer
sincèrement, fidèlement et de bonne foi, tous les articles contenus et établis dans le précédent traité, sans faire ni souffrir qu'il y soit fait de contravention directe on indirecte; mais au contraire, elles se garantissent généralement et réciproquement toutes ses clauses.
Note de l'auteur.—A la suite de son «voyage au Sénégal»,
Durand a fait paraître un troisième tome, qu'il appelle «Atlas» et où sont contenus les traités passés par lui avec les Maures, et 44 planches dont les 16 premières sont des cartes et des plans et les autres des gravures fort originales de scènes maures et sénégalaises.
De ces planches, seule, la 32 e, fort curieuse et des plus
fantaisistes, mérite une mention. Elle représente «M. Durand recevant à son bord et donnant à dîner au roi Hamet-Moctard et à sa famille».
Dans les trois traités passés par Durand figure celui de l'émir des
Brakna que nous donnons plus haut. Nous l'avons reproduit quand même ici, afin que la collection des traités passés par la France avec les Brakna fût trouvée ici au complet, et qu'au surplus l'Atlas de Durand est à peu près introuvable.
Une note de l'Atlas relate:
«Ces traités sont en français et en arabe, ils sont précédés d'un
avertissement du citoyen Silvestre de Sacy, professeur d'arabe à la Bibliothèque nationale, qui a bien voulu se charger de revoir le texte, d'en suivre l'impression à l'imprimerie de la République, et qui y a joint des notes aussi savantes qu'indispensables pour l'intelligence de l'arabe.»
Nous nous permettrons ici de combler les lacunes que signale
l'illustre orientaliste dans son avertissement et dans ses notes. Parmi les mots dont il n'a pu reconnaître l'origine il cite «baka», couteau: c'est le vocable «paka» ouolof; de même «sit», miroir: c'est le ouolof «sito». «Idjin», le vin, c'est sans doute le mot anglais «gin». Le «bour Koursi» et non «Kirsen» c'est le «maître du trône». Le «Kariba» est une déformation de «barika», barrique, baril. Les autres fautes, signalées par lui dans le texte arabe, sont des erreurs de copiste. Elles n'existent pas dans le texte original de nos Archives de Dakar.
De plus, le texte du traité, publié par Durand, porte un article
quinzième et dernier, qui semble bien avoir été ajouté après coup et par lui-même, car il n'existe pas dans le texte officiel et au surplus était du plus grand intérêt pour sa Compagnie. Le voici:
«A . 15.—En cas de contestations sur l'exécution ou
l'interprétation d'un ou de plusieurs articles du présent traité, les parties contractantes s'en remettent volontairement et sans retour à la décision de M. le Gouverneur du Sénégal, et promettent de s'en tenir à son jugement.»