Jusqu'ici tout va mal
« On retiendra que, dans mon quinquennat, il y a eu le mariage pour tous »
« On retiendra que, dans mon quinquennat,
il y a eu le mariage pour tous »
Enfin, une belle journée. Ce vendredi 17 mai 2013, François Hollande a le sourire des jours heureux. Il est content de sa conférence de presse de la veille – parler aux journalistes est encore ce qu’il réussit le mieux – et quand il arrive dans le quartier de La Folie-Couvrechef à Caen, le chef de l’Etat n’en finit pas de serrer les mains qui se tendent, d’embrasser les joues qui s’avancent, de poser pour les téléphones des habitants de ce quartier HLM.
Le président impopulaire se doute qu’il se fera bientôt siffler quand il sortira de son palais. Il savoure donc les quelques applaudissements qui scandent la visite des immeubles qui ont bénéficié d’une rénovation thermique. Dans cet ensemble-village, il fait bon vivre et il fait bon accueillir le président. Il boit un café chez une vieille dame qui s’est pomponnée pour l’occasion, puis s’installe sur sa chaise en fer jaune, dans le hall de l’école maternelle du coin. A sa droite, sa ministre du Logement Cécile Duflot, à sa gauche, celui du Budget, Bernard Cazeneuve, et autour de la table rectangulaire, des habitants, des bailleurs sociaux, des entrepreneurs. Hollande, costume sombre, cravate bleu marine de travers, sort son stylo plume de la poche intérieure de sa veste, prêt à noter ce que disent ses interlocuteurs. La « table ronde » ne semble pas le passionner, le chef de l’Etat a parfois la tête ailleurs, il jette un œil aux journalistes, assis en rang sur sa gauche. Vers 16 h 45, alors qu’un habitant lui raconte les améliorations de son appartement, François Hollande saisit son téléphone, le regarde, lit le message qui s’affiche et sourit. Il fait un signe de la main aux journalistes, on lui demande de loin « ça y est ? c’est bon ? », il acquiesce de la tête. La nouvelle n’est pas encore publique, mais le président vient de l’apprendre : le Conseil constitutionnel valide la loi sur le mariage pour tous.
Après des mois de bataille, Christiane Taubira a gagné, les homosexuels vont pouvoir se marier en France. Hollande avait promis un pays apaisé, le pays est divisé, mais une réforme de gauche vient de passer. La félicité de Hollande se lit sur son visage. Son soulagement aussi. Finie la « liberté de conscience » accordée aux maires, ces mots qui avaient tant choqué, le mariage pour tous va devenir une réalité. François Hollande laissera une trace dans l’histoire de la gauche. Même la pluie n’arrive pas à gâcher cette belle journée du quinquennat. Il aime bien Cécile Duflot et Bernard Cazeneuve. Avec eux, il rit de bon cœur. Humer la province, se promener en France, voilà la vie qu’il aime, celle des campagnes électorales, celle qui lui manque tant au Château. La validation de la loi Taubira est maintenant publique. François Hollande se lance dans une déclaration officielle, improvisée dans le bureau du maire, où le fond bleu Elysée vient d’être déployé. En sortant et avant de prononcer son discours officiel, le chef de l’Etat parle avec les journalistes qui l’accompagnent. La conversation est « off », elle doit donc être retranscrite comme provenant de « l’entourage du président », de « l’Elysée » ou d’un « conseiller du président ». Hollande est ravi. « Les premiers mariages auront lieu dans un mois », prédit-il. Quand on fait remarquer que c’est le 18 juin, il rigole : « Ça peut être à Londres. »
Il a enfin sa place dans le panthéon de la gauche : « Ces réformes-là, il faut aller les chercher, comprendre les résistances, ça a une valeur. Une réforme de société ça se construit, ça se mérite. Pour beaucoup d’homosexuels c’est un moment important, ce ne sont pas des Français qui ont gagné contre d’autres, c’est la France qui a avancé. » Il poursuit : « Le PACS, l’IVG, l’abolition de la peine de mort, ce sont des progrès qui ne sont pas de la même nature. » Puis se faisant, comme si souvent, le commentateur de sa propre politique, Hollande affirme : « Ça marquera mon quinquennat. Je serai jugé sur l’économie mais on retiendra que dans mon quinquennat, il y aura eu le mariage pour tous, c’est historique. » Et sentant le piège, il démine dans un même mouvement : « Je ne veux pas résumer la première année à ce texte. C’est un texte important qui ne résume pas une année de mandat et encore moins un mandat. Mais si je ne l’avais pas fait, on m’aurait jugé là-dessus. » Il s’en prend ensuite à l’opposition et aux anti-mariage pour tous qui occupent la rue, alors que la loi est votée et validée : « S’ils font une manif c’est pour créer une mobilisation sur un autre sujet, ça pourrait se retourner contre eux. Faire de l’agitation c’est encombrant. » Redevenant président, il prévient : « Je veillerai à ce que cette loi s’applique sur tout le territoire. Je n’accepterai pas qu’on puisse perturber les mariages, ce serait condamnable comme une atteinte à l’ordre public. » Un journaliste lui dit : « Ce sont les mariés de l’An II ? », François Hollande se marre et se tourne vers lui : « Si j’étais journaliste à France Inter, j’en ferais un papier ! »
La mobilisation se tend. Dans la rue, une génération politique se construit, ce printemps 2013, dans l’alliance droite/extrême droite. Les anti-mariage pour tous se sont donné rendez-vous une dernière fois, le dimanche 26 mai. La veille, François Hollande se rend en Ethiopie, pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’OUA (Organisation de l’unité africaine). Un aller-retour dans la journée. Les journalistes, peu nombreux, voyagent avec lui. Yamina Benguigui, la ministre déléguée à la Francophonie, accompagne le chef de l’Etat. A peine arrivé à bord, François Hollande vient saluer les journalistes et papote. La conversation est là aussi censée être « off ». Le président reste debout, les journalistes se pressent autour de lui : « Il y a une tension. C’est une manifestation qui devait être une manifestation finale, contre ma propre personne. C’est aujourd’hui une manifestation qui pose problème à ses propres organisateurs. Ce mois de mai, qui devait être celui de tous les dangers, de toutes les tensions, ne l’a pas été. Les tensions existent mais l’important c’était de respecter le débat. L’accélération qui était critiquée a eu des vertus, elle a donné à la loi sa force. » Après des mois de débat, le président a finalement accéléré le vote de la loi au Parlement. Il revendique ce choix : « L’attente des Français est sur l’économie. On n’aurait pas compris l’attitude du gouvernement, on aurait été mis en difficulté si on n’avait pas clos le débat. » La vie politique française est clivée. Hollande le sait, dans l’opposition il n’a jamais ménagé le pouvoir. Aujourd’hui, il aimerait tant que la droite soit plus clémente, sur des sujets de société qu’elle défendait, elle aussi, en son temps. Le regard de Hollande se tourne ailleurs : « David Cameron me l’a dit, il a été sauvé par les travaillistes sur le mariage, il est courageux. A droite en France, tous les grands responsables disent “on ne va pas y toucher. On demande le retrait mais on ne le réécrira pas”. » Avant d’aller travailler, le chef de l’Etat confie les raisons de sa venue à Addis-Abeba : « Ce déplacement se tient dans le contexte qu’on sait. Le terrorisme continue, même s’il a été éradiqué au Mali, il persiste au sud de la Libye. On va être le seul pays hors Afrique à être présent. Ce n’est plus la France qui convoque l’Afrique, c’est l’Afrique qui invite la France. A la fin de l’année, la réunion aura lieu en France. » François Hollande quitte les journalistes en se marrant : « La pluie c’est maintenant. »
Quelques heures plus tard, la presse est conviée à déjeuner avec François Hollande dans la « war room », la salle à manger qui lui est réservée dans ce « Air Hollande One ». Une table blanche ovale, deux tableaux de style Mondrian aux parois, François Hollande est entouré des deux seules femmes journalistes. Sa dircom, Claudine Ripert, est l’unique conseillère présente. Le président avale tout, les concombres de l’entrée, le poulet, le gâteau, le pain. Il a grossi, sa chemise est trop serrée, mais il est content de parler à la presse. Il a toujours pensé qu’il était le meilleur commentateur de son action. Démonstration. Tout en mangeant, le président répond à toutes les questions. Ainsi va la journée d’un président de la République.
Les prévisions de l’Unedic sont mauvaises, l’inversion de la courbe du chômage ne semble pas pour la fin de l’année ? « C’est mécanique. L’Unedic est en ligne avec les projections macroéconomiques. Ce que l’Unedic n’intègre pas, ce sont les mesures de traitement social du chômage car il n’y a pas de croissance », balaie Hollande. « Combien de temps on peut endiguer le chômage avec ces mesures ? On peut avoir une croissance zéro en 2013, une récession au premier trimestre mais une progression au troisième ou quatrième trimestre. L’objectif d’inversion de la courbe du chômage est tenable, mais après, combien de temps peut-il tenir ? Un mois ? Deux ou trois mois ? » s’interroge le chef de l’Etat, qui répète ensuite comme un mantra sa phrase fétiche : « L’économie c’est aussi de la psychologie. » Il a déjà mis en place les emplois d’avenir, le contrat de génération, sa fameuse « boîte à outils », ira-t-il plus loin ? « Il y a aujourd’hui 20 à 25 000 emplois d’avenir, un quart, il en reste 75 000 d’ici la fin de l’année. Si on prend les périodes où le chômage a baissé, il y avait beaucoup d’emplois aidés, c’était le cas sous Jospin en 97-99, il a fait des emplois jeunes et des emplois aidés. Aujourd’hui on en a moins car les emplois aidés sont coûteux. On est dans ce réglage assez fin : emplois aidés/lutte contre la dette. L’objectif demeure : la baisse du chômage et le retour de la confiance. »
En rendant un hommage appuyé à Gerhard Schröder, à Berlin, quelques jours plus tôt, François Hollande a surpris sa gauche. Assume-t-il ce tournant social-démocrate qu’il pratique depuis des mois ? L’ancien chancelier allemand à la politique si vilipendée par une partie de son camp est-il son modèle ? Hollande commence par une pirouette. « J’ai fait un hommage à Helmut Schmidt, beaucoup plus subversif. C’est lui qui disait “les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain”, quand j’étais jeune militant socialiste, cela faisait beaucoup parler. Aujourd’hui Schmidt est le plus européen des sociaux-démocrates allemands. » Puis le président répond : « Schröder, ce n’était pas pour rendre hommage à ce qu’il a fait, mais pour dire ce que nous avions fait, pour dire aux Allemands : “Ne croyez pas qu’il n’y a que vous qui pouvez réformer le marché du travail.” »
Il parle des autres pour parler de lui. Et en même temps, il assume son hommage : « On pense ce qu’on veut de cette réforme Schröder, qui a été beaucoup décriée mais quand même, il y a dix ans, Schröder a fait ça et nous on n’a rien fait. Il faut montrer aux Allemands ce qu’on est en train de faire, ne pas se laisser caricaturer. » La vie politique allemande est moins clivante qu’en France, les grandes coalitions sont habituelles. Et en écoutant le chef de l’Etat, on se dit qu’il aimerait parfois importer ce modèle. « L’Allemagne donnait une belle image, Merkel-Schröder-Steinbrück ensemble. » Il s’arrête, et balance : « Nous, on a la manif de dimanche, Copé (quand il prononce son nom, il agite sa main, comme un enfant qui voudrait montrer que la personne dont il parle est zinzin) qui dit “non à Hollande”. »
Pendant la campagne électorale, le candidat avait promis de limiter l’échelle des rémunérations de 1 à 20. Le président tourne le dos au candidat. « On va faire voter les 75 % payés par les entreprises, c’est un facteur de limitation. Que peut-on faire de plus ? Limiter les retraites chapeaux, les stock-options. Ce que Moscovici a négocié avec les organisations patronales, c’est qu’il y ait des mesures d’autorégulation. Et sinon, si des rémunérations demeurent extravagantes après les deux années d’application des 75 %, on s’en occupera. Quand les Suisses le font, on dit “c’est formidable”, si on le fait nous, on dit “vous êtes archéos”. »
Qui va prendre la tête du Medef ? A-t-il une préférence ? « Notre marge de manœuvre est assez étroite », s’amuse-t-il. Et il poursuit, goguenard : « Le fils Gattaz, c’est celui que je connais le mieux, je suis allé dans son entreprise, j’ai décoré son père. C’est cocasse de retrouver le fils Gattaz, trente ans après son père face à Mitterrand. » Hollande anticipe : « Ce qui pourrait nous inquiéter c’est s’il se passe après comme avec Gandois/Seillière, face à la gauche. » Puis s’autorassure : « Gattaz représente plutôt un patronat de moyennes entreprises. Il peut apporter cette expérience. » Et, confiant : « Quel que soit le président du Medef, sur la formation professionnelle, le chômage, ça devrait se passer bien. Ce qui sera le plus difficile ce sont les retraites. Quel que soit le président, la position du Medef est la même : plus aucune augmentation des cotisations patronales. »
Comment voit-il les discussions sur les retraites avec les syndicats ? « Ils sont en totale opposition à la désindexation, ce qu’ils ont pourtant fait pour les retraites complémentaires. » Il feint alors de penser à voix haute : « Toucher à l’âge légal, c’est ce que propose la droite, c’est très rentable si ça se fait très rapidement. C’est très injuste mais c’est très rentable. » Et précise immédiatement : « On n’y est pas favorable. » Puis ajoute : « Reste les durées de cotisation étalées dans le temps (avant ou après 2020). La CGT de toute manière sera contre toute modification. »
Il est à l’Elysée depuis un an, le mois de mai se finit, la rue a été laissée aux anti-mariage pour tous, mais le mouvement se calme : « Ça devait être mai 68, 1789… ça ne s’est pas passé, car il n’y avait pas de thème fédérateur. Le mariage pour tous ne peut pas mettre ensemble dans la rue le salarié de Goodyear qui vit un drame social, celui de Sanofi ou la mère de famille qui a peur pour sa retraite. » Inquiet, il prévient : « La retraite, ça peut être fédérateur. Même Marine Le Pen sur la retraite est sur la position de la CGT. L’extrême droite est très présente sur les questions sociétales mais Le Pen n’y est pas. On aura sur ce thème la coagulation des gens d’extrême droite et d’extrême gauche. » Et poursuit sa pensée : « Les retraites sont un thème difficile. On ne fait rien, on dit “les socialistes ne font rien, ne font jamais de réformes structurelles”. On fait ça, on dit “ils abandonnent leurs promesses, font le contraire ce qu’ils ont dit”. » La crise favorise-t-elle les mouvements sociaux ? « Oui en Espagne, en Grèce, en Italie. Pas en France. » Et s’amuse à être plus cynique qu’il n’est : « On pourrait se dire qu’il vaudrait mieux taper sur les retraités, car ils ne descendent pas dans la rue, mais ils ont des enfants. » Hollande, qui a défilé contre la réforme des retraites de Fillon quand il était dans l’opposition, se veut philosophe : « Pour mettre des gens dans la rue, il y a quelques trucs très sûrs : faire un SMIC jeune et toucher aux régimes spéciaux. » Il est impopulaire, mais jusqu’à présent, ses électeurs ne manifestent pas contre lui et il voudrait que cela dure : « Si on veut éviter de mettre des gens dans la rue, il faut qu’il y ait des mesures de justice dans la réforme des retraites. Il faut qu’il y ait du donnant/donnant. Si c’est “on va faire mal”, la question c’est on va faire très mal ou un peu mal, le résultat c’est que ça fait toujours mal ! »
Place maintenant à l’opposition. Alain Juppé ? « Sa posture est plus élevée, il n’a pas renoncé à 2017. Il est plutôt pour se retrouver sur des positions communes, comme la lutte contre la dette. Et la dimension locale joue aussi : il est candidat dans une ville qui a voté à 55 % pour la gauche ! C’est mieux ainsi. » Hollande conclut, éternel commentateur de la vie politique : « C’est contraire à l’idée de la droite, de défiler contre une loi. »
Reste le sujet du jour, son déplacement en Afrique. « La sécurité du continent doit être l’affaire des Africains, ce sera l’objet du sommet qui se tiendra à Paris les 4 et 5 décembre. Sur le développement, la France et l’Afrique ont une vision commune. » Hollande, dont ce sera le quatrième voyage sur le continent africain, tient à alerter les journalistes : « Je suis très inquiet pour la situation en République centrafricaine, c’est très préoccupant, rien n’est contrôlé. Il y a des massacres, des viols, des églises démolies. Ce n’est pas à nous d’être les gendarmes de l’Afrique, on est prêt à rester, nos soldats sécurisent l’aéroport. L’ONU doit intervenir, les Sud-Africains doivent revenir. »
Quelques heures à Addis-Abeba, une visite à la communauté française, une cérémonie d’ouverture avec des groupes de musique et des danses africaines que François Hollande ne voit que de loin, des rencontres avec des chefs d’Etat, une conférence de presse puis un discours derrière un pupitre trop haut et devant une salle vide. Enfin retour dans l’avion présidentiel.
François Hollande travaille d’abord puis il convie les journalistes à boire un verre autour de sa table ovale. La discussion s’engage sur la situation internationale. L’Afrique d’abord : « C’était important de venir à ce sommet, j’ai vu Ban Ki-moon, Kerry, Zuma, Macky Sall sur le Sahel. » La situation au Mali ? « Je ne crois pas du tout à la thèse de l’enlisement, les groupes ne bénéficient plus de financement extérieur. » La Syrie ? « Il faut tenter même si la conférence de Genève échoue. Ne pas tenter nous serait reproché, mais tenter ne veut pas dire qu’on va réussir. » Hollande annonce : « La branche armée du Hezbollah va être inscrite sur la liste des organisations terroristes. J’étais directeur de cabinet de Max Gallo, qui était à l’époque de gauche, quand les cinquante-huit corps des soldats français (tués le 23 octobre 1983 dans l’attentat du Drakkar à Beyrouth) ont été rapatriés dans la cour des Invalides. »
Puis les journalistes politiques l’interrogent sur l’actualité française et notamment la manifestation anti-mariage pour tous du lendemain. Manuel Valls a lancé des appels pour que les familles ne viennent pas défiler, brandissant le spectre de la violence. Le président abonde dans le sens du ministre de l’Intérieur : « Ceux qui ont décidé de venir le samedi viennent le dimanche. Il y aura du monde, mais c’est pour dire “attention, la manif change de nature”, son égérie n’est pas là, l’extrême droite s’affiche dans la manifestation et l’UMP appelle. C’est le désordre et la confusion. Le message c’est dire “c’est quoi cette manifestation ? Quel est votre but ? Retirer le texte ? Il est voté”. » Il s’agit de disqualifier la manifestation. C’est concerté avec Valls. Valls dit : « On sait qu’il y a des éléments d’extrême droite, on sait que ça va casser. Et s’il y a des incidents, ce ne sera pas la faute du ministre de l’Intérieur et du préfet. La liberté de manifester est totale mais la liberté d’être violent n’existe pas. » Sûr de lui, Hollande assène : « C’est perdu pour les manifestants. Ils ont perdu. »
Certains à gauche ont cru que le texte comporterait l’ouverture de la procréation médicale assistée aux couples homosexuels. Ce n’est pas la position du chef de l’Etat : « La PMA est déjà reportée. Le Comité d’éthique s’est autosaisi, il va faire des états généraux, c’est-à-dire le jury citoyen de Ségolène Royal, en novembre décembre ! Le temps va faire son effet. Si on avait passé le texte à l’été 2012, il y aurait eu la PMA… » Hollande se projette dans l’avenir : « C’est un texte qui va être un texte de consensus. Nous savons maintenant que la droite française ne remettra pas en cause le mariage. La peine de mort, la droite n’est jamais revenue dessus. »
Puis François Hollande redevient le premier secrétaire du PS qu’il a tant aimé être et il commente la vie politique française : « Le plus hypocrite, c’est Fillon, il dit “on le fera mais sans la PMA”. » Puis : « Le centre de Bayrou a raté, il est lié aux cathos, pas Borloo. Borloo, lui, est lié à Tapie ! » Et voilà l’homme qui a appelé à voter pour lui entre les deux tours de la présidentielle habillé pour l’hiver : « Bayrou attend que la gauche du PS s’en aille, ça fait des années qu’il attend ça. Il m’en parlait déjà en 2008. » Hollande sourit et continue : « Le problème pour Bayrou comme pour nous c’est que Bayrou au Parlement, il n’existe pas, il y a le marcheur mais on ne sait pas où il est ! Mais s’il y a Bayrou, la gauche du PS s’en va, ils sont trente. S’ils partent les écolos partiront, et je veux une majorité. »
Place au camp d’en face, et à son meilleur contempteur : « Je connais Mélenchon, lui aussi me connaît. Il est sincère, il ne fait pas que de la provocation. Il pense que le PS va s’effondrer et que la gauche va se reconstruire autour de son Front. Son problème, c’est que les municipales sont avant les européennes. »
François Hollande parle avec les journalistes depuis près d’une heure, la nuit est tombée, mais le président n’est pas pressé de quitter ceux qui sont toujours son meilleur miroir : « Les européennes, il y a toujours une surprise, cette fois ce ne sera pas les écolos. Ce sont des scrutins où la discipline de vote n’existe pas et où l’abstention est importante. On peut avoir un Parlement européen où les anti-européens sont majoritaires. Ça peut être un risque. Le Parlement européen vote le budget. Le PS n’est jamais bon aux européennes. » Quand on lui fait remarquer qu’en 1999, le PS était en tête, Hollande se marre. « J’étais candidat. »
Elles seront les premières élections qu’il aura à affronter. A dix mois du scrutin, François Hollande est encore confiant : « Les municipales ? Si l’ambiance est mauvaise, ça pèsera. »
Le mois de mai se finit, Hollande se projette déjà dans la pause estivale : « L’été sera studieux. Je garderai dans mon souvenir celui de l’été dernier, perçu comme un été volage. Tous les autres présidents étaient partis en vacances et on nous a pris sur rien. L’été dernier, on nous a reproché de ne pas être intervenus en Syrie, les déclarations de Taubira sur les peines plancher et le prix de l’essence. Il faut être réactif, montrer qu’on est là. Les gens sont toujours plus exigeants avec la gauche. Et il y a la crise. » Le président regrettera longtemps de s’être relâché en août 2012. Il n’ira plus au fort de Brégançon. Les vacances, c’est fini.
Le pot se termine, la presse retourne à l’arrière de l’avion, François Hollande lui se retire dans sa partie. Quelques heures de sommeil, atterrissage tard dans la nuit. Fin d’un voyage express, fin d’une journée présidentielle. Place à un dimanche de manifestation. Place surtout aux premiers mariages homosexuels. Le président plaît enfin à sa gauche. Son 31 engagement était : « J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption e
aux couples homosexuels. » Il est respecté. François Hollande ne s’est jamais passionné pour les questions de société. Mais il sait que la gauche a une histoire et que, s’il veut y laisser une trace et avoir une chance d’être réélu en 2017, il fallait tenir sur le mariage pour tous.
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