HAÏKAÏ
Kyoraï(1651 – 1704)
KYORAÏ
(1651 – 1704)
Oh ! ce guerrier
armé d’un immense sabre
pendant la fête des Fleurs66 !
Assis au sommet d’un rocher,
j’aperçois d’autres ombres…
Hôte de la lune.
Quelle bousculade !
Bourrasque en pleine mer.
Voiles de face, voiles de biais67.
66 Se promener armé sous les cerisiers en fleurs, pendant la fête, quel manque de tact !
67 Description, en trois lignes, d’un coup de vent au large.
– 59 –
Sur la solitude dévastée
où fut le Château de Foushimi,
je contemple la lune68.
« J’ouvre ! » lui crie-t-on.
Mais l’homme continue de frapper à la porte.
La neige assourdit 69.
Une insipide
résidence officielle.
Oh ! le chant du coucou 70 !
68 Tout ce qui reste de la splendeur passée. C'est à Foushimi que s'élevait le château somptueux d'un puissant Seigneur et guerrier appelé Hideyoshi – et qui fut détruit par un incendie.
69 Notation d'une petite scène, assez comique, mais poétisée par la neige qui a tout enseveli et qui tombe, qui tombe toujours...
70 Opposition entre la morne banalité du bâtiment administratif – et les sons délicieux que module le coucou. À la minute, la platitude s’offre aux yeux, l’enchantement aux oreilles.
– 60 –
Pas d’amis
Oh ! surtout pas d’amis
quand je contemple les fleurs !
Maison sous les fleurs blanches.
Où frapper ?
Tache sombre de la porte71.
La pluie balayée
touche à peine le sol.
Vent d’hiver.
Le cavalier
oublie son cheval qui broute
– et contemple la lune.
71 Le poète cherche, la nuit, une maison étrangère perdue dans les fleurs blanches d'Ounohana qu'on distingue même dans l'obscurité. Où est donc la porte ? Au seul endroit où il n'y a pas de fleurs, faisant tache noire, au milieu du nuage blanc et parfumé.
– 61 –
Crépuscule.
S’en vont en file serrée
les nuages aux fronts chauves.
Premier givre.
La lune est pâle
Lac d’automne72.
72 Haïkaï composé par Kyorai et Bashô. Les deux premiers vers sont de Kyorai, le troisième de Bashô.
– 62 –