Histoire de la République de Gênes
Chapitre VII. - Progrès, tendance au gouvernement aristocratique.
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
Genovesi in Galata. Tome II, pages 260 à 267; doc. 15.
2 M. Serra veut espérer que les historiens ont calomnié le gouvernement de Gênes en supposant des instructions si violentes. Il se refuse à croire aux réponses hautaines attribuées à Doria envers les députés de Venise. Tome II, pages 442-458. Gattari, historien de Padoue, et un écrivain trévisan affirment ces faits. Quelques Vénitiens prêtent ces réponses à Carrara: mais l’entêtement indubitable de Doria rend vraisemblable son arrogance.
3 M. Serra, d’après Sanuto, dit que Zeno, faisant une croisière lucrative, ne voulait pas la quitter et éludait les ordres qui le rappelaient à Venise. Il avait relâché en Candie et il n’en partait pas.
Le gouverneur de l’île envoya prendre la hache du bourreau et déclara que, passé une certaine heure, cet instrument en finirait de quiconque des équipages de la flotte, amiral ou matelot, se trouverait encore à terre. P. 474.
CHAPITRE VIII. - Désastre de Chioggia.
1 Le sel de Chioggia, dit M. Serra, fut pour les Génois ce qu’avaient été pour les Carthaginois les délices de Capoue. Tome II, page 469.
2 Suivant M. Serra de 7200 prisonniers, il n’en restait que 3856. P. 504.
LIVRE VI. - ANTONIOTTO ADORNO, TROIS FOIS DOGE. - GÊNES SOUS LA SEIGNEURIE DU ROI DE FRANCE; - DU MARQUIS DE MONTFERRAT. - GEORGE ADORNO
DEVENU DOGE. (1382 - 1413)
CHAPITRE I. - Léonard Montaldo, doge. - Antoniotto Adorno, doge pour la première fois.
1 Suivant M. Serra, ce seraient les huit qui auraient porté leur dénonciation au parlement, et Guarco, dans sa maladroite justification, n’aurait fait que se défendre. En général, M. Serra est favorable à Guarco. Tome III, page 8.
2 Suivant M. Serra, les Fregose étaient aussi inscrits dans la corporation des notaires; Adorno dans celle des tanneurs. Tome III, page 7.
CHAPITRE II. - Le pape Urbain VI à Gênes. - Expédition d’Afrique.
1 L’un d’eux était archevêque à Gênes.
2 Chronique de Saint-Denis (Documents inédits), tome I, page 149.
CHAPITRE IV. - Adorno met Gênes sous la seigneurie de Charles VI, roi de France.
1 Enguerrand de Coucy était à Asti avec quelques troupes. Savone l’appela pour se mettre sous la protection du roi de France. Chronique de Saint-Denis, tome II, page 393.
2 Sismondi, Rép. it., ch. 12.
3 Archives du royaume et MS de la Bibl. du Roi. Collect. Dupuy, vol. 359.
L’instrument est du mois de février 1392 (1393). On a omis de déclarer en quel lieu il est souscrit, mais les signataires étaient probablement à Gênes, et, suivant l’original, ils étaient du moins présents en un même lieu. Ce sont Raymond de Fieschi, docteur en droit et comte de Lavagna; Jean Luc Grimaldi (deux chefs guelfes); Adam Spinola (un chef gibelin), et avec eux Charles et Antoine Malocelli père et fils, et Joseph Lomellini. Ils stipulent pour eux et aux noms des autres nobles ou marchands tant des quatre familles que de plusieurs autres citoyens et habitants de Gênes. On sait que, dans leur langage, citoyen veut dire noble. Il y a aux archives une adhésion de Charles de Fieschi (1393).
Pour rendre le gouvernement à ces confédérés le roi fournirait un secours de mille hommes d’armes et de cinq cents arbalétriers qu’il solderait de ses deniers pour deux mois; il pourvoirait à leur transport par mer.
L’occupation étant opérée le roi sera reconnu seigneur supérieur et perpétuel de Gênes. Le serment de fidélité lui sera prêté, et, en signe de la suprématie, il recevra tous les ans quatre mille florins d’or de cens ou redevance. Le roi protégera et défendra Gênes comme il défendrait une de ses villes; néanmoins les Génois supporteront les frais de la défense. A leur tour, ils auront pour amis les amis du roi, et pour ennemis ses ennemis. Tant que durera la guerre de la France avec l’Angleterre, aucun Génois ne pourra, sous peine de la vie, commercer avec les Anglais. Gênes se réserve seulement le droit de tirer vengeance des offenses qui lui seraient faites, et en ce cas elle pourra requérir l’assistance de la France.
Le roi pourra en tout temps et dans toutes ses guerres armer à ses dépens dans le port de Gênes, galères et vaisseaux, enrôler des arbalétriers sur le territoire. S’il allait combattre les infidèles outre-mer, ou s’il y envoyait un prince de sa famille, la ville, à ses propres frais, fournirait le dixième des galères.
Les actes publics seront faits au nom du roi et du gouvernement de Gênes.
Les gouverneurs seront ceux qui lui seront présentés à la majorité des suffrages des contractants ou de leurs constituants. Si l’on venait à s’accorder sur le choix d’un seul individu, il serait unique gouverneur.
Si ceux qu’on aurait choisis manquaient à la fidélité due à la couronne de France, le roi pourrait les révoquer et leur donner des successeurs, toutefois avec le consentement et sur une nouvelle présentation des confédérés. Ceux-ci semblent ainsi se créer des droits personnels et permanents. Seulement, ils se réservent d’associer à leur gouvernement d’autres nobles s’ils le jugent à propos. Enfin, on n’oublie pas de stipuler que si, l’entreprise manquant, les biens des contractants sont exposés aux rigueurs du peuple de Gênes et de son gouvernement, le roi fera saisir en France les biens des Génois populaires pour servir à l’indemnité des nobles dépouillés.
4 Chron. de Saint-Denis, liv. 16, ch. 19, tome II, page 401.
5 Les intrigues de Jean-Galéas pour faire rompre la négociation entre Gênes et la cour de France sont indiquées dans la chronique de Saint-Denis, liv. 17, ch. 3 et 10.
6 Les actes mentionnés relativement à la seigneurie de Charles VI existent aux archives du royaume. On en voit les copies à la Bibliothèque royale, collection Dupuy, 159.
CHAPITRE V. - Gouvernement français. - Mouvements populaires.
1 Hénault (abrégé chronologique) rapporte cette accusation a Saint-Pol.
CHAPITRE VI. - Gouvernement de Boucicault. - Expédition au Levant.
1 Le Génois Gatilusio, prince de Métellin, fut caution de la rançon du duc de Bourgogne. Ducas, ch. 13.
2 M. Serra dit que Boucicault fit couper la tête au bourreau qui avait laissé fuir sa victime. Tome III, page 60.
3 Suivant M. Serra, tome III, page 59, Boucicault congédia les anciens du conseil qu’il trouva en place, et en nomma d’autres à son gré.
4 M. Serra dit que le principal ministre de Tamerlan, Ascala, était né à Caffa d’origine génoise. Tome III, page 187. M. Silvestre de Sacy a donné (Mémoires de l’acad. des inscr. et belles-lettres, tome VI, p. 410) la correspondance de Tamerlan avec Charles VI, en 1403. On y voit que le conquérant avait écrit avant ce temps aux républiques de Venise et de Gênes pour les inciter contre Bajazet, leur ennemi commun.
5 Ducas, ch. 16, 17.
6 Ibid., 14.
7 Le traducteur de la chronique de Saint-Denis paraît avoir fait erreur en confondant cette ville avec Alexandrette de Syrie (Chron. de Saint-Denis, tome III, page 83). Collection de documents inédits. Il remarque, au reste, avec raison que le récit de tout ce voyage dans la chronique diffère assez de ce qui en est dit dans le livre des faits et gestes de Boucicault, collection de Petitot.
8 Beyrouth.
CHAPITRE VII. - Derniers temps du gouvernement de Boucicault.
1 Il appella a Gênes saint Vincent Ferrier pour y prêcher en faveur du pape reconnu par la France et par l’Espagne. Serra, tome III, page 69.
2 Les écrivains génois le nomment Luc de Gilbert. Monstrelet, ch. 62, l’appelle Cholette de la Choletterie. La biographie du maréchal n’arrive pas jusqu’à cette époque fâcheuse de la vie de son héros; mais elle nomme fréquemment parmi les chevaliers les plus affidés du maréchal, le seigneur de la Choletterie, liv. 2, ch. 15, et elle l’appelle Choleton, liv. 3, ch. 21. Les Génois, habitués à désigner les hommes par leur nom de baptême, ont sans doute suivi ici cet usage.
3 Monstrelet, ch. 42.
4 Ibid., 154.
CHAPITRE VIII. - Banque de Saint-George.
1 Relazione esattissima del governo antico e moderno della R. di Genova, 1626. MS Bib. R., 10439. M. Serra a vu depuis dans les archives de Saint-George le décret original sur parchemin dont les historiens n’ont rien dit. Il est du 23 avril 1407. Boucicault, les anciens, et l’office de la Provision, avec le consentement de l’office de la monnaie, des Procurateurs et des Pères de la commune, nomment George Lomellini, Frédéric Promontorio, Barthélémy de Pagani, Raphaël Vivaldi, Antoine Giustiniani, Lucien Spinola, et Cosme Tarigo, et les chargent de racheter et libérer les revenus de la commune, de liquider et éteindre les actions auxquelles ces revenus étaient affectés, avec pleine faculté de revoir les comptes, faire toutes réductions, et assigner les produits nouveaux, sans tort ni dommage de qui que ce soit, pour autant que cela se trouvera possible. Ce travail des commissaires dura un an. M. Serra ajoute qu’ils s’attachaient à ce que les dividendes communs répondissent à 7 pour cent d’intérêt sur les capitaux.
2 Stella.
3 Les actions de la banque ne pouvaient être transférées que par la signature de leur propriétaire titulaire, sauf pour héritage, disposition testamentaire ou dot constituée. Elles étaient insaisissables.
CHAPITRE IX. - Gouvernement du marquis de Montferrat. - George Adorno devient doge.
1 Leges antiquae Januens. MS des archives de Gênes, cité par M. Serra, tome III, page 88.
2 Le doge a, dans les actes seulement, les titres de Magnifico illustre et Eccelso; partout ailleurs il ne doit être appelé que Messer Doge. Dans les cérémonies il marche seul: le doyen des anciens et le podestat viennent après lui en même rang entre eux.
3 Le décret énumère les magistrats inférieurs: les proviseurs, les magistrats de Romanie, de la marchandise, de la guerre et de la paix, et les consuls de la raison. Les proviseurs sont des magistrats de haute police tels que devinrent depuis les inquisiteurs d’État. Ils sont chargés aussi de faire le budget des dépenses publiques. L’office de Romanie était l’administration des colonies de Péra et de la mer Noire.
L’office de la marchandise était un tribunal de commerce. Les consuls de la raison jugeaient les différends de moins de 100 liv.
Le budget est fixé pour 1413 à 72,324 livres génuines, indépendamment de la dette publique soldée par les revenus abandonnés à la banque de Saint-George. M. Serra estime la somme ci-dessus égale à 1,119,770 livres de Gênes modernes (933,142 francs); évaluation qui, comme toutes celles que j’ai citées, ne se rapporte qu’au poids des espèces et au prix vénal des métaux de chaque époque comparé à leur cours actuel.
LIVRE VII. - LES ADORNO ET LES FREGOSE. - SEIGNEURIE DU ROI DE FRANCE ET
DES DUCS DE MILAN PLUSIEURS FOIS RENOUVELÉE. - PAUL FREGOSE ARCHEVÊQUE ET
DOGE A PLUSIEURS REPRISES. - L’AUTORITÉ RESTÉE A LOUIS LE MORE, DUC DE
MILAN; AUGUSTIN ADORNO GOUVERNEUR DUCAL. - PRISE DE CONSTANTINOPLE. -
PERTE DE PÉRA ET DE CAFFA. (1413 - 1488) CHAPITRE I. - Le doge George Adorno perd sa place. - Thomas Fregose doge.
1 On trouve dans l’histoire de Montferrat de Benvenuto S. Giorgio (Muratori, Scrip. It., tome XXIII) un acte passe par-devant notaire à Acqui, par lequel le marquis Théodore traite avec Isnard Guarco, Montaldo et de Franchi, et leur promet son appui dans l’entreprise qu’ils s’engagent à tenter pour renverser le gouvernement d’Adorno, et pour donner à Gênes un doge gibelin. Le marquis conférera à ce doge le vicariat de l’empire, si l’empereur le lui permet. Il renonce, au reste, pour lui-même à réclamer le gouvernement de Gênes, directement ou indirectement. Il confirme ces engagements par serment et par une clause pénale de 10,000 florins d’or. L’acte porte la date du 29 janvier 1415.
Ne serait-ce pas plutôt 1413 (1414) car ce traité semble se rapporter parfaitement à la tentative que nous venons de voir, plutôt qu’à une intrigue postérieure pour la renouveler après sa mauvaise issue?
2 Il reste à Gênes des tableaux de ce temps où l’on voit figurés les travaux et les moyens employés pour les accomplir. D’ailleurs les annalistes les ont décrits avec une minutieuse exactitude. On peut donc se faire une idée de l’état de l’art des constructions hydrauliques de cette époque. De longues poutres armées de pointes ferrées furent enfoncées en terre sur le sol inondé; elles y furent plantées à 25 et 30
pieds de profondeur. On fit de ces pilotis une estacade qui résista au flot extérieur. L’épuisement se fit alors avec la constance et la patience qui suppléaient à des engins plus énergiques que ceux qu’on possédait alors. Dans les détails qui nous sont restés, nous observons la grande roue à chapelet et à godets telle que les Arabes l’ont transmise aux jardins de notre midi. A Gênes elle était mue par des hommes piétinant dans un tambour. Nous retrouvons aussi la cigogne à fléau suspendu portant un seau que la main d’un homme aidé par le jeu du levier plonge et retire sans trop de peine; misérable ressource pour dessécher, mais encore aujourd’hui seul moyen employé à Gênes pour l’arrosage.
3 Corrio, cité par Serra, 3, 104.
4 400,000, suivant M. Serra qui les estime à 1,470,000 livres modernes de Gênes (1,225,000 francs). Un écrivain du XVIe siècle dit que le sénateur Pinelli ayant attaqué dans le sénat le marche de Livourne, fut trouvé pendu en place publique avec cet écriteau: «Cet homme a dit ce qui devait être tu.» M. Serra, tome III, p. 119, remarque que Stella, contemporain, n’a pas raconté un fait si grave, que postérieurement deux auteurs accrédités, Foglietta et Giustiniani, lesquels ont écrit antérieurement à celui qui a mentionné cet incident, n’en parlent en aucune manière. D’autre part les historiens rapportent le supplice nocturne et l’odieuse inscription, au temps du doge Pierre Fregose, à la personne de Galeotto Mari, et à l’année 1415 (voyez ci-après), ce qui rend suspecte l’anecdote dont il s’agit ici, quoiqu’elle ne soit pas absolument invraisemblable.
CHAPITRE II. - Seigneurie du duc de Milan.
1 Serra dit que Torelli emporta secrètement le drapeau à Milan. Tome III, p. 127.
2 En 1425, les Florentins et les Vénitiens, ligués contre le duc de Milan, avaient envoyé des ambassadeurs pour traiter de la paix sous la médiation du pape. Une des conditions exigées par les alliés était l’affranchissement de Gênes; le duc ne voulut pas y entendre et l’on se sépara. Navagera, 1088.
3 Dans un écrit du temps, manifeste ou pamphlet, les Génois reprochent au duc de Milan les pertes qu’ils ont subies dans les expéditions maritimes dont il leur a imposé les directeurs, tandis que lorsqu’il leur avait laisse la faculté de choisir eux-mêmes leurs chefs, ils n’avaient eu que des victoires. Serra, tome III, page 169.
CHAPITRE III. - Victoire de Gaëte. - Le duc de Milan en usurpe les fruits. - Il perd la seigneurie de Gênes.
1 Il était notaire. Serra, tome III, page 151.
2 M. Serra, tome III, page 156, donne la dépêche originale d’Azzeretto adressée au conseil des anciens et à l’évêque commissaire milanais; elle mérite d’être conservée et traduite:
«Magnifiques et révérends seigneurs, avant tout nous vous supplions qu’il vous plaise rapporter notre grande victoire à Dieu, à saint George, et à saint Dominique dont c’était la fête vendredi dernier, jour de la sanglante bataille où nous sommes demeurés vainqueurs, non par nos forces, mais par la vertu de Dieu, parce que la justice était de notre côté. Le 4 de ce mois, le matin de bonne heure, nous rencontrâmes sur la mer la flotte du roi d’Aragon, forte de quatorze vaisseaux choisis sur vingt. Six étaient très-forts, les autres de portée ordinaire. Elle portait le roi et les barons comme vous verrez ci-après, et six mille hommes, suivant ce qu’ils nous ont dit depuis. Le plus faible navire avait trois à quatre cents hommes, les moyens six cents et le vaisseau royal huit cents. Le roi d’Aragon s’y trouvait avec l’infant D. Pierre, le duc de Sessa, le prince de Tarente et cent vingt chevaliers. La flotte avait aussi onze galères et six barbettes. Le vent venait du Garigliano, ce qui leur donnait la faculté d’attaquer. Nous nous en tenions à l’ordre que vous nous aviez donné d’éviter une bataille s’il se pouvait, mais de secourir Gaëte; nous nous efforcions en conséquence de gagner le vent, et nous naviguions vers l’île de Ponza, toujours suivis par l’ennemi qui nous rejoignit bientôt. Le vaisseau du roi, le premier, nous aborda par notre proue et s’y attacha étroitement (amorosamente); nous avions à l’autre bord, à la poupe et à la proue, trois autres vaisseaux. Ne pensez pas que nos patrons et mariniers aient cherché à fuir: ils se sont jetés sur les ennemis, et les uns et les autres nous sommes restés liés corps à corps. Les vaisseaux nous tiraient des bombardes et des traits à leur plaisir. Les galères aragonaises fournissaient les vaisseaux de troupes fraîches à tout moment; la mer était très-calme. Nous avons combattu ainsi depuis douze heures jusqu’à vingt-deux sans intervalle ni repos.
Enfin, et grâce à la justice de notre cause, le Très-Haut nous a donné la victoire. D’abord, nous avons pris le vaisseau du roi: nos autres galères en ont pris onze; une galère aragonaise a été brûlée; une autre abandonnée et submergée. Deux se sont écartées de la bataille, et ont fui pour en aller porter la nouvelle. Le roi d’Aragon est resté prisonnier avec le grand maître de Saint-Jacques, le duc de Sessa, le prince de Tarente, le vice-roi de Sicile, et grand nombre d’autres barons, chevaliers et gentilshommes, outre Meneguccio dell’Aquila, capitaine de cinq cents lances. Les autres prisonniers se comptent par milliers, comme vous en serez exactement informés dès que j’aurai le loisir de le faire.
Je certifie à vos magnificences et à votre paternité que je ne sais par où commencer pour rendre compte dignement, et avec les éloges mérités, des exploits de tous mes compagnons et équipages, pour témoigner de l’obéissance et de la grande révérence qu’ils m’ont toujours montrées, principalement le jour de la bataille. S’ils avaient combattu sous les yeux de vos seigneuries, ils n’auraient pu faire davantage. Ils méritent, en vérité, d’être singulièrement loués et récompensés. Que Christ nous fasse la grâce que nous puissions aller de mieux en mieux.»
N.B. Ces derniers mots sont écrits en idiome génois; le reste de la lettre est en toscan.
3 Serra, tome III, page 162.
4 M. Serra donne l’analyse d’un manifeste violent dans lequel les Génois adressent au duc de Milan la justification de leur soulèvement, c’est-à-dire l’exposé de leurs griefs. Il est en latin, daté du 18 décembre 1436.
Mais cette pièce pourrait bien n’être que le produit de la rhétorique d’un écrivain privé. Il n’y a pas de trace de son authenticité. Voy.
Serra, tome III, page 169.
CHAPITRE IV. - Thomas Fregose, de nouveau doge à Gênes, embrasse la cause de René d’Anjou, qui perd Naples. - Raphaël Adorno devient doge. - La place est successivement ravie par Barnabé Adorno, par Janus, Louis et Pierre Fregose.
1 Un Génois y commandait (Antoine Calvi); René lui devait une forte somme et no pouvait s’acquitter. Il ne partit pas de Naples sans écrire à son créancier, en l’autorisant à traiter de la reddition du château, et à se la faire payer en compensation de sa créance. Serra, tome III, page 174.
2 MS de la Bibl. Coll. Dupuy, 2, 159.
CHAPITRE V. - Prise de Constantinople. - Perte de Péra.
1 Ducas, c. 34 à 39.
2 Notices des MSS de la Bibl. du Roi, tome XI, page 58.
3 Sauli, tome II, page 162.
4 Il était venu de Gênes sur une des deux galères que le doge Fregose avait expédiées a Constantinople. Giustiniani, cinq ans auparavant, avait été consul de Scio. Serra, tome III, page 199.
5 A Péra, il fut immédiatement embarqué pour Scio, où il arriva mourant.
M. Serra s’attache à justifier Giustiniani. Il montre, sur de bonnes autorités, qu’il n’y eut de sa part ni trahison ni lâcheté. Tome III, pages 210, 214. Ducas rend justice à Giustiniani, c. 39.
6 Ces deux lettres sont imprimées dans le recueil des lettres de Jacques Bracelli, secrétaire de la république, à qui la réponse au roi d’Aragon est attribuée. Jacobi Bracelli Elucubrationes. Il est à la Bibl. royale, à la suite des annales de Bonfadio.
7 Gibbon, ch. 63, 64.
8 Cantacuz., liv. 2, ch. 53; liv. 3, ch. 81-95.
9 Gibbon, ch. 65.
10 Ducas, ch. 27, dit avoir pris copie des lettres sur lesquelles ce marché fut conclu en 1421. Un vizir d’Amurat les porta à Adorno avec cinq cent mille écus.
11 M. Serra, tome III, page 189, admet d’après Michel Ducas qu’Adorno, enchaîné par sa promesse, refusa les offres d’un compétiteur qui lui demandait de lui livrer le prince au prix de la moitié de la Natolie. M.
Sauli remarque que Lebeau, dans son histoire de Turquie, justifie Adorno.
12 L’imputation se trouve dans une lettre d’AEneas Sylvius. M. Sauli donne, d’après Muratori, la singulière citation du récit d’un Vénitien suivant laquelle certains pirates génois firent marché de passer l’armée à un ducat par tête avec le consentement du cardinal Condolmieri, légat qui aurait pris part à cet infâme marché. L’armée aurait été de plus de cent mille hommes. Ce témoignage est unique, et un autre Vénitien avait écrit en marge, Mentiris, ajoutant, il est vrai, comme témoin oculaire, qu’il y avait là un navire de la famille Salvago. Quand il aurait été employé à ces transports, un vaisseau ne transporte pas une armée.
CHAPITRE VI. - Pierre Fregose remet Gênes sous la seigneurie du roi de France et sous le gouvernement du duc de Calabre.
1 Deux actes du 25 juin 1458, MSS de la Bibl. du Roi, coll. Dupuy, tome CLlX. Le traité du duc de Calabre est du 7 février précédent. Les originaux sont aux archives du royaume.
2 On demandait au roi la promesse de ne traiter séparément avec aucune ville de la Ligurie; et le roi avait consenti. Cependant on trouve peu après (11 décembre 1460) un acte par lequel il reconnaît avoir reçu, à Bourges, le serment des habitants de Savone par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. (Collection Dupuy, CLIX.) 3 Un historien dit que Charles VII demandait à Gênes des vaisseaux pour faire la guerre aux Anglais; qu’on les refusa et que ce fut un motif de brouillerie. Il est vrai que, dans les conventions récentes, le roi avait consenti à ce que la guerre, si elle se renouvelait, n’interrompît pas le commerce des Génois avec l’Angleterre; mais à cette époque il n’y avait plus trace d’hostilité, et l’on n’aperçoit pas à quelle occasion le roi aurait pu recourir à la marine des Génois.
CHAPITRE VII. - Prosper Adorno devient doge. - L’archevêque Paul Fregose se fait doge deux fois. - Le duc de Milan Sforza redevient seigneur de Gênes.
1 Les actes, cessions, hommages et ratifications par lesquels Louis XI investit de la seigneurie de Gênes François Sforza et Blanche Visconti, sa femme, sont aux archives du royaume et leurs copies à la Bibliothèque du Roi, collection Dupuy, tome CLIX. Dans la ratification le duc de Milan explique que, par le texte de son hommage, il est dispensé de rien faire au préjudice de la ligue italienne, mais il promet d’empêcher que les alliés n’introduisent dans les ports de la république de Gênes aucune force pour faire la guerre au roi René ou au duc de Calabre.
2 M. de Sismondi rapporte cette anecdote à une négociation plus tardive, ignorée, comme il le remarque, de Foglietta et de Bizzari. Il la place en 1480. Histoire de France, page 538, et en note.
3 Savone, toujours pressée de se séparer de Gênes et de faire sanctionner son indépendance, se hâta de demander à Sforza la reconnaissance de ses privilèges. Elle demandait que le duc promit de ne jamais aliéner sa seigneurie. Il répond simplement que son intention est de ne rien perdre et plutôt d’acquérir. Savone demande encore une déclaration absolue qui la mette hors de toute dépendance de Gênes; Sforza se réserve de s’informer plus à fond; mais il veut que les habitants de Savone sachent qu’il sera très-vigilant tuteur et conservateur de leurs droits et de leurs honneurs. Actes du 3 mars 1464. Collection Dupuy, tomes CCCCLII, CCCCLIII.
4 Le roi de France donna une nouvelle investiture. On rappelle dans les actes faits à cette occasion ce qui était exprimé dans ceux de 1464. On rattache les concessions du roi aux intelligences, confédérations et ligues convenues le 6 octobre 1460, Louis étant alors dauphin de France.
MSS de la Bibl. royale, collection citée: on y trouve aussi une confirmation de 1473.
CHAPITRE VIII. - Perte de Caffa. Révolte contre le gouvernement milanais; le duc de Milan traite avec Prosper Adorno, qui devient d’abord vicaire, puis recteur, en secouant le joug milanais.
1 On dit qu’il existe encore dans les montagnes de Derbent des familles dont les noms sont génois et qui descendent des fugitifs de Caffa. Serra, tome III, p. 250.
2 Les événements de cette époque ont été fournis aux historiens postérieurs par les commentaires d’Antoine Galli, contemporain, chancelier de Saint-George; Muratori (Script. ital., XIII, 237) a trouve cet écrit oublié, que Foglietta avait suivi phrase à phrase.
3 Serra remarque que le nom de sénat était donné depuis peu au conseil des anciens, tome III, page 256.
4 Ils obtinrent en outre, dit M. Serra, des privilèges héréditaires qu’un gouvernement sage peut à peine concéder à vie. Tome III, p. 266.
CHAPITRE IX. - Adorno expulsé, Baptiste Fregose devient doge; il est supplanté par l’archevêque Paul, devenu cardinal. Ludovic Sforza seigneur de Gênes.
1 M. Serra n’a pas poussé plus loin l’histoire de sa patrie.
LIVRE VIII. - CHARLES VIII. - LOUIS XII. - FRANÇOIS Ier EN ITALIE. -
SEIGNEURIE DE GÊNES SOUS LES ROIS DE FRANCE. - VICISSITUDES DU
GOUVERNEMENT. - ANDRÉ DORIA. - UNION. (1488 - 1528) CHAPITRE I. - Charles VIII.
1 Il en coûta 14,000 francs d’intérêt pour quatre mois seulement; «
aucuns disaient que des nommés avaient part à cet argent et au profit.»
Comines, ch. 5.
2 Par deux lettres de Lyon du 22 janvier et du 8 février 1498, Charles VIII mandait aux Génois de ne rien entreprendre pour ravoir Sarzane, qu’il avait promis aux Florentins. Documents histor. inédits, tome I, page 670.
3 C’est l’origine de la procession encore chère au peuple de Gênes connue sous le nom des Casaccie.
CHAPITRE II. - Louis XII en Italie; seigneur de Gênes.
1 Le curieux document des demandes génoises et des réponses du roi existe aux archives du royaume, registre 233. On demandait un lieutenant ultramontain (c’est-à-dire, relativement à Gênes, un Français). On insistait pour qu’il fût changé tous les trois ans. Le roi accorde le premier chef: sur le second il répond que quand ce serait son propre fils premier-né qui serait le gouverneur, il le destituerait le jour où il se comporterait mal; mais qu’il serait injuste et sans raison de se défaire de celui qui aurait bien gouverné pendant trois ans.
CHAPITRE III. - Mouvements populaires; gouvernement des artisans. - Le teinturier Paul de Novi, doge. - Louis XII soumet la ville.
1 On voit aux archives du royaume les pressantes supplications des commissaires de la noblesse, s’adressant au roi et à Chaumont d’Amboise, demandant des secours pour remettre l’ordre dans Gênes, en envoyant leur engagement personnel de contribuer à cette dépense. (8 janvier 1507).
2 L’enceinte propre de la ville de Gênes du côté de la terre est un mur ancien tel qu’il suffisait à la défense avant l’emploi de l’artillerie de siège. Ce mur a figure de bastion seulement à partir du bord de la mer du côte occidental, et en remontant vers le Nord, de la porte Saint-Thomas jusqu’à la porte Carbonara, qui répond à la place de l’Annonciade; c’est un quart peut-être du contour de la ville. Tout le reste de la muraille est, sans fossé ni chemin de ronde, contigu aux maisons et aux palais à l’intérieur et à l’extérieur. Ce n’est plus qu’une enceinte de police et non une fortification. Elle n’a jamais été faite à l’épreuve du canon ni pour en porter. Nous verrons, avant la fin de ce livre, qu’en 1522
quelques pièces d’artillerie montées à bras contre une porte dans la partie bastionnée de ce mur, firent brèche immédiatement, et dès que la porte fut abattue, la ville fut prise.
La fortification moderne, la véritable enceinte, part des deux côtés de la mer, et, enveloppant la cité, les faubourgs et les montagnes au pied desquelles la ville est bâtie en étages, forme, du sommet de ces montagnes à la mer, un triangle immense qui domine en même temps les deux vallées de la Polcevera et du Bisagno, entre lesquelles Gênes est située.
La vieille muraille fût-elle partout capable de résistance, étant ainsi dominée sur tous les points par ces montagnes que la fortification nouvelle couronne, ne peut servir pour la défense. Si donc, on peut à la rigueur employer l’expression de double enceinte, militairement parlant, il n’en existe qu’une seule.
3 Il y a dans la collection Dupuy, tome CLIX, une lettre originale de la baillie de Gênes au roi du 25 novembre 1507. On s’était préparé à faire payer à Lyon, en foire de la Toussaint, 50,000 écus pour un terme échu de la contribution; mais le roi ayant écrit de verser la somme entre les mains de son trésorier de Milan, on s’est hâté de se conformer à ce nouvel ordre.
CHAPITRE IV. - Les Français perdent Gênes. - Janus Fregose, doge. -
Antoniotto Adorno gouverne au nom du roi de France. - Octavien Fregose, doge.
1 Fils d’Augustin, gouverneur pour Ludovic Sforza en 1488.
2 4 avril 1513. MS Dupuy, tome CLIX.
3 Le grand écuyer était alors Galéas San Severino. Voyez Sainte-Marthe, histoire généalogique de la maison de France, tome II, ch. 15.
4 MS de la Bibl. R., coll. Dupuy, tome CLIX, pièce dernière.
CHAPITRE V. - Octavien Fregose se déclare gouverneur royal pour François 1er. - La ville prise par les Adorno. - Antoniotto Adorno, doge.
1 On trouve dans la collection Dupuy, tome CCCCLIII, un mémoire sans date, adressé au roi pour prouver qu’il ne doit pas envoyer un lieutenant français, qu’il doit choisir un Génois: Janus Fregose lui est indiqué de préférence.
2 On a vu que l’intérêt du monopole du sel était une grande affaire d’État, et un perpétuel sujet de jalousie entre Gênes et Savone. On le verra encore. Il y a dans les MSS de la Bibl. royale, coll. Dupuy, tome CLIX, une lettre originale des protecteurs de Saint-George à Louis XII.
Ils lui dépêchent un délégué pour lui faire des plaintes et pour obtenir répression, au sujet d’une cargaison de sel que Savone a tirée d’Aigues-Mortes: le roi, disentils, ne sera pas moins exact observateur de ses concessions qu’il a été généreux à les concéder.
3 Collect. Dupuy, tome CCCCLIII.
CHAPITRE VII. - André Doria passe du service de France à celui de l’Autriche. - Les Français expulsés de Gênes. - Union.
1 Nous avons une lettre originale d’André Doria au roi, du 7 avril 1528.
En voici quelques passages: ils se rapportent d’abord à une expédition sur la Catalogne, que l’on faisait sans lui: «Sire, il vous a plu m’établir votre lieutenant général sur votre armée de mer: je ne veux pas dire que je l’aie mérité; mais vous savez que, pour entretenir un tel état, vous ne m’avez donné un seul écu…. Et maintenant dites par votre lettre que ne me pourrois trouver en ladite entreprise de Catalogne pour la distance d’ici en Provence. Je n’ai trouvé aucun voyage difficile quand il y a eu apparence de bon effet et temps disposé à l’exécution encore: quant à celui-ci, ne seroit impossible par aucune péremptoire raison. A cause de l’autorité que vous a plu me donner sur votre armée, pouvois avoir notion de celui qui auroit charge de la conduite. Par quoi, me semble, ceux qui vous ont mal rapporté de moi contre la vérité avoir été ouïs et totalement crus. Si veux bien dire, nonobstant que j’aie la barbe blanche, ne se trouvera personne ayant la connoissance ne le vouloir meilleur de moi: et m’est donné occasion de penser que vous ne vous souciez de mon service. Selon ma possibilité me suis instamment employé le plus loyalement que j’ai pu sans y épargner corps et biens, que me peuvent témoigner plusieurs de vos serviteurs, mêmement vos ennemis: au moyen de quoi…..trouve bien étrange cette chose, par laquelle puis juger que n’avez acceptable mon service. Mais puisqu’ainsi vous plaise, Dieu me donne patience. - Joint que n’est donné ni fait démonstration de donner ordre à ce dont je vous ai tant de fois fait requête pour subvenir à l’urgente nécessité où je me trouve à cause de la grande cherté des vivres qui est deçà, pour laquelle, je ne puis sans être entièrement satisfait, fournir à l’entretenement de mes galères. -
Vous supplie de me donner libéralement congé, lequel, pour les raisons ci-dessus, prendrai autant à gré que si vous me faisiez satisfaction de tout ce que m’avez fait promettre tant par lettres, messagers, qu’autrement: et si votre plaisir n’est tel, à tout le moins, sire, vous plaise députer un autre chef à vos galères.»
Et au sujet des galères qu’il avait devant Naples, il ajouta: «J’avois envoyé deux de mes gens en Languedoc faire aucune quantité de biscuit, qui les eût pu entretenir un mois ou cinq semaines. Toutefois ils sont revenus ici parce que M. de Clermont, lieutenant audit pays, n’a voulu permettre enlever ledit biscuit. Donques, sire, si lesdites galères sont contraintes retourner ici sans faire service, aucun blâme n’en doit être mis sur moi, attendu que j’ai fait mon devoir par cette lettre et par toutes les autres.» Collect. Dupuy, tome CCCCLIII.
2 Il existe une lettre écrite le 28 septembre 1528 par Jean Doria, parent de l’amiral, adressée de Lyon au cardinal de Sens, à Paris. Doria se rendait à Marseille par ordre de son cousin. A une journée de Lyon il a appris à sa grande surprise ce qui venait de se passer à Gênes. S’il avait été présent, il aurait emmené les galères, il aurait donné la main à Saint-Pol. Il serait encore disposé à s’employer pour le service du roi: malheureusement il est sans argent; il demande qu’on lui en fournisse et qu’on lui fasse livrer des captifs pour équiper une galère. - Cette lettre est excessivement embarrassée. Bibl. royale, collect. Dupuy, tome CCCCLIII.
LIVRE IX. - ÉTABLISSEMENT ET DIFFICULTES DU NOUVEAU GOUVERNEMENT. -
CONSPIRATION DES FIESCHI. (1528 - 1547) CHAPITRE I. - Constitution. - Savone.
1 M. Michelet, en faisant allusion à la situation singulière de ces familles et à la déchéance de la noblesse aux XIVe et XVe siècles dans certaines républiques italiques, dit qu’à Gênes on en vint à ce point qu’on anoblissait pour dégrader, et pour récompenser un noble on l’élevait à la dignité de plébéien. Hist. de France, t. II, p. 589.
L’expression est piquante et spirituelle: elle n’est pas exacte. Jamais la démocratie génoise n’a exercé un pareil ostracisme… Depuis que le pouvoir avait été saisi par le peuple, on n’anoblissait plus ni pour dégrader, ni pour honorer. Il ne restait aucun moyen d’être fait noble ou de le devenir. Les familles patriciennes combattaient ou attendaient, nullement disposées à renier leur titre. Un très-petit nombre adonnées au parti populaire se vantaient de s’être toujours contentées de la dignité de plébéiens: on voulait bien les croire, on ne les récompensait pas.
CHAPITRE II. - Vues de François 1er. - Dernière tentative des Fregose. -
Charles-Quint à Gênes.
1 Les historiens génois ne paraissent pas avoir connu ce traité. Il est aux archives du royaume sous la date du 18 mars 1529. Les pouvoirs du roi à l’ambassadeur y sont mentionnés sous la date du 11 février 1528 (1529).
Janus, traitant tant en son nom qu’en celui de ses fils, promet de rapporter la ratification de César absent: celui-ci ratifie à Ripalta le dernier avril. C’est l’exemplaire du traité au bas duquel il a signé sa ratification qui se voit aux archives.
CHAPITRE III. - Expéditions de Doria au service de Charles V. - Désastre d’Alger. - Nouvelle guerre. - Traité de Crespy 1 Proprement Barberousse n’était que fils de renégat.
LIVRE X. - RÉFORME EXIGÉE PAR DORIA. - LOI DITE DU GARIBETTO. - GUERRE
DES DEUX PORTIQUES DE LA NOBLESSE, INTERVENTION POPULAIRE. - ARBITRAGE. -
DERNIÈRE CONSTITUTION. (1548 - 1576)
CHAPITRE I. - Intrigues de Charles-Quint. - Résistance d’André Doria. -
Loi du Garibetto. - Disgrâce de de Fornari.
1 Foglietta, della Rep., page 49.
2 Relazione esattissima de tutto il governo antico e moderno della repubblica dî Gcnova… il tutto fedelmente narrato; 1626 (sans nom d’auteur, de 259 feuillets) MS de la Bibl. du Roi, n° 10439.
3 Instructions demandées par l’infant don Philippe à don Giulio Claro, à l’occasion du voyage d’Espagne en Italie (en espagnol). MS de la Biblioth. royale, no 10108, an 1548.
CHAPITRE II. - Guerre de Corse.
1 Plusieurs auteurs ont cru que c’étaient ses beaux-frères; mais il paraît que Vanina n’avait point de frères. Robiquet, Recherches sur la Corse, page 230, note 2.
2 On trouve aux archives des affaires étrangères une instruction donnée à des délégués envoyés en France pour obtenir que la Corse ne soit pas restituée aux Génois. Si cela ne se peut, les Corses demandent qu’on leur envoie des vaisseaux pour les transporter tous en France, et qu’on oblige les Génois à leur payer la valeur des biens qu’ils sont prêts à abandonner dans l’île. Ils se réduiront, s’il le faut, à la condition des juifs dans la captivité de Babylone. - Ces instructions n’ont pas de date, on les trouve recueillies parmi des pièces de l’année 1634. Mais évidemment elles ne peuvent convenir qu’à l’époque du traité de 1559.
CHAPITRE III. - Décadence, perte de Scio. - J.-B. Lercaro persécuté.
1 Ducas, 44. Cet historien était au service de Gatilusio: il porta le tribut au sultan et il négocia la confirmation de la seigneurie au fils à la mort du père.
2 Ducas, 43, rend compte de quelques violences que Mahomet avait exercées contre les Génois de Scio; mais ce fut une avanie passagère.
CHAPITRE IV. - Dissensions entre les deux portiques. - Généalogie des Lomellini. -Le peuple prend part à la querelle. - Carbone et Coronato. -
Prise d’armes. - Le garibetto aboli tumultuairement. - Le gouvernement abandonné au portique Saint-Pierre.
1 Ce décret fut juré et ne fut pas écrit, car il était réputé contraire à la constitution de 1528. Il reconnaissait les deux portiques, qu’elle n’admettait pas ostensiblement, comme on sait. (Relazione ut supra.) Quelle force pourrait avoir une constitution admise pour servir de traité de paix entre des rivaux, quand on est obligé non-seulement de ne pas l’exécuter comme elle est écrite, mais qu’on fait publiquement des lois secrètes pour y déroger? On a vu comment Foglietta avait déjà raisonné sur les textes écrits sans s’arrêter aux conventions tacites.
2 C’est le témoignage de Casoni; mais au contraire, suivant la Relazione de 1626 déjà citée, choisi par les anciens nobles parmi les nouveaux faute de mieux, il était désagréable à tout le monde.
3 Relazione déjà citée.
4 MS de la Bibl. R., n° 10439, sans date. On voit par le nom du doge de l’époque qu’elle se rapporte à 1573-1575. Réimprimé à Gênes, on vendait ce recueil sous le manteau avant la révolution de 1797.
5 Les talents de ce légat ont été vantés; on verra si dans cette occasion il mérita la louange.
CHAPITRE V. - J.-A. Doria fait la guerre civile. - Intervention des puissances. - Compromis.
1 Relation des ambassadeurs vénitiens à la cour de France. Tome II, page 392. L’ambassadeur Lippomani en parle à son sénat comme d’une chose certaine. Il ajoute que don Juan était appelé par des hommes qui avaient à Gênes bon pied et bonnes intelligences; et que si l’on ne fit rien, ce fut par la crainte de la jalousie qu’un tel établissement allait donner à tous les princes d’Italie.
2 Relation des ambassadeurs vénit. en France, (J. Michiels.) Tome II, page 252.
3 Ibid., page 252.
4 Ibid., page 232.
5 Le décret du roi d’Espagne est du 1er septembre 1575, cité dans un protocole du 20 septembre 1576. Palma Cayet, Collection Petitot, tome II, page 293. Nous avons quelques détails sur la pénible liquidation que les Génois obtinrent enfin pour leur créance. D’abord on leur soutint que, loin d’avoir rien à réclamer, ils étaient débiteurs de sept millions de ducats, ce qui, sans doute, aurait été fort extraordinaire. Il se trouvait qu’on avait enregistré à leur charge toutes les assignations successives qu’on leur avait destinées depuis 1560. Mais on avait oublié de les décharger de celles qui ne s’étaient pas réalisées ou qu’on avait révoquées. Il fallut un temps infini pour le faire reconnaître par les trésoriers espagnols. Enfin la dette fut avouée et fixée à douze millions de ducats en principal, quoique les créanciers se plaignissent qu’on leur fît tort sur le capital, outre qu’on leur retranchait les intérêts courus depuis 1575. On leur en accorda pour l’avenir sur la somme reconnue et jusqu’au moment où on les ferait jouir des nouvelles obligations qui leur furent promises. Ces assignations furent, pour une moitié de la dette, de quatorze par mille et de vingt par mille des produits de certaines gabelles, et pour les deux tiers de l’autre moitié, de trente par mille sur les revenus des salines d’Espagne. On se réservait de leur déléguer quelque autre rentrée pour payer le restant.
L’auteur qui nous donne un peu obscurément ces détails ne dit pas si ces recouvrements devaient former un compte de clerc à maître, et durer jusqu’à l’amortissement de la créance, ou s’ils étaient abandonnés aux Génois pour un temps déterminé, à forfait et pour payement en bloc. Il est probable qu’on doit l’entendre de cette façon, puisqu’on voit que des intérêts n’étaient alloués que jusqu’au moment où les assignations seraient en cours. Il semble donc qu’elles devaient former pour le capital et les intérêts ultérieurs un marché aléatoire.
On assure que les Génois y perdirent quelques millions de ducats, et l’on attribue à cette perte la décadence de plusieurs grandes maisons.
CHAPITRE VI. - Sentence arbitrale. - Constitution de 1576.
1 Il y avait ouverture à quelques anoblissements extraordinaires pour des cas exceptionnels, et en faveur d’individus soumis au surplus à des prestations très considérables en faveur du trésor.
2 Je ne sais si c’est à la prud’homie du cardinal ou à la méticuleuse défiance de quelque Génois qu’on doit faire honneur de l’invention d’une forme de scrutin décrétée et imposée par les arbitres au milieu de tant de graves dispositions. Le vase doit être divisé en deux réceptacles.
Dans l’un la boule approuve ou absout, dans l’autre elle rejette ou condamne. Une seule ouverture donne accès à la main qui, enfoncée, dépose le vote favorable on contraire sans qu’on puisse voir de quel côte elle a fléchi; et par la prévision constitutionnelle, les boules ne pouvaient être de bois ou d’autre matière retentissante, mais de laine ou de fil, afin que le bruit de leur chute n’éveillât jamais une oreille indiscrète; ce scrutin s’est religieusement conservé à Gênes.
3 MS de la Bibl. Royale: Relazione de 1626, déjà citée.
LIVRE XI. - RÉPUBLIQUE MODERNE. - DÉMÊLÉS AVEC LE DUC DE SAVOIE; - AVEC
LOUIS XIV. - LE DOGE A VERSAILLES. (1576 - 1700) CHAPITRE I. - Observations sur le caractère des Génois.
1 Il n’y a rien à dire de l’agriculture génoise. La terre lui manque, et aucun effort ne pourrait tirer du sol la subsistance de la population.
Entre la mer, ces hautes montagnes et leurs pentes rapides, il n’y a point de place pour la charrue. Là où se trouve un peu de terre végétale rapportée ou retenue, la bêche la divise en planches occupées alternativement par un peu d’orge, par quelques pieds de maïs et par des légumes, étroites lisières coupées par des ceps de vigne élevés sur dos pieux. Autour de Gênes, l’agriculture n’est que le jardinage. On y voit de beaux palais avec des jardins souvent sans ombrage, n’ayant autour d’eux que de misérables domaines. Il en est qui sont partagés en cinq ou six fermes exploitées par autant de familles, dont les baux n’excèdent pas cinq cents francs pour chacune, et où près de cent personnes vivent pauvrement de leur pénible culture. Il faut pour la nourriture des paysans compter sur les fruits du châtaignier et même du figuier.
Quelques abris privilégiés ont l’oranger et le mûrier. Mais l’olivier seul donne au pays un riche produit qui mérite le nom de récolte.
2 On a vu dans le livre 1er, que c’est un vase antique apporté des croisades, dont la tradition a fait le plat de la sainte cène auquel Jésus et Judas mirent la main ensemble.
3 En 1278, la petite église Saint-Mathieu rétrécissait la place sur laquelle la famille Doria avait établi ses palais. Il convint de la porter un peu plus loin. Mais on ne voulait pas sacrifier des peintures précieuses par leur antiquité qui ornaient la voûte au-dessus de l’autel.
En conséquence, ingenio habito, dit Stella, on transporta cette voûte tout entière à sa nouvelle place, à vingt brasses de l’ancienne.