Histoire de l'Afrique Septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française (1830) ( Volume I)

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 19 parties.

La longue rivalité d’Antoine et d’Octave se terminait, le 2 septembre 31, par la bataille d’Actium. Après sa défaite, le triumvir songea à s’appuyer sur les quatre légions qu’il avait laissées en Cyrénaïque à son lieutenant Scaurus; mais celui-ci les avait livrées, ainsi que le pays qu’il était chargé de défendre, à Gallus, officier d’Octavien. En vain Antoine essaya-t-il, à Paroetonium, de rappeler ses soldats à la fidélité; sa voix ne fut pas écoutée et, perdant tout espoir, il alla chercher auprès de Cléopâtre un trépas misérable.

Ainsi toute l’Afrique se trouva soumise à l’autorité d’Octave.

ORGANISATION DE L’AFRIQUE PAR AUGUSTE.—Octave avait conservé sous son autorité directe les Maurétanies depuis la mort de Bokkus et tenté d’y implanter une colonisation latine, pour amener insensiblement les indigènes à se façonner aux lois et aux usages des Romains et les préparer à accepter sans mécontentement leur réunion définitive à l’empire123.

Après la mort d’Antoine et de Cléopâtre, leurs enfants furent recueillis par Octave qui les traita avec les plus grands égards. Parmi eux se trouvait la jeune Cléopâtre Séléné; il la donna en mariage au fils de Juba, qui venait de combattre pour lui à Actium, et confia à celui-ci le gouvernement de l’Egypte [124].

[Note 123: Poulle, Maurétanie, p. 102.]

[Note 124: La date de cette nomination est incertaine.]

Resté maître incontesté du pouvoir, Octave s’était sérieusement occupé de l’organisation des provinces. Dans les dernières années de la république, elles étaient au nombre de quatorze, gouvernées soit par des préteurs, soit par des consulaires. Le 13 janvier de l’an 27, au moment où il constituait le régime impérial, Auguste maintint cette division: les provinces paisibles et depuis longtemps conquises, où peu de forces étaient nécessaires, furent appelées sénatoriales ou proconsulaires; les autres, où stationnèrent particulièrement les légions, furent dites prétoriennes ou de l’empereur, général en chef des armées125. L’Afrique, avec la Numidie, la Cyrénaïque avec la Crète, furent classées parmi les provinces sénatoriales; mais ces divisions changèrent selon les circonstances.

La IIIe légion (Augusta) fut chargée de tenir garnison en Afrique. Auguste plaça son quartier permanent à Theveste (Tebessa), au pied oriental de l’Aourès, à cheval sur les routes de la province de Karthage, de la Numidie et de la région des oasis et de la Tripolitaine. Elle protégeait aussi le pays colonisé contre les invasions des Gétules.

[Note 125: Hist. des Romains par Duruy, t. IV, p. 2.]

JUBA II, ROI DE NUMIDIE.—Vers le même temps, c’est-à-dire entre l’an 29 et l’an 25, Auguste plaça Juba II à la tête de la Numidie, non comme un simple gouverneur, mais comme roi vassal126. C’était une nouvelle application de son système qui consistait à chercher à se rallier les indigènes en les amenant à l’assimilation; il pensait ne pouvoir trouver un meilleur intermédiaire qu’un compatriote parfaitement romanisé.

Nous avons vu qu’après la mort de son père, le jeune Juba avait été élevé à Rome avec le plus grand soin, sous l’oeil de César. Les maîtres les plus célèbres de la Grèce et de l’Italie l’initièrent à toutes les connaissances de l’époque et firent de ce jeune Berbère un savant et un raffiné127. C’était, au dire de Plutarque, un homme beau et gracieux128. Ces dons naturels, rehaussés par la culture, lui gagnèrent l’amitié d’Auguste et d’Octavie et firent sa fortune. Hâtons-nous de dire qu’il ne trompa pas l’espoir qu’on avait placé en lui et que, s’il n’amena pas, comme ses protecteurs avaient pu l’espérer, les indigènes à l’assimilation, c’est que la tâche était beaucoup trop difficile et ne pouvait être l’oeuvre d’un homme.

[Note 126: De la Blanchère: De rege Juba, regis Jubæ filio, Paris 1883.]

[Note 127: Dion Cassius, 1. LI, ch. xv.]

[Note 128: Auton, c. VII.]

Il est assez difficile de dire quelle fut l’action du roi indigène sur le territoire de la colonie des Sittiens. Il est probable que, tout en exerçant sur lui son autorité gouvernementale, il lui laissa ses franchises communales et n’administra, à proprement parler, que la partie orientale de la Numidie, cette Africa nova que César avait érigée en province après sa victoire.

Que se passa-t-il en Numidie pendant les années qui suivirent l’élévation de Juba? Les auteurs sont muets sur ce point, et nous en sommes réduits à supposer que son règne fut tranquille. La nouvelle fonction qu’Auguste va confier au prince numide semble indiquer que son administration avait été paisible et heureuse.

JUBA, ROI DE MAURÉTANIE.—Nous avons vu qu’après la mort de Bokkus le trône de Maurétanie était demeuré vacant. En l’an 17129, Auguste, renonçant à l’administration directe qu’il exerçait sur cette vaste contrée, retira Juba II de la Numidie et lui confia la souveraineté des deux Maurétanies. Le prince numide vint régner, non sans éclat, à Yol sur un vaste territoire s’étendant de Sitifis, ou peut-être de Saldæ130 jusqu’à l’Atlantique, et de la mer jusqu’au désert, c’est-à-dire en englobant une partie des tribus gétules.

Les deux Afriques ne formèrent qu’une seule province sous les ordres d’un gouverneur nommé par le Sénat. La IIIe légion (Augusta) y fut maintenue comme corps permanent d’occupation.

Dans sa nouvelle capitale, à laquelle il donna le nom de Césarée, pour complaire à son protecteur, Juba put s’adonner tout entier à ses chères études. On le comparait aux Grecs les plus instruits et sa renommée s’étendit jusqu’en Grèce: Athènes, selon le dire de Pausanias, lui aurait élevé une statue131. Il composa un grand nombre d’ouvrages d’histoire, de géographie, de botanique, etc.

Mais ses travaux scientifiques ne le détournaient pas des soins de son gouvernement. Il aurait, paraît-il, fait explorer les îles Fortunées (Canaries) et la découverte des îles Purpurariæ (Madère), lui serait due132. Enfin il aurait entretenu des relations commerciales assidues avec l’Espagne, aurait été nommé consul de Cadix Gadès par Auguste et était magistrat municipal de Carthagène.

[Note 129: Ou 25, selon Dion, LIII, 26.]

[Note 130: M. Poulie, loc. cit., penche pour la première de ces localités et nous croyons qu’il a raison.]

[Note 131: Berbrugger, Dernière dynastie mauritanienne, (Revue africaine, Nº 26, p. 82 et suiv.).]

[Note 132: Pline, cité par Berbrugger.]

RÉVOLTE DES BERBÈRES.—Nous avons vu que les Gétules et les Musulames du désert ne cessaient de faire des incursions dans le Tel et que Taurus avait dû les repousser plusieurs fois par les armes. En l’an 29, L.A. Petus, et en 21, L.S. Atralinus, avaient poursuivi, jusque dans le désert, ces turbulents indigènes. Les succès de ces généraux leur avaient valu les honneurs du triomphe; mais bientôt de nouvelles razzias avaient été opérées par ces incorrigibles pillards.

Dans la Tripolitaine, le rivage des Syrtes était infesté par les pirates Nasamons, qui oubliaient la sévère leçon donnée à leurs pères par Pompée. L’intérieur était livré aux Garamantes dont Tacite a dit: gens indomita et inter accolas latrociniis fecunda. En l’an 19, L. Cornélius Balbus, nommé proconsul, fut chargé de conduire une expédition dans ces contrées; il s’enfonça au sud de Tripoli et, s’avançant sur la voie fréquentée par les anciens marchands karthaginois, traversa le pays des Troglodytes (les monts R’arian), seuls intermédiaires du commerce de la pierre précieuse qui vient d’Ethiopie133, et atteignit Garama (Djerma) dans la Phazanie (Fezzan). Cette belle campagne étendit la domination romaine jusqu’au désert. Comme récompense, le triomphe fut accordé à Balbus, bien que n’étant pas citoyen romain. Pline nous a transmis les noms fort altérés des tribus qui y figuraient134.

Cependant les Gétules étaient toujours en état de révolte, et de nouvelles incursions ayant coïncidé avec l’élévation de Juba au trône de Numidie, les historiens en ont inféré, généralement, qu’ils s’étaient soulevés contre lui; mais, en considérant que l’état normal des tribus sahariennes a toujours été, jusqu’à ces derniers temps, l’anarchie, la guerre et le pillage, nous ne voyons pas pourquoi on rattache ces faits l’un à l’autre. La révolte, il est vrai, s’étendit à l’est, gagna les Musulames et se signala comme toujours par des dévastations et le massacre de tout ce qui portait le nom de romain. Les armées de Juba furent plusieurs fois battues et il fallut que l’empereur envoyât de nouvelles forces en Afrique. Cn. Corn. Cossus, chargé de réduire ces Berbères, lutta contre eux durant de longues années et finit pareil triompher et les forcer à là soumission, en l’an 6 de notre ère. Il reçut à cette occasion le surnom de Gétulicus. Les Garamantes et les Nasamons s’étaient joints aux Gétules. Carinius fut spécialement chargé de les en châtier. Ce général les poursuivit jusqu’à la Marmarique. Une partie de la IIIe légion reçut la mission de garder la frontière méridionale135.

[Note 133: Pline.]

[Note 134: Ibid., Hist. nat., V, 3.]

[Note 135: Florus, l. IV, c. 12. Tacite, Ann., passim. D. Cassius, lib. LV et suiv. P. Orose, lib. VI. V. Paterculus, II.]

MORT DE JUBA II; PTOLÉMÉE LUI SUCCÈDE.—Après cette secousse qui, peut-être, se fit sentir principalement vers l’est, le règne de Juba s’acheva paisiblement. En l’an 4, il prit part à l’expédition d’Arabie, et d’après M. Ch. Mùller136, il aurait dans cette campagne épousé ou pris pour concubine Glaphyra, fille d’Archélaüs, roi de Cappadoce. Les renseignements à ce sujet sont contradictoires, mais il paraît certain qu’il ne ramena pas cette femme à Césarée.

Cléopâtre Séléné mourut vers l’an 6 (de J.-C.) et fut enterrée dans le magnifique mausolée que Juba avait fait élever à l’est de sa capitale137, et qui est connu maintenant sous le nom de tombeau de la Chrétienne.

Vers l’an 22 ou 23 (de J.-C), Juba lui-même cessa de vivre et fut placé auprès de son épouse dans le mausolée. Il laissait un fils, Ptolémée, qui lui succéda. L’histoire nous représente ce prince comme adonné entièrement à ses plaisirs et à ses études, abandonnant à ses affranchis la direction des affaires. Juba avait reçu d’Auguste ou de Tibère le titre de citoyen romain; il était en outre citoyen d’Athènes, duumvir de Gadès et quinquennal de Karthagène138.

[Note 136: Num. de l’Afr. anc.

[Note 137: Monumentun commune regiæ gentis Mauritaniæ, d’après Pomponius Mela.]

[Note 138: Masqueray, Compte rendu de la thèse de M. de la Blanchère.; Voir aussi cette thèse intitulée De rege Juba, régis Jubs filio.; Thorin, 1883.]

RÉVOLTE DE TACFARINAS.—Depuis quelques années, un Berbère du nom de Tacfarinas avait relevé l’étendard de la révolte dans la Gétulie. Déserteur de la légion romaine, il avait d’abord réuni une bande d’aventuriers et vécu de pillage et de vols. Vers l’an 17, les Musulames, alors établis dans les environs de l’Aourès139, s’étant laissés entraîner par lui, vinrent attaquer les soldats romains dans leurs cantonnements. La révolte s’étendit à l’est jusqu’aux Syrtes et à l’ouest jusqu’au Hodna. Un certain Mazippa, chef des Maures, lui fournit son appui consistant particulièrement en cavalerie. Le proconsul M.F. Camillus rassembla aussitôt ses troupes et les auxiliaires et, ayant marché résolument à l’ennemi, le mit en complète déroute. Tacfarinas, avec ses Gétules, se jeta dans les profondeurs du désert.

L’année suivante, Tacfarinas, après avoir mis à profit son temps pour former ses guerriers à la discipline en les habituant à combattre à la romaine, les uns à pied, les autres à cheval, se porte de nouveau contre les établissements romains, pâle les bourgades et les fermes, fait un butin considérable et met en déroute une cohorte romaine qui lui abandonne un poste fortifié sur le fleuve Pagyda140. Plein de confiance, il entreprend le siège de Thala.

[Note 139: C’est ce qui est établi par Ragot Sahara, 2e partie, p. 74.]

[Note 140: Près de Lambèse, selon le même auteur.]

Mais le nouveau proconsul L. Apronius, ayant pris la direction des opérations, l’attaque avec vigueur, le bat dans toutes les rencontres et le force à prendre encore la route du sud (20).

Bien que les honneurs du triomphe eussent été accordés à Apronius, il faut croire que ses succès n’avaient pas été bien décisifs, puisque, peu de temps après, Tacfarinas poussa l’audace jusqu’à proposer à Tibère un traité de paix, à la condition qu’on lui donnât des terres. Pour toute réponse, l’empereur nomma en l’an 21 Blæsus, proconsul d’Afrique, et, lui ayant fourni d’importants renforts (une partie de la IXe légion), le chargea d’anéantir la puissance du chef indigène. Ce fut, avec la plus grande habileté et une parfaite notion de cette sorte de guerre, que le général romain mena la campagne: ses forces, s’appuyant sur des postes fortifiés, furent divisées en plusieurs corps qui, durant un an, poursuivirent les rebelles sans relâche ni trêve. Battu chaque fois qu’il était rejoint, Tacfarinas dut encore s’enfoncer dans les profondeurs du désert, son refuge habituel. Il ne lui restait ni adhérents ni ressources d’aucune sorte, et l’on put à bon droit considérer la guerre comme finie. Tibère s’empressa de faire rentrer en Italie une partie des troupes (22). Blæsus reçut le titre d’imperator.

Mais Tacfarinas n’était pas homme à se laisser abattre ainsi. La mort du roi Juba lui fournit, sur ces entrefaites, un nouveau motif pour intriguer chez les indigènes et soulever les tribus de l’ouest. Soutenu par les Garamantes et par une foule d’aventuriers, encouragé par le départ de la IX légion, il se lança de nouveau sur le Tel et se heurta au proconsul Dolabella, successeur de Blæsus. Profitant du petit nombre de ses ennemis, il glissa entre leurs cohortes et vint audacieusement mettre le siège devant Tubusuptus (Tiklat) dans la vallée du Sahel.

Dolabella, dans cette conjoncture, voulant éviter que les tribus de l’ouest et du sud (Musulames et Gétules) ne vinssent se joindre au rebelle, les terrifia en mettant à mort leurs chefs; puis il fit garder la ligne du sud par des postes et réclama au roi Ptolémée une armée de secours afin de cerner Tacfarinas. Lorsqu’il sait que les divisions maurélaniennes sont en marche, il se jette sur Tacfarinas et le force à lever le siège de Tubusuptus. Le Berbère veut fuir vers le sud, mais les issues sont gardées; il se porte vers l’ouest poursuivi l’épée dans les reins par Dolabella qui l’atteint à Auzia (Aumale), surprend son camp par une attaque de nuit et le tue, ainsi que tous ses adhérents (24).

Telle fut la fin de ce remarquable chef de partisans dont l’activité, l’audace et la ténacité causèrent tant de soucis aux Romains. Cette révolte avait duré huit ans141.

Assassinat de Ptolémée.—A la suite de cette guerre, dans laquelle Ptolémée avait coopéré si efficacement à réduire le rebelle, un sénateur fut désigné pour porter au roi de Maurétanie le bâton d’ivoire et la toge brodée, présents du Sénat, et de le saluer du titre de roi, d’allié et d’ami.

La révolte qui venait de causer de si grandes difficultés aux Romains décida l’empereur à fortifier la Numidie en la détachant de la province d’Afrique pour la placer sous l’autorité d’un commandant militaire, légat de rang sénatorial, qui lui obéissait directement. Quant à la province d’Afrique, s’étendant à l’est d’Hippone jusqu’aux limites de la Cyrénaïque, elle resta sous l’autorité du Sénat, représentée par un proconsul (37)[142].

Le règne de Ptolémée se continua sans que rien de saillant se produisit, lorsqu’en l’an 39, il fut pour son malheur appelé à Rome, par son cousin l’empereur Caligula143. Le tyran l’accabla d’abord de prévenances; puis, soit qu’il fût jaloux de la magnificence du roi maurétanien et de l’attention qu’il attirait sur sa personne, soit qu’il voulût s’emparer de ses immenses richesses, soit enfin qu’il cédât à un de ses caprices sanguinaires dont il a donné tant d’exemples, il le fit assassiner. On ignore si Ptolémée fut tué à la sortie du cirque, ou s’il fut envoyé en exil et mis à mort secrètement, car les auteurs diffèrent dans leurs versions.

[Note 141: Tacite, Annales, 1. II, ch. LII.]

[Note 142: Mommsen, Hist. Rom.]

[Note 143: Ils étaient tous deux petits-fils d’Antonia, fille de Marc-Antoine.]

RÉVOLTE D’ÆDÉMON. LA MAURÉTANIE EST RÉDUITE EN PROVINCE ROMAINE.—La nouvelle de l’assassinat du roi Ptolémée causa la plus grande émotion en Afrique. L’affranchi Ædemon saisit ce prétexte pour lever l’étendard de la révolte. Les Maures et même les Gétules le soutinrent, et il fallut plusieurs expéditions pour le réduire. L’empereur Claude se laissa décerner le triomphe pour les victoires de ses lieutenants.

Cependant la révolte n’était pas éteinte. En l’an 41, le préteur Suétonius Paullinus poursuivit les rebelles jusque dans l’ouest, pénétra au coeur de la Tingitane, traversa les chaînes neigeuses du Grand-Atlas et, enfin, atteignit une rivière nommé le Ger (Guir), «à travers des solitudes couvertes d’une poussière noire d’où surgissent çà et là des rochers qui semblent noircis par le feu144».

Hasidius Géta termina la conquête de la Maurétanie occidentale en rejetant dans le désert les débris des troupes d’un certain Salabus, roi des Maures, dernier adhérent d’Ædémon.

La Maurétanie fut réduite en province romaine vers l’an 42, ou peut-être un peu plus tard, lorsque la dernière résistance eut été écrasée. Quant à l’ère provinciale de Maurétanie, son point de départ doit être fixé à l’année 10, date de l’assassinat de Ptolémée145. Yol-Césarée reçut le titre de colonie.

[Note 144: Pline, I. V, 14. Dion Cass., LX, 9.]

[Note 145: Ce fait a été péremptoirement démontré par MM. Berbrugger Rev. afr., t. p. 30; Général Creuly Ann. de la soc. arch. de Constantine, 1857, p. 1, et Poulle, id., 1862, p. 261.]

DIVISION ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE L’AFRIQUE ROMAINE.—En l’an 42, il fut procédé, par ordre de Claude, à une nouvelle division des provinces africaines. Les anciennes demeurèrent placées sous l’autorité du Sénat. Voici quelle fut la répartition:

1° Cyrénaïque avec la Crète, régies par un proconsul.

2° Province proconsulaire d’Afrique, subdivisée en Byzacène et Zeugitane, formée de la Tripolitaine et de la Tunisie actuelles, régie par un proconsul résidant à Karthage.

3° Numidie, régie par un légat impérial ou par le proconsul de la province d’Afrique.

4° Maurétanie césarienne, s’étendant de Sétif à la Moulouia.

5° Et Maurélanie Tingitane, de la Moulouia à l’Océan.

Ces deux dernières provinces, faisant partie du domaine de l’empereur, furent régies par de simples chevaliers, avec le titre de procurateurs (procuratores augusti), ne relevant que de l’empereur et ayant des pouvoirs très étendus. Elles reçurent comme garnison des troupes de second ordre.

Jusqu’au règne de Caligula, le proconsul qui gouvernait la province ou les provinces d’Afrique était en même temps le chef des troupes: la nécessité obligeait de réunir les deux pouvoirs entre les mains du même chef, afin de donner plus d’unité à la direction des affaires. Mais cet empereur, craignant la grande influence exercée par le proconsul L. Pison, qui disposait d’un effectif de troupes considérable, donna le commandement de l’armée et des «nomades» à un lieutenant ou légat du prince, et ne laissa à Pison que l’administration propre du pays, ce qui engendra de nombreux conflits146. Les empereurs craignaient toujours de laisser trop de troupes à leurs représentants en Afrique, et nous avons vu, lors de la révolte de Tacfarinas, Tibère s’empresser de rappeler la IXe légion, alors que le rebelle n’était pas encore vaincu. C’est, qu’après des victoires, le proconsul sénatorial qui, déjà, était un personnage considérable, pouvait être proclamé imperator par ses troupes. Cette séparation des pouvoirs fut maintenue.

Le pouvoir des proconsuls dans leurs provinces était, pour ainsi dire, illimité. Le pays, réduit en province romaine, perdait ses anciennes institutions, et le personnage chargé d’appliquer le senatus-consulte qui ordonnait cette incorporation élaborait un ensemble de lois spéciales à la nouvelle province. Il était, généralement, tenu grand compte des institutions locales. Quelquefois une commission de sénateurs l’assistait dans ce travail. Chaque proconsul, en arrivant dans son commandement—et l’on sait que la durée de ses pouvoirs n’était que d’un an—publiait un nouvel édit par lequel il pouvait modifier, selon son caprice, la loi fondamentale. Il réunissait dans ses mains tous les pouvoirs militaire, administratif et judiciaire. A. Thierry a dit à ce sujet: «un arbitraire presque illimité pesait sur la vie comme sur la fortune des provinciaux.»

Les provinces étaient donc regardées comme les domaines et les propriétés du peuple romain147. Les publicains et les banquiers qui accompagnaient le proconsul complétaient son oeuvre.

Sous l’empire, cette situation se modifia. Nous avons vu Auguste placer Juba II, comme roi, à la tête de la Numidie qui venait d’être pressurée par ses gouverneurs. Enfin Caligula décapita la puissance des proconsuls en leur retirant le commandement militaire. L’action de l’empereur se fit dès lors sentir directement dans les provinces, qui cessèrent d’être pressurées aussi violemment par la métropole. Nous n’allons pas tarder à voir celle d’Afrique exercer à son tour une grande influence sur la capitale.

A côté des proconsuls étaient des légats impériaux, officiers chargés de diverses fonctions militaires et administratives et qui, bien que soumis aux ordres généraux du gouverneur, étaient directement sous l’autorité du prince, notamment pour le commandement des troupes. Un questeur était attaché au proconsul et ajoutait à son titre celui de propréteur; il était chargé de le suppléer par délégation. «Il n’y avait de questeurs que dans les provinces du Sénat148». Un intendant (procurator) était chargé de l’établissement et de la rentrée des impôts, ainsi que de l’administration des domaines impériaux.

[Note 146: V. Dion, LX, 9, et Tacite, Ann.]

[Note 147: Boissière, loc. cit., p. 217. C’est à cet ouvrage que nous renvoyons pour une partie de ces détails.]

[Note 148: Boissière, p. 258.]

Ces fonctionnaires principaux avaient sous leurs ordres un grand nombre d’agents de toute sorte.

L’autorité religieuse de la province était confiée à un sacerdos provinciae africae. «Élu parmi les personnes les plus considérées et les plus riches, choisi parmi celles qui avaient occupé tous les emplois dans leurs cités ou qui avaient obtenu le rang de chevalier romain, il présidait l’assemblée religieuse réunie, tous les ans, à Karthage. Son emploi était annuel et, au moment de sortir de charge, il organisait à ses frais des jeux qui étaient appelés ludi sacerdotales[149]».

Dans certaines provinces, l’assemblée (concilium) était annuelle: c’était le cas de celle d’Afrique. Des délégués des cités y prenaient part et, après la célébration des rites du culte de l’empereur, le concilium s’occupait de questions administratives et de voeux à présenter dans l’intérêt de la province. Ses membres exerçaient un contrôle sur l’administration de leur gouverneur et avaient le droit de le mettre en accusation.

La confédération des quatre colonies cirtéennes (Cirta, Mileu, Rusicade et Chullu), ancien domaine de Siltius, jouissait, pour toute chose, d’une véritable autonomie; «elle formait, dit M. Duruy, un véritable État, où l’édile municipal était investi des pouvoirs attribués au questeur romain, dans les provinces proconsulaires150»; elle avait un concilium particulier, dont les attributions étaient beaucoup plus étendues que dans les provinces. Son clergé et son culte avaient une physionomie spéciale; ses prêtres, des deux sexes, portaient le titre de flamines. Chaque colonie était administrée, pour ses affaires particulières, par un ordo, sorte de conseil municipal151.

[Note 149: Héron de Villefosse, Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, IVe série, t. XI, p. 216, 217.]

[Note 150: Hist. des Romains, t. V, p. 360.]

[Note 151: Voir l’intéressant travail de M. Pallu de Lessert, dans le Bulletin des Antiquités africaines de M. Poinssot, année 1884. Voir également Duruy, Histoire des Romains, t. IV, p. 42 et suiv.]

Les provinces, comme les cités, se choisissaient des patrons, personnages influents, chargés de défendre leurs droits dans la métropole.

Les villes étaient divisées en plusieurs catégories:

1° Les colonies romaines, dont les citoyens jouissaient de tous les droits et privilèges du citoyen romain, notamment de l’exemption du tribut.

2° Les municipes, dont les habitants, tout en profitant de la plupart des privilèges du citoyen romain, n’avaient pas le droit de suffrage.

3° Les colonies latines, dont les habitants avaient le droit d’acquérir et de transmettre la propriété quiritaire (jus commercii), mais qui ne possédaient pas le jus connubii, conférant la puissance paternelle sur les enfants. Leurs magistrats, à l’expiration de leur charge, étaient capables du droit de cité romain.

Il y avait encore les villes alliées, les villes libres et les villes exemptes d’impôts.

Les cités avaient, en général, la libre disposition de leurs revenus, sous la direction d’une assemblée de magistrats municipaux: la curie ou ordo decurionum, composée de notables qui conféraient, à l’élection, les honneurs ou fonctions dont ils disposaient. Le candidat, pour s’assurer leurs suffrages, était obligé de verser des sommes considérables dans la caisse municipale, et de promettre des fêtes et des travaux. Une fois élu, il supportait une partie des dépenses de la cité et était pécuniairement responsable de la rentrée de l’impôt. Il arriva un temps où ces honneurs, autrefois si recherchés, furent refusés et fuis par les citoyens, qui les considéraient, à bon droit, comme une cause de ruine.

Les terres ayant appartenu aux princes indigènes et celles qui provenaient de séquestre, avaient été incorporées au domaine du peuple romain. Le reste des terres était généralement laissé aux indigènes, mais à titre de simple occupation et à charge de payer une redevance représentative du fermage.

Les obligations des provinciaux étaient de quatre sortes: l’impôt personnel, l’impôt foncier, les douanes et droits régaliens, et les réquisitions.

L’impôt foncier, payable en nature ou en argent, devait représenter en général le dizième de la récolte152. L’Afrique rachetait en général cet impôt par une indemnité fixe en argent.

La province devait fournir le blé nécessaire à la nourriture des armées et des matelots employés à sa garde, procurer les logements nécessaires pour les soldats et même équiper parfois des auxiliaires.

Ces charges étaient du reste assez variables selon les localités. Ainsi, la plupart des villes de l’Afrique karthaginoise payaient la capitation, même pour les femmes153.

[Note 152: Cet impôt se perçoit encore sur les indigènes d’Afrique sous le nom d’Achour (Dîme).]

[Note 153: Duruy, Hist. des Romains, t. II, p. 177 et suiv.]

Quant à la condition des personnes, elle était la même que dans le reste des conquêtes romaines. Le citoyen romain, qu’il provînt, soit des municipes d’Italie, soit des colonies romaines, était au sommet de l’échelle. Il recevait des concessions de terres qu’il faisait cultiver par l’esclave ou par le paysan. Les soldats étaient également pourvus de concessions, mais ils formaient des colonies purement militaires, où les civils ne pénétraient pas.

Le colon ou paysan, bien qu’il ne fût pas esclave, était généralement attaché à la glèbe. «Un certain nombre de gens du peuple était assigné sur chaque propriété (affixus, assignatus); leur personne suivait la condition de la terre. Les propriétaires s’appelaient leurs maîtres»[154]. Plus tard, ils recevront le nom de serfs.

La condition de l’esclave était particulièrement dure; ceux nés sur le domaine étaient un peu moins maltraités que ceux achetés.

[Note 154: Lacroix, Revue africaine, N° 79, p. 23.]

CHRONOLOGIE DES ROIS DE MAURÉTANIE.—Bokkus Ier règne sur les deux Maurétanies vers l’an 106 av. J.-C.

Vers l’an 80, ses deux fils lui succèdent et se partagent son royaume.

Bokkus II reçoit la Maurétanie orientale.

Bogud Ier, la Maurétanie occidentale, augmentée de la Sétifienne, en 46.

En 44, Bokkus III succède à son père Bogud Ier. La même année il perd la Sétifienne, qui est reprise par Arabion.

En 40, Bogud II succède à son père Bokkus II.

En 38, Bokkus III reste seul maître des deux Maurétanies. Il meurt en

33.

La Maurétanie reste jusqu’en 25 sans roi.

Juba II est nommé roi de Maurétanie en 25, et règne jusqu’en 23 ap. J.-C.

Ptolémée règne de 23 à 40.

CHAPITRE VIII

L’AFRIQUE SOUS L’AUTORITÉ ROMAINE

43-297

État de l’Afrique au Ier siècle; productions, commerce, relations.—État des populations.—Les gouverneurs d’Afrique prennent part aux guerres civiles.—L’Afrique sous Vespasien.—Insurrection des Juifs de la Cyrénaïque.—Expéditions en Tripolitaine et dans l’extrême sud.—L’Afrique sous Trajan.—Nouvelle révolte des Juifs.—L’Afrique sous Hadrien; insurrection des Maures.—Nouvelles révoltes sous Antonin, Marc-Aurèle et Commode, 138-190.—Les empereurs africains: Septime Sévère.—Progrès de la religion chrétienne en Afrique; premières persécutions.—Caracalla, son édit d’émancipation.—Macrin et Elagabal.—Alexandre Sévère.—Les Gordiens; révolte, de Capellien et de Sabianus.—Période d’anarchie; révoltes en Afrique.—Persécutions contre les chrétiens.—Période des trente tyrans.—Dioclétien; révolte des Quinquégentiens.—Nouvelles divisions géographiques de l’Afrique.

ÉTAT DE L’AFRIQUE AU IER SIÈCLE; PRODUCTIONS, COMMERCE, RELATIONS.—Ainsi l’autorité romaine régnait sans conteste sur toute l’Afrique du nord, la Berbérie, de l’Egypte à l’Océan. Il avait fallu près de deux siècles et demi (232 ans) au peuple-roi pour effectuer cette conquête; mais nous avons vu avec quelle prudence, par quelle suite de transitions habilement ménagées, il y était arrivé.

Au moment où la Berbérie entre dans une ère nouvelle, il convient de se rendre bien compte de sa situation matérielle et de l’état de ses populations.

L’Afrique propre, la première occupée, est couverte de colonies latines; «les notables des villes recevaient avec reconnaissance le droit de cité; leurs enfants prirent des noms romains, reçurent une éducation romaine; la carrière des emplois et des honneurs s’ouvrit devant eux155». Dans les campagnes de cette fertile province, les patriciens s’étaient taillé de beaux domaines et le pays n’avait pas échappé à la formation des latifundia, qui avaient eu, en Italie, des conséquences si funestes. Mais, si «l’on y trouvait, selon Aggenus Urbicus, des domaines privés plus vastes que ceux de l’État, ils étaient occupés par un grand nombre de cultivateurs; la maison du maître était entourée de villages qui lui faisaient une ceinture de fortifications156». Du reste, la petite propriété était constituée aussi par les concessions aux vétérans, ou par la vente ou la location à des émigrants. Ainsi les progrès de la culture157, loin d’avoir été arrêtés par la conquête, lui durent, au contraire, une plus grande extension. Leptis Magna, Hadrumète, Utique et surtout Karthage, étaient les principaux ports où les céréales venaient s’entasser. Là les flottes de toute l’Italie chargeaient les grains, et c’est particulièrement de l’Afrique que Rome tirait ses approvisionnements. Les blés d’Egypte allaient dans les autres parties de l’Italie. Sous Auguste, sous Tibère, sous Claude, la population romaine attendait sans cesse les arrivages d’Afrique et faisait entendre ses murmures, ou se mettait en rébellion, au moindre retard, car la conséquence immédiate était la famine. On l’avait bien vu, lors de la lutte entre César et Pompée, quand celui-ci avait arrêté les convois d’Afrique.

[Note 155: Hase, Sur l’établissement Romain (Rev. afr., p. 301).]

[Note 156: F. Lacroix, Afrique ancienne (Rev. afr., N° 73, p. 18).]

[Note 157: On sait que les Karthaginois avaient perfectionné la culture en Afrique et que l’ouvrage de Magon servit ensuite de guide aux cultivateurs italiens.]

Tous les empereurs prirent des mesures afin d’assurer les arrivages d’Afrique, Claude accorda des immunités particulières pour encourager les importations de blé, Néron exempta de tout impôt les navires servant au transport du blé. Commode créa la flotte d’Afrique, affectée spécialement à cet usage, et ses successeurs perfectionnèrent cette institution. Un préfet de l’Annone, résidant en Afrique, fut chargé d’assurer les approvisionnements.

Après le blé, l’huile était une des principales branches d’exportation, mais, de même que l’huile faite actuellement par nos Kabiles, elle était de qualité inférieure, et sa mauvaise odeur la dépréciait beaucoup, de sorte qu’on ne l’employait guère que dans les gymnases.

Les fruits, surtout le raisin, les dattes et les figues, les oignons, le sylphium, la thapsie, diverses sortes de jonc, les bois de l’Atlas, les marbres, tels étaient ensuite les principaux articles d’exportation158. A ces productions, il faut ajouter les bêtes féroces servant aux combats du cirque, les chevaux et les gazelles. Quant aux éléphants, il est à peu près démontré qu’ils n’existaient plus en Berbérie à l’état sauvage, quoi qu’en disent Strabon, Pline, Solin et autres auteurs. Ils étaient sans doute amenés de l’intérieur par les caravanes.

[Note 158: Cf. Hirtius, Bell. afr., Pline, Hérodote, Strabon, Appien, Bell. civ., Suétone, Varron, Dion Cassius, Spartien, Tacite.]

Au premier rang des villes de commerce brillait Karthage, la métropole punique, relevée de ses ruines et toujours la reine de l’Afrique par sa magnificence et sa civilisation. Dans son port, les vaisseaux venus de tous les points de la Méditerranée se pressaient pour charger les grains, les bois précieux, la poudre d’or, l’ivoire, les marbres, les bêtes féroces, les chevaux numides, les nègres. Une population punique importante dominait dans cette ville, elle y avait conservé ses moeurs, sa langue et sa religion. Le temple d’Astarté (Tanit), divinité phénicienne admise par les Romains dans leur Panthéon, sous le nom de Juno Coelestis, avait été reconstruit avec une nouvelle splendeur; nous verrons plus tard un empereur donner une consécration officielle à ce culte barbare dont les divinités exigeaient des sacrifices humains.

La Cyrénaïque fournissait en quantité les blés, l’huile et les vins. «Derrière cette province passait la route commerciale qui unissait l’est, le sud et l’ouest de l’Afrique. La grande caravane, partie de la haute Egypte, traversait les oasis d’Ammon, d’Oudjela et des Garamantes, où elle trouvait les marchands de Leptis, puis descendait au sud par le pays des Atarantes et des Atlantes, pour rencontrer ceux de la Nigritie159».

[Note 159: Duruy, Hist. des Romains, t. IV; p. 88.]

Dans la Numidie et la Maurétanie, les principaux ports de commerce étaient Igilgilis (Djidjelli), Saldoe, Yol-Césarée, Siga (à l’embouchure de la Tafna) et Tingis. Il existait, entre les ports de l’ouest et l’Espagne, et même jusqu’en Gaule, des relations suivies qui avaient amené des alliances de famille. Nous avons vu que Juba II était magistrat municipal de Carthagène.

ÉTAT DES POPULATIONS.—Examinons maintenant ce que devenait le peuple indigène en présence de la colonisation romaine. La vieille race berbère commençait à subir une transformation; diminuée par les guerres incessantes où elle prodiguait son sang avec tant de générosité, elle était refoulée par la colonisation romaine et commençait à s’assimiler ou à disparaître dans la province d’Afrique ou la Numidie. Mais dans toute la Maurétanie et certains massifs montagneux, comme le Mons ferratus (la grande Kabilie), elle se conservait intacte et se préparait à de nouvelles luttes. Sur la ligne des hauts plateaux, se pressaient les tribus gétules, toujours prêtes à envahir le Tel pour le piller et autant que possible s’y fixer. On a pu constater cette tendance des tribus du désert, par la demande de terres faite par Tacfarinas à Tibère. Nous les verrons s’avancer continuellement, par un mouvement lent et irrésistible, pour s’étendre sur les restes des vieilles tribus berbères et les remplacer à mesure que la puissance romaine s’affaiblira.

Ces Berbères, établis au delà de la limite de l’occupation romaine, reconnaissaient en général la suzeraineté du peuple-roi, particulièrement dans le Tel et le pays ouvert; ils fournissaient, en temps de paix, certains tributs, et devaient des services de guerre. «On utilisait ainsi les Berbères soumis dans l’intérêt de Rome, mais on ne les organisait pas à la manière romaine, comme aussi on ne les employait pas dans l’armée. En dehors de leur propre province, les irréguliers de Maurétanie furent aussi utilisés, plus tard, en grand nombre, surtout comme cavaliers, tandis qu’on ne procédait pas ainsi pour les Numides160».

En Cyrénaïque, la population n’avait pas subi de grandes modifications. Les Juifs, déportés autrefois de Palestine dans cette province161, y avaient prospéré malgré les mauvais traitements auxquels ils étaient en butte, de la part des Grecs et la jalousie qu’ils inspiraient. Ayant eu recours à la justice d’Auguste pour être protégés, ce prince envoya des ordres à Flavius, préteur de Lybie, pour qu’il veillât à ce qu’ils ne fussent pas troublés dans leurs biens et l’exercice de leur culte. En l’an 14 av. J.-C, un rescrit de Marcus Agrippa ordonna «qu’ils seraient maintenus dans l’exercice de leurs droits et que si, dans quelque ville, on avait diverti de l’argent sacré, il serait restitué aux Juifs par des commissaires nommés à cet effet162». Nous verrons avant peu l’esprit d’indiscipline de ces Juifs, surexcité par les événements de Judée, leur attirer de terribles répressions.

[Note 160: Mommsen, Histoire Romaine, t. V, trad. par M. Pallu de Lessert.]

[Note 161: A la suite de la prise de Jérusalem par Ptolémée Soter, vers 320 av. J.-C. V. Josèphe, contra Appio, II, 4, cité par M. Cahen dans son travail sur les Juifs (Soc. arch., 1867).]

[Note 162: Passage reproduit par d’Avezac dans l’Afrique ancienne, p. 124.]

LES GOUVERNEURS D’AFRIQUE PRENNENT PART AUX GUERRES CIVILES.—Après quelques années de tranquillité, l’Afrique ressentit le contre-coup de l’anarchie qui termina et suivit le règne de Néron. Pendant que Vindex levait l’étendard de la révolte en Gaule, Clodius Macer, légat d’Afrique, retenait les convois de blé et prenait le titre de propréteur, pour bien montrer qu’il avait abandonné le service de l’empereur. Bientôt il se proclama indépendant et leva de nouvelles troupes parmi les indigènes qu’il forma en légion163.

Le 9 juin 68, Néron terminait sa triste carrière et était remplacé par Galba, ancien proconsul d’Afrique164. Un de ses premiers soins fut de se débarrasser de Macer, par l’assassinat, et de licencier la légion Macrienne. Il fut alors reconnu par toutes les troupes d’Afrique et obtint l’appui du procurateur Lucceius Albinus qui commandait les Maurétanies et disposait de troupes nombreuses. Mais bientôt Galba est assassiné (juin 68)[165]. Othon et Vitellius lui succèdent. Ces trois règnes avaient duré dix-huit mois, triste période remplie par les meurtres, les révoltes et l’anarchie.

[Note 163: Tacite, Ann.., lib. II, cap. XCVII.]

[Note 164: Il avait reçu cette fonction de Claude et la garda deux ans.]

[Note 165: Il tomba sous les coups du procurateur de la Maurétanie tingitane, Trébonius Garucianus.]

A la nouvelle de la mort d’Othon, L. Albinus essaya de se déclarer indépendant à son tour. Il avait sous ses ordres dix cohortes et cinq ailes de cavalerie, sans compter les auxiliaires. C’étaient des forces imposantes, avec l’appui desquelles il pouvait espérer le succès; mais au moment où il se préparait à passer dans la Tingitane, pour, de là, envahir l’Espagne, le gouverneur de cette province le fit assassiner, et ses troupes se prononcèrent pour Vitellius, qui ne jouit pas longtemps du pouvoir et succomba à son tour en décembre 69.

L’AFRIQUE SOUS VESPASIEN.—Enfin Vespasien resta seul maître du pouvoir. C’était aussi un ancien proconsul d’Afrique, et il s’était fait remarquer dans son commandement par une honnêteté bien rare pour l’époque. On raconte même que les habitants d’Hadrumète, irrités de sa parcimonie dans les fêtes, l’assaillirent un jour en lui lançant des raves à la tête.

Lucius Pison était alors proconsul d’Afrique; il se tenait sagement à l’écart des factions et cependant on le soupçonnait d’être partisan de Vitellius, parce que beaucoup de Vitelliens s’étaient réfugiés dans sa province. Ce parti avait encore de nombreux adhérents en Gaule et l’on craignait que Pison ne fit alliance avec eux, ce qui aurait eu pour conséquence immédiate la famine. Le légat qui commandait les troupes, Valérius Festus, cédant à son ambition, exploita perfidement cette situation en peignant, dans ses rapports, la révolte comme imminente. Un certain Papirius, qui avait déjà pris part au meurtre de Macer, arrive en Afrique dans le but de tuer le proconsul. Pison prévenu le fait mettre à mort et adresse une proclamation au peuple. Mais bientôt les soldats auxiliaires dépêchés par Festus pénétrent dans sa demeure et demandent le proconsul. Un esclave déclare qu’il est Pison et tombe sous leurs coups. Ce dévouement ne sauve pas son maître, qui est reconnu par le procurateur B. Massa et mis à mort.

Ainsi délivré de son rival, Festus alla au camp, fit mettre à mort les soldats sur la fidélité desquels il avait des doutes et récompensa les autres. Puis il se rendit dans l’est afin de faire cesser les luttes qui divisaient les colons de Leptis et d’Oea (Tripoli). Ceux-ci, appuyés par les Garamantes, avaient mis au pillage Leptis et ses environs (70).

Pour châtier les Garamantes, Festus les poursuivit jusque dans leur pays, et afin de mieux les surprendre il passa par les défilés des montagnes, chemin difficile et peu usité, mais plus court. La Phazanie qui n’avait pas revu les aigles romaines depuis l’expédition de Balbus, fut de nouveau contrainte à la soumission et au paiement d’un tribut.

INSURRECTION DES JUIFS DE LA CYRÉNAÏQUE.—Un certain Jonathas ayant fait partie de ces zélateurs, ou sicaires, dont les excès avaient attiré de si grands malheurs à leur nation, vint se réfugier à Cyrène. Ayant réuni autour de lui environ deux mille misérables de son espèce, il alla camper au désert en proclamant son intention de réformer la religion juive. Catullus prêteur de Libye, appelé par les orthodoxes juifs, arriva à la tête de ses troupes et, ayant cerné les rebelles, les massacra presque tous. Jonathas, le promoteur du mouvement, avait pu s’échapper, mais il fut arrêté et comme le préteur voulait le faire périr il prétendit qu’il avait des révélations importantes à lui faire sur l’origine de la conspiration. Catullus qui, au dire de l’historien Flavien Josèphe, était un homme corrompu, comprit le parti qu’il pouvait tirer de son prisonnier; se faisant désigner par lui les juifs les plus riches, il les mit à mort et s’empara de leur fortune. La plus grande terreur pesa sur cette population qui vit périr en peu de temps trois mille de ses principaux citoyens.

Après cette exécution, Catullus se rendit à Rome en emmenant le délateur et un certain nombre d’israélites notables d’Alexandrie, parmi lesquels Josèphe lui-même, désignés comme chefs du complot. Mais Vespasien, éclairé par son fils Titus, ne s’y trompa point. Il rendit aussitôt la liberté aux prisonniers à l’exception de Jonathas qu’il fit brûler vif.

EXPÉDITIONS EN TRIPOLITAINE ET DANS L’EXTRÊME SUD.—Après la mort de Vespasien et le court règne de Titus, l’empire échut à Domitien. Sous son règne, de nouvelles expéditions furent faites au sud de la Tripolitaine. Septimius Flaccus, chef des troupes de cette province, se rendit à Garama, puis à Audjela, et de là jusqu’en Ethiopie.

Quelque temps après les Nasamons s’étant révoltés et ayant massacré les collecteurs d’impôts, le même général marcha contre eux et après différentes péripéties en fit un massacre horrible. Domitien annonça au Sénat que ces incorrigibles pillards étaient détruits166. Vers la même époque, Marsys, roi de cette peuplade, s’étant rendu auprès de Domitien, alors dans les Gaules, le décida à faire une expédition en Ethiopie où, disait-il, existaient de grandes quantités d’or.

Julius Maternus, chargé du commandement de cette expédition, arriva dans le pays des Garamantes où le roi de cette contrée se joignit à lui avec des contingents. Ainsi guidées par les Garamantes, les troupes romaines atteignirent, après sept mois de marche, le pays d’Agisymba[167], «patrie des rhinocéros» (de 81 à 96).

La réussite de cette aventureuse entreprise, dans un pays inconnu, est vraiment surprenante, et nous sommes en droit de nous demander avec M. Ragot168 si, malgré nos connaissances et les moyens dont nous disposons actuellement, nous serions à même d’en faire autant. Malheureusement les détails que nous possédons sur cette expédition se réduisent à quelques lignes. L’Afrique proprement dite paraît avoir été assez calme pendant cette période.

[Note 166: Zonare, Ann., 1. XI.]

[Note 167: Probablement l’oasis actuelle d’Asben. V. Vivien de Saint-Martin, Le Nord de l’Afrique, p. 231.]

[Note 168: Sahara, p. 191.]

L’AFRIQUE SOUS TRAJAN.—Après le court règne de Nerva, Trajan fut investi du pouvoir suprême (28 janvier 98).

Ce prince guerrier employa largement l’élément berbère dans ses campagnes lointaines. En Afrique, il reporta l’occupation militaire, qui n’avait guère dépassé la ligne de Theveste-Lambèse, jusqu’au Djerid. Il fonda notamment un établissement militaire au lieu appelé ad-Majores (au nord de Negrin) point stratégique qui commandait les routes du sud et de l’est169. Thamugas, voisine et rivale de Lambèse, date également de cette époque. C’est là probablement que furent établis les vétérans de la XXXe légion. Une autre colonie de vétérans était fondée vers la même époque à Sitifis, sous la dénomination de Nerviana Augusta Martialis.

Pendant que l’empereur guerroyait au loin, l’Afrique demeurait livrée aux exactions de ses gouverneurs. Le proconsul Marius Priscus, secondé par son lieutenant Hostilius Firminus, avait mis le pays en coupe réglée, vendant la justice et étendant à tout ses prévarications. Poussés à bout par tant d’injustices, les habitants portèrent leurs doléances au Sénat170. Ils trouvèrent comme défenseurs Tacite et Pline le jeune et, grâce aux efforts de ces hommes illustres, obtinrent gain de cause…..en principe, car le proconsul, déclaré coupable, fut simplement exilé sans qu’on le dépouillât de ses richesses mal acquises.

[Note 169: Ibid., p. 192.]

[Note 170: Déjà en l’an 63 (av. J.-C.) la Cyrénaïque avait été défendue devant le Sénat et c’est la grande voix de Cicéron qui avait plaidé sa cause.]

NOUVELLE RÉVOLTE DES JUIFS.—A la fin du règne de Trajan (en l’an 115), les Juifs de la Cyrénaïque, devenus très nombreux depuis la destruction du temple par Titus, fanatisés par leurs malheurs et irrités par les mauvais traitements auxquels ils étaient soumis, se mirent en état de révolte. Le général Lupus ayant marché contre eux, fut vaincu et contraint de se jeter dans Alexandrie. Un juif nommé Andréas (ou Lucus), était à la tête de ce mouvement qui fut caractérisé par des cruautés épouvantables. Tout ce qui était romain et grec tomba sous les coups des rebelles; ce fut une orgie de sang. Les juifs allèrent, dit-on, jusqu’à manger la chair de leurs victimes et à se couvrir de leur sang. Par représailles, ils les forcèrent, à leur tour, à combattre dans le cirque, ou les firent déchirer par les bêtes féroces. Dans la seule Cyrénaïque, deux cent vingt mille personnes auraient ainsi trouvé la mort171.

[Note 171: Dion Cassius.]

Trajan était alors retenu en Orient par la guerre contre les Parthes, qui nécessitait l’emploi de toutes ses forces. Ainsi les populations de la Cyrénaïque abandonnées à elles-mêmes, étaient sans force pour résister aux rebelles, dont le nombre était considérable. Alliés aux révoltés d’Egypte, les juifs se livrèrent à tous les excès. Cependant Marcius Turbo, ayant reçu de l’empereur l’ordre de marcher contre les rebelles, arriva de Libye avec des forces importantes, tant en infanterie qu’en cavalerie et même une division navale. Mais c’était une véritable guerre à entreprendre et il fallut toute l’habileté de ce général pour triompher de cette révolte qui se prolongea jusqu’à l’avènement d’Hadrien. La répression que les juifs s’étaient ainsi attirée fut sévère, et il est probable qu’à cette occasion un grand nombre d’entre eux émigrèrent dans l’ouest et se mêlèrent à la population indigène de la Berbérie.

L’AFRIQUE SOUS HADRIEN. INSURRECTIONS DES MAURES.—En 117, commença le beau règne d’Hadrien. Un soulèvement général des Maures concorde avec son élévation. C’est à la voix d’un Berbère latinisé du nom de Lusius Quiétus que les indigènes prennent les armes. Ce chef avait été chargé de conduire à Trajan un corps de troupes maures, et il s’était tellement distingué, dans la guerre contre les Parthes et dans celle de Judée, que l’empereur lui avait donné le gouvernement de la Palestine. Rappelé en Afrique, il renia la fidélité dont il avait donné des preuves si éclatantes, pour entraîner ses compatriotes à la révolte.

Marcius Turbo appelé de la Cyrénaïque, et nommé proconsul d’Afrique, reçut la difficile mission de réduire cette révolte qui avait pris des proportions générales. Quiétus fut mis à mort; mais Turbo ne triompha des rebelles qu’avec beaucoup de peine. Pour le récompenser de ses services, il reçut des honneurs particuliers et fut ensuite nommé gouverneur de la Dacie.

En 122 une nouvelle insurrection de la Maurétanie décida l’empereur à passer en Afrique172. Après avoir apaisé la révolte, Hadrien visita la contrée et, au dire de Spartien, la combla de bienfaits. Ayant vu par lui-même ce qui était nécessaire, il prescrivit l’ouverture de routes et fit établir toute une ligne de postes avancés, pour préserver les colonies contre les incursions des Maures. Vers la fin de 123, ou au commencement de 124, le quartier général de la IIIe légion fut transféré à Lambèse. L’achèvement de la route de Karthage à Théveste, venait d’avoir lieu, et, en assurant la facilité des communications, permettait de reporter les lignes plus à l’ouest.

En 125, l’empereur voyageur visita la Proconsulaire. Un certain nombre de villes furent élevées par lui au rang de colonies et il concéda des terres à ses vétérans. Il imprima une puissante impulsion à la colonisation du pays, le dotant de monuments et de routes, si bien qu’il reçut sur des monnaies le titre de «restaurateur de l’Afrique.» Les villes imitèrent son exemple et une inscription nous apprend que Cirta construisit à ses frais les ponts de la route de Rusicade173. C’est sans doute dans ce voyage qu’il parcourut la Cyrénaïque. Ce pays était ruiné et en partie dépeuplé depuis la révolte des juifs. Il y amena des colons et fonda de nouveaux établissements, notamment une ville à laquelle il donna son nom. Adrianopolis.

[Note 172: Une inscription récemment découverte à Rapidi, Sour Djouâb, confirme ce fait. Voir Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, IVe série, t. IX, pp. 198 et suiv.]

[Note 173: Duruy, Hist. des Romains, t. V, p. 54 et suiv.]

Hadrien vint sans doute une troisième fois en Afrique (vers 129). Les documents à cet égard manquent de précision. Dans tous les cas, il s’occupa avec sollicitude du développement de la colonisation et le pays garda un souvenir durable de ce prince ainsi que de sa belle-mère Matidie. A ce souvenir se joignit une circonstance particulière qui prouve bien que les conditions physiques du pays n’ont pas changé: il n’avait pas plu depuis cinq ans en Afrique et sa venue coïncida avec le retour des pluies174.

[Note 174: Spartien, Hadrian. XXII.]

NOUVELLES RÉVOLTES SOUS ANTONIN, MARC-AURÈLE ET COMMODE (138-190).—Antonin succéda à Hadrien en 138. Les Maures en profitèrent pour envahir de nouveau les contrées colonisées et porter partout le feu et la révolte. Il est probable que les Gétules se joignirent à cette levée de boucliers. La situation devint si grave que l’empereur dut venir en personne combattre les rebelles. Il les vainquit; dit Pausanias, et les contraignit à se réfugier «aux extrémités de la Libye, vers la chaîne du Mont-Atlas et les peuples qui y habitent». Les documents fournis par l’histoire sont si pauvres qu’il est impossible de se rendre compte de cette campagne et de conjecturer dans quelle direction les Berbères furent repoussés. M. Ragot175 pense que l’empereur se décida à reporter alors la ligne d’occupation et de fortification jusqu’au delà de l’Aourès, précaution qui devait, hélas, être bien insuffisante.

Sous le règne de Marc-Aurèle, nouvelle insurrection des Maures Maziques et Baquates, du Rif, qui vont porter le ravage jusqu’en Espagne. «Ni les garnisons romaines, ni le détroit de Gadès, n’empêchèrent les hordes de l’Atlas de prendre l’offensive, de pénétrer en Europe et de ravager une grande partie de l’Espagne176.» Peut-être, comme le fait remarquer Lacroix177, ne s’agit-il ici que d’expéditions maritimes. Il est certain d’autre part, que les proconsuls d’Afrique luttèrent pour ainsi dire sans relâche contre les invasions des indigènes maures et gétules. «Rome, dit encore Capitolin, loin d’envahir, se trouva heureuse de préserver ses frontières.» Marc-Aurèle dut envoyer de nouvelles troupes. L’Afrique cessa d’être une province sénatoriale, et le gouverneur de la Maurétanie ne fut qu’un légat propréteur.

En 188, les Maures étaient de nouveau en état de révolte. L’empereur Commode parla d’aller les combattre en personne; mais après avoir obtenu du Sénat l’argent nécessaire, il préféra l’employer à ses débauches et se contenta d’envoyer en Afrique des lieutenants178. Pertinax dont le règne éphémère devait faire suite au sien, opéra la pacification de l’Afrique (190).

[Note 175: Loc. cit., p. 194.]

[Note 176: Jul. Capitolin.]

[Note 177: Numidie et Maurétanie, p. 180.]

[Note 178: Lampride_; Commode_, ch. IX et suiv.]

LES EMPEREURS AFRICAINS. SEPTIME SÉVÈRE.—Septime Sévère, natif de Leptis magna, dans la Tripolitaine, fut, en 193, proclamé empereur par les légions de Pannonie. Ce prince fit largement profiter l’Afrique de la puissance dont il disposait. Il s’attacha surtout à punir, et à repousser dans le sud, les tribus de la Tripolitaine, ayant pu apprécier par lui-même le tort que les incursions des nomades faisaient à la colonisation. Les troupes romaines pénétrèrent encore dans la Phazanie et établirent une ligne de postes fortifiés de Tripoli à Garama179. Karthage et Leptis reçurent de lui le droit italique.

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