HAÏKAÏ
Bashô(1644-1694)
BASHÔ
(1644-1694)
– 16 –
Première neige.
Un flocon est juste assez lourd
pour incliner la feuille du glaïeul.
Sentiers tièdes de la montagne.
Crépuscule sur les cèdres roses.
Cloches lointaines.
Comme la pieuvre prise au pot,
Nous rêvons encore un instant
En regardant la lune d’été3.
3 Les pécheurs japonais capturent les pieuvres à l'aide de pots de terre jetés dans la mer. La destinée de tous les êtres est également éphémère et le rêve des pauvres hommes ne dure pas beaucoup plus que celui de la bête condamnée. Idée bouddhique traditionnelle : la vie n'est que le rêve évanescent d'un instant... Pour qui sait le comprendre, ce haïkaï n'évoque pas seulement une image pittoresque : il est plein d'une émotion intense et profonde.
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Pleine lune.
J’ai tourné toute la nuit
autour de l’étang4…
Avec la cloison de papier blanc
les asphodèles blancs
échangent leur lumière.
Belles du matin.
Durant le jour, la porte est hermétiquement fermée :
clôture de la maison5.
Brise légère.
L’ombre de la glycine
Tremble à peine…
4 Toute la nuit, sans se lasser, Bashô a admiré la lune dans le ciel – ou dans l’eau, miroir profond et rond. Il n'a pu se décider à dormir.
5 À mesure que le soleil s'élève, les liserons, belles du matin, se fanent. Par délicatesse, le maître de la maison a fermé la porte, pour qu'on ne voie pas les fleurs mourantes.
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J’erre sur la route ensoleillée.
Les fleurs d’Aoi s’inclinent
pluie de mai.
Rizières sous la pluie.
Les chaumes dorés
tristement noircissent…
Petites cuisses du jeune canard
comme enveloppées d’un kimono duveté…
Pourvu qu’il ait chaud !
Un éclair.
Dans l’ombre
vibre le cri du héron.
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Au soleil, on sèche les kimonos.
Oh ! la petite manche
de l’enfant mort6 !
Tristesse au cœur.
Quand je t’entends, coucou,
ma solitude est plus profonde…
Séparés par les nuages
les deux canards sauvages
se disent adieu7…
Ah ! le vieil étang !
Et quand une grenouille plonge,
Le bruit que fait l’eau8 !
6 C’est l'habitude au Japon de laver les vêtements, de les sécher au soleil ou au vent, mesure d'hygiène. Le spectacle des kimonos de nuances diverses, étendus, est souvent amusant. Aujourd'hui, le poète s'attriste devant le kimono d’un enfant mort.
7 Composé après la mort de son maître Zengin.
– 21 –
Le toit percé de la maison
trois années sans réparation.
Le fils pieux supporte cela9.
Le vent d’hiver souffle.
Les yeux des chats
clignotent.
Dormant à la belle étoile,
de petits bruits m’éveillent.
Gouttes de pluie sous la feuillée.
Malgré l’automne,
Les piquants des châtaignes
restent verts, longtemps encore…
8 Il faut se représenter un étang calme dans un lieu propice à la méditation. Dans le silence, soudain, le bruit du plongeon d'une grenouille. Ce haïkaï, dont nous avons déjà parlé dans notre Introduction, est célèbre et souvent cité. Pour qui sait le comprendre, il est plein d'émotion et de charme.
9 Le fils doit porter trois ans le deuil de son père, sans rien entreprendre durant ce temps.
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Un oignon blanc
qui vient d’être lavé.
Impression de froid10.
Caché sous les feuilles des arbres
même le cueilleur de thé s’arrête
pour écouter le coucou.
Quel froid !
Causant, couché avec mon camarade,
quelle joie, cependant11 !…
La fleur du Hagi
Tremble sans déranger
Le rayon de lune.
10 Blancheur de marbre de l’oignon d'hiver ruisselant d'eau froide dans le baquet de la ménagère.
11 Bashô, Kikakou et Ransetsou, pauvres errants, n'avaient parfois qu'un seul lit de hasard qu'ils partageaient fraternellement.
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Mon ombre recroquevillée
sur mon cheval
a l’air d’être gelée.
La caille claquette
derrière la haie
sous les fleurs de Kiri.
Toutes mouillées,
inclinées…
Pivoines sous la pluie.
Bruits de rames,
Vagues frémissantes… mon cœur se glace.
La nuit, je pleure12…
12 Bashô est dans sa cabane à Fukagawa, au bord de la Sumida.
– 25 –
Ici et là, horizons vides.
Tristesse partout.
Vent d’automne.
Sans cesse, admirant la neige,
Je marcherai longtemps, longtemps,
jusqu’à perdre haleine13.
Corbeau que l’on déteste, d’habitude…
combien émouvant ce matin
dans le paysage de neige.
Le dernier jour de l’année.
Même le soir
un voleur m’a suivi 14.
13 L'ivresse de marcher sur la neige merveilleuse !
14 Va et vient de fin de l’année. Grande activité financière : chacun liquide ses affaires, touche ses créances, paye ses dettes. En ce jour, même le pauvre Bashô, qui n'a pas un sou, est pris pour un riche !
– 26 –
Demeure d’hiver.
Encore une fois, je m’adosse
à ce même pilier15…
Feu sous la cendre,
et sur le mur
l’ombre de mon ami.
À Fukagawa, quartier pauvre.
L’acheteur de riz
en guise de sac, tend son chapeau
couvert de neige 16.
15 De retour dans sa demeure pour y passer l'hiver, le poète reprend ses habitudes, ses gestes, ses attitudes familières. Petit tableau de vie casanière et monotone.
16 Son sac étant plein de neige, l'acheteur, par délicatesse, n'ose pas s'en servir, et tend son chapeau à la place.
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Sur le paravent,
peint en or, un vieux pin.
Intérieur d’hiver17.
Vision charmante.
Bien qu’il ne neige pas,
elle porte chapeau de jonc et manteau de
paille18.
Ce soir,
personne ne songe à se coucher même un instant
Lune admirable.
17 On se contentera de ce paysage doré dans sa chambre en attendant le printemps.
18 La paysanne s'est coiffée du kasa, large chapeau de jonc qui ressemble un peu à un grand plat rond et creux renversé et qui, de loin, donne à celui qui le porte l'aspect d'un grand champignon. Elle a revêtu le mino, manteau de paille populaire. C'est surtout par le mauvais temps que chapeau et manteau de cette sorte sont utilisés. L'un et l'autre, dans leur simplicité, sont pleins de pittoresque et de charme.
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Pour que le rossignol
reste éveillé,
lui faut-il une lanterne de papier ?
Le coucou, survolant le pré,
fait tourner le cheval
en rond19.
Toujours, toujours mon cheval marche.
Je suis comme le personnage d’un kakémono.
Champ d’hiver mort.
Vent glacé de l’hiver.
Un visage douloureux
avec une joue enflée20.
19 Au-dessus du pré, où le cheval est au vert, un coucou décrit des courbes dans le ciel. Le cheval lève la tête et, semble-t-il, charmé, paraît vouloir suivre le coucou. Le bon Bashô s'amuse à ce manège.
20 Petit instantané contenant un sentiment de pitié.
– 29 –
Le rossignol
– les pousses de bambou ont déjà grandi –
se plaint d’être vieux21.
En voyage, arrêt dans une auberge
Où j’ai connu ces gestes
de la banale vie mondaine22.
Lune éblouissante.
Pour reposer l’œil,
deux ou trois nuages, de temps en temps.
21 L'intervalle des nœuds du bambou symbolise traditionnellement la « durée », le « temps ». Mais le bambou pousse vite, image du temps qui passe de même. Ce que voyant, le rossignol se croit vieux.
22 Il est d'usage parmi les habitants des villes, ceux qui mènent, selon Bashô, une vie ennuyeuse et triste, de faire aux derniers jours de décembre, le simulacre de chasser les dernières poussières de l’année. Pour cela une personne agite, comme un plumeau, un manche de bois à l’extrémité duquel sont fixées des banderoles de papier. Cette pratique paraît au poète exempte de simplicité et de sincérité, dérisoire et vaine.
– 30 –
Mon enclos de camélias
aujourd’hui ne m’intéresse plus
Je veux voir le Mont Fouji23.
Nuit de neige.
Malgré tout, on pense
à l’enfant prodigue24.
Mer houleuse.
Au loin, l’île de Sado.
Diagonale dans le ciel : la Voie Lactée.
Vieillards en famille.
Déjà des cheveux blancs… des bâtons…
Visite des tombeaux25.
23 On sait l’admiration fervente que les Japonais ressentent pour le Fouji-yama au sommet couvert d'une neige éternelle, image de la Pureté. Aujourd'hui, rien ne compte plus pour le poète, pas même son délicieux jardin de camélias : il veut partir et contempler la montagne divine.
24 Dehors la neige tombe. Dans la maison, les vieux parents sont à l'abri, au chaud. Et cette nuit-là, malgré tout, ils pensent à l'ingrat parti au loin...
– 31 –
Dans la brise du printemps
le batelier sur sa barque
mâche sa pipette.
Souvenir des siestes
dans ma froide cabane
dont mes pieds touchaient les murs26.
D’une main, elle roule un chimaki
dans une feuille de roseau ;
de l’autre, elle lisse ses cheveux27.
25 Une famille de vieillards, courbés sur leur bâton, visite les tombeaux des chers disparus.
26 Souvenir de la simple vie de Bashô. Sa cabane était si petite que, rêvant, étendu sur le dos, ses pieds en touchaient les murs. Les rêveurs, les poètes, les ermites bouddhistes se contentent volontiers d'un hôjô perdu dans un bois ou dans la montagne (Le hôjô est une cabane minuscule à peine suffisante pour une natte).
27 Aperçu d'intérieur. Le Chimaki est une friandise populaire, en farine de riz, que l'on enveloppe dans une feuille de roseau, pour la parfumer. On mange des Chimaki à l'occasion de la naissance d'un garçon ou aux fêtes de mai.
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L’alouette,
comme elle chante sans cesse…
Pourtant la journée est si longue !
Pour avoir visité les chrysanthèmes sauvages
le petit papillon
a brisé ses ailes…
Effroyable
la voix du faisan
quand on sait qu’il mange les serpents28 !
Les glaneurs ont passé.
Les oiseaux piaillent.
Champ nu.
28 Le charmant faisan devient un objet de répulsion quand on songe à ses habitudes. Ce haïkaï peut aussi présenter un sens symbolique, par exemple : la beauté d'un être fait peur quand on songe à ses vices. Les illusions du monde extérieur sont vaines : le cœur seul importe.
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L’heure du départ.
Le vague à l’âme, j’ai cueilli
une tige de blé… 29
Ah ! les herbes de l’été !
Et c’est tout ce qui reste du rêve
des guerriers morts dans la bataille30 !
Si gai au départ !
Si triste ensuite !…
Le bateau de cormorans31.
29 Émotion vague du départ. L’esprit ailleurs, on fait quelque geste machinal. Par exemple, sans savoir pourquoi, on cueille, en passant, l’épi de blé qui penche sa tête sur la route…
30 Écrit devant la plaine d'Hiraizoumi, champ de bataille célèbre.
31 La pêche au cormoran, en usage au Japon, se pratique ainsi : le cormoran, attaché à une cordelette, plonge et happe sa proie qu'il ne peut avaler ayant le cou enserré dans un anneau de métal. Le pêcheur s'empare alors facilement du poisson. Au départ, les oiseaux-pêcheurs sont gais : ils espèrent dévorer un grand nombre de poissons. Au retour, ils sont tristes ; ils n'ont travaillé que pour leur maître ! Cette pêche a lieu en barque, par les nuits sans lune, à la lumière des torches.
– 35 –
Près des blés mûrs,
l’ermitage souriant.
Maison sous les fleurs.
Sous la lumière lunaire,
le champ de cotonniers
paraît un champ de fleurs.
Nuit de printemps.
Oh ! les cerisiers, les cerisiers en fleurs !
Et déjà l’aurore32…
La branche du lespédèze
ondule, sans laisser tomber
une seule goutte de rosée…
32 C'est tout le printemps, en quelques syllabes, l'obsession des cerisiers fleuris et parfumés dans la nuit magnifique. Hélas ! cette nuit féerique est bien courte !…
– 36 –
Alors c’était la nouvelle lune.
J’ai attendu longtemps…
Enfin ! ce beau soir33 !
Croissant de lune.
À l’Est, le ciel est sombre.
Où suis-je ? Une cloche sonne…
Un nuage de fleurs
et le son d’une cloche.
Est-ce celle d’Oueno ou celle d’Asakousa34 ?
33 Par une nuit de pleine lune, Bashô rencontra de joyeux compagnons qui buvaient du saké. Ceux-ci croyant avoir affaire à un prêtre mendiant, l’invitèrent à se joindre à eux et à composer un haïkaï en l'honneur de la lune. Le premier vers : « Alors c'était la nouvelle lune » provoqua l’hilarité générale des auditeurs. « Ce pèlerin est fou, s'écrièrent-ils, c'est la pleine lune cette nuit et non la nouvelle lune ! » Mais, par la suite, ils comprirent le sens de la poésie et fêtèrent leur hôte comme il le méritait. Le Haïkaï signifie que depuis la nouvelle lune, Bashô patientait et qu’enfin, cette nuit, il a sa récompense : le spectacle magnifique de l’astre dans le firmament !
34 Les arbres fleuris cachent au printemps les clochers des temples, Bashô se demande de quel temple vient le son qu'il entend.
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Déjà quatre heures…
Je me suis levé neuf fois
pour admirer la lune35.
Pas d’huile dans ma veilleuse,
et je me couche pourtant…
Oh ! la lune à ma fenêtre !
Mon ombre
sur le tatami.
Lune à la fenêtre36.
Parfum nocturne des pruniers,
puis, soudain, le jour :
ce petit sentier dans la montagne37.
35 La lune est si belle que le poète se lève et se relève sans cesse pour la contempler à sa fenêtre.
36 Tournant le dos à l’ouverture de sa chaumière, le poète aperçoit son ombre dans le carré lumineux projeté par la lune sur le tatami, natte quadrillée.
– 38 –
Moineau, mon ami,
n’attrape pas l’abeille
qui joue sur les fleurs38 !
Même un vieux cheval
est joli, le matin,
sur la neige éblouissante.
Au temple de Karaji.
Tout en priant, le bonze m’apporte
un kimono de nuit.
Temple hospitalier.
Aujourd’hui, la feuille de Kousou
me montre son visage de face.
Givre du matin39.
37 D'abord, dans la nuit, le voyageur n'avait pour guide que le parfum des pruniers…
38 Bouddhiste fervent, Bashô adorait les bêtes. Saint François d'Assise n'eût pas mieux dit.
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L’auberge.
Au feu d’épines de pin,
j’ai séché mon linge.
Oh ! le froid !…
J’arrive par le sentier de la montagne.
Ah ! ceci est exquis !
une violette 40 !
Sans ramure
le nénuphar
vit loin du monde.
39 Le Kousou pousse de telle manière qu'on ne voit généralement que le dessous de ses feuilles. Mais, aujourd'hui, le poids du givre a fait pencher les feuilles.
40 Surprise délicieuse et parfumée. Ce haïkaï renferme-t-il un sens métaphorique ? Certains le prétendent : un jour, cheminant dans la montagne, bashô aurait rencontré un ermite bouddhiste, fleur de vertu.
– 40 –
Crépuscule.
Les herbes semblent suivre
les traces des troupeaux qui rentrent.
Jour d’automne.
Vent mort.
Bouteille vide.
Sur une branche morte,
un corbeau perché.
Fin d’automne41.
Le melon
offre en même temps
ses fleurs et son fruit.
41 On ressent le frisson glacial de la fin définitive. C'est la fin de tout, la rupture des amours, l’adieu.
– 41 –
Je ferme ma porte.
Silencieusement, je me couche.
Joie d’être seul.
Dans ma petite cabane,
Les moustiques sont si petits…
C’est le seul festin que je puisse offrir42.
Est-ce un voile léger
qui flotte sur l’étang
ou les aiguilles tombées des pins ?
Au bord du chemin,
la guimauve trop fleurie
s’offre au cheval qui passe43.
42 Bashô n'a rien dans sa cabane nue à offrir au visiteur, comme don d'accueil ; il fait seulement remarquer que les moustiques sont plus petits qu'ailleurs, et qu'ils dérangent peu.
43 Sens métaphorique : qui se fait remarquer risque gros. C'est comme un rappel à la discrétion et à la modestie, qualités exquises des Japonais et des femmes japonaises en particulier.
– 42 –
Les petites fleurs
s’ouvriront comme en plein jour.
Clairière sous la lune.
Un piment.
Ajoutez des ailes :
une libellule rouge44.
Nuit trop sombre :
La sarcelle pleure
cherchant son nid.
Ce même paysage
entend le chant
et voit la mort de la cigale45.
44 Bashô a écrit ce haïkaï en riposte à celui composé par son disciple Kikakou dont la teneur lui paraissait cruelle et contraire aux sentiments de bonté à l'égard des bêtes que prêche le Bouddhisme. Le haïkaï de Kikakou était le suivant : « Une libellule rouge – ôtez les ailes – un piment ! » Le doux Bashô s'était, on le voit, contenté d'en renverser les termes.
– 43 –
Beaucoup de choses
dans mon cœur. Laissons-les aller
au gré des mouvements du saule.
Un cri ! – Écoutez !
Est-ce la lune qui a crié ?
Ah ! le coucou46 !
Éveille-toi, éveille-toi !
Je ferai de toi mon ami
petit papillon qui dors.
Encore une année passée
Et je porte toujours
Mes sandales et mon chapeau de pèlerin47.
45 Réflexion philosophique. Les choses semblent voir passer la vie, les joies, les souffrances, la mort, avec une impassibilité parfaite.
46 Un coucou a passé devant la lune en criant. Le promeneur nocturne se retourne, et n'apercevant que la lune dans le ciel, a l'impression, durant un instant, que c'est la lune qui a crié…
47 Dernier jour de l’année. Simple réflexion du poète pèlerin.
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– 45 –
La cigale.
Rien ne révèle dans son chant
Qu’elle doive bientôt mourir48.
Matin de neige.
Je suis seul
et mange une morue sèche…
Les jeux et les ris
ont cessé soudain.
Lune d’automne49.
J’entre dans le temple sombre
d’Amida.
Pourtant la lune est si belle sur la haie50…
48 Sentiment pathétique : la cigale chante – alors que sa mort approche.
49 La lune est si belle que chacun, religieusement, ne songe plus qu'à la contempler.
50 Le Poète hésite entre l’ombre et le clair de lune, entre le devoir et la joie, la lune est si belle !
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Est-ce d’amour
que la chatte gémit ?…
ou parce que son riz a été mêlé d’orge51 ?
Dérangé par le vent,
le papillon sans cesse
se pose à nouveau sur le saule.
Une barque aborde.
En face, sur la rive :
un pêcher en fleurs.
Comme usée par son chant,
desséchée et vide,
la coque d’une cigale morte52.
51 Contraste humoristique entre le chagrin d'amour, sentiment noble et la déception prosaïque d'un repas médiocre. L'orge mêlée aux aliments n'est guère appréciée et ne constitue qu'une piètre pitance dont se contentent seuls les pauvres gens.
52 La cigale, à l’automne se dépouille de sa coque (comme les serpents font peau neuve en certaines saisons). Cette particularité du
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Fleurs mortes sous la gelée.
Leurs graines tombées
sèment la tristesse…
Fatigué du voyage,
je cherche une auberge…
Alors je vois ces glycines en fleurs53.
La libellule,
Silencieuse, s’arrête,
et se penche avec l’herbe.
Va et vient de fin d’année.
Ce pêcheur immobile
qui songe…
petit insecte chanteur a souvent été notée par les poètes japonais. Voir dans ce recueil, un haïkaï de Jôçô contenant la même allusion.
53 Fatigues vite oubliées : le poète n'a d'yeux que pour cette grappe de fleurs mauves !
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Au cœur du voyage.
Malgré le brasero préparé,
cette froide chambre sans intimité54.
Fête des étoiles.
Voici la première nuit
de l’automne55.
Givre blanc :
on croirait un désert de roches.
Vent d’automne.
On croirait qu’elle va rester lumineuse.
Parfois elle disparaît. Que c’est joli !
La lune dans les nuages.
54 « Le brasero préparé ». Le kotatsou, dont il s'agit ici, est un foyer sur lequel on place une sorte de treillis recouvert d'un drap, de telle sorte qu'on puisse se réchauffer facilement les mains et les jambes en les plaçant sous le drap qui garde la chaleur.
55 À la Fête des étoiles, les jeunes filles suspendent à des bambous des banderoles de papier sur lesquelles elles ont inscrit des poésies en l’honneur des étoiles, et des souhaits.
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Je viens par le sentier de la montagne ;
les herbes poussent, touffues.
Pluie de printemps.
Pluie de mai.
Perlant du toit, des gouttes d’eau
crépitent au nid de l’abeille.
Tombé malade en voyage,
En rêve, je me vois errant
Sur la plaine morte56.
56 Dernière poésie que Bashô écrivit sur son lit de mort et laissa à ses disciples (1694).
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