Hyzélia : La légende d'Azula (French Edition)

Episode 54

 

Siru, la déesse de l'esprit

 

« Sanctuaire des âmes ! »

La lumière orangée qui enveloppait la pièce disparut alors pour laisser place au néant.

Throon était dans une salle noire. Si noire qu’on ne pouvait distinguer absolument rien. Il était à genoux, les mains posées sur le sol. Il semblait souffrir énormément, et ce malgré le fait qu’il ne soit pas blessé. Ses yeux étaient fermés et il serrait fort ses dents en grimaçant.

« Meurs, jeune élu ! »

Il entendait des voix. Des voix perçantes qui envahissaient son être et le martyrisaient avec insistance, lui faisant subir une atroce douleur.

Il était arrivé au temple de l’esprit, demeure de la déesse Siru, la gardienne des âmes. Entre temps, il s’était rendu dans la forêt de l’automne et avait obtenu, non sans mal, l’Approbation de Niru, la déesse de la nuit.

Depuis que Siru avait engagé le combat contre Throon, aucun coup n’avait été porté. Elle se tenait debout, vêtue d’une belle robe orangée, quelques mètres en face de lui, et se contentait de le regarder, avec ses yeux orange légèrement cachés par sa longue chevelure rousse, souffrir.

« Tu ne peux pas gagner.

- Ta mort est inévitable.

- Genoff est bien plus puissant que toi.

- Ah ah ah ! Quel pitoyable élu tu fais ! »

Les voix dans la tête de Throon étaient si nombreuses. Leurs attaques étaient de plus en plus violentes.

« Alors c’est ça le fils de Taran ?

- Pff… Encore un qui se prend pour un héros !

- Tu penses pouvoir gagner contre lui ?

- Tu sais combien de personnes sont mortes au combat à cause de ta lenteur ? »

Il redressa violemment son buste, se serrant la tête entre ses mains et la gesticulant dans tous les sens, tout en hurlant :

« Laissez-moi ! Barrez-vous !

- Partir ? Pourquoi donc ?

- Tu ne supportes pas de voir la vérité en face ?

- Arrête de te moquer de nous ! Tu ne peux pas être l’élu qui nous sauvera.

- Ah ah ah ah ah ! »

Il tapa ses poings au sol. Il respirait de plus en plus fort. Cette douleur dans sa tête devenait insupportable.

« Throon ! Ne te laisse pas faire ! »

Il ouvrit soudainement les yeux en grand en poussant un petit cri. La résistance dont il faisait preuve le faisait dégouliner de sueur. Cette voix lui sembla familière et eut pour effet de le calmer.

« Meurs ! »

Les douleurs revinrent alors d’un seul coup. Il referma les yeux et cria de souffrance.

« Meurs sale gamin !

- Crève, ordure !

- Ne les écoute pas Throon !

- Tu vas perdre contre Genoff.

- Abandonne tant que tu le peux encore !

- C’est faux, Throon. Ne les écoute pas je t’en prie !

- T’es qu’un lâche !

- Pauvre merde !

- Ils ne te connaissent pas comme moi je te connais.

- Tu vas mourir. Tu vas mourir. Tu vas mourir.

- Non Throon ! Tu ne mourras pas. »

Il n’en pouvait plus. Il trouva néanmoins la force de se plaindre :

« Ca fait si mal !

- Meurs !

- Oui, ça doit te faire très mal. Mais tiens bon ! Je t’en prie.

- J’y… J’y arrive pas, gémit-il.

- Tu vas mourir, minable.

- Ne meurs pas Throon ! Fais-le pour moi, s’il te plait !

- Hyzélia va disparaitre à cause de ton incompétence.

- Tu m’as aidée tant de fois. Je ne veux pas que tu échoues maintenant. »

Il se redressa subitement et hurla à la mort avant de retaper violemment ses poings contre le sol. La voix amicale lui dit alors :

« Gagne contre elle, Throon ! Gagne pour que je puisse enfin te revoir !

- Si je le pouvais, je te fracasserais le crane moi-même pour ne plus voir ta sale gueule.

- Depuis qu’on s’est quitté, il me manque un quelque chose.

- Meurs !

- Ce quelque chose, c’est toi Throon.

- Va en enfer !

- Gagne et reviens pour qu’on puisse vaincre Genoff et enfin vivre en paix ensemble !

- Tu souffres hein ! »

Siru fit alors apparaitre, par le biais d’une intense lumière orangée, une dague dans sa main droite et marcha lentement vers lui pour l’achever. Arrivée à sa hauteur, elle leva l’arme, orientée vers le jeune garçon, pour le tuer en le poignardant. Elle commença à faire le geste pour l’assassiner quand il entendit :

« J’ai besoin de toi, Throon. »

Il rouvrit alors d’un seul coup ses yeux, surpris et reconnaissant enfin la voix d’Hélyze. Il prit alors son épée dans son fourreau avec la rapidité d’un éclair et l’utilisa pour arracher la dague, qu’il fit voler à travers la pièce, des mains de Siru et la faire reculer de quelques mètres. Il agrippa ensuite Azula avec ses deux mains et se servit d’elle pour se relever difficilement, complètement épuisé. Il affirma alors, en parlant fermement à la déesse, surprise de ce retournement de situation :

« J’ai fait le tour d’Hyzélia, persuadé que je devais toutes vous vaincre uniquement parce que je suis l’élu. Je croyais que je le faisais pour cette terre. Pour vous. Mais c’est faux ! »

La déesse fixait Throon, impressionnée par sa soudaine détermination et ses paroles. Il poursuivit d’une voix douce, baissant son épée et sa tête :

« En réalité, je le faisais pour elle. Pour la protéger du mal, de la souffrance, de la mort. Je n’avais rien vu. Mais je m’en rends compte maintenant. Je me battais uniquement pour elle. Je me battais parce que, je l’aime. »

Il releva sa tête et fixa Siru en concluant avec foi :

« Oui. J’aime Hélyze ! »

La déesse sourit alors et la pièce noire devint, instantanément, toute blanche. Throon ne comprenait pas ce qui se passait. Siru lui dit en souriant :

« Tu as réussi élu. J’ai vu ce que j’espérais de toi. »

Elle s’approcha pour se positionner juste en face de lui. Elle ajouta en lui caressant la joue, paraissant heureuse :

« Tu as beau être l’élu, tu n’en restes pas moins un homme. Un homme avec ses propres sentiments, ses propres convictions. »

Elle retira sa main et conclut :

« Et son propre amour aussi. »

Elle fit un pas en arrière et lui dit :

« C’est ce que je voulais savoir. Tu m’as prouvé que ton âme est pure. Que tu avais un cœur. Tu peux transpercer le mien maintenant, élu. »

Throon, surpris que Siru le laisse faire, mit un certain temps avant de lever Azula et de traverser la poitrine de la déesse. Néanmoins, il accomplit son devoir et exauça le souhait de celle-ci.

Comme à chaque fois, Azula se mit à briller dans le cœur de la divinité. Siru se sentit vidée de ses forces et quand Throon retira l’épée, un tourbillon de lumière orange apparut autour de lui pour ensuite pénétrer dans son corps. Il venait d’obtenir l’Approbation de Siru. La dernière de son long périple.

Il tomba ensuite sur ses genoux, épuisé. La pièce blanche disparut alors, laissant ressurgir la salle ronde où il avait pénétré en entrant dans le temple.

Siru le regarda ensuite et lui dit :

« Naru peut être fière de t’avoir choisi Throon. Tu es vraiment un incroyable élu.

- Merci ! répondit-il en soupirant.

- Mais il te manque encore la force d’une déesse. »

Throon ouvrit alors grand les yeux, surpris.

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